‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 24 sur 33 · QUATRIÈME DIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME DIFFÉRENCE

Cuqui trahit surtout les fourbes qui ne veulent qu’abuser de l’imagination des hommes, c’est le choix de leurs disciples : ils ont toujours la prudence de les prendre ou bien sots ou bien rusés. Les sots, il est vrai, prêchent fort mal, mais ils croient bien; et si les rusés croient mal, ils prêchent bien.

11 faut convenir que M. Mesmer est un charlatan bien extraordinaire; n’ayant rien de réel dans la tête, et tirant tout ce qu’il fait de la seule imagination de ceux qui le regardent, il propose effrontément de faire des élèves, et d’enseigner ce qu’il appelle sa doctrine , sa théorie : ce n’est pas tout; il tient parole; il admet plus de deux cents élèves, et quels élèves ! des hommes au-dessus de tout reproche pour l’intégrité et les lumières : on trouve même parmi les noms de ces élèves, des noms qui honorent la France et l’Europe. Si cet homme, direz-vous; n’a rien de réel, ni même rien d’utile à enseigner, il est fou. 11 est bien pis, ajouterai-je, il est sor¬

cier, et tout aussi sorcier que Circé, qui changea en bêtes les compagnons d’Ulysse : car il faut absolument que Mesmer ait changé en oisons environ deux cents personnages, dont nui ne se troquerait contre le plus liupé des soldats d’Ulysse. Aucun des élèves de Mesmer ne l’a démenti en public comme il le devait, avec un peu de bon sens pour reconnaître l’imposture, et de probité pour la démasquer. Cet Alle-

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mand enfin, pour son coup d’essai, a hébété ou suborné les hommes les plus raffinés de Paris.

Voilà, sans contredit, le premier des charlatans anciens et modernes 5 et j’avoue que j’admirerais cent fois plus le génie de Mesmer àtitre d’imposteur, qu’à titre d’inventeur. Unissez Bacon, Descartes, Newton et Leibnitz, dites-leur d’inventer une sottise , et gagnez hardiment qu’ils ne la feront point avaler à ces deux cents personnes, aussi doucement que Mesmer leur a fait avaler sienne.

En un mot, j’en reviens-là; s’il me faut croire que dans le fait de M. Mesmer , il n’y a que de l’imposture , je n’en veux point faire à deux fois, et je croirai encore qu’il y a un peu de grimoire : j’en suis fâché pour mon siècle et pour lui; mais j’aime mieux me persuader, qu’en trente années d’étude un physicien est devenu sorcier, que de croire deux cents hommes d’esprit et d’honneur, devenus en un jour des dupes et des menteurs.

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