PREMIER ARTICLE
Ce qui peut consoler des dégoûts sans nombre qu’éprouve celui qui se livre à la pratique du Magnétisme, c’est le bien réel qu’il peut faire, quand, bravant les préjugés, il a la force de prêcher la vérité, et de joindre l’exemple au précepte.
Combien n’ai-je pas à me louer de ma conduite , si, moins instruit, j’ai voulu vingt fois, il y a quelques années, renoncer à la pratique du Magnétisme; j’ai su trouver depuis assez de force en moi pour continuer de me livrer à l’étude de cet art le plus beau, et sans doute le plus utile qui jamais ait été enseigné. 11 m’a fallu cependant envisager l’avenir ; car le tribut de reconnaisance qu’on paie maintenant aux partisans de cette nouvelle découverte, est loin de compenser les peines et les soins qu’ils se donnent. De tous côtés montrés au doigt, tournés en ridicule par des gens qui n’ont jamais rien vu parce qu’ils n’ont jamais rien voulu voir, ils sont les vé-. ri tables Parias de notre époque ; et cependant ils
tiennent la plus importante vérité qui ait jamais été connue! Espérons que, dans un temps qui ne peut être éloigné, on leur rendra la justice qu’ils méritent. Tenons pour certain que les sa vans, revenus alors de leur aveuglement, cesseront la persécution dirigée contre nous, et que leur zèle à pratiquer cette science égalera celui que nous mettons à la répandre.
Encourageons-nous donc mutuellement : accablons nos adversaires de faits qu’ils ne puissent récuser ‘ faisons -les rougir, s’ils conservent encore quelque pudeur, et ne craignons point la persécution. Nous ne sommes plus dans ces temps d’ignorance et de superstition, où l’on brûlait, comme sorciers, les pauvres malheureux qui osaient avouer publiquement leur croyance, et soutenir , malgré les tourmens les plus épouvantables , les faits dont ils avaient été et les agens et les témoins. Soutenons comme eux la vérité ; appuyons-la de preuves; ne négligeons aucune occasion de faire du bien, et laissons au temps le soin de nous faire rendre justice.
Me reposant sur lui, je viens rendre compte de nouveaux prodiges : je viens dire comment, sans médicamens , sans autre ressource que soimême , on peut guérir certaines maladies que la médecine ne saurait guérir : comment on peut, par sa seule volonté , empêcher des crises qui font frémir et glacent d’épouvante ceux qui en sont les témoins, crises que le médecin le plus expérimenté
est obligé d’abandonner à la nature, el dans lesquelles les malades meurent quelquefois, sans qu on ait pu trouver les moyens de les soulager. Je viens dire qu’à ma voix un état de malaise alfreux cessait comme par enchantement, que le calme le plus complet succédait à l’agitation la plus grande ', et cela dans un temps si court, que la rapidité de la pensée est seule capable de nous en donner une juste idée. Je viens dire qu’une maladie, qui devait conduire la personne qui en est atteinte à la mort, en la faisant passer par l’épilepsie et la folie , sera entièrement guérie sans autre secours que le magnétisme.
Disons 5 mais liélas 1 j’en aurais trop à dire : contentons-nous de tracer ici l’histoire abrégée de cette maladie.
Mademoiselle P.,âgée de 16 ans et demi, demeurant à Paris, rue du Bac , d’un tempérament nervoso-sanguin, d’une constitution forte, et un peu développée pour son âge, fut, pendant toute sa jeunesse, soumise à un régime extrêmement fortifiant. On ne s’aperçut pas d’abord que ce genre de vie lui était contraire ; mais à l’âge de 7 ans ses digestions se dérangèrent, et elle ne tarda pas à en sentir les fâcheux effets.
Malheureusement sa maladie ne fut point reconnue , et tous les remèdes qu’on lui administra, au lieu de diminuer son indisposition, ne firent que l’augmenter. Bientôt l’affection de l’estomac qu’avaient déterminée son genre de vie et la médica-
tion suivie jusqu’alors, devint plus grave, et des symptômes nerveux se déclarèrent et ne firent qu’augmenter jusqu’à Fàge de i4 ans. Comme cette jeune personne était formée , on crut reconnaître , dans les symptômes qu’elle présentait alors , une affection hystérique , et l’on ordonna ce qu’il fallait pour la combattre. Yoici quelques-unes des prescriptions qui furent suivies :
Eau distillée de valériane ,
Sirop de fleurs d’oranger.
Pi H aies d’extrait gommeux d’opium, du poids de demi-grain.
Eau de pourpier,
De menthe ,
Sirop de fleurs d’oranger ,
Teinture éthérée de digitale.
Assa fétida ,
Camphre ,
Musc,
( par pillules de 4 grains ) ,
Infusion de valériane.
Valériane en poudre,
Rhubarbe,
Sirop de fleurs d’oranger.
Pour boisson : une infusion de feuilles d’oranger , édulcorée $vec du sirop de nymphoea.
Je ne parle pas ici des nombreuses applications de sangsues qui toutes, je dois le dire, ne firent pas de mal, et d’autres médicamens qui furent également employés, mais sans aucun succès. -— Voici, en résumé, l’état où était la malade, lorsque je lavis pour la première fois :
Le pouls petit, la face d’une couleur pâle , embonpoint naturel, la respiration facile et les mouvemens libres; état qui change bientôt pour faire place à des phénomènes désordonnés dont voici les principaux : suspension plus ou moins prolongée des fonctions des sens et des facultés morales; les yeux se contournent, les membres sont convulsés, et la face d’une couleur violette ; la région de l’estomac projetée en avant, puis en arrière; cris, écume à la bouche ; état de stupeur ; perte de mémoire et sentiment de malaise extrême; ensuite brisement, ou bien roideur tétanique ; insensibilité, serrement de gorge ; la langue fortement poussée en dehors de la bouche ; déglutition impossible ; quelques Spasmes de l’estomac; le diaphragme et le médiastin très agités ; étouffement; respiration entrecoupée; locomotion impossible , hoquet; puis sommeil, et réveil sans aucun souvenir.
