‹ Le prophète JoëlChapitre 23 sur 28 · DEUXIÈME STROPHE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME STROPHE

La sécheresse va cesser, la terre va de nouveau être rendue productive par une pluie abondante, l’armée ennemie (les sauterelles) sera détruite, étant dispersée par le vent dans le désert et dans les mers environnantes, et Israël vivra dans l’abondance, tranquille et

heureux sous la protection permanente de son Dieu, 19-27. — C’est de cette manière que l'Éternel répondit aux supplications de son peuple, ainsi que le constate le prophète dans cette seconde partie de son livre. — TN fut. Qal de 13 donner, livrer à. Ici avec l’accusatif et v. 17 avec ?, ce qui est également exact. — nov participe envoyant, c’est-à-dire je vais vous envoyer. Précédé de "2ñ1, le participe présent exprime souvent l’idée du futur, surtout dans le style prophétique, Es. IIL, 1: VII, 14; XVII, 1. L'article devant Les trois noms /roment, moût, huile indique une quantité déterminée, suffisante pour que les habitants en soient rassasiés. — V2 intransitif, avec l’accusatif de la chose. Ex. XVI, 12.

20. — Promesse de la délivrance du fléau des sauterelles. — *NDXT, ce mot, qui ne se trouve qu'ici, a donné lieu à bien des interprétations. Considéré isolément et au point de vue purement philologique, c’est probablement un adjectif dénominatif de T2X le Seprentrion, le Nord ; 1l signifierait donc le Septentrional, celui qui vient du Nord. Et comme il est ici question d’une armée, celle-ci ne peut être que celle des sauterelles ou celle des Assyriens, selon qu’on adopte le sens littéral ou le sens allécorique dans l'exposition du prophète. Mais l’une et l’autre de ces suppositions ne satisfont pas. Car, d’un côté, du temps de Joël les Assyriens n’ont rien à faire avec la Palestine, et de l’autre, ce n’est pas du Nord que viennent les sauterelles qui envahissent ce pays, mais des déserts de l’Asie et de l’Afrique, à l’Æst et au Sud de la Palestine. — Les consonnes du mot étant conservées, il se pourrait que la ponctuation ne

fût pas exacte. Aussi Ewald propose-t-il de ponctuer EX qu'il dérive d’une racine SX ou 2X inconnue en hébreu, mais qui, en arabe, signifie: mettre en ordre, disposer une armée, d’où vient le substantif saffoun : ordre de choses qui se suivent et hommes disposés en série, ordre, armée en bataille. En rapprochant de cette racine inconnue en hébreu celles usitées de 2%, 5%*, 5% placer, ériger, poser, °YEX serait l'adjectif d’un substantif TES série, ordre de bataille et signifiant tout simplement l’armée (Ewald, die Proph. des Alten Bundes, I. p. 78; Meier, p. 123). La correction est ingénieuse, mais manque de bases suffisantes. Hitzig semble avoir raison en rattachant 319% à T2S Ex. XIV, 2, nom du dieu égypüen 7'yphon, principe du mal et de la stérilité. C’est bien, en effet, de ce côté que viennent habituellement les sauterelles qui désolent la Palestine, se dirigeant des déserts de l’Arabie vers le Nord. Appliquée aux sauterelles, cette épithète est très bien traduite par le destructeur \. — D3?D% litt. de dessus vous, parce que le fléau pèse sur eux comme un fardeau dont l'Éternel va les décharger. PAM prét. Hiph. de M7) pousser, repousser, chasser ; la syllabe 7 se trouve dans beaucoup de verbes exprimant cette idée, comme #7, PM, n°93, 17, NN. — MS fém.; masc. ?S aridité, pour 13 rac. inus. fWIX étre brillant, exposé au soleil, apricus, étre desséché par le soleil, d’où le nom TX, locus apricus. Terre d’aridité = terre ou désert aride. AAC ef de dévastation, de désolation, amplification de la même idée, c’est-à-dire dans un lieu où devront infailhiblement

