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l’orthodoxie, on a bien légitimement le droit de dire avec. Maïmonides, avec Guénée et « un grand nombre de savants in- « terprèles et d'habiles commentateurs, que ces ordres ne « furent ni réellement donnés par le Seigneur, ni exécutés « par le prophète... que ce n'étaient que des paraboles con- « formes au style et aux usages de ces temps anciens *. » Que d'exemples analogues ou presque tout à fait semblables nous offre en effet la Bible? Sans parler de la fable de Jotham?, Les arbres qui demandent un roi, si instruetive aux peuples qui se lassent, comme les grenouilles, de l’état démocratique; sans parler de celle de Nathan$, La brebis du pauvre, si justement sévère à l'endroit des princes immoraux; sans parler enfin des nombreuses paraboles de l'Évangile où il n'est pas même possible de douter, il y en a d'autres encore dans l’Ancien Testament où on ne peut pas se tromper davantage, bien que là aussi, comme dans le livre de Jonas, Dieu intervienne en personne et que le prophète joue un rôle actif. Nous n'en indiquerons que quelques unes qui suffiront à convaincre les esprits sans prévention. Aïnsi, qu'on lise, dans Ézéchiel, l'ingénieuse prédiction des Pranches réunies*, bien mieux réalisée de nos jours, hélas! par les dynasties que par les peuples, et la solennelle prophétie de la Résurrection d'Israël, si consolante aux nations
tombées et qu’on a tort de croire pour jamais descendues au
sépulcre; qu'on lise aussi, dans Zacharie, la vision du Chandelier d’or et des deux oliviers, apparus au grand pontife Josué, pour lui indiquer, que ce n'est ni par la force, ni par la puissance matérielle, mais par l'esprit du Seigneur, c'est à dire par l'esprit de persuasion, que le prêtre, apôtre de lumière et de paix, doit conduire les hommes®, et l'on ne pourra, après avoir étudié le livre de Jonas, « se trouver
1 Guénée. Lettres de quelques juifs, 2e vol. p. 214. 2 Juges IX, 8.
3 Samuel II, ch. 12.
4 Ezéchiel XXX VII.
GONE K3 à id.
6 Zacharie, ch. 4.
gravement blessé dans ses croyances religieuses de l'entendre appeler wne fable’. » Comme dans les paraboles que nous venons d'indiquer, on trouvera un art, une habileté remarquables dans toute la conduite du récit, depuis le tableau de la tempête avec le contraste saisissant entre les matelots païens qui prient et le prophète juif qui dort, jusqu’à l’admirable scène de l’arbre qui termine l'œuvre par un trait si heureux et si grandiose, et on n'hésitera pas à reconnaître que ce n est qu une conception poétique.
La Bible, il est vrai, ne nous le dit pas en toutes lettres ; mais elle ne nous dit pas davantage que ce soit une histoire et, on l’avouera, formuler une telle objection, c’est faire à l'écrivain sacré une assez grave offense : c’est prétendre son tableau bien imparfait et bien peu ressemblant et l'obliger, en quelque sorte, comme les premiers peintres dont parle Elien, à indiquer au dessous si c’est une vérité de fait ou Une vérité d'enseignement, une histoire ou une allégorie. L'Écriture sainte « g-f-elle donc besoin de répéter à chaque détail de la parabole, qu'il a eu lieu dans la vision prophétique?? »
Mais, cependant, considérer le livre de Jonas comme une fable, n'est-ce pas déchirer une des plus belles pages de l’Écriture et enlever à l'inspiration une de ses plus grandes manifestations ? En aucune manière. On l’a vu; nous avons, sans hésitation, reconnu que, en se plaçant sur le terrain du surnaturel, il est puéril de reprocher à notre récit ses nombreuses étrangetés ; de même, si on l’accepte pour ce qu'il est, pour une parabole, on voit disparaître aussi, maïs bien plus heureusement, toutes les singularités, toutes les invraisemblances. Qu'importe que Jonas ait fui dèvant l'Eternel, qu'il ait été avalé par un squale ou par un cétacé, et qu'il ait séjourné trois fois vingt-quatre heures dans les flancs du monstre au fond des flots; toutes ces circonstances sont d’un intérêt éminemment secondaire. Ce n’est que le cadre du
1 Lettre de MM. Henri et Gilbert au secrétaire perpétuel de l'Académie
des sciences de Belgique.
? Guide des Ejarés, 2° partie, ch. 46.
tableau, cadre d’une valeur contestable qui pourrait changer sans que le tableau perdit rien de son prix; ce n’est que le manteau de la fable sous lequel la vérité se cache, manteau qui a pu vieillir, mais sans rien enlever à la vérité de
son admirable grandeur et de son éternelle jeunesse.