Ces phénomènes n’étaient souvent précédés d’aucun symptôme : quelquefois aussi ils s’annonçaient par desbàillemensetdestremblemens; par le refroidissement des extrémités et par une grande chaleur à la face.
Leur durée variait depuis quelques minutes jus-
qu’à des heures entières; et tout ce qu’on pouvait faire pour en diminuer l’intensité ne servait à rien. On avait tout essayé sans succès.
Un état particulier que présentait encore la malade, c’est que, dans ses diverses crises, elle tombait souvent dans un état de somnambulisme naturel , qui durait plusieurs minutes, et qui ne laissait aucun souvenir.
Depuis i4 mois, les mêmes symptômes avaient lieu; mais avec une intensité remarquable; à tel point que, sur les derniers temps, la malade avait jusqu’à 20 somnolances par jour. ( Elle appelait somnolance une syncope qui durait 3 ou 4 minutes), et 2 ou 3 crises avec cris et roideur. L’appétit était nul ; l’exercice qui avait été recommandé ne pouvait être pris, car ses indispositions la prenaient au milieu de la rue, dans les promenades et partout aussi bien que chez elle ; et, pour dernier inconvénient, il suffisait pour les provoquer du son d’une cloclie, ou d’un instrument de musique, quelquefois même de la présence inattendue d’un chien.
Je laisse au lecteur le soin de juger de la gravité de cette maladie , dont je ne donne ici qu’une légère esquisse. Il faudrait avoir été témoin de quelques-unes de ces crises pour s en faire une idee, et pour apprécier à sa juste valeur l’agent qui les a fait cesser.
Lesparens de cette jeune personne, témoins journaliers de ses funestes angoisses, ne négligèrent
rien de ce qui pouvait lui être utile. Consultations de médecins en grand nombre , médications diverses, etc., etc.; tous les moyens sont employés; mais vain espoir, la maladie marche et se complique avec le temps. Enfin , à une dernière consultation, M. Fouquier est mandé ; il vint, et après avoir examiné la malade, il prit sur lui de parler du Magnétisme , et d’engager les parens à employer ce genre de traitement, leur faisant espérer qu’avec ce moyen , qu’il croyait tout-à-fait applicable à ce cas, ils pourraient procurer à leur enfant un entier rétablissement dans un temps très court.
Les parens suivirent l’avis du savant médecin, et l’oncle de la mala'de, que j’ai guéri, il y a 6 ans, d’une affection nerveuse, vint me trouver , et nous convînmes du jour où je commencerais le traitement.
La jeune malade redoutait mon arrivée, se figurant que le Magnétisme était quelque moyen violent ; elle cherchait, pour cette raison, à éloigner le plus qu’il lui serait possible le moment où elle devait y être soumise.
Le jour arrivé, je me rendis chez elle ; je la trouvai toute tremblante; son coeur battait avec force ; elle suivait des yeux tous les mouvemens que je faisais, se figurant que j’avais quelque instrument caché dont je devais me servir. J’eus beau l’assurer du contraire, il me fut impossible d’obtenir le calme nécessaire pour un grand succès. Décidé cependant à commencer, je m’approchai à
4 pieds a peu près du fauteuil où la malade était placée j j’etendis ma main en la dirigeant sur la région de son estomac (1) • au bout d’une minute , elle sentit les premières atteintes de mon action magnétique.
Présumant qu’une série de phénomènes curieux allaient se développer, je priai le père de cette jeune personne d’écrire tout ce qu’il verrait et entendrait* C’est son procès-verbal qu’on va lire.
Première Séance, janvier 1828.
Trois minutes après le commencement de la séance, la malade s’est endormie.
(i)Avant de rendre compte des phénomènes que j’ai à annoncer, je dois faire quelques réflexions sur les procédés magnétiques tant recommandés. Je les vois partout remplis d’erreurs, et la moindre pratique éclaire sur leurs inconvéniens. Ainsi, le rapport que les magnétiseurs établissent me paraît tout-à-fait inutile, pour 11e pas dire nuisible : il détermine chez les individus une foule d’effets qui ne sont pas le magnétisme proprement dit ; car l’érétisme de Ja peau, l’augmentation de la chaleur animale, etc., sont des phénomènes que je crois beaucoup plus propres à neutraliser les effets qu’on cherche qu’à favoriser leur développement. Je me suis toujours bien trouvé de suivre une route opposée. A l’Hôtel - Dieu, à l’Académie de Médecine , et dans ce cas-ci surtout, je n’ai jamais touché les malades; je suis toujours demeuré à une assez grande distance , et je crois avoir produit plus d’effet que je n’en eusse obtenu en touchant. D’autres témoignages viendront, j’ensuis sur, confirmer mes observations.
Interrogée six minutes après, elle prouve qu’elle entend le magnétiseur, en répondant par des signes de tête, et en faisant de très grands efforts pour parler, sans pouvoir y parvenir.
Le magnétiseur nous dit qu’il ne faut pas s’étonner de la difficulté qu’elle a à s’exprimer, que presque tous les somnambules éprouvent cela ; que cette manière de voir et de sentir jette leur esprit dans le plus grand embarras, et qu’il est alors très prudent de ne pas leur adresser d’autres questions, avant de leur avoir laissé le temps de s’habituer à cette nouvelle manière d’être. En effet, une demi-heure après, elle répond très distinctement.