1 Voir la tractation approfondie de ce sujet dans Wünsche, o. c., p. 211-212.

périr les sauterelles, par impossibilité de s’y nourrir. — 1201 “re V25 Il est évident que ces deux mots se rapportent à l’armée des sauterelles, mais c’est à tort que Credner veut y ajouter l’idée de temps, l'invasion selon lui comprenant des individus d’âges différents, de là cette version: /a première bande... la dernière. Mais on ne trouverait pas un seul exemple à l’appui d’une pareille interprétation de ces deux mots, dont le sens littéral est: sa face et sa fin et dans l'application qui en est faite 161 à l'invasion des sauterelles comparée à un corps d'armée, le premier de ces mots désigne la partie la plus avancée ou l'avant-garde et le second, d’après la même image: l'extrémité ou l’arrière-garde. L’ennemi doit être en partie précipité dans deux mers voisines, l’une appelée mer antérieure ou orientale, l'autre la mer postérieure ou occidentale. C’est la face tournée vers l’Orient que l’Hébreu considère les diverses régions du monde alors connu. Il a donc toujours derrière lui la Méditerranée, de là son nom de mer postérieure MINT 01 c’est pourquoi l'Occident s’appelle également 21 tout court, Gen. XII, 8 — L’Orient est, pour l’Israélite, le devant, 27P. La mer qui est devant le prophète habitant à Jérusalem, c’est la mer Morte, appelée ici 227Pn D Zach. XIV, 8; E. XLVII, 18. Le nom ordinaire de cette mer est 225 ©? Gen. XIV, 8, etc., la mer salée. Les sauterelles venant du sud-ouest et se dirigeant vers le nord-est furent refoulées par un vent du Nord dans ces deux mers, la partie formant l’arrière-garde dans la Méditerranée, l’avant-garde dans la mer Morte; le centre de l’armée fut précipité dans les déserts qui entourent la mer Morte. — ÜN2 puanteur, rac. UN2 sentir mauvais,

puer. — MTS à key. infection. La racine JS n’existe pas en hébreu, mais le sens du nom n’est pas douteux par suite de sa parenté avec l'arabe et aussi avec d’autres racines hébraïques, telles que MT sentir mauvais. C’est le parallèle de ÊN3. — 737 Hiph. de ?73 étre ou devenir grand; l'Hiphil faire grand, augmenter accompagné, comme ici, de l’infinitif my?, prend un sens adverbial et signifie agir avec éclat, præclare egit, de mème que l’'infinitif absolu 2211 de 20? ére bon, devient un adverbe sigmifiant bien, exactement, soigneusement, lorsqu'il est associé à un autre verbe 22 non lu interrogeras bien, Deut. XIII, 15. 221 AUNT) tu rechercheras bien, Deut. XVII, 4 — nivo Cri devra donc se traduire : il à agi grandement, excessivement, c'est-à-dire que le mal que l’ennemi à fait est immense, de là cette interven- tion de Dieu pour l'arrêter dans l’œuvre à l’accomplissement de laquelle il ne prend part que comme instrument de Dieu. C’est pourquoi il ne faut pas prendre ces mots comme le font quelques interprètes qui y voient un bläme de ce qui s’est fait. Les sauterelles ne sont que les exécuteurs du plan de Dieu envers Israël, mais le châtiment a, en ce moment, atteint son plus haut degré et l'Éternel le fait cesser en brisant les instruments dont il s’est servi. Il y à encore à remarquer dans ce verset l'usage des temps. Le discours débute par un futur PK, j'éloignerai ; puis viennent deux prétérits a PANTIN, finalement, il revient au futur ?Dn. Credner voit dans ces changements de temps une preuve à l’appui de l’idée d’après laquelle il est question de deux invasions de sauterelles à des époques différentes. Ces deux bandes composent ce que le prophète désigne par le nom

de "2%", représenté par la dernière, bande dont le peuple souffrait encore au moment de sa repentance ; Dieu se propose de la repousser, de là Le futur PM; mais la première bande (VE) était déjà détruite depuis longtemps dans la mer Morte et dans les déserts environnants et l'odeur des corps morts se faisait sentir; cette double idée serait indiquée par les deux prétérits VAN je les ai chassés et n2D (leur puanteur) est montée. Le futur suivant DA elle montera, se rapporterait à la seconde bande (120) à laquelle le même sort est réservé, comme Dieu en fait 1e1 la promesse. Cette idée sur l'usage des temps est tout aussi peu juste que celle de la division des sauterelles en deux bandes détruites à des époques différentes. Joël, il est vrai, est remarquablement exact dans l’emploi des temps de verbe et cette strophe en est un nouvel exemple, car elle présente les formes que le style prophétique classique aime à revèur. L’Éternel annonce ce qu'il va faire, mais, dans sa pensée, la chose est déjà accomplie: j'éloignerai l’adversaire… je l’ai chassé. L’odeur de ces cadavres s'élève, c’est-à-dire se fait déjà sentir. Cette phraséologie éminemment divine impose la confiance dans la promesse, il n’y a pas place pour le moindre doute, car dans la pensée de Dieu, la chose est tellement certame qu'elle est déjà réalisée. En terminant, le prophète reprend la forme de temps par laquelle 1l a débuté, c’est-à-dire le futur, et ramène ainsi l'esprit au point de vue humain d’où il lui est permis de juger de l’état réel des choses.

