Tome II
ARTICLE PREMIER
Des Planchers.
Dans les planchers, comme en général dans tout ouvrage de charpente, on doit employer de préférence le bois pris en totalité dans un seul arbre; il est reconnu, tant en théorie qu'en pratique, qu'une pièce de bois refendue, et dont les deux parties sont ensuite placées côte à côte, porte beaucoup moins que lorsqu'elle était entière.
Il est aussi reconnu que, quoique les bois mi-plats aient plus de force que les bois carrés sur leur largeur, il en ont infiniment moins que les mêmes bois carrés sur leur hauteur; par exemple, une pièce de bois de i5 pieds de longueur et de 10 pouces en carré, porte horizontalement 3879 liv.; si elle a 8°. sur 12, elle portera 456 1 : mais si elle a 12 pouces en carré, elle portera 6271. Ainsi on ne peut dire absolument que les bois carrés portent moins que leur mi-plat, mais il faut y joindre la restriction dont nous parlons.
On fait ordinairement les planchers de deux manières, en poutres et solives, et avec des solives seules.
Les planchers à poutres et solives s'exécutent de trois manières:
i°. En poutres et solives passant au-dessus, dits planchers à la Française. Ce sont ceux qu'on rencontre le plus fréquemment dans les anciens édifices ; ils sont composés de poutres scellées ordinairement dans les murs de refend, et de solives passant au-dessus, scellées dans les murs de face. Les solives, dans cette sorte de planchers, sont ordinairement carrées et de 6 à 7% espacées tant plein que vide, et d'une seule pièce quand elles n'excèdent pas 20 pieds de longueur. Ces poutres et solives restent apparentes, et sont alors moulées sur leurs arêtes; l'espace entre les solives est couvert par des planches bien dressées, et placées dans le même sens que les solives, de manière que les joints se fassent sur la face supérieure des mêmes solives. On sent aisément que de pareils planchers sont d'une très-grande force , mais ils sont trèscoûteux.
20. En poutres et lambourdes ( planch. 94, %. 1 et 2). Dans ceux-
ci , les solives, au lieu d'être passantes sur les poutres, sont chevillées sur des lambourdes Cxées aux côtés des poutres par des armatures de fer b; elles n'ont alors de longueur que celles des travées; au lieu d'être scellées dans les murs, elles sont chevillées sur d'autres lambourdes fixées le long des murs par des corbeaux ou étriers a.
3°. En poutres et solives assemblées, ce qui se fait de plusieurs manières, en assemblages à mi-bois et à chevillette, ou en entailles dans la poutre.
Le dernier moyen réprésenté ici (fig. 3 et 4) est préférable, en ce que les solives sont soutenues et arrêtées solidement sans trop affaiblir les poutres. Pour cet effet on a une poutre carrée; on divise la largeur supérieure en trois parties égales, dont les deux extérieures sont subdivisées en trois autres, savoir, deux pour l'assemblage de la solive, et la troisième pour la solive entière; la hauteur de la solive est aussi divisée en trois, dont deux pour l'entaille.
Lorsque l'on veut plafonner sous les poutres, on cloue au niveau de leur face inférieure, des tasseaux, sous lesquels on pose de fausses solives pour recevoir le lattis. Nous traiterons de cet objet en parlant de la plâtrerie.
La grosseur des solives doit être, en général, du 24e (6 lignes par pieds) de leur longueur dans œuvre; c'est-à-dire, dans les planchers à poutre, du 24° de la largeur des travées (espaces entre les poutres). On les espace au moins de leur largeur et du triple au plus.
Quant aux poutres, elles doivent avoir en hauteur ~ (8 lignes par pied) au moins de leur portée dans œuvre, et les f en largeur, si elles sont mi-plates; si elles sont carrées et destinées à recevoir des assemblages, elles en auront -^ en tout sens.
Les planchers à solives (planche g> , figure 5) peuvent être simplement composés de solives scellées dans les murs de refend, ou de solives et lambourdes; dans ce dernier cas, les lambourdes sont scellées par leur extrémité dans les murs de face, et y sont, de plus, retenues d'espace en espace par des corbeaux en fer ; alors ces lambourdes reçoivent les solives en assemblages à mi-bois et à chevillette.
Les dimensions des solives sont aussi, dans ce cas, du 24e de leur
portée ou de la longueur de l'appartement; elles sont préférables carrées que mi-plates.
II est reconnu, relativement aux planchers à solives, que la solidité des planchers de