Tome II
IO
bandeau prend le nom d' archivolte , quand il est. décoré de moulures, de sculptures, etc. On donne à l'imposte et à l'architrave le l- de l'ouverture.
Portes et croisées i,
Les portes et croisées en plates-bandes, c'est-à-dire terminées par une ligne droite et présentant un parallélogramme rectangle, doivent avoir les proportions suivantes :
Porte ou croisée toscane 1 fois 77
Dorique 2
Ionique . . 2 -~
Corinthienne 2 £
Il faut avoir soin de ne pas s'écarter de beaucoup de ces dimensions; sans cela les façades offrent un aspect lourd et désagréable. Cependant dans les étages supérieurs on peut construire des fenêtres parfaitement carrées, appelées mezzanines, ainsi qu'on le pratique souvent en Italie ; quelques-uns des projets que renferme cet ouvrage en offrent des exemples.
Chambranles.
Les chambranles sont des cadres en pierre ou en bois , qui soutiennent ou décorent l'ouverture d'une porte , d'une croisée. On leur donne une largeur épvale au sixième de l'ouverture, et la saillie est du sixième de leur propre largeur ; les figures qui accompagnent les projets donnent divers détails de chambranles. ( Voyez les planches IV, IX, XIV, XVI, dans la V\ partie).
Appuis et Balustrades.
Les appuis sont les murs et les balustrades élevés au bord d'une terrasse entre les pieds-droits d'une fenêtre, d'un portique. On donne à ces appuis 2 pieds et demi au moins, et 3 pieds 4 pouces au plus de hauteur au-dessus de l'aire de la chambre.
Les balustrades sont des appuis composés d'une suite de petits piliers nommés balustres , que l'on range sur un socle pour soutenir une tablette. On fait des balustres autour en pierre, en marbre , en bois; on en fait aussi en bronze, en plomb et en fonte de fer; mais dans les constructions particulières, l'emploi de l'argile cuite est extrêmement avantageux, en ce que les briquetiers , et au besoin les fabricans de poterie, peuvent confectionner ce genre d'ornement à très-bon compte : il suffit de leur donner les profils en grand. La planche LXXXV en offre deux exemples (fig. 8 et 9.)
Les balustres servent quelquefois à couronner des bàtimens et à masquer les combles. Alors on donne à la balustrade du 8e. au 10e. de la hauteur des bàtimens , non compris le soubassement, s'il en existe; on divise la hauteur de la balustrade en neuf parties, dont trois pour le socle, une pour la tablette, une pour la corniche, et trois pour la balustrade.
Balcons.
Les balcons sont encore des appuis dont la planche LXXXV présente plusieurs modèles; les châssis de ces balcons sont en fer carré de un pouce une lig. Les pièces intérieures sont en fer de carillon , ou en petit fer rond, ou enfin en petit fer plat. Les patins, chapiteaux, embases se font en cuivre fondu et tourné. Aujourd'hui que la fonte du fer a été considérablement perfectionnée, on exécute des balcons entièrement en fer fondu , quelque nombreux que soient les ornemens dont on désire les enrichir.
Il faut toujours avoir soin de recouvrir ces fers soit forgés, soit fondus, de deux ou trois couches de couleur à l'huile de lin, afin d'empêcher leur oxidation (la rouille). Généralement la couleur est noire; quelquefois on préfère le vert-bronze , ou bien encore un brun rouge brillant, approchant de la teinte de l'acajou. Cette couleur fait ressortir très-bien les dorures qu'on applique sur les ornemens.
Aujourd'hui on exécute beaucoup de balcons en tuileaux d'Italie: ce sont des espèces de demi - cvlindres creux en argile cuite, ayant environ G lignes om. 014 ) d'épaisseur, placés les uns sur les autres, comme l'indique la fig. 7 de la pi. LXXXV. Ces tuileaux sont unis
entre eux avec du mortier de ciment; on leur laisse leur couleur rougeâtre qui forme un contraste agréable avec la teinte claire de la pierre du socle et de la tablette qui les surmonte.
Dans les pays où ce genre de briqueterie n'est pas encore en usage , on peut y suppléer facilement au moyen des tuiles canal, dont la forme approche beaucoup de celle de ces tuileaux.
Ce genre d'appui convient parfaitement aux balcons des maisons de campagne, aux terrasses et aux jardins, parce qu'à travers les intervalles que laissent les tuileaux entre eux, on peut faire passer des plantes grimpantes, telles que le lierre, le cep de vigne, etc.