21. — Joël, qui venait d’exhorter le peuple à l’humilation et à la repentance I, 8, 11, après avoir fait

entendre cet oracle si consolant, reprend la parole pour inviter la terre d'Israël et tous ses habitants à la confiance et à la joie.

MAIN ici dans le sens spécial de so, champ, terre qu'on cultive, humus. C’est cette terre, en effet, qui a eu surtout à souffrir et de l'invasion des sauterelles et de la grande sécheresse qui l’ont stérilisée (voy. ce verset dans Credner) et l’ont laissée dévastée, I, 10. Mais l'Éternel va envoyer une pluie bienfaisante, v. 23 et avec elle d’abondantes moissons, v. 24. Tout sujet de crainte étant passé, qu'elle s’abandonne à la joie, éclatante tout d’abord comme cela est naturel et même inévitable en passant brusquement d’une impression à une autre qui lui est opposée. Mais, à cette joie bruyante doit succéder quelque chose de plus calme (RAŸ), comme ce qui doit être permanent. Ce qui autorise cette joie, c’est que l'Éternel aussi a fait de grandes choses, ou, comme 1l est dit au verset 26, a agi merveilleusement. Ps. CXXVI, 2, 3. C’est ce qui est dit aussi des sauterelles et dans les mêmes termes, au verset précédent. Le

prophète aime ce double emploi des mêmes mots, comp. LE, 10—12; IT, 3; IIT, 5.

22. — Les pâturages manquent par suite de la sécheresse, le prophète avait décrit l’état misérable où se trouvait réduit le gros et le menu bétail, errant dans le trouble par manque de pâture I, 18. Mais maintenant que la terre va se couvrir de verdure, tout sujet de crainte à disparu pour eux, de même que pour ceux qui se nourrissent du fruit des arbres ou de celui de la vigne. — NÛT germer., verdir, dénominatif de NŸT herbe tendre;

la première pousse, herba tenella. La grande herbe bonne à couper s’appelle VÆ. Le verbe NT est employé seulement encore Gen. I, 11. Les prairies du désert, voy. I, 18. — 175 NÛ) est plus élégant et plus poétique que l’expression habituelle 2 "0, Gen. I, 11; Es. V, 2. — ?"1 force, puissance, richesse. Ici dans le sens du latin arboris opes. — Tout est donc changé de l’état décrit I, 12. Les parfaits de ce verset sont bien choisis pour une narration. Ils nous donnent l’idée d’un état de choses commencé qui se poursuit, ce qu'en français nous exprimons exactement par le présent.

23. — Et vous, enfants de Sion... Cette épithète, qui n’est employée qu’en poésie, désigne d’une manière générale tous les adorateurs de Jéhovah dont le temple s'élève à Jérusalem sur la montagne de Sion et que l'Éternel appelle son peuple, v. 26, 27. La même voix qui avait appelé ce peuple à pleurer et à se lamenter, I, 13—15, le convie présentement à s’abandonner à la joie et à l’allégresse, M nav I, 16, que la gran- deur de l'épreuve avait fait cesser. Mais cette joie qui va renaître sera sainte, car c’est en l'Éternel, ra), qu’elle doit s'exercer. Les verbes exprimant les affections, les émotions du cœur et de l'esprit se construisent avec les prépositions 2 ou 5y suivant le caractère du sujet. Dieu se réjouit 3, swr, au sujet de l’homme ou d’une chose, Deut. XX VIII, 63; És. IX, 16 etc. ; ?y rappelle l’idée de supériorité, 2 celle de relation avec Dieu, objet de la joie de l’homme. — nPTX? MAT d’après le contexte et le parallélisme, signifie: la pluie d’automne dans la juste mesure (Calvin, Credner, Hitzig,