D. Les douleurs de votre mâchoire se passentelles? R. Voilà qu’elles se passent.
D. Vous trouvez-vous bien? R. Oui.
D. Où souffrez-vous maintenant ? R. Je suis bien.
D. Entendez-vous les autres personnes qui sont présentes ici et qui vous parlent? R. Oui.
Cependant sa mère l’interroge plusieurs fois, et ne reçoit aucune réponse. La malade est tout occupée en elle-même; elle semble chercher.... enfin elle dit : a J’entends parler, mais je ne peux pas distinguer la « voix de la personne qui me parle. »
Des mouvemens convulsifs fortement prononcés ayant lieu dans la face, le magnétiseur dit : Je veux que ces mouvemens cessent, et à l’instant ils cessent. D. Vous trouvez-vous mieux actuellement?
R Oui, très bien.
D. foulez-vous rester clans cet étal?
R Je le veux bien.
D . Ces raouvemens dans la mâchoire sont bien ennuyeux ?
R. Oh! oui, très ennuyeux.
D . Eprouvez-vous vos mal-aises habituels ?
R. Ce que je sens, je ne l’ai jamais éprouve.
Réveil.
Réveillez-vous, lui crie le magnétiseur, en la dégageant de son fluide ; réveillez-vous.
jD. Je ne puis ouvrir mes mains.
Le magnétiseur : Ouvrez vos mains. Et â l’instant elles s’ouvrent.
La malade : Je ne puis ouvrir les yeux.
Le magnétiseur passe les doigts sur les paupières.
La malade : Mes paupières sont bien ouvertes , mais je ne vois pas clair. — Le magnétiseur répète plusieurs fois : Eveillez-vous! éveillez-vous! et le réveil est complet.
Dans l’état habituel, la malade a les extrémités toujours très froides et sèches ; et maintenant il y a une grande transpiration dans toutes ces parties. On l’interroge, après son réveil,sur les effets qu’elle avait éprouvés au commencement de la séance : Il me semblait , répond-elle, que le magnétiseur me jetait clu sommeil.
Pendant le cours de cette séance, des raouvemens spasmodiques et convulsifs se sont manifestés fréquemment, et ont toujours cessé,comme nous l’avons dit,au commandement du magnétiseur. La question:
Comment i)ou!s trouvez-vous? a toujours été fàitë après avoir calmé ces mouvemens.
La séance a duré 4 2 minutes.
Deuxième Séance , 18 janvier /
( Il est 7 heures 33 minutes du soir. )
Le pouls de la malade est plus développé que \à veille; à peine le magnétiseur a-t-il dirigé sa main Sur elle, qu’elle tombe dans un profond sommeil.
D. Où avez vous mal?
R . A la poitrine.
D . Comment vous trouvez-vous t
R. Mon mal est à l’estomac.
Après quelques passes, la malade répond : « Jê suis bien à présent. »
7 heures 44 minutes. Le pouls est devenu fréquent.
D. Pouvez-vous découvrir des moyens de guérison?
R . Cela n’est pas possible; je ne puis les connaître.
Cette réponse nous ayant un peu affligés, le magnétiseur, qui l’a remarqué, s’empresse de nous tranquilliser, en nous assurant que bientôt elle verra les remèdes qui peuvent lui rendre la santé; que tous les somnambules en sont là, qu’il faut les presser, que ce n’est qu’à force de les fatiguer et de les importuner, qu’on parvient à en tirer tout ce qui est nécessaire à leur guérison.
Comment vous trouvez-vous? dit le magnétiseur.
R. Bien.
Sa mère lui répète la même demande, et n’en reçoit aucune réponse. Il paraît qu’elle n’a de rapport qu’avec son magnétiseur ; qu’elle ne voit et n’entend que lui.
Le cou est froid. Après l’apposition des mains sur cette partie , elle nous assure qu’elle est bien mieux. Des mouvemens convulsifs se manifestent dans l’orbite de l’oeil.
D. Qu’avez-vous dans les yeux?
R. Cela remue.
Je veux, dit le magnétiseur, que ces mouvemens cessent.... et les mouvemens cessent, et le cou devient chaud.
D • Etes-vous bien?
R. Oui, je suis bien.
D. Pourquoi vos mains sont-elles froides?
R. Elles sont très lourdes.
D. Trouverons-nous les moyens de faire passer tous ces mal-aises?
R. Je ne crois pas.
Il se manifeste dans le ventre des mouvemens et des soubresauts qui cessent à l’ordre du magnétiseur.
D. Que se passe-t-il dans le ventre ?
R. Cen’estpas dans le ventre,mais bien au-dessus du ventre.
D. U faut tâcher de voir ce que c’est ?
R. Oh ! que cela se remue!
Le magnétiseur appuie les mains sur le front de la
malade. « Appuyez, lui dit-elle, bien fort, appuyez; cela me fait beaucoup de bien. » Quelque^ instans après, elle ajoute qu’elle a chaud aux mains.
Et aux pieds, demande le magnétiseur?
R. Pas encore.
Aux diverses passes qui y sont faites, elle dit que la chaleur descend tout doucement.
Interrogée par sa mère, elle entend bien qu’on lui parle ; mais elle ne sait pas ce qu’on lui demande, ni quelle est la personne qui lui adresse la parole.
Elle nous dit qu’elle a maintenant chaud aux pieds.
JD. Où soutirez-vous?
R. A la poitrine.
On appose les mains sur cette partie.
D. Eh bien ! votre poitrine?
R. Cela ne vient plus de la poitrine.
D. D’où cela vient - il ?
R. Je ne peux pas vous le montrer.
D. Avez - vous chaud ? R. Je commence à être tranquille.
La malade respire facilement, et se trouve bien.