Avant- corps.
Les avant-corps sont les parties d'une façade en saillie hors de l'alignement des autres parties du bâtiment,- on emploie les avantcorps pour rompre la monotonie d'une façade, mais on doit en faire un sage usage; sans cela les lignes principales n'ont plus cette simplicité et cette unité qui en font la beauté; on doit d'ailleurs ne leur donner qu'une médiocre saillie sur les autres parties de l'édifice.
Frontons.
Les frontons , dont le nom dérive de frontispice, sont des corniches inclinées, qui couronnent l'entrée ou tout autre partie d'un édifice, et servent à l'écoulement des eaux pluviales.
L'emploi des frontons remonte à la plus haute antiquité, parce qu'ils ont l'avantage de cacher à l'œil la pente considérable qu'on est obligé de donner aux combles.
Le fronton est le type de la noblesse et de la magnificence. Voicice que dit Cicéron à ce sujet : « Capitolii fastigium illud, et cœterarwn » œdium, non venuslas, sed nécessitas ipsajabricata esUnam ciitn esset » habita ratio, quemadmodiim ex utraque tecti parte aqua delaberetur; » utilitatemiempli,fastigiidignitas consecutaest ; ut, etiam si incœlo » capitolium statueretur, ubi imber esse non posset , nullam sinefasti- » gio dignitatem habiturum fuisse videatur. (Cic. de Orator., lib. 3.)
» Ce n'est point au caprice que nous devons la beauté imposante du » fronton du Capitole et ceux de nos temples. L'art a découvert un » moyen de Taire écouler les eaux, qui nous étonne par sa noblesse et " sa beauté : ce moyen est devenu si nécessaire aux édifices , que » si l'on bâtissait un temple dans les cieux, où il ne saurait pleu- » voir, il faudrait qu'il eût un fronton semblable à celui du temple de » Jupiter. »
Il est donc des cas où le fronton est nécessaire et même indispensable; mais les architectes du siècle dernier avaient abusé de ce genre de décoration ; on l'a employé à tous les points de la hauteur des murs, aux portes, aux fenêtres, aux niches, et l'on avait poussé l'absurdité, c'est le véritable mot, jusqu'à placer dans le tympan ( nu du mur) un fronton inoins grand, et dans ce second fronton un troisième plus petit encore. Le Louvre en offre plusieurs exemples.
Depuis l'invention des voûtes on a fait des frontons circulaires; mais aujourd'hui on les a proscrits avec juste raison, car leur aspect est lourd et pesant.
On doit éviter de placer deux frontons l'un sur l'autre, à moins que le plus élevé ne couronne un édifice placé sur un plan plus éloigné.
Les frontons doivent être employés avec beaucoup de prudence et de ménagement, surtout dans les habitations particulières; ils doivent être réservés pour les avant-corps, et pour les bâtimens qui , étant accompagnés de dépendances , doivent pyramider et présenter quelque marque de distinction.
Les frontons brisés, et ceux dont l'angle d'inclinaison est aigu à l'excès ou obtus outre mesure, et ceux dont la corniche qui leur sert de base est ou supprimée, ou interrompue , doivent être proscrits comme un contre-sens et une dégradation de l'art.
La hauteur perpendiculaire la plus convenable à donner aux frontons est du cinquième au sixième de la largeur de la base. Voici un moyen géométrique de trouver cette hauteur, soit la perpendiculaire DE ( Planche LXXXIII , figure i re. ) qui passe par le milieu de la base du fronton AB; on porte de C en E une partie CF égale à AC, moitié de A B; et du point F, comme centre, on dèerif l'arc AGB; la distance CG sera la hauteur cherchée.
La corniche du fronton doit être la même que celle du bâtiment , mais dans cette dernière on supprime la cimnise sur la partie qu'occupe la base du fronton, afin de donner plus de hauteur au tympan. La figure i". de la planche IV du projet n°. i fait connaître cette disposition.
Atliques.
Les attiques sont de petits étages dont on couronne les bàtimens. On lui a donné ce nom parce que ce genre de logement était souvent exécuté à Athènes. Si Xaltïque est destiné à l'habitation, il doit avoir au moins 8 pieds (2"', 58) d'élévation sous le plancher : sa hauteur à l'extérieur varie entre les - et les 7 de celle de l'étage ou de l'ordre principal; les fenêtres dont il est percé doivent être carrées, ou du moins la hauteur ne doit pas en dépasser la largeur de plus d'un quart.
Acroières.
