INTRODUCTION
L'architectcre est l'art de composer et d'élever des constructions pour les différens usages de la société , depuis les palais des souverains jusqu'aux simples maisons des particuliers.
On distingue trois genres principaux d'architecture, savoir: l'architecture civile, qui a pour objet la construction des édifices pour les besoins de la société dans la paix;
L'architecture militaire, qui s'applique à fortifier les villes, et qui comprend tous les travaux , d'attaque et de défense, en usage pendant la guerre; et enfin l'architecture hydraulique, qui a pour but l'étude des constructions établies sous l'eau, ou qui servent à élever, conduire, mouvoir, retenir ou arrêter les eaux; outre ces trois genres d'architecture, il en existe encore un autre, c'est l'architecture navale qui concerne la construction des vaisseaux.
L'architecture civile se divise en deux branches principales, qui autrefois étaient exercées par les mêmes artistes, mais qui, aujourd'hui, par snite des progrès des connaissances humaines, sont affectées à deux classes de savans parfaitement distinctes , les ingénieurs des pontset-chaussées et les architectes. Sous la première de ces dénominations, Le célèbre Perronnet a formé en France un corps de constructeurs,
exclusivement appliqués à la construction des chaussées, des ponts, des aqueducs, des ports, des quais, etc.
Les architectes, proprement dits, sont ceux qui s'adonnent spécialement à la construction des habitations, des palais, fontaines et autres monumens dont ils doivent diriger et surveiller les travaux.
Cette profession exige un concours de connaissances positives, qui ne sont pas aussi nécessaires dans l'exercice des autres beaux-arts; la géométrie, la mécanique, la statique, la perspective, sont autant de sciences qui ne peuvent être étrangères à l'architecte; la probité et le désintéressement sont au nombre des vertus qui lui sont indispensables.
Malheureusement une multitude de bâtisseurs prennent le litre d'architecte, sans avoir aucune des qualités nécessaires pour en remplir l'emploi, et cet abus est cause de cette espèce de défaveur dans laquelle est tombée l'architecture, et de l'opinion peu avantageuse qu'on s'est formée contre les artistes qui exercent honorablement la profession d'architecte.
Les édifices qui sont du domaine de l'architecture civile n'ont pas tous les mêmes destinations; ainsi les uns concernent les établissemens publics, tels que les salles de spectacle, les marchés, les palais, etc.; les autres sont consacrés au logement des particuliers, soit à la ville , soit à la campagne : c'est cette partie de l'architecture civile qui fait l'objet de cet ouvrage.
On doit d'abord considérer dans l'érection d'un bâtiment quelconque V emplacement , la distribution , la décoration et le mode de construction .
L'emplacement a pour but de choisir le lieu qui lui est le plus propre; la distribution s'applique aux différentes parties dont il doit être composé, et à l'accord qui doit régner entre elles; les ornemens intérieurs ou extérieurs constituent sa décoration; le mode de construction doit être approprié aux ressources du pays et aux matériaux dont on peut disposer.
Les proportions d'un bâtiment quelconque doivent être en rapport avec sa destination : on appelle ordonnance cette disposition du bâtiment. La régularité est sa première condition; la seconde est qu'au
premier aspect ; comme dans ses détails, on reconnaisse que l'édifice
est du genre simple , du i^enre sévère , du genre gracieux , ou enfin du genre riche et élégant : ces caractères se donnent au moyen des ordres d'architecture.
Ordres d'architecture.
Par le mot ordre on entend arrangement régulier et proportionné de masses et (ïornemens qui composent un bel ensemble. La variélé que les artistes ont mise dans l'arrangement et les proportions des différentes parties est l'origine des quatre ordres d'architecture, savoir : le toscan, te dorique7 l'ionique et le corinthien ; Yordre composite, que quelques architectes comptent au nombre des ordres d'architecture, nous parait offrir trop d'analogie avec Yordre corinthien pour pouvoir former un cinquième ordre. (Planche 85.)
Il existe un autre ordre dont la découverte est à peu près moderne, quoique son origine paraisse remonter à la plus haute antiquité, c'est Yordre pœstwn , ou dorique grec. (Planche 35.)
Il y a soixante-dix ans, dit M. Boutard dans son ouvrage sur les Arts du Dessin, que les antiquités d'Athènes et de la Grande-Grèce étaient aussi peu connues des artistes modernes que ne l' étaient celles de Thèbes et de la Haute-Egypte, avant l'époque plus rapprochée encore de la fameuse expédition de Bonaparte. Un jeune dessinateur, qui parcourut l'Italie en i y55 , découvrit le premier, dans la Calabre, sur le sol, aujourdhui désert et sauvage, qu'avait couvert autrefois l'ancienne Pœstwn , les restes bien conservés de trois temples d'une architecture dont le caractère très-prononcé n'était celui d'aucun des antiques monumens de Rome, les seuls que l'on eût étudiés jusqu'alors. Précisément dans le même temps , deux artistes anglais, .MM. Stuart et Revelt, et l'architecte français Leroi, de l'Académie des Inscriptions, venaient d'explorer la Grèce, et appelaient sur les ruines d'Athènes une attention qu'on leur refusait depuis dix-sept siècles, à ne remonter qu'au temps de Vitruve. Il fut alors reconnu que les principaux monumens de Y Acropole , notamment le fameux temple de Minerve , appartenaient à ce même ordre d'architecture, dont l'architecte Vignole n'a fait nulle mention, et qu'on venait
cependant de retrouver à moins de quatre-vingts lieues de Rome. On appela ce système d'architecture d'abord ordre de pœstum, puis dorique antique, et aussi dorique grec , pour le distinguer de l'autre dorique, qui parait avoir été composé plus tard pour l'usage des architectes romains.
