TROISIÈME STROPHE
1. — A1, ce terme, qu’on peut appeler la formule prophétique par excellence, est une expression au moyen de laquelle le discours est dirigé vers l'avenir. En général, il n’est pas nécessaire de le traduire, vu qu’il est habituellement suivi d’un autre verbe exprimant l’acte lui-même dont l’accomplissement est annoncé pour l’a. venir. — }2 VIN litt. après ainsi, c’est-à-dire après ce qui vient d'arriver ou d’être dit; après que ces choses seront arrivées. C’est une formule de transition indiquant que ce qui suit se rattache à ce qui précède, soit immédiatement, Gen. XXV, 26, soit dans un temps plus ou moins long, Gen. XV, 14. Une expression assez semblable à celle-e1, mais d’un sens plus général et plus vague, est
…. 22% DMINZ. Dans le langage prophétique, elle réveille surtout, sinon exclusivement, une idée messianique et eschatologique et doit se traduire par : à la fin des jours ou dans les derniers temps, dans cette période à venir où un nouvel ordre de choses sera établi par la réalisation du plan du salut. És. II, 2; Michée IV, 1; Osée IIT, 5, etc. 72 MK cette préposition d’ordre indique que l’un des effets immédiats du retour de la faveur de Dieu, à la suite de la repentance du peuple, doit être, après la bénédiction matérielle mentionnée II, 19-27, une effusion de l’esprit sur toute chair, bénédiction bien autrement excellente que la première, qui n’en était que le symbole, et d’une nécessité indispensable en présence du grand jour de l'Éternel qui approche et dont Israël ne saurait soutenir la venue sans le secours spirituel que lui annonce ici le prophète. — FEUX fut. Qal de Fa% verser, épancher, vider. Ici sens métaphorique comme Zacharie XII, 10. Voir "120 dans le sens de verser, Hab. II, 15!. — A mon esprit, celui dont 1l est la source, c’està-dire la force morale qui vient de lui, l'inspiration pour le bien qui, semblable au vent F1 qu’on ne voit point et qui cependant pénètre tout, est répandu, 72%, dans le cœur de sa créature comme le principe d’une vie nouvelle pour la mettre à même de réaliser ce qu'il demande d’elle. L'Esprit de l'Éternel n’est donc pas ici quelque chose de distinct de Dieu lui-même, mais, comme plus haut, l'expression 117 OÙ est la notion de l’idée de Dieu en elle-même, ïinsaisissable à l'intelligence de
1 Dans ce dernier passage on lui attribue plutôt le sens d’ajouter, en rapprochant le terme REQ des rac. AD°, ADN, etc. Voy. Delitzsch, Der Proph. Hab., sur ce passage.
l’homme ; ainsi le mot F1 se rapportant à Dieu, est la notion concrète de son action dans le monde. (Voir Gesenius et Knobel sur Ésaïe XXXII, 15; voir aussi De Wette, Sur l'Esprit de Dieu dans l’homme, commentaire sur les Psaumes, supplément, p. 12.) — Sur toute chair : 92 est l'opposé de M7 Ésaie XXXI, 3. C’est la chair du corps humain ou des animaux en général, mais dans un sens spécial et clairement défini; ce mot désigne l’homme ou l'espèce humaine avec l’idée de fragilité et de corruptibilité. C’est le oxp£ dans le sens naturel et métaphysique de ce mot dans le Nouveau Testament où nous le trouvons avec une acception murale très élevée à peine marquée dans l'Ancien, si même elle y existe véritablement. Moïse à déjà soupiré après le jour ou tout le peuple de l'Éternel serait prophète. Jérémie et Joël ont transformé ce soupir en promesse positive. (Revue de Théologie, XX, 161.) De l’ensemble de l’enseignement de l'Ancien Testament, il résulte avec évidence que ces mots : sur toute chair ne peuvent être entendus que dans le sens de : sur toute créature humaine à l'exclusion des animaux, bien que ceux-ci soient souvent désignés par le mot Ù2. Il est bien dit d’eux qu’is s’attendent tous à l'Éternel qui leur donne la nourriture en son lemps, Ps. CIV, 27, et Joël I, 20 dit que même les bêtes sauvages soupirent après lui, mais dans les passages de ce genre, cette manière de parler indique seulement l’étroite dépendance dans laquelle les animaux sont vis-à-vis de Dieu. Ils s’attendent à lui dans ce sens qu’ils ne peuvent subsister si sa puissance cesse de s'exercer en leur faveur, et les soupirs qu’exhalent vers lui les bêtes sauvages ne sont encore que l'expression de leurs besoins
que la providence de Dieu seule peut satisfaire, Cette attente n’a rien de raisonné ou d’intelligent, mais-est seulement un besoin auquel vient répondre la providence divine. En vain voudrait-on encore en appeler à l’exemple de l’ânesse de Balaam ou à celui du chapitre XI d'Ésaie, décrivant l’âge messianique, où les animaux eux-mêmes changeront de nature et habiteront avec l’homme, lequel n’aura plus rien à craindre d’eux; car, ici, il s’agit de la disparition du mal et du rétablissement de toutes choses dans l’état primitif troublé par le péché qui, maintenant, est vaincu. Or, au début de la création, ce n’est pas aux animaux que Dieu insuffle son esprit, mais à l’homme seulement. Et dans le cas de l’âänesse de Balaam, il s’agit d’un fait miraculeux momentané, dans lequel un être privé de raison devient l'instrument dont Dieu se sert pour révéler sa volonté. Il ne faut pas perdre de vue que, dans ce passage de Joël, la promesse de l’esprit de Dieu rappelle une communication de forces divines en vue de mettre ceux qui la reçoivent à même d'accomplir la volonté de Dieu que, par leur repentance, 1ls s’accusent d’avoir transgressée et expriment en mème temps le vif désir de marcher plus fidèlement; ce qui ne peut être Le cas que de créatures raisonnables, les seules avec lesquelles l'Éternel puisse entrer dans des relations aussi élevées que l’est celle de se communiquer à elles, qui seules ont été créées dans ce but. «O toi qui exauces la prière! à toi viendra toute chair», dit le Psalmiste LXV, 8, c’est à-dire tout homme qui t’'invoque en exprimant le besoin de ton secours. Tel est le cas de ceux auxquels s'adresse la promesse faite par Joël en réponse à la scène de repentance et de prière
décrite dans le chapitre précédent. — Mais quelle est la portée de cette promesse? Embrasse-t-elle toute l’humanité ou ne concerne-t-elle que Les [sraélites? C’est dans le texte que l’on doit chercher exclusivement la réponse à cette question. À qui s'adresse en ce moment Le prophète? Sa parole n’est pas une déclaration générale d’une application indéterminée, comme il s’en rencontre dans le langage prophétique. Joël, de Ia part de Dieu, apporte au peuple une promesse en réponse à la démonstration de repentance qui lui a été demandée comme condition du retour de la faveur de Dieu. Historiquement, c’est donc à ses contemporains que s’adresse le prophète. C’est ce que confirme l’emploi des pronoms personnels dans les mots : vos fils et vos filles, vos vieillards et vos jeunes gens. Ces noms sont les parties qui composent le 102772 qui comprend les individus de tout sexe et de tout âge du peuple auquel le prophète s'adresse. Les peuples paiens doivent si peu participer à cette faveur, que l’Éternel se propose