etc.) et non pas «le maître de la justice», c’est-à-dire le prophète (Raschi) ou le Messie (Abarbanel et la plupart des Luthériens) ou encore le maître idéal, le collectif de tous les envoyés de Dieu (Hengstenberg), ni: la pluie en (signe de) justification (Ewald), ou bien: pour (révéler) la justice (éternelle) (Umbreit). Voir Wünsche sur ce verset. — M2 ou 7 Deut. XI, 14, l’un participe Hiphil, l’autre participe Qal de NV jeter, lancer, répandre. Le nom désigne la pluie de la première saison, c’est-à-dire celle qui tombe au commencement de l’année Juive qui débute par le mois d’octobre. C’est après cette pluie, qui dure de deux à six jours, que le laboureur répand les semences qui doivent passer l’hiver en terre. — np? TX? litt. selon ce qui est droit, juste ; selon la justice. De là le sens naturel et très satisfaisant de : dans une juste mesure, c’est-à-dire ni trop forte, ni trop faible, mais suffisante en ce qu’elle réponde aux besoins du moment. Cette idée convient ici bien mieux que celle que propose Meier : pour signe de grâce, en signe de pardon. Au physique comme au moral, MP7% féminin de 7£ rappelle l’idée d’une juste correspondance ou accord entre deux choses, Lév. XIX, 36. — DU imber, pluie forte ou subite. Le mot DA désigne la pluie en général; d’où EUA 928, Zacharie X, 1, ou 092 OUI une averse, Job XXX VII, 6, expressions qui reviennent à celle-ci, 717 DÙA, une grande, une forte pluie, 1 Rois XVIII, 45. 2e vip? pluie tardive, d’arrière-saison, qui tombe avant la moisson, entre mars et avril La racine TP? qu’on ne trouve qu’une seule fois employée au Piel, Job XXIV, 6, signifie, comme Do, cueillir, rassembler avec l’idée de faire tardivement la chose, cueillir les derniers

fruits, d’où vp9 fœnum seraticum, le regain, Amos VII, 10. — MUNN2. Le sens exact de ce mot est très contesté; les exemples qui existent de cette locution dans d’autres livres aident à découvrir le sens qu'elle doit avoir ici, si l'on conserve l'orthographe du texte reçu. Littéralement TONT2 dans le premier, sens elliptique qui oblige à lui trouver un complément dont 1l peut se passer en hébreu. Gen. VIIT, 13; Ex. XII, 18; Nomb. IX, 5, etc. Le complément, comme l'indique le contexte, ne peut être que le mot mois, et l’on peut traduire avec une entière certitude dans ces passages l'expression TUNT2 par : dans le premier mois. Il est vrai que dans Joël le contexte ne nous oblige pas de la même manière à accepter le complément, puisqu'il n’y est pas directement question de temps ou d’une époque quelconque ; néanmoins on y est forcément conduit par l'impossibilité de donner un autre sens au mot ainsi orthographié. Pour en trouver un autre, il faudrait, avec plusieurs traducteurs, supposer une faute de copiste et lire JIUN72 au lieu de TUN"2, ce qui, à leur avis, permet de traduire xaews Eurpoo8e, LXX, comme précédemment le Syriaque, la Vulgate; comme auparavant Osterwald. Ce sens, il est vrai, conviendrait bien dans cette phrase, malheureusement on ne peut l’obtenir, même à l’aide de la correction proposée. Pour que l’adjectif prit ce sens adverbial, il lui faudrait une terminaison féminine, on aurait alors MUNN2 Deut. IX, 18; cette terminaison est une condition orthographique essentielle, comme on peut le voir par Josué VIIL, 5; Juges XX, 32; 2 Sam. VIT, 10, etc. En conservant l'orthographe du texte reçu, on ne peut se refuser à donner à ce mot le sens qu'il a