Il est indispensable pour les personnes qui veulent faire construire de connaître les différens ordres d'architecture dans tous leurs détails.
Mais en donnant ces détails, nous dépasserions les bornes que nous nous sommes prescrites; nous engageons donc nos lecteurs à se procurer le Vignole de MM. Thierry, Detournelle ou Normand; ils trouveront dans ces ouvrages les règles les plus simples pour se familiariser avec ces connaissances fondamentales.
Toutefois nous allons offrir un aperçu succinct des différens ordres d'architecture.
Chaque ordre est composé de trois parties essentielles, le piédestal, la colonne et X entablement.
Le piédestal renferme la base , le dé, la corniche;
La colonne: la base, le fût, le chapiteau;
L'entablement: Y architrave , la frise, la corniche. (Voir la planche LXXXIII.)
Ces subdivisions sont composées elles-mêmes de parties différentes, en figures, en saillies, en hauteur, qu'on nomme moulures.
La planche LXXXIV représente les différentes moulures qui sont en usage.
i°. Les moulures carrées, savoir : A, la couronne ou gouttière qui termine l'entablement; on y forme, pour l'écoulement des eaux pluviales, un larmier ou mouchette , c'est-à-dire un recreusement, a, qui est ici carré ; B, le gros carré auquel on adapte aussi un larmier, b, qui est ici arrondi; C, la plinthe ou plate-bande; D, Xefdet ou listel , appelé réglet par les auteurs;
2°. Les moulures rondes convexes, savoir: E, le tore, rond, boudin ou bozel ; F, la baguette, petit tore ou astragale; G, le quart de rond ou échine droite; H, la même moulure renversée;
5°. Les moulures rondes concaves, savoir: K, les cannelures que l'on taille le long du fût des colonnes et des pilastres, et qui peuvent
èlrc touchantes comme en e , ou à côtes comme en d; L, le cavet, demi-creux ou escape droite M, la même moulure renversée;
4°. Les moulures mixtes, produites par la réunion de lignes droites ou combes, ou de courbes de différentes projections, tels sont : l, la scotie, trochite ou rond creux ; N, le congé, et 0 , la gorge;
5°. Les moulures sinueuses , qui sont de deux sortes; les doucines , aussi appelées gueule , cjmaise , qui sont droites comme P, ou renversées comme Q; et les talons droits R, ou renversés S;
6°. Enfin , les moulures composées , qui ne doivent guère servir que dans l'intérieur, et sont principalement à l'usage de la menuiserie et de la plàtrerie ; les principales sont : les gorges T; les doucines U; le bec de corbin V; le boudin X, ici appelé à baguette ; parce qu'on y a joint une baguette j ; la doucine renversée Y, qui peut aussi, ainsi que la suivante Z, appelée boitement, être jointe à une baguette j *, et le tore corrompu ou ovale en demi-cœur W.
Nous avons indiqué, dans les figures, le trait géométrique des moulures; il est bon cependant de s'exercer à les tracer à la main : c'est le seul moyen de les indiquer avec sentimens, et de les accorder avec l'esprit de l'ordonnance; les petits dégagemens e, qui se placent entre elles, pour empêcher les moulures rondes de masquer celles qui leur sont inférieures, s'appellent grain dorg'e.
Tels sont les élémens avec lesquels on combine les diverses corniches qui entrent dans la composition des édifices; mais il ne faut pas croire que la combinaison de ces formes soit tout-à-fait arbitraire, et puisse se faire au hasard ou d'après les caprices irréfléchis d'une imagination déréglée. «L'art de profiler les édifices, comme le fait observer un » illustre savant (le baron Charles Dupin), doit sa perfection à l'obser- » vance fidèle des lois de la simplicité, de la variété et du contraste. » Au lieu de trop prodiguer les ornemens, on doit les grouper par » masses que l'on puisse aisément saisir, et qui soient séparées les unes » des autres par de grands espaces tout unis ; dans chaque groupe » on doit opposer les moulures les plus déliées aux plus volumineuses, » et les formes droites aux formes rondes, afin que chacune fasse res- » sortir celles qui l'environnent ; telles sont les règles principales de » cette partie de l'art d'embellir les monumens, règles que les grands
» architectes de la Grèce et de l'Italie n'ont pas seuls découvertes et » mises en pratique; car on les retrouve employées avec non moins m d'art dans les beaux monumens de l'antique Egypte, dans les édi- » fices gothiques du moyen âge , et dans les mosquées, dans les palais » que les Maures élevèrent en Espagne, au temps où ils faisaient » fleurir, en cette contrée, les sciences et les arts, presque anéantis » alors dans le reste de l'Europe. »
Dans tous les ordres, l'entablement a pour hauteur le quart de la colonne; le piédestal ou soubassement, le tiers.