au contraire de les réunir dans la vallée de Josaphat pour entrer en jugement avec eux et leur infliger un terrible châtiment IV, 2 et suiv. C’est surtout à partir de la période d’Ésaie que la grande idée de l’universalité de la connaissance de l'Éternel et de la participation à son esprit tend à s'affirmer de plus en plus, voy. Gesenius sur Ésaie XI, 9. Avant cette époque, c’est le particularisme qui domine, les promesses ne concernent que le peuple élu. — N23 prophétiseront, c'est-à-dire que sans distinction de sexe, tout individu possédera l'esprit de prophétie. N23 usité seulement au Niphal et à l’Hithpahel (Ewald, Lehrbuch d. hebr. Sprache S 124, a, 1° éd.). Les verbes hébreux
COMMENTAIRE —— CHAPITRE lil. 193
formés de la syllabe 23 tels que N23 1 923 1 933 1 243 contiennent tous une idée qui leur est commune, celle de sourdre, jaillir, par suite d’une agitation intérieure, espèce d’effervescence dont les effets se montrent dans la plante par l’apparition de rejetons Ps. LXII, 11, ou de fruits Ps. XOIT, 15; dans un ruisseau, par le gonflement de ses eaux, Ps. XVIII, 4; dans l’homme, par l’effusion de paroles bonnes ou mauvaises, Prov. XV, 2.283 Ps. (LXXVII, 2; .CXLV,, 7. T'individu: est alors un N°2), un orateur, un proclamateur, vates, xooncrs, Tite [, 12, agissant sous l'influence d’un principe bon ou mauvais, l’esprit de Dieu, comme dans ce texte, ou un esprit de mensonge et de méchanceté, comme chez les prophètes d’Achab et chez Saül, I Rois XXII, 10-23; I Sam. XVII, 10. De part et d'autre, 1 y a inspiration et l’inspiré porte indistinctement le titre de N°23 auquel vient parfois s'ajouter une épithète qui fait connaître la nature du principe de cette inspiration, que par lui-même le verbe N23 n'indique pas comme étant exclusivement d’un caractère divin. — D2")PT rappelle bien l’idée d’un vieillard, mais ce n’est pas l’homme rassasié de jours, arrivé à la décrépitude, Jér. VI, 11; c’est l’âge où l’homme a perdu l’agilité ou l’activité de la jeunesse et commence à devenir lourd par le poids des années, gravis annis, période où les hommes, comme dit Horace,
Res omnes gelide timideque ministrant.
(Ars poetica, 171).
nn, pl de Dion songe; 1l s’agit du songe prophé-
1 Voy. Ewald sur Sophonie, Préf. XVII; Credner, o. c. p. 249, etc.
tique. Voir sur les songes, Encycl. XVI, 296. — D3Y2 jeunes gens. Le singulier V2 est le participe de Va choisir, éprouver, faire l'épreuve. Le nom rappelle l’âge de maturité où l’homme formé est propre à la guerre et au mariage. Ruth II, 10; Es. LXII, 5. — NT plur. de TT et constr. JM], visions, révélations. Rac. M voir, regarder, contempler. (Sur la vision prophétique, voir Æncycl. XVII. 636, 637). Le mode de révélation est approprié à chaque àge.
2. — DA l’effusion de l'Esprit sera tellement générale que même les gens des classes les plus basses y participeront. Que ces serviteurs et ces servantes appartiennent au peuple hébreu, cela ne peut faire aucun doute. L’article devant ces noms dit qu'il s’agit des serviteurs et des servantes du peuple d'Israël. Mais est-il question des serviteurs et des servantes, c’est-à-dire de la classe domestique vivant au milieu du peuple ou bien de cette portion de la nation désignée collectivement IV, 1 par M2Ù et qui, d’après Credner, aurait été amenée en servitude sous Joram? C’est ce qu'il faut examiner de près. En tout cas, le fait doit avoir lieu "Arr 27272 c’està-dire à la même époque rappelée dans le verset premier.