partout ailleurs, qu’en supposant arbitrairement, comme Meier, que 2 doit être pris dans le sens de 2, en sorte qu’il faudrait traduire MONT2 par comme le premier, ce qui voudrait dire que la pluie doit être considérée comme le commencement ou le premier témoignage de la faveur promise : réjouissez-vous en l'Éternel, car il vous a envoyé une pluie abondante, comme premier signe ou commencement de sa grâce. Cette idée se rattache au sens donné par Meier au mot AP TY?, sens que nous avons écarté. D'autre part, 3 et 2 ne s’emploient pas indistinctement l’un pour l’autre, et c’est à tort qu’on cite pour preuve l’usage de 3 par exemple dans Ex. VI, 3; Ps. XXXIX, 7. Pour obtenir le sens que demande Meier, il faudrait lire un), expression qui n'existe qu'avec la terminaison féminine et signifie auparavant, ce qui est régulier, Juges XVIII, 29. Il est donc inutile de supposer que le 5 à pu par erreur devenir un 2, puisque le cas ne suilirait pas pour donner le sens qu'on voudrait obtenir au moyen de cette correction. L'idée de Credner : éout récemment, eben erst, est encore moins admissible. Avec la paraphrase chaldaïque et de bons exégèêtes, nous conservons l’orthographe présente et le sens que ce mot a partout ailleurs, celui de : dans le premier, sous-entendu mois. L’année légale, telle qu’elle avait été fixée par le législateur, en mémoire de la sortie d'Égypte, Ex. XIII, 4, commençait vers l’équinoxe du printemps par le mois d’Abib ou mois des épis, parce qu’à cette époque les épis mûrissent. Il correspond à une partie de mars et d'avril. Après l'exil, ce mois porta le nom de Nisan, Néh. IT, 1; Esther IIL, 7. Ce n’est évidemment pas en vue de cette époque de Ia moisson

que dans ce passage la pluie est promise, Prov. XX VI, 1, et l'expression TÈN"2 ne peut se rapporter au premier mois de l’année, le mois des épis. C’est avant la récolte que tombe régulièrement la pluie dite de l’arrière-saison, vip, elle commence vers la fin de février et se continue pendant une partie de mars, après quoli.elle s’interrompt jusqu’après la moisson dans le courant d’avril pour Jérusalem. Il s’agit donc ici du premier mois dans lequel la pluie de l’arrière-saison commence à tomber, c’est-à-dire entre février et mars et de la régularité de laquelle dépend le résultat de la moisson qui va se faire. «Je vous ai retenu la pluie, dit l'Éternel, quand 1l restait encore trois mois jusqu'à la moisson », Amos IV, 7. Il est ici question de la pluie de l’arrière-saison et qui commence en février, époque à laquelle on compte sur elle pour faire une bonne récolte. — YYN72 se rapporte donc exclusivement à Upon. La fixation du 1287 UNA ou commencement de l’année au septième mois, nommé dans la suite 7isri, est-elle postérieure à l'exil, d’après l'habitude des Syriens dont l’année commençait à l’équinoxe d'automne par le mois d'octobre, ou bien faut-il croire avec la tradition juive et un grand nombre d’auteurs chrétiens que les Hébreux avaient une double année, l’une théocratique ou religieuse commençant au mois d’Abib ou Nisan (avril), l’autre civile ou ordinaire commençant au septième mois ou Zisri (octobre)? Cette question demanderait, sur le calendrier des Hébreux, une étude longue et approfondie qui ne peut trouver sa place ici. En tout cas, Joël n’ayant en vue que l’époque des pluies de l’arrière-saison, nous nous trouvons dans la dernière année fixée par Moïse et qui serait celle de l’année religieuse.

24. — Voici l'effet matériel le plus prochain du retour de la faveur de l'Éternel : une abondance extraordinaire des produits de la terre. — MMM sing. à aire, rac. inus. ] à qui, en arabe, signifie planer, polir, nettoyer. Le 7à est donc un lieu aplani, égalisé. Place à l'entrée d’une ville, I Rois XXII, 10 ; mais surtout : lieu réservé pour battre le blé, Ruth II, 2, ete. — 72 froment, rac. V2 séparer, nettoyer, purifier. C’est donc le grain battu, séparé de sa paille; les aires en sont pleines. — YP0T Hiph. de P\ÿ inus. au Qal = D} courir ; Hiph. déborder, regorger. — 2ÿ? cuve, rac. inus. 2j? = 2p) creuser. C’est la cuve creusée dans la terre ou dans le roc et dans laquelle découle du pressoir (MY) le jus du raisin ou des olives.