On a soin de proportionner la grosseur de la colonne à son ordre , à sa hauteur et à l'élévation totale de l'édifice. C'est toujours la frise qui porte les sculptures dont on enrichit et décore l'édifice; les talons, les tores, les bandeaux et la corniche de l'entablement en offrent pareillement dans plusieurs cas.
La colonne toscane, en y comprenant sa base et son chapiteau, a pour hauteur sept fois son diamètre; la colonne dorique, huit fois; l'ionique, neuf fois; la corinthienne, dix fois.
Les subdivisions sont réglées sur la même échelle, ce qui a fait donner le nom de module au rayon de la colonne, ou à sa demigrosseur qui, une fois déterminée, donne à son tour la hauteur de la frise, celle de la corniche, du fût, etc. Ce module est divisé en douze parties égales dans les ordres toscan et dorique , et en dixhuit dans les deux autres. On peut voir au bas de la planche deux échelles ainsi divisées.
Voici les proportions, en modules, des parties constitutives propres à chaque ordre.
Parties constitutives propres à chaque ordre.
Ordre toscan. ( Planche LXXXIII.)
modules.
ÎBase 1 Fût 12 Chapiteau >
! Architrave 1 F • 1 L
Coruiclic • i
! Corniche " î D : 3 -
Base » i
En tout 22 £
Et sans piédestal 17-
L'intervalle qui sépare les colonnes, ou la distance de la surface d'une colonne à la surface de celle qui la suit, se nomme enlre-colontiement; il est ici de 4 modules f.
Ordre dorique.
modules.
IBase 1
Fût 14
Chapiteau 1
{Architrave 1
rnse 1 -!•
Corniche \ '-
Î Corniche » i D Is A
Base » 4
En tout 25 j
Et sans piédestal 20
L'cntre-colonnenicnt est de j '- modules.
Ordre ionique.
modales.
ÎBase « • 1
Fût 16 f
Chapiteau » i
! Architrave "I i ;prise 1i ^ ■ i 1 "■
Corniche ' x
Î Corniche » - X)^s 5 Base * >' v
En tout 28 '-
Et sans piédestal 22 ^
L'entre-coloimement est de 4 £ modules.
Ordre corinthien.
modules.
ÎBase 1
Fût 16 1
Chapiteau ^ {
(Architrave 1 -;
Frise .... 1 -
Corniche 2
! Corniche » 14 parties.
Dés 5 4
Base » f
En tout 31 1
Et sans piédestal 25
L'entre-colonnement est de 4 f modules.
Montrons, par des exemples, l'usage de ces nombres dans la composition des édifices, et même dans les distributions des parties d'un meuble.
Pour élever un ordre d'architecture qui soit d'une hauteur donnée , on divisera celte hauteur, exprimée en mètres, par le nombre de
modules propres à cet ordre; le quotient sera le module, ou le demidiamètre du bas de la colonne ; nous disons le bas, parce qu'on a remarqué que la colonne a plus de grâce, et peut-être aussi plus de solidité, lorsque son fût est légèrement aminci vers le sommet. On diminue donc insensiblement l'épaisseur de la colonne, en sorte que son diamètre ait en haut un tiers de module de moins qu'à sa base.
Le module déterminé comme on vient de le dire , on compose une échelle sur cette longueur prise pour unité , et cette échelle sert à donner les hauteurs de toutes les subdivisions, conformément à leurs proportions respectives. On trace une verticale, sur laquelle on porte successivement les hauteurs de la corniche , de la frise , de l'architrave, et par les points ainsi fixés, on trace des droites horizontales; les parallèles interceptent entre elles les espaces où les moulures sont comprises.
Nous terminerons ici ce que nous avions à dire des ordres en général ; nous allons seulement donner un aperçu succinct des autres principaux membres d'architecture qui entrent dans la construction des édifices.
Arcades .
Les arcades sont des ouvertures de portes ou de fenêtres fermées en cintre par le haut. L'arcade est en plein cintre, lorsqu'elle forme le demi-cercle parfait; elle est surbaissée quand elle est terminée par un arc de cercle, une anse de panier, etc.
La hauteur des arcades varie entre deux fois la largeur au moins, et deux fois et demie au plus ; c'est-à-dire que
L'arcade toscane aura 2 largeurs.
La dorique 2 L
L'ionique 2 | ou ;
La corinthienne 2 -
On termine les jambages ou pieds-droits, qui portent l'arcade, par une imposte, sorte de corniche qui saille ordinairement, et sert de support à l'arc de la voûte.
Cet arc est entouré d'un bandeau qui repose sur Yimposte ; ce