D . Depuis quand êtes vous malade ?
R. Je ne me le rappelle pas au juste.
D. Essayez de vous le rappeler?
R, Depuis le mois de juin dernier. H y a bien long-temps que mes yeux n’ont été aussi tranquilles !
D . Tous trouvez-vous bien dans tout votre corps?
R. Oui, je suis bien à présent.
D. Combien voulez-vous resler (le temps clans cet état?
R. Encore un peu de temps. Je sens la chaleur qui me monte à la figure.
On magnétise la figure. « Oh! s’écrie la malade, « que cela fait du bien. » ( Çalme. )
D. A quoi pensez-vous maintenant ? Pensez-vous à votre maladie?
R. Je pense que c’est drôle que cela me fasse comme cela !
On magnétise les mâchoires. Elle se plaint,
D. Qu’avez-vous?
R. Cela est dans mon estomaç.
D. Que sentez-vous dans votre estomac?
R. Je sens un poids qui me serre.
Le magnétisme produit beaucoup de bien , dirigé sur cette partie affectée.
D. Yosmains sont-elles lourdes?
R. Oui.
On magnétise une main ; elle la donne à l’instant.
D. Donnez - moi l’autre main.
R. Je ne puis pas.
Il semble que la malade ne puisse rien faire par elle-même ; que tout son être soit à la disposition du magnétiseur. Elle n’a plus de volonté, ou si elle en a, elle est entièrement soumise à celle du magnétiseur. Après quelques passes sur l’autre main, elle la donne comme la première. La transpiration est abondante. Les crises nerveuses recommencent et cessent au commandement du magnétiseur.
JD. Depuis combien de temps dormez-vous :
R. Il n’est pas loin de 9 heures. ( II n’est pourtant que S heures un quart. )
D. Comment vous trouvez-vous?
R. Bien à présent.
Le magnétiseur : Je vais vous éveiller; il faut que vous soyez bien tranquille jusqu’à demain.
Les mouvemens convulsifs et spasmodiques recommencent et cessent, comme hier, à Torde du magnétiseur.
JD. Comment sont vos pieds ?
R. Bien.
Onia prévientqu’on va l’éveiller.—Eveillez-vous! éveillez-vous !
Æ.Mais je n’y vois pas.... j’y vois un peu.... j’y vois trouble.... Après plusieurs passes, elle dit : Je ne suis pas encore revenue.—Eveillez-vous! éveillezvous ! (1) Elle’se frotte les yeux, et se trouve tout accablée de lassitude, mais assez tranquille.
Il est 8 heures 22 minutes.
Troisième Séance, iqjanvier.
(Il est 7 heures 37 minutes (lu soit’. )
Le magnétiseur :—Mademoiselle , vous etes bien éveillée aujourd’hui?
(1) Rompre le sommeil d’une personne en lui répétant plusieurs fois: Eveillez-vous ! éveillez - vous ! ne parait pas fort extraordinaire ; cependant nous nous sommes assurés par nousmême , qu’en criant même plus fort que le magnétiseur, nous ne pouvions pas produire le réveil-
/?. Oui, monsieur, et n’ai pas du tout envie de dormir.
On la magnétise ; et elle s’endort à l’instant meme.
Des mouvemens convulsifs ont lieu dans la mâchoire, dans l’estomac et dans le ventre, semblables à ceux qu’elle éprouve quand elle veut s’éveiller apres ses spasmes naturels ; cependant elle reste endormie.
Différentes questions que lui adresse le magnétiseur restent sans réponse : on voit qu’elle fait tous
ses efforts pour parler ; mais elle ne peut y parvenir.
On magnétise la mâchoire.
-O. Comment vous trouvez-vous ?
R- Pas trop bien.
Une crise nerveuse se présente; on l’apaise.
D. Comment vous trouvez-vous ?
R . Mieux.
D- Eh bien! que venez-vous d’éprouver?
R • Je ne sais pas.
D. Comment! vous ne pouvez pas trouver ce qui tous agite pendant toute la journée ?
R. Oh ! non !
Le magnétiseur : Eh bien! je vais vous faire chercher.
On magnétise : calme parfait.
D. Combien de temps voulez-vous dormir?
R. Oh ! long-temps.
D. ïl faudra chercher.
R. Oui; mais je ne crois pas que jepuisse la trouver.
Le magnétiseur : Vous serez bientôt profondément endormie, et il faudra chercher la cause de votre maladie, et les moyens de la combattre ; vous serez votre médecin vous-même.
On magnétise : calme profond.
D. Sentez-vous ma main sur votre tête ?
R Oui, je la sens.
D. Vous fait-elle du bien ?
R. Oh! oui. {Calme. )
D. Vous occupez-vous de quelque chose?
R. Oui, j’écoute.
D. Qu’écoutez-vous?
R. Quelque chose qui est en moi.
On magnétise : le calme continue.
D. Avez-vous découvert quelque chose ?
R. C’est difficile! c’est toujours là ( montrant l’estomac) ; c’est tout autour..,. Cela s’élargit.
Le calme continue. Plusieurs questions sont adressées et restent sans réponse.
Z). Cherchez-vous toujours?
R. Oui; mais je ne trouverai pas aujourd’hui.
D. Croyez-vous que cela viendra ?
R. Oh! oui, cela viendra.
D. Avez-vous le pressentiment que vous pourrez trouver la cause de votre mal ?
R. Oui, je le crois.
D. Quand on vous parle, étant éveillée, de ce que vous faites dans le sommeil, cela vous contrarie-t-il ?
Ji.. Gela m est égal. Oh ! je vois quelque chose qui est dans mon estomac ! C’est comme une toile qui se lève au milieu! Cela s’appuie sur les côtes, et me tire de petites choses qui sont sur les côtes! Ce n est pas gland 5 c esta peu près comme la main. Ali ! je sens que cela roule dans un côté !