On donne le nom d'acrotère à un socle moins élevé que l'attique, mais qui règne comme lui au-dessus de l'ordre principal d'architecture, et sert d'amortissement à l'édifice; on donne ordinairement aux acroières une hauteur égale ou double de la saillie de la corniche qu'ils surmontent.
Refends , Bossages.
Les refends sont des rainures par lesquelles on marque les joints des assises et les joints verticaux des pierres; lorsque les assises sont saillantes sur le nu du mur, elles prennent alors le nom de bossages. Quelle que soit la diversité des longueurs des pierres employées dans la construction d'un édifice, on trace les refends verticaux comme si elles étaient toutes de même dimension, et on fait tomber chaque refend de l'assise supérieure à égale distance de deux des refends de l'assise inférieure.
Les refends sont généralement employés dans les soubassemens ; ils donnent de la Fermeté et de la sévérité à l'architecture. Leur hauteur varie entre le io<-. et le 8e. de celle des assises ; leur profondeur est de la moitié de leur épaisseur.
La hauteur des assises doit être du 18e. au 20e. de la hauteur de la base à la corniche. Lorsqu'on emploie des colonnes , les assises doivent avoir un module de hauteur, c'est-à-dire le rayon du cercle qui sert de base à la colonne.
Cordons.
Souvent on sépare les étages d'un bâtiment par une large moulure ronde qu'on appelle cordon; mais on l'emploie plus fréquemment, à cause de sa lourdeur, pour terminer les quais, les murs de revêtement et les tètes de ponts.
Trumeaux.
Les ouvertures, telles que les portes, les fenêtres, laissent entre elles des parties de murs qu'on appelle trumeaux. Leur largeur doit être déterminée en raison du style d'architecture que l'on a adopté, de la destination du bâtiment, et du climat de la contrée où il doit être élevé. Dans les pays chauds , il est essentiel de faire les trumeaux très- larges afin de diminuer le nombre des ouvertures, pour éviter une trop grande introduction de lumière, et conséquemment de chaleur. A la campagne , ils doivent également être plus larges qu'à la ville; on leur donne, en général, une ou deux fois la largeur des baies des ouvertures; mais il faut faire en sorte qu'à l'intérieur il y ait toujours environ 4 pi^ds (1 met. 29 cent.) de largeur entre deux croisées, afin d'avoir un espace suffisant pour les glaces , les commodes et les autres meubles qu'on est dans l'habitude d'y placer.
Encoignures , Ecoinçons.
On appelle encoignures les angles d'un bâtiment; on leur donne ordinairement plus de largeur qu'aux trumeaux afin qu'elles offrent plus
de solidité; les angles des baies des portes et des fenêtres se nomment écoinçons.
On a soin de faire des écoinçons assez larges pour occuper toute l'épaisseur du mur, et former à la fois les deux paremens.
Il existe encore un grand nombre de membres d'architecture; mais leur examen nous entraînerait beaucoup trop loin , et nous ferait dépasser les bornes de cet ouvrage. Notre intention étant de donner seulement un essai de construction, nous n'avons fait , en quelque sorte, qu'effleurer la matière. Nous aurons plusieurs fois occasion, dans la suite de cet ouvrage, d'entrer dans plusieurs détails sur divers objets qu'il est important de connaître.
Nous allons maintenant examiner l'architecture civile sous le rapport de la théorie, c'est-à-dire des règles de la disposition des bâtimens et sous celui de la pratique, ou, en d'autres termes, de la construction.
PKOllERE DIVISION.
llIKOKIi: DE LA DISPOSITION DES BATIMENS.
Lt but de l'architecture étant l'utilité, il est d'abord indispensable de bien«e pénétrer de la destination des édifices que l'on se propose d'élever.
Dans les constructions particulières, on doit ehercber à obtenir les convenances, l'économie, la solidité, la commodité et une décoration simple et gracieuse. En un mot, la beauté d'un bâtiment de ce genre consiste dans le rapport bien entendu des parties entre elles, et d'une sage combinaison des oruemens.
Les anciens avaient parfaitement senti ce principe ; car, selon eux, la ville de Tbèbes avait été bâtie aux sons de la lyre d'Amphion, et cette fiction nous apprend qu'ils sentaient combien l'architecture était liée à l'harmonie, qui n'est autre chose que la convenance des différentes parties pour former un tout.
Mais, pour bien disposer un tout, il faut en connaître les parties. Nous allons en faire l'élude, en parcourant successivement les divers élémens des bàtimens qui ont rapport aux constructions particulières.