CHAPITRE IV
DES CONSTRUCTIONS DESTINÉES A REMPLACER LA CHARPENTE PAR LA MAÇONNERIE.
Il est des cas où il est très-utile, pour ne pas dire absolument indispensable, de pouvoir supprimer la cbarpente dans les bâtimens, et la remplacer par des constructions de maçonnerie. On y parvient par <los planchers et des combles incombustibles.
ARTICLE PREMIER
Des planchers en maçonnerie ou voûtes en briques plates.
Les planchers en maçonnerie, dits voûtes plates, se font avec des briques posées à plat et maçonnées en plâtre. C'est du Roussillon, de Lyon et de Toulouse, que les premiers modèles en furent envoyés à Paris, où on en a exécuté plusieurs au palais Bourbon. Nous allons faire en sorte de déterminer la manière la plus convenable d'exécuter ces voûtes.
Leur grand avantage est de substituer au bois une matière plus durable et à l'abri des incendies, de ne pas exiger des murs de plus forte épaisseur que ceux qui portent plancher; enfin de pouvoir imiter les plafonds par le grand surbaisseincnt dont elles sont susceptibles. En vain plusieurs constructeurs ont-ils cherché à les déprécier, par la raison qu'étant exécutées en plâtre elles ne pourraient être d'une longue durée; l'expérience prouve qu'elles sont au moins aussi solides qu'un plancher, et l'on sait d'ailleurs que, quand le plâtre est à l'abri de l'humidité, il se conserve très-long-temps; il parait que celui des départemens méridionaux est infiniment moins sujet à bouffer, et que par conséquent les premiers effets sont bien moins dangereux que ceux du plâtre de Paris. On aura seulement le soin, dans les pays où on en a de plusieurs qualités, de choisir celui qui offre le plus de force et de ténacité:
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Deux formes principales s'emploient pour ces voûtes plates : celle en berceau et celle en arc de cloître ou impériale; dans la première les voûtes n'agissent (si effectivement ces voûtes ont une poussée quelconque) que contre les deux murs de longueur qui reçoivent leur retombée ; elles sont propres pour des églises , des granges , des écuries, etc.; dans la seconde, elles agissent à la fois contre les quatre murs de la chambre; elles sont plus propres à imiter les plafonds, et par cette raison méritent une préférence exclusive pour les appartemens. L'expérience prouve qu'elles sont encore plus fortes que les premières ; mais leur exécution est moins facile et plus dispendieuse, à cause de la forme de leur cintre. Il paraît que c'est le comte d'Espie qui a, si non inventé, du moins perfectionné les impériales; on lui doit encore le premier travail sur cet objet; et, si les voûtes en ce genre qu'il fit construire à l'École militaire réussirent mal, nous pensons qu'il n'en faut accuser que l'action infiniment plus forte du plâtre de Paris, que cet auteur ne connaissait pas, ou à laquelle il ne fit pas assez d'attention.
Les constructeurs de ce genre de voûte ont singulièrement varié dans la hauteur qu'ils donnent à leurs cintres : la différence va, en général, du 6me. au i4me. du diamètre. Il paraît qu'on devrait éviter de porter le surbaissement au delà du 8me. , ou au plus du 9me. Plusieurs voûtes en berceau ont été construites avec des cintres mobiles d'environ 3 pieds de largeur, que l'on faisait glisser sur des sablières posées le long des naissances , et même dans la largeur de la pièce si le diamètre était trop grand. L'embarras que donne ce mouvement de cintres, le temps perdu par cette opération, enfin, et surtout le tassement inégal qui s'opère toujours de cette manière, fait désirer que, comme il est d'usage à Lyon , on construise ces voûtes sur des cintres complets et solides, et qu'on les y laisse reposer une quinzaine de jours après toute construction , en ne les laissant à elles-mêmes qu'après le remplissage des reins, ou leur bandage par de petits contre-forts.
D'après cet exposé, si l'on veut construire une voûte en berceau, on aura soin , si les murs sont neufs , de les laisser reposer un an , pour qu'ils fassent tout leur tassement : on aura eu soin, dans leur construction, délaisser, dans les murs pieds-droits, une tranchée d'en-
»*9 viron 5 ou 4p0 de profondeur sur 4p0 et demi de hauteur, pour former la naissance de la voûte. On fera cette tranchée à l'outil , si on travaille sur de vieux murs. Après avoir établi le cintre et tracé avec la hachette une petite tranchée selon la courbure du cintre, dans les murs de pignon, pour favoriser le happement du plâtre, les ouvriers s'y prendront comme pour la construction d une cloison; ils mouilleront la première brique, l'enduiront de plâtre dans son pourtour, et la placeront dans la tranchée et dans l'angle d'un des murs pignon , en la posant sur son plat. Ils raffermiront d'un ou de deux coups de marteau ; et dès qu'elle aura fait prise, ils la quitteront pour en prendre une seconde qu'ils traiteront de même en l'accolant à la première; et ainsi des autres. On aura la précaution, pour charger également le cintre , d'avoir deux ouvriers qui opèrent à la fois des deux côtés â leur rencontre à la clef; ils tailleront, s'il est nécessaire, une brique pour fermer la voûte.