On magnétise fortement : calme profond.
D- Gemment vous trouvez-vous?
R- Bicra, très bien; je m’occupe toujours.
D. Quand cela quitte l’estomac, cela vient donc aux mâchoires ?
R • Gela tient à de petites choses qui sont dans la poitrine; cela gagne le cou, ensuite la mâchoire, et enfin les yeux.
Le magnétiseur : Il faudra faire passer cela?
R. Oui; c’est ennuyeux.
D. Que voyez-vous? (Calme.)
D. Croyez-vous pouvoir donner demain des détails sur votre maladie ?
R. Oui, peut-être demain.
Le magnétiseur : 11 faudra tout nous dire.
R. Nous verrons cela demain.
D. Vos mains sont-elles lourdes?
R. Oui, très lourdes.
On magnétise une main ; elle la donne dès qu’on la demande ; mais de meme qu’hier, elle ne peut pas présenter celle qui n’estpasmagnétisée; elle ditqu’elle est trop lourde. On la magnétise, et elle la donne tout de suite.
La malade : Oh ! cela sent le brûlé !
D, Voyez-vous quelque chose brûler.
R. Cela ne brûle pas, non ; niais cela me monte au nez. — Calme parfait.
D. Sentez-vous si je vous fais du bien ? .
R. Oh ! je suis très bien ! Il y a long - temps que je n’ai été' comme ça. Je suis de bonne humeur à présent; et, en disant ces mots, la malade manifeste sa joie par des gestes et par un air de satisfaction qui parait sur sa figure.
Un instant après, une crise nerveuse s’annonce, des mouvemens convulsifs ont lieu dans la mâchoire. On magnétise, et le calme revient graduellement., La malade paraît abattue.
D. Comment vous trouvez-vous maintenant?
R. Assez bien.
D. Avez-vous les mains libres?
R. Non ; j’ai quelque chose de serré dans la poitrine et dans la tête : c’est ce qui me rend triste.
Le magnétiseur souffle sur la tête de la malade , qui s’écrie aussitôt en riant : « Oh ! que cela fait du bien ! mon mal s’en va tout de suite.
D. Voyez-vous où est la cause de votre maladie?
R. Oh ! je vois maintenant que c’est dans l’estomâç que je suis malade ; cela roule !
D. Qu ’estce qui rouie dans votre estomac i
R. Ce sont ces...
D. Quoi , ces?...
R. Ces petites choses...
Calme . Elle est pensive. .. Tout à coup elle se met à pleurer abondamment., et s’écrie : « Oh! mon
**-mVif'-.- .mm - —
üieu! je vois maintenant que je ne deviendrai pas Jolie. J en avais si peur!,. Elle continue à pleurer. Soyez tranquille, lui dit le magnétiseur, nous vous guérirons.—Oh ! je suis tranquille, répond avec vivacité la malade , je vois bien que vous me guérirez • mais je serai encore malade demain, je le vois bien’ Je m’aperçois maintenant que je n’ai pas trop de sang. 11 me faut la plus grande tranquillité ; le moindre bruit m’irrite, me fait mal. Je voudrais du beau temps : le temps humide m'ennuie et me fait du mal. Le magnétiseur : 11 pleuvra cependant demain.
La malade : Tant pis. Mais, au fait, je serai malade demain ■ eh bien ! cela m’est égal.
Réveil .
On procédé au réveil comme les autres fois, en lui répétant: Eveillez-vous, éveillez-vous. Elle parait s etonner de ce que ses yeux s’ouvrent. Je n’y vois pas, dit-elle. Le magnétiseur réitère ses ordres, et lui demande comment elle se trouve.
R. Je ne suis pas encore bien éveillée... il n’y a plus que mes yeux endormis. Je suis comme une masse. (Le sommeil paraît continuer.)
Le magnétiseur : Souffrez-vous quelque part?
-ft. J’etouffe un peu. On magnétise. Un instant après, la malade déclare qu’elle se trouve bien et que son réveil est complet.
8 heures a 5 minutes. (Durée de la séance 58 minutes.)
Quatrième séance, -20janvier.
( 8 heures moins 5 minutes. )
La malade est calme et s’endort presque, tout de suite. On l’interroge deux fois, sans recevoir de réponse.
D. Dormez-vous?
R. Pas autant que hier.
D. Quand vous dormirez bien, vous nous le direz.
R. Oui.
D. Eh bien ! comment cela va-t-il?
R. Bien. J’entends du bruit.
On fait des passes sur la tête, et le calme revient.
D. Qu’est-ce que cela vous fait?
R. Cela m’endort.
Z). Quand vous serez bien endormie, il faudra chercher la cause de votre maladie. Voudrez-vous bien?
R. Oui.
D. Cela ne vous fait pas mal quand je vous tiens comme cela? (Ma main est appliquée sur son estomac.)
R. Non.
D. Trouvez-vous quelque chose ?
R. J’ai mal au dos.
D. Quand je porte ma main sur votre dos, vous sentez-vous soulagée?
R. Oui, cela s’en va un peu.
D. A quoi pensez-vous maintenant?
R. J’ai quelque chose.... La petite toile est l’oide... cela m’étouffe !
D. Verrez-vous bientôt ce qui vous agite?
R. J’ai encore quelque chose plus haut...
D. Montrez-moi avec la main où cela vous fait mal ?
R. C’est là (en indiquant la poitrine) au-devant que cela correspond... c’est égal... c’est toujours là.
D. Il faudrait voir si c’est un elFet de la maladie* ou la maladie elle-même qui est là.
R. Ma tête est tranquille ce soir.
D. Est-elle plus tranquille que hier?
R. Oui.
D. Yovez-vous quelque chose de nouveau en vous? vous jugez-vous mieux?
R. Les nerfs sont bien agacés... cela n’a pas été du tout dans ma tête... dans mes joues un peu, mais cela n’est rien : le danger n’est pas à ma figure 5 c’est mon intérieur.
