‹ Le prophète JoëlChapitre 15 sur 28 · DEUXIÈME STROPHE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME STROPHE

9. — Remarquer l’énergie de ce mouvement oratoire. La poésie hébraïque en présente peu qui puissent lui être comparés. C’est comme un coup de foudre auquel personne ne pouvait s'attendre. Par cette vigoureuse apostrophe le prophète se jette en plein dans son sujet. Le fléau qu'il vient de rappeler en quelques mots étant pour lui un signe évident du courroux de l'Éternel contre son peuple, 1l se hâte d'en prévenir les dernières conséquences en appelant les coupables à l’humiliation et à la repentance, afin d'obtenir le pardon de leurs fautes et, : par là, d'échapper à une ruine totale. L'abus du vin paraît avoir été fréquent parmi les Israélites et l’ivrognerie avoir atteint toutes les classes de la société (Osée VIE, 5; Amos VI, 5; Ésaïe V,11) sans en excepter celle des sacrificateurs et des prophètes, Ésaie XX VIII, 7.8. S’adressant tout d’abord à ces hommes sensuels, Joël leur déclare qu'eux les premiers souffriront de l'épreuve résultant de cette invasion de sauterelles, car pour cette année la récolte du vin est perdue. — £/Pn 2° plur. impér. Hiphil de 73? réveiller, se réveiller, ne se trouve dans ce sens qu’à l’Hiphil. Synonyme de ÿp?; les deux rac. se rattachent à la rac. Ÿ£h?, couper, séparer, d’où le nom de ÿ? fin, terme d’une chose. La forme Hiphil désigne donc l’idée de mettre un terme à un état anté-

rieur, qui est celui du sommeil, c’est-à-dire se réveiller. — D'WDŸ ivrognes, rac. V2Ù boire à satiété, s’enivrer ; lit. enivrés, pris de vin, gens ivres. — PV Hiphil de 27 qui ne se trouve qu’à l’Hiphil et une fois à l’Hophal, Ps. LXX VIII, 63, se lamenter; mot onomatopée qui, comme l’inusité 7?N (d’où l’interjection de douleur 2? grec élelev, Job X, 15; Mich. VIT, 11), est l'équivalent du orec ahakalew qui signifie aussi se lamenter. C’est exprimer sa douleur plus violemment que par le simple fait de "22 pleurer. — PBuveurs de vin. Pour le parallélisme, car c’est la même idée que celle indiquée par

D'Y20. Ce n’est pas le fait de boire du vin qui est blâmé, mais d’en boire avec excès au point d’en être enivré. C’est cette sorte de buveurs de vin que désigne l’expression employée. 7” est le terme général pour vin et paraît être un mot primitif. L’hébreu possède plusieurs termes pour désigner le vin suivant ses divers degrés de fermentation. Le 7” est le vin lorsqu'il a fermenté; l’O’0) qui se trouve dans le même verset est le moût proprement dit, le jus fraichement exprimé de la grappe et n'ayant encore subi aucune fermentation. Rac. 00) Mal. IV, 3, fouler (texte héb. IIE, 21). C’est non seulement ce qu’on appelle le vin doux, le jus frais du raisin, boisson peu enivrante, mais c’est aussi celui d’autres fruits dont on extrait également le jus pour le boire. C’est ainsi qu’il est parlé de l’O0Y de grenade, Cant. VIII, 2, et nous savons que les anciens faisaient du vin de pommes, du cidre, du vin de palmier, etc. «Il est retiré de votre bouche (lit. retranché), » c’est-à-dire qu'ils en seront privés, la récolte n’ayant pu se faire pour la raison exposée au verset suivant.