3. — DNS, pl. de NOŸA prodige, signe, présage d’un fait invisible, miracle. Rac. "2° briller, étre beau, écla- Lant. — DEA et MMA Cant. IIT, 6, singulier 127 colonne. Rac. inus. on ou V2? s'élever, monter. D'où N2N un palmier (voy. Gesenius, Thes. MEN). Cette expression colonnes de fumée se rencontre deux fois dans les livres bibliques, ici et Cant. IIT, 6. En prose,
on dit: J0Y 712) Juges XX, 40. Ces colonnes de fumée sont le troisième des signes qui doivent avoir lieu sur la terre avant l'apparition du grand jour de l’Éternel. Aïnsi, du sang, du feu et des colonnes de fumée, voilà ce qu’on remarquera avant ce moment solennel. Mais est-il vrai, comme le veulent certains exégêtes, que les signes qui précèdent le jour de l'Éternel se divisent en deux catégories dont l’une comprend ceux qui doivent avoir lieu sur la terre, l’autre ceux qui se passeront dans le ciel? Cela est peu croyable. Il y aura des signes dans les cieux et sur la terre, mais dès qu’on veut classer les phénomènes qui doivent se produire dans l’un et l’autre lieu, on ramène les traits du tableau à des proportions trop précises et surtout trop petites, qui ne correspondent pas au vague des expressions des prophètes. Si, entre les phénomènes terrestres, on place le sang, le feu et les colonnes de fumée, qu'est-ce que cela peut signifier? Doit-on comprendre, comme le veulent Credner et Hitzig, des prodiges semblables à celui des eaux du Nil changées en sang, ou à celui dont il est parlé 2 Rois II, 22? Les colonnes de fumée rapelleraient alors les incendies accompagnant l’effusion du sang des victimes, ou, comme le préfère Hitzig, les colonnes de fumée qui précèdent les caravanes et les armées leur indiquant la marche, Cant. IT, 6; És. XIV, 81; Jér. I, 13. Mais, comme le fait remarquer Meier, le fait que Le sang, le feu et la fumée vont ensemble indique qu'il s’agit de phénomènes semblables à ceux dont parle le verset 4 où 1l est dit que le soleil doit être changé en ténèbres et la lune en sang. De plus, l’effusion du sang des ennemis de l'Éternel et l’incendie de leurs villes ne
sauraient être considérés comme des prodiges, des signes précurseurs du jugement que doit exercer l'Éternel, car ils doivent se produire avant la manifestation de ce jugement et de fait, ils constituent ce jugement même. L'Éternel doit détruire ses ennemis; leur ruine par l'épée et le feu ne peut donc être le signe symbolique de la destruction préméditée. — 72/1 Niph. de 727 éourner, Se tourner, Niph. éfre tourné, changé, avec l’idée d’une mutatio in pejus. Jér. IT, 21; Ps. XXXII, 4.
5. — Les adorateurs de l'Éternel n’ont rien à craindre des jugements réservés à ses ennemis. mo), Niph. de D?2 inus. au Qal éfre délivré, échapper à un péril, se sauver. Il ne s’agit pas 1e1 d’un salut au sens moral, mais d'échapper à la ruine matérielle qui va frapper ceux! qui n’invoquent pas le nom de l'Éternel, c’est-àdire les peuples païens que sa justice a en vue. Quant au peuple juif, il trouvera un refuge assuré à Jérusalem; sur la montagne de Sion se trouve le temple, symbole de la présence de l'Éternel au milieu de son peuple, et. vers lequel peuvent se retirer avec confiance tous ceux qui invoquent son nom. nD)9E litt. évasion, délivrance. Comme trope: un lieu de refuge où l’on trouvera le salut. Ceci doit avoir lieu suivant une déclaration de l'Éternel que nous ignorons, Joël faisant probablement ici allusion à un oracle prononcé antérieurement, par lui ou par un autre prophète, mais qui ne nous est pas parvenu (voir Æncycl. XII, 225). 270 plur. de 7°© survivant, réchappé. Rac. TD, fuir, s'enfuir, échapper. Et parmi les réchappés, au nombre des sauvés, seront ceux VÈN que l'Éternel appellera, c’est-à-dire
qu'il choisira parmi ceux qui invoquent son nom, ou ses adorateurs. Dans ce même verset, le verbe NP est employé dans deux acceptons différentes, ce qui entre dans le goût de Joël, qui présente plusieurs exemples semblables. — Ceux que l'Éternel appelle. Le prophète désigne par ces mots les membres du peuple d'Israël dispersés parmi les nations et qui doivent être convoqués , rappelés par ordre de l'Éternel à Jérusalem, pour les faire participer à la délivrance promise.
On sait l’importante application que l’apôtre Pierre à faite de ce chapitre à l’effusion du Saint-Esprit sur les disciples, lors de la Pentecôte, Actes IT, 16 et suiv. L’apôtre a cité tout le chapitre IT sauf la deuxième partie du verset 5. Dans cette journée de la Pentecôte, 1l à salué l’aurore des temps prédits par le prophète, le début d’une époque qui se poursuit encore et dans laquelle le don de l'esprit est offert à tous, aux petits comme aux orands, aux serviteurs comme aux maîtres.