T). Il faudra nous trouver la cause de tout cela, et remonter à l’origine de cette maladie-là.
R. J’ai eu peur que... je ne m’en débarrasserais pas facilement.
Le magnétiseur : 11 faudra cependant trouver le moyen de s’en débarrasser.
R. Tiens ! je suis donc somnambule? J’aime bien ces gens-là !
D. Pourquoi les aimez-vous? Est-ce depuis que je vous magnétise que vous les aimez?
R. Depuis trois jours.
Le magnétiseur : Il faut employer votre temps à chercher. Demain serez-vous mieux ?
R. Demain, cela ira mieux qu’aujourd’liui.
D. Tâchez de découvrir quelque moyen.
R. Je vois que le lait me serait bon, parce que le lait calme. . . mais beaucoup (le lait.
D . Vous croyez donc qu’il vous ferait du bien ? Si je vous en donnais, en prendriez-vous?
R. Oui. Il faudrait aussi beaucoup de fruit,
D. Quelle espèce de fruit ?
R. Des groseilles, (les cerises.
D. Mais il n’y en a pas dans ce temps-ci .
R . Ah ! dame ! il faudrait que je busse beaucoup. Je ne bois pas assez.
D. Qu’est-ce qu’il faudra vous donner à boire ? R . Quelque chose de doux.
D . Cherchez bien ce qu’il faudrait que vous prissiez.
R . Tout ce que je prenais ne servait de rien.
Z>. Tâchez de trouver une bonne boisson.
R. J’ai pris du sirop d’orgeat... Je crois que le lait d’amande...
D . Vous croyez que le lait d’amande serait bon ? R . Oui. Mais de l’eau à la glace... cela ne serait pas bon; la bière non plus. De l’eau.
( La suite au Numéro prochain.)
V " /M w WWW mvuw MHVMWt
Expériences sur le Magnétisme , par M. Du-
P otet . Page 5
Traitement magnétique... g
Lettre de M. Michel de Yermoloff ( général de l’empereur de Russie), à M. le Rédacteur du
Propagateur du Magnétisme . ^
Lettre au même , sur les magnétiseurs magnétoscopes. 54
Lettre au même , sur un traitement fait en province , et observations sur ce traitement..... 5g Traitement d’une gastrique chronique. Inflammation d’estomac, acoompagnée des symptômes nerveux les plus efïrayans, maladie qui avait résisté à tous les remèdes de la médecine ordinaire, par M. Dupotet. ( Premier article. ).
FIN
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DU
16 juin. ( Clinique magnétique de M. Dupotel.)
M. le baron Crespy-le-Prince venu à mon traitement magnétique pour consulter pour sa mère qui est malade depuis long-temps ; il avait apporté, à cet effet, une mèche de cheveux qu’il avait obtenue d’elle, bien persuadé que ce seul objet suffisait pour que ma somnambule pût décrire les souffrances de la personne à qui les cheveux appartenaient et donner les moyens les plus prompts pour faire disparaître ce mal, si cela était possible. Voici ce qui est arrivé. Trois ou quatre minutes après que j’ai remis les cheveux à ma somnambule, je lui demande si elle ne voit pas le mal delà personne pour laquelle on la consulte. Elle tousse plusieurs fois et ne donne aucune réponse. Un peu surpris, je m’adresse à M. le baron pour savoir si la malade tousse; sur sa réponse négative, je presse ma somnambule de chercher. — Qu’est-ce que .vous me demandez, dit-elle xi. 5
en toussant toujours; cette personne n’a plus besoin cle rien.... elle est morte. — Comment, morte! — Oui, elle est morte d’une maladie dont on aurait pu la guérir; elle a été niai soignée. Les médecins l’ont tuée. La croyant dans l’erreur, je prie M. le baron de m’éclairer; mais ce dernier, frappé comme d’un coup de foudre, saisit le papier qui contenait les cheveux et me dit : <c Oh ! laissez, laissez-Ia parler; je vais vous expliquer tout à l’heure ce mystère. »
La somnambule s’écrie dans l’admiration de ce qu’elle voit : ce Quelle belle créature ! quelle charmante personne! quel dommage de mourir si jeune, quand on a de si belles espérances ! Elle a péri victime des remèdes qu’on lui a administrés, au moment où elLe allait accomplir des voeux qui devaient faire son bonheur ! Quelle bonne personne ! quel excellent, caractère ! » Après plusieurs autres détails qui étaient des énigmes pour moi, et qui paraissaient intéresser vivement (a somnambule . et M. Le Prince, celui-ci, pour me tirer d’embarras, me dit : cc Croyant prendre le porte-feuille où sont les cheveux de ma mère, j’en ai pris un autre qui lui ressemble en tout, et qui contient également des cheveux qui appartenaient à une demoiselle morte, en effet, depuis long-temps; je n’ai reconnu mon erreur qu’au portrait qu’elle en a fait, qui est de la plus exacte vérité, et à la toux qui m’a rappelé les souffrances de cette excellente personne. Pour vous prouver ma bonne foi, daignez m’accompagner jus-
qu’à la maison. » Nous y avons été, et nous avons trouvé le porte-feuille tout-à -fait semblable au premier, et qui renfermait la mèche de cheveux qui m’était destinée.