Ce premier rang fait, ils procéderont au doublis, qu'ils exécuteront de même, en garnissant de plâtre à proportion le dessus du premier rang de briques , et en posant ces dernières en bonne liaison avec les autres dans tous les sens. Ce doublis exécuté, ils construiront une autre bande de voûte, et ainsi jusqu'à l'autre mur de pignon, par où ils les termineront.
On garnira ensuite les reins de la voûte, soit en moellons ou débris de briques ou tuiles à bain de plâtre ou de mortier, soit en y pratiquant entre le mur et l'extrados, de petits contre-forts en briques de 5 pouces d'épaisseur, et distans l'un de l'autre de 3 pieds en 3 pieds, et l'espace entre les contre-forts rempli de recoupes et pierrailles ; ou enfin par un troisième moyen que nous croyons qu'on pourrait employer, consistant à bander la voûte de pied en pied par de petits murs de deux briques de champ d'épaisseur maçonnées en plâtre.
On remplirait de graviers ou débris de briques les espaces vides restés entre les petits murs ; le tout serait élevé jusqu'au niveau de l'extrados de la clef; dès-lors on poserait le carrelage à plâtre sur cette aire, avec d'autant plus de facilité que chaque brique de ce carrelage serait supportée par deux de ces petits murs d'éperon proposés. Il nous semble que ce moyen serait propre à bander bien uniformément
les voûtes , et laisserait la liberté d'alléger les reins autant qu'on le croirait nécessaire ou praticable.
Les voûtes impériales se construiront aussi sur un cintre complet et solide. La tranchée pour l'encastrement des deux premiers rangs de briques, sera tracée dans le pourtour de la chambre ; l'ouvrier s'y prendra comme dans la voûte en berceau, et observera de ne pas commencer un second rang de briques que le premier ne soit entièrement achevé dans tout le pourtour du cintre. Quand le cintre sera entièrement couvert, on taillera une brique pour servir de clef et remplir exactement le vide laissé au milieu par la jonction incomplète des quatre côtés de la voûte : cette clef sera posée en plâtre , comme le reste, mais seulement un ou deux jours après.
Aussitôt qu'une voûte sera décintrée, on l'enduira en plâtre, en observant de garnir entièrement les vides inférieurs qui pourraient se rencontrer aux naissances , avec des recoupes ou débris de briques maçonnées en* plâtre ; on terminera en adoucissant autant que possible les quatre angles de l'impériale , ou les rencontres des berceaux avec les murs de pignon, et en formant une corniche et une gorge au niveau des naissances pour effacer lout jarret.
A la rencontre des tuyaux des cheminées, on établira une forte équerre en fer plat , qui prendra la forme de la saillie des tuyaux, et qui s'accrochera aux murs avec des pâtes coudées. Les constructeurs du Roussillon n'en font même point usage.
Avec ces précautions, les voûtes plates sont d'une très- grande solidité. Quelques personnes cependant les fortifient encore par des tirans en fer plat, placés au dessus de l'extrados, et au dessous du carrelage supérieur, et scellés aux murs. Ces tirans sont transversaux pour les voûtes en berceaux, et diagonaux ou croisés pour les impériales. Quand ces dernières ont une grande portée , on peut soulager les deux tirans par deux autres , croisés aussi , et tombant au milieu de chaque côté dans les voûtes en berceau : les tirans transversaux seront placés de .6 à 9 pieds de distance.
ARTICLE II
Des Combles en maçonnerie.
Il est souvent nécessaire et toujours utile de pouvoir remplacer le bois dans la construction des combles. Les voûtes plates ont encore été employées à cet usage (notre dessein n'est pas de parler de ces combles en pierre dont on a souvent couronné des édifices considérables , et qui ne sont pas en usage dans les constructions particulières). M. le comte d'Espie termina sa maison, dont tous les plancbers étaient en voûtes plates, par ce qu'il appelle un comble briqueté. Il le composa de cloisons doubles en briques de champ, maçonnées à plâtre, placées à un pied de distance, de manière qu'elles se recouvraient l'une et l'autre par une brique à plat, posée en travers sur le vide qu'elles formaient: ces cloisons avaient une coupe qui formait la pente du comble, et laissaient au milieu d'elles un corridor de 5 pieds de large dans la longueur du bâtiment, et immédiatement sous le faîte, afin de pouvoir communiquer dans le comble en cas de nécessité. Ce corridor était voûté de la même manière que le reste de la maison, et le tout était recouvert en tuiles creuses maçonnées en mortier.
Le poids énorme de ce comble, qui ne peut être évalué à moins de 110 livres par pied carré de la voûte qui le supporte, et par conséquent à 3oo livres par pied carré de la portion de la même voûte dans les parties sur lesquelles il repose directement, est la plus grande preuve que l'on puisse donner de la force de cette même voûte ; mais cette pesanteur, ainsi que la perte totale des galetas, doivent bannir ce comble de l'architecture civile ; aussi ne l' avons-nous décrit que pour donner une idée de la force des voûtes plates en impériale, quand elles sont bien exécutées.
Combles en briques.
Le comble en briques plates, de M. Rondelet (planche 93, fig. 3) , consiste en une voûte en tiers-point ou ogive qui en forme la pente, et dont les rampans vers les murs sont rachetés, quand il est néces-