25. — D'UN les années, c’est-à-dire le produit des années. Ce pluriel indique-t-1l que le ravage causé par l'invasion des sauterelles durait depuis plusieurs années ou bien que le mal fait en une seule fois était tel que, sans l'intervention de Dieu, les conséquences devraient s’en faire sentir durant plusieurs années ? Cette dernière idée est par trop forcée ; il est bien plus simple de prendre le mot Ê”23Ù dans son sens naturel et d’admettre que le pays souffrait depuis plusieurs années de l'invasion sans qu’on soit obligé d'admettre avec Credner qu'il s’agit d’une première invasion qui aurait eu lieu à la fin d’une année, et d’une seconde provenant des œufs déposés par la première et qui aurait fait son apparition au printemps suivant. Ce discours, 1l est vrai, ne parle pas de plusieurs invasions de sauterelles, mais le fait qu’il y est question de réparer le dommage qu’elles ont fait pendant

plusieurs années, permet de croire qu’il est question de plusieurs invasions. Le prophète reprend 1ci le style de l’oracle interrompu au verset 20 pour inviter en son nom le peuple à se réjouir. Les noms des sauterelles ne sont point énumérés dans le même ordre que dans Ï, 4, ce qui confirme l’idée qu’il s’agit, non d’autant d'espèces distinctes l’une de l’autre ou de différents àges, mais d’épithètes désignant les caractères de la famille des sauterelles dont le nom générique est 27K. P?° qui suit commence l’énumération des fonctions de l’M2K et Les deux épithètes suivantes précédées de la conjonction dépendent de la première dont elles complètent l’idée,

26. — Diau DIN manger et étre rassasié. Deux infinitifs absolus qui ont pour effet de renforcer l’idée contenue dans ce verbe qui les précède et assurent la durée de l’action rappelée par ce dernier. — DA??n a? plur. Piel de ?2" briller, reluire, être hautain, arrogant. Piel chanter, louer, célébrer. — MW OÙ Le nom de l’Éternel. Le nom pour l'être même, la personnalité de Dieu telle qu’elle s’est fait connaître à l’homme par la parole et par des actes, et tout spécialement à Israël, comme Jéhovah le Dieu de l'alliance ou de la révélation du salut. C’est à tort que dans cette expression, fréquente dans le style biblique, Credner veut voir une trace de la spéculation métaphysique sur la nature de Dieu chez les anciens Sémites. D’après lui, en s’exprimant ainsi, les Hébreux auraient donné à entendre que lessence de la divinité est incompréhensible et que l’homme en l’adorant lui confère toujours les idées subjectives qu’il s’en faisait sans pouvoir l’embrasser objectivement dans son

ensemble, dans son existence suprème (Ursein). Cette idée, qui enlève à la théodicée hébraïque tout caractère surnaturel, n’est qu’une des nombreuses hypothèses dont se compose la théorie philosophique inventée à notre époque et d’après laquelle le monothéisme sémitique viendrait se ranger tout naturellement dans l’histoire des religions. Chose singulière, après avoir reconnu ce qui est vrai, qu'entre tous les peuples de l'antiquité, les Sémites se distinguent par la pauvreté des idées, le manque d'imagination et surtout d’aptitudes à la spéculation philosophique, au point qu’on n’hésite pas à reconnaître que, comparée à la race indo-européenne, la race sémitique représente une combinaison inférieure de la nature humaine, on veut pourtant, malgré tous ces désavantages, que cette même race soit naturellement douée d’une puissance d’intuition tellement ferme et sûre que, sans réflexion n1 raisonnement, elle ait atteint la forme religieuse la plus épurée que l’antiquité ait connue. (Renan, Hist. des langues sémitiques, ch. I.) Ce serait donc par un pur instinct que la race sémitique serait arrivée à la notion qui, de sa nature, est la plus spéculative et dans l’étude constante de laquelle les esprits les mieux doués philosophiquement ont tous échoué, sans exception. Mais à cela (ce qu’on ne s’explique pas) se serait borné le privilége de cette race, car sur tous les autres points des sciences naturelles ou métaphysiques, les autres peuples lui ont été incomparablement supérieurs. Au double point de vue de la philosophie et de l’histoire, cette théorie ne peut se soutenir, le raisonnement et les faits la sapent par la base qui n’est, elle-même, qu’une pure hypothèse. L'instinct sémitique est, de sa