Cette expérience, qui a présenté des preuves de lucidité si frappantes, n’ayant pas été préparée d’avance, a dû etre concluante pour nous;mais s’il nous eût fallu d’autres preuves pour rendre notre conviction plus forte, la somnambule nous en aurait donné dans cette séance : car outre qu’elle nous a fait tous les détails de la maladie qui avait conduit cette personne au tombeau, elle nous a rapporté des particularités de sa vie qui n’étaient connues que de M. Le Prince, et qu’il a affirmé être parfaitement vraies.
Ce seul fait suffirait pour justifier l’admiration qu’ont les partisans du Magnétisme pour le somnambulisme.
Je ne saurais passer ici sous silence un fait à peu près semblable et également récent. Je traitais, il y a sept ou huit mois, une jeune dame affectée d’une maladie de poitrine: la mort était certaine, la faculté l’avait annoncée. On eut recours au Magnétisme, comme il arrive presque toujours en pareil cas,Quand il n’y a plus rien à faire, on suit un traitement magnétique, et, malgré tout, il réussit quelquefois. Dans cette circonstance, il manqua son effet pour avoir été employé trop tard. Aussi nul ennemi ne l’accusa de la mort de celte personne.
La somnambule consultée sur des cheveux, reconnaît la maladie, en décrit tous les symptômes, et dit qu’on peut encore espérer quelque chose. Elle indique des métlicamens qui sont approuvés par M. Marjolin,lèmédecin ordinaire. Un mieux se déclare et la malade peut prendre des alimens, quoique le médecin eût assuré qu’elle ne le pourrait 5 cependant sou heure était arrivée, elle expire. La veille de cette catastrophe, on avait apporté le soir une mèche de cheveux pour remettre à la somnambule; mais, comme elle n’était pas au traitement magnétique, nous ne pûmes pas la consulter. Le lendemain matin de très bonne heure, elle fut endormie, et la première chose que nous fîmes fut de la questionner sur celte malade; elle chercha long-temps, puis elle dit : Je ne sens rien. —Comment , vous ne sentez rien? Ces cheveux que vous tenez appartiennent cependant à une personne que vous avez déjà vue. Tâchez de la reconnaître. —- Je ne sens rien, répéta-t-elle. Mous étions très surpris d’entendre ce langage : c’était la première fois que pareille chose nous arrivait, et nous n’avions pas lieu de nous y attendre ; car la somnambule nous donnait tous les jours des preuves de sa parfaite lucidité. Enfin nous allions retirer les cheveux, quand elle s’écria en sanglotant : Celte personne est morte! elle est morte ce matin à telle heure: voilà pourquoi je ne sens plus rien. En effet, c’était l’exacte vérité ; dans la matinée, on vint nous annoncer la mort de celte jeune femme, et nous apprîmes en outre que
l’heure île sa mort était précisément celle qui nous avait été indiquée. Je pourrais citer ici une foule de faits semblables qui me font croire que les somnambules ont des moyens de reconnaître le passé dans tout ce qui intéresse la vie des personnes dont elles tiennent seulement une mèche de cheveux ; et je ne doute pas non plus que, dans certains cas, on ne puisse savoir, avec quelque certitude, si telle ou telle personne existe, et l’époque de sa mort quand elle est prochaine. Je vais rapporter quelques faits de prévision de ce genre.
Premier exemple de prévision.
31 y a environ six ans que je traitais un malade que je croyais guérir • le somnambule que je consultai me dit: ccNe vous abusez pas, Monsieur votre malade mourra bientôt. )) Etonné et mécontent de cette prédiction, je le pressai de me fixer l’époque , pefisant bien le mettre en défaut. Il mourra, me répondit il, tel jour, à telle heure.—Comment, est-ce bien possible? Dans 17 jours il ne sera plus? — Oui, Monsieur. Je redoublai de soins auprès du malade , espérant que le temps fatal passerait sans accidens ; mais vains efforts, le pronostic du somnambule se vérifia de point en point: le dix-septième jour, a l’heure dite, la personne n’existait plus.
Comme un fait ne prouve pas rigoureusement, j’attendais qu’un hasard vînt de nouveau me fournir l’occasion d’observer cette prévision. Sans chercher ce phénomène, il ne tarda pas à s’offrir. Je fus té-
moin une deuxième fois que la prédiction s’accomplit a la lettre3 et depuis, nombre de somnambules m’ont présenté les memes faits : ce qui me fait dire, que j'aimerais mieux être condamne à mort parla faculté tout entière que par un ou une somnambule dont la lucidité aurait etc reconnue j je serais plus sûr d’en échapper.
deuxieme exemple. — Fait récent.
Une jeune personne, dont toutParis a connu la maladie et la mort, M Ut O..., fut examinée par une de mes somnambules sans qu’elle pût s’en douter. Des flanelles, qui lui avaient été dérobées en secret, servirent a lui faire connaître la cause de sa maladie et l état ou elle se trouvait alors 5 elle reconnut également l’effet des médicamens qu’on lui avait administrés , et enfin notre somnambule finit par nous assurer que cette personne ne vivrait que quatorze jours. Elle dit qu’il était impossible de la guérit* ; qu’on pourrait, à la vérité, prolonger son existence de quatre jours seulement ; mais qu’on n’emploierait pas les moyens qu’elle indiquait, et qui pouvaient seuls la conduire à ce but. Les médecins de cette malade , ajouta-t - elle, qui sont en grand nombre , pensent qu’elle n’a pas trois jours à vivre ; je suis cependant certaine qu’elle ira jusqu’au quatorzième jour. On ne fit pas le traitement indiqué , et seize jours après , tous les journaux nous apprirent que M ,le O... avait cessé d’exister. En rapprochant les dates ,’nous pûmes nous assurer, d’une manière po-
sitive , de l’exactitude de tout ce que nous avait prédit notre somnambule. Il nous serait facile de multiplier beaucoup ces exemples.