6. — Comparant l'invasion des sauterelles à celle d’une armée ennemie, redoutable par le nombre et les moyens d'attaque, Joël dépeint l'étendue des ravages qu’elle à causés. Autant de mots, autant de métaphores aussi justes que hardies. Ces sauterelles sont un peuple 53; faut-il voir dans le choix de ce mot au lieu de celui de DY une intention particulière du prophète? S'il en a eu une quelconque, on ne peut lui supposer que celle de signaler par le mot 3 l’idée plus particulière d’hostilité contre Israël que rappelle généralement ce mot, employé le plus souvent quand il est question des peuples païens, ennemis du peuple de Dieu. Cependant les prophètes s’en servent aussi pour désigner les Israëlites comme nation, Ésaïe I, 4; IX, 2; Ps. XXXIIL, 12 et l'Éternel, par la bouche de Sophonie, IL, 9, appelle Israël %3 ma nation, en opposition avec 2) mon peuple, Gen. XII, 2. Le verbe suivant complète l’image d’un peuple en marche, qui s’avance, qui Monte, a vers la Judée, pays élevé au-dessus des contrées environnantes. La préposition ?D, pas plus que le verbe, ne contient nécessairement l’idée d’hostilité contre le pays, mais seulement marque le Heu vers lequel on monte. Il faut donc traduire non contre, mais vers, Ésaie XIV, 14; XL, 9; Jér. II, 7; VII, 31. De quelque lieu que l’on parte pour se diriger vers la Judée, c’est toujours Monter qui est employé pour indiquer le fait et surtout lorsqu'il s’agit | de Jérusalem, Zach. XIV, 16. SN mon pays, c’est le prophète qui parle et il ne peut être question que de son propre pays, ou du pays du peuple de Dieu, et non, comme l’ont entendu à tort quelques interprètes, du pays de l'Éternel qui s’exprimait ainsi par la bouche

de Joël. Littéralement ma terre, voir le sens de ce mot au verset 2. Le mot qui se rapproche le plus de cette idée est noi, lieu de naissance, ou bien 72), mon peuple, le peuple auquel j’appartiens. Gen. XII, 1; XXIV, 4; Jonas I, 8. PSY fort, rac. DXY lier, attacher ensemble, être fort physiquement ou par le nombre (voy. Ps. XL, 10). Ici la force de l’ennemi qui s’avance tient surtout à sa multitude qui est innombrable. — 20 ses dents, de Ÿ plur. 220, est l’expression générale pour dent, ivoire, de la rac. T2Ÿ aiguiser. Les sauterelles n’ont pas de dents proprement dites, en tous cas, leurs mandibules servant à broyer les substances qu’elles attaquent, ne ressemblent en rien aux dents d’un lion. Le point de comparaison doit être cherché dans les effets produits de part et d'autre par ces terribles instruments de destruction. MN forme augmentée de "IN nom général du lion, prose et poésie. La forme augmentée est la plus fréquente et ne se trouve qu’au singulier. Rac. MK cueillir, arracher, déchirer. — Comme parallèle à ce nom, on trouve dans ce verset N°27, mot exclusivement poétique et qui ne se trouve qu’au singulier. Rac. inus. N2? qui parait signifier rugir. Il n’est pas prouvé, comme le veulent Bochart et d’autres interprètes, que ce nom ne désigne que la lionne. Dans cette acception on trouve, Ézéch. XIX, 2 la forme féminine N°22. Dans le passage de Joël, les deux noms paraissent désigner le lion d'espèce ou d’âge différent, mais non de sexe, c’est ainsi que Job VE, 10. 11, on voit le lion désigné par cinq noms différents; cette abondance d’expressions n’approche pourtant pas de celle de l’arabe, dans lequel on compte près de cinq cents noms pour désigner ce même animal

(Renan, ist. des langues sémitiques, p. 137); mais beaucoup de ces termes ne sont que des qualificatifs purement poétiques. Gen. XLIX, 9 Juda est comparé à un FN et à un N°27, deux épithètes rappelant la même idée, celle du lion courageux et redoutable. — D’un autre côté, comme N°27 vient d’un verbe qui signifie rugir, on pourrait peut-être exprimer cette idée radicale en traduisant le substantif par: un lion rugissant, c’est-à-dire un lion adulte, d’âge à rugir; tandis que l'A ne rappellerait que le lion à l’âge où 1l peut saisir sa proie et la déchirer. Le français manque de mots pour exprimer ces nuances. — niy?ne est proprement le participe pluriel féminin Piel de Don inus. au Qal. Gesenius, le faisant dériver de l’arabe thalia, lui donne le sens de longo collo præditus fuit ; mais, d’après Meier, il faudrait le rattacher à la racine ésalaa qui, en arabe, signifie rompre, briser, broyer, sens qui, en effet, correspond bien mieux à l’idée que veut exprimer 1c1 ce nom, qui fait parallèle à © dent, et qui paraît être un mot poétique signifiant la même chose, mais seulement d’une manière plus vague. On le rend parfois par mâchoire, en en faisant un équivalent de n?, mais ce n’est pas exact; c’est, d’une manière générale, la denture, le râtelier, et non la pièce osseuse qui supporte les dents. Au Psaume LVIIT, 7 notre mot se trouve, par suite d’une transposition de lettres, sous la forme nipnon. Ce nom qui, dans notre verset, se rapporte à N°2?, donnerait à entendre qu'il