nature, si peu monothéiste, qu'abandonné à lui-même il ne diffère point de celui qui conduisit tous les autres peuples à l’idolâtrie la plus monstrueuse. Les ancêtres du père des croyants monothéistes adoraient eux-mêmes les faux dieux, Josué XXIV, 2, et les Arabes, dit Hérodote, invoquaient Bacchus qu’ils nommaient Orotal et Vénus, Alilat, c'est-à-dire Allahèt, la déesse par excellence (Hérod. III, 8). Ce prétendu instinct monothéiste des Sémites fut si peu ferme et sûr que les institutions les plus propres à l’affermir et à en faciliter le développement, s’il eût existé comme on veut le dire, furent généralement en lutte constante contre une disposition contraire qui, plus d’une fois, parvint à s’en affranchir et à faire triompher les principes naturels à toutes les races humaines, ceux de l’idolâtrie. S'il était vrai, comme le pense Credner en particulier, que l’idée que les Hébreux se faisaient de la divinité n’était que le résultat de la spéculation de leur propre esprit, comment expliquer que ces anciens polythéistes, doués de peu d'imagination et manquant d’aptitudes à la spéculation philosophique, soient pourtant arrivés à se faire de Dieu une idée supérieure à celle des autres peuples, à concevoir une divinité qui, par la perfection de sa nature et de ses attributs, correspond si bien à tous les besoins de la conscience humaine de même qu'à l’idéal des esprits les plus cultivés? Abandonné à son instinct naturel, l’'Hébreu se tourne vers Baal, Molok et Astarté et se trouve ainsi au niveau des idées religieuses de son temps, et nous ne voyons pas comment il serait naturellement conduit à leur opposer une conception toute différente, une création dont d’ailleurs le type n’est point en lui. «On n’invente point le

monothéisme, dit M. Renan : l’Inde, qui a pensé avec tant d'originalité et de profondeur, n’y est pas encore arrivée de nos jours ; toute la force de l’esprit grec n’eût pas sufli pour y ramener l’humanité sans la coopération des Sémites.» C’est très bien, mais les Sémites, comment sont-ils donc parvenus à faire cette précieuse conquête ? — «Ils ont conquis le dogme de l’unité divine, répond le même auteur, dans les instincts les plus impérieux de leur esprit et de leur cœur.» (Renan, Histoire des langues sémitiques, chap. I, p. 5). C’est Le cercle vicieux que nous venons de signaler!.

NAT rac. de DŸ est inusité en hébreu, mais en arabe il signifie étre élevé, être apparent, hébreu Ê’AŸ le ciel. On peut rapprocher cette racine d’une autre, wasama, signo notavit, signavit, etc., d’où vient simatoun, une marque, un signe. C’est à cette idée que se rattache le mot EŸ lorsqu'il s’agit de Dieu, qui n’est connu à l’homme que par les signes ou les marques qu’il donne de son existence, soit par sa parole, soit par ses actes. C’est par là que l’homme arrive à se faire une idée juste de Dieu. Cette idée, ce n’est pas lui qui la crée, elle lui vient du dehors, autrement dit elle lui est révélée. De là vient qu’elle surpasse son intelligence. L’essence de Dieu lui devient comme un détail, pour aimsi dire, car c’est par des signes multipliés qu’elle se révèle dans les paroles et dans les actes. Petit à petit se trouvent manifestés tous les attributs de la divinité, Ps. CXIIL, 3 ; de son essence

1 Vu leur intérêt, nous avons cru devoir conserver tous ces développements, bien qu'ils ne rentrent pas nécessairement dans le cadre de l’exégèse. (A. J.B.)

divine par la parole et par l’action, Ps. CXXX VIII, 2; VIIL, 2; de ses perfections, Ps. XXII, 28, etc., etc. C’est donc la somme de ses propriétés ; c'est en effet le miroir de son essence, le côté de Dieu révélé aux hommes dans sa parole et dans ses actes.

SE inf. Hiph. de N?E inus. au Qal. Hiph. ére distingué, remarquable; Hiph. faire des choses admirables, merveilleuses, se conduire admirablement. L’infinitif avec la préposition ? donne un sens adverbial, admirablement, mirabiliter. — YÜ2 fut. Qal. de via étre honteux, trompé dans son espérance. Pluriel avec le sujet singulier "ÀV, parce que celui-ci contient une idée collective qui se trouve exprimée dans le verbe.

27. — Vu l'importance de la chose, la promesse est deux fois répétée. L’accomplissement de ces promesses aura pour conséquence immédiate de prouver à Israël que son Dieu est au milieu de lui et que lui seul est Dieu.

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