Combien de réflexions de semblables faits font naître dans l’esprit ! Que nous sommes petits près des individus qui entrent dans l’état qui permet de découvrir les secrets du Créateur !
Admirons.... et répétons avec M. l’avocat-général Tarbé : «Que, de quelque côté que se portent nos « regards , notre raison s’arrête étonnée devant des « prodiges que notre intelligence n’explique pas. »
Note. — Il ne faut cependant pas croire que les prévisions des somnambules soient toujours aussi justes : quelquefois elles errent plus ou moins, et par une cause inexplicable, c’est surtout dans ce qui intéresse leur santé. Il semble que la nature ôte aux somnambules les plus clairvoyantes la connaissance de leur propre état quand leur vie est menacée. J’ai plusieurs exemples de ce fait : j’en ai vu qui annonçaient d’une manière rigoureuse ce qui devait arriver dans l’organisation d’un individu mis en rapport avec elles, et qui se trompaient , quand il s’agissait d’elles-mêmes.
J’ai pu vérifier, en assistant à l’autopsie de deux excellentes somnambules mortes à la suite d’altérations profondes d’organes essentiels à la vie, combien pour elles leur diagnostique avait été dépourvu de justesse. —On a trouvé tout le contraire de ce qu’elles avaient annoncé.
Elles sont habiles aussi à vous bâtir sur leur ma-
ladie une histoire qui n’est, pas toujours dépourvue de vraisemblance. Elles donnent cours à leur imagination, et si vous n’êtes pas prévenu, elles peuvent vous en imposer. Nous allons en citer un fait rapporte par 1 auteur de l’Esquisse de la nature humaine.
En parlant du développement que le somnambulisme donne à l’imagination, il dit:« On se rappelle que mes deux premières somnambules étaient sœurs. La plus jeune avait les poumons attaqués; elle jouissait d’une rare lucidité, et m’avait inspiré une grande confiance, en me donnant la description exacte des organes de sa poitrine. Un soir, après l’avoir mise en somnambulisme, elle me raconta que de vives douleurs avaient développé en elle une pressensation de l’avenir, en la faisant entrer dans un état magnétique extraordinaire. Elle avait vu son cercueil ; froide et inanimée , on y avait déposé sa dépouille mortelle. Elle avait reçu les larmes et les regrets de ses compagnes ; elle avait entendu les coups du marteau qui refermait sa bière, et les chants religieux et funèbres des morts. « Hélas, me disait-elle, « dans quelques jours j’aurai quitté cette terre qui « commence à se parer pour moi des attraits du « printemps. Vous cherchez vainement à me ratta- « cher à la vie ; je succomberai, malgré vos efforts, k commela fleurflétrie par lagelée dumatin. Je vais « mourir à dix-seplans, lorsque mon avenir s’em- « bellissait encore des illusions de l’espérance. 11 « semble que la nature ne m’approcha de la saison
« des plaisirs, que pour mêler plus d’amertume a cc mes regrets, etc. etc.)) Tout cela était accompagné de soupirs et de larmes, et dit avec un accent de vérité si pénétrant, que la douleur de ma somnambule me gagnait malgré moi. Je voulais la calmer ; mais, en magnétisant dans ce but, je m’affaiblissais au physique comme au moral. Cependant je parvins à la tranquilliser assez pour lui faire espérer une bonne nuit. Je l’éveillai alors, et je la quittai peu d’instans après. J’étais épuisé, et je m’endormis en rentrant* mais mon sommeil fut de courte durée : je m’éveillai au milieu d’une nuit sombre. Aussitôt la prévision de ma somnambule revint a ma pensée. Le besoin de la secourir ne contenait plus mon imagination, ma raison voulut vainement la maîtriser; il fallut céder un instant, et répandre quelques larmes. Le lendemain, j^allai voir mes somnambules; je m’occupai d’abord de l’aînée. Celle-ci, dès qu’elle fut dans l’état magnétique, au lieu de répondre à mes questions sur sa santé, plaça sa main sur ma poitrine, et me demanda la cause de la contraction qu’elle y voyait, «Vous n’êtes pas bien, me dit-elle, <( la paix douce et affectueuse de votre ame a quelque « chose de grave qui m’inquiète ; vous souffrez d’une « peine morale. » Je me tus inutilement, elle en découvrit bientôt la cause et l’objet ; restaient les détails, je les lui contai, cc Comment, me dit-elle, vous <( laissez - vous abattre à ce point par les illusions cc d’une enfant? Elle lisait dans votre ame en vous cc les racontant, et je ne doute pas que votre sen-
cc sibilité n’ait beaucoup contribué aux grâces mecc lancoliques de son récit. On trouve du charme à cc faire entendre ses regrets à quelqu’un qui les cc écoute si bien. Mon ami, vous avez pleuré, je cc ne vous gronderai pas; mais sachez qu’il est des cc hommes que la douleur tue. Ma sœur se désolait cc hier; l’orage est passé, et comme le roseau de la c< fable, elle se relève aujourd’hui. Vous, au con* cc traire, vous résistâtes, et maintenant encore je cc vous trouve battu de la tempête. A liez près de ma cc sœur, elle vous doit la bonne nuit qu’elle vient de cc passer; parlez-lui de la fraîcheur de son teint, et cc vous verrez qu’elle a déjà oublié les vapeurs fuie nèbres de la veille. »
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