‹ Le prophète; opéra en cinq actes. Paroles d'Eugène Scribe. Représente pour la première fois, a Paris, sur la Théâtre de l'Opéra le 16 avril 1849Chapitre 62 sur 87 · ACTE y, SCÈNE Yl · texte numérisé non relu

ACTE y, SCÈNE Yl

Son pardon fut un rêve Qu'en mon cœur j'espérais, Mais le sang qui s'élève Les sépare à jamais!

BERTHE

0 spectre épouvantable !

0 terre, entr'ouvre-toi!

Fuis... que ta main coupable N'approche pas de moi !

Ton sceptre fut un glaive.

Tes droits sont des forfaits! Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais!

JEAN

0 tourment effroyable?

0 terre, entr' ouvre-toi !

Point de grâce au coupable i Plus de repos pour moi î Mon sceptre fut un glaive.

Mes droits sont des forfaits!

Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais !

BERTHE

3e t'aimais, toi que je maudis.

Je t'aime encor peut-être... et m'en punis,

(Elle se frappe d'un poignard, et tombe dans les bras de Fidèf.)

\Jeân pousse un cri et se jette à ses pieds. Bertbe détourne ses regards de

Jean, prend la main de Fidès et lui dit en lui montrant son fils.}

Séparés à jamais sur terre, Qu'il se repente, ô ma mère!

Pour que je puisse au moins le revoir dans les cieux!

J5EAN, avec désespoir.

(Aux soldats , leur faisant signe d'emmener sa mère et Berthe.)

Morte!... Mortel. . Partez. Moi, je reste en ces lieux!

(lie prenant la couronne qui est restée sur la table de pierre, et la remeUant sur son front. )

Je reste pour punir les coupables !

FIDÉS, qu'on entraîne malgré ses efforts.

Mon filsl

JEAN, aux soldats, leur montrant Fid^

Veillez sur elle. Adieu, ma mère^ adieu*

58 LE PROPHÊTK.

FIDÈS, qu'on entraîne.

Mon fils!

JEAN, regardant Ja porte qui vient de se relermer sur FidèSr

Elle est sauvée!... Allons!

( Il regarde le caveau que Serthe a montré au commencement de la scène, et dit après un instant de réflexion en se désignant lui-même.)

Oui, tous seront punis !

(jean remonte vivement pat* Tescalier à gauche. Le théâtre change.) (la grande salle du palais de Munster. Une table placée sur une estrade s'élève au milieu du théâtre. On monte de chaque côté par des degrés. Autour d^ Testrade circulent des pages, des valets portant des vins et des corbeille chargées de fruits. Au fond, à droite et à gauche, de grandes grilles en fei conduisant en dehors du palais. Jbdn est assis, seul, pâle et tri5tc, devant une table couverte de mets, de vins et de fleurs, où étincellent des v&ses <ror. De jeunes filles le servent d'autres dansent autour de la table, pendant que des anabaptistes, hommes et femmes, célèbrent les louanges du Prophète. Dt tout côtés des flambaux étincellent, des lustres brillent au plafond )

CHOEUR

Hourra ! hourra ! gloire au Prophète ! A ses élus, transports joyeux!

Hourra! hourra! plaisir et fête !

A nous les voluptés des deux!

(Les danses et les chants redoublent. Plusieurs officiers qu'on a vus à la scène précédente, dans le souterrain, montent à gauche et à droite les degrés de la table et Tiennent, à voix basse, apporter des nouvelles du Prophète ) JEAN^ aux officiers.

Us viennent, dites-vous?

(a Pun des officiers, à gauche.)

Tu sais mes ordres!... val

( VotUcitT descend les marches de Pescalier et sort. Jean, s'adressant aux offi-^ ciers qui sont à droite.)

Vous, dès qu'en ce palais entreront leurs soldats, Que ces grilles de fer se ferment sur le gouffre D'où jailliront bientôt et l'airain et le soufre ! . . . Puis, hâtez-vous de fuir, loin de ces lieux maudits, Vous, mes seuls... mes derniers amis!

(Les officiers descendent et disparaissent ; Jean se lève, saisit une coupe, et s*d

dressant aux anabaptistes qui Pentourent*}

JEAN , levant sa coupe.

Versez! que tout respire L'ivresse et le délire!

Que tout cède à l'empire

àCTE V^ SCÈNE Vf. 50

De ce nectar brûlant 1 ilh! la céleste fête!

(▼oyanl Zacharie, Jonas et Mathisen, qui entrent en ce moment par la grille à gauche. )

Compagnons du Prophète, La récompense est prête Et le ciel vous attend !

( Faisanl signe à Jonas, à Mathisen et à Zacharie de s*asseoir près de lui.)

0 vous, mes ministres de mort!

A qui je dois ce sceptre auguste, Venez!... car je suis un roi juste, Venez et partagez mon sort !

(Mathisen, Jonas et Zacharie montent se placer aux côtés du prophète.)

Versez ! que tout respire L'ivresse et le délire ! Que tout cède à l'empire De ce nectar brûlant !

{D2 droite et de gauche les portes s'ouvrent. On voit s*élancer Tépée à la main Tévêque de Munster, l'électeur de Westphalie , les principaux officiers de l'armée impériale et les princes de l'empire. D'un autre côté entrent les anabaptistes qui ont livré le Prophète, et qui viennent se ranger autour de Zacharie. )

JEATI, les regardant, sans quitter la table , et levant la coupe.

Oh! la céleste fête!

Venez près du Prophète ; La récompense est prête Et l'enfer vous attend !

ZACHARIE , montrant Jean, et s'adressant aux princes de rc^mpire*

Je le livre en vos mains.

JEAN , regardant avec fierté.

Merci, Juda nouveau!

(On entend fermer en dehors les grandes grilles du fond les seules par les^

quelles on puisse sortir de la salle.) JEAN, à voii haute.

Que ces portes d'airain soient celles du tombeau!

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