s’agit d’un lion dans la force de l’àge. |

7. — La vigne et le figuier sont surtout mentionnés comme source abondante de productions agréables et

utiles, dont la ruine devait être particulièrement sensible à tous les habitants. C’est dans le territoire de Juda que la vigne se trouvait en plus grande abondance et de qua- lité supérieure. De Juda il est dit, Gen. XLIX, 11, qu’ «il lave son vêtement dans le vin et son manteau dans le sang des raisins». Les vallées d’'Escol, Nomb.. XIII, 24, de Sorek, Juges XVI, 41, les territoires d’Enguédi, Cant. I, 14, de Thimnatha, Juges XIV, 15, étaient particuliérement renommés. Partout se trouvait la vigne en deçà et au delà du Jourdaim et, dans le langage figuré des prophètes, elle est souvent prise comme l’image ou le symbole d'Israël, Ps. LXXX, 9; Osée X, 1; Ésaïe V, 1-7; Jérémie II, 21; Éz. XIX, 10; Matth. XXI, 33-41. L’historien Josèphe rappelle ce symbole lorsque, dans sa description du temple, il dit: «La porte à l’intérieur de «la salle était entièrement revêtue d’or comme le mur «qui l’encadrait. Elle était couronnée d’un cep de vigne «d’or d’où pendaient des grappes de la hauteur d’un «homme» (Guerre des Juifs, V, v. 4). La vigne, comme emblème de la Palestine, se trouve sur des monnaies de l’époque des Maccabées (Munck, 0. c. p. 660). Le figuier est une des cultures les plus anciennes et les plus générales de la Palestine. Son produit est des plus abondants, puisqu'il porte des fruits pendant dix mois de l’année en trois récoltes de qualités différentes. Les meilleures figues sont celles de la première récolte, qui se fait au mois de jum, Jér. XXIV, 2. Une seconde cueillette se fait au mois d'août et la troisième au mois de janvier. Préparés pour être conservés, ces fruits étaient d’une grande ressource pour l’alimentation. Ma vigne et mon figquier, comme au verset 6, c’est le prophète qui parle au nom du peuple,

et non l’Éternel. Les deux substantifs, étant pris dans un sens collectif, sont au singulier. Z} a mis mes vignes TaU? le passage d’un état à un autre s’exprime avec la prép. ? — MAÛ dévastation, désolation. Rac. DAÙ être étonné, surpris, interdit, stupuit ; être dévasté, désolé. — M2X) ici seulement, morceau, pièce. Rac. FX? briser; mettre en pièces, plus fréquemment: s’irriter, se mettre en colère. — FN dont nous avons ici l’infinitif absolu Qal précédant la 3° sing. m. Prét. du même verbe, accompagnée du pronom féminin, signifie écorcer, lever la peau, mettre à nu, par exemple un arbre, une branche, comme Gen. XXX, 37; Ps. XXIX, 9. L’infinitif absolu devant un autre temps du mème verbe, a pour but de faire mieux ressortir ou de renforcer l’idée du verbe, ce qu'alors nous exprimons surtout par un adverbe; ici, par exemple, par entièrement. — Le suffixe féminin qui accompagne ce verbe au prétérit se rapporte très-probablement aux deux noms vigne et figuier considérés 1solément; car c’est l’un et l’autre que les sauterelles ont endommagés, comme 1l est dit dans le premier distique, en rongeant leurs feuilles et leur écorce, rejetant ce qui ne pouvait les nourrir et les faibles rameaux qu’elles parvenaient à détacher. C’est ce qu’indique le verbe TU jeter, rejeter, envoyer au loin auquel nous donnons pour complément ces mots: ce qu'il n’a pu manger. — 1297 3° plur. Hiphil de 122 inusité au Qal, être blanc. Hiphil, transitf rendre blanc, blanchir; intransitif, devenir blanc, étre blanc. — DD seulement au plur. sarments de vigne, Gen. XL, 10. Rac. MVÙ inus. au Qal, tresser, entrelacer. À cause du sens exclusif de ce nom, le suffixe qui D se rapporte eee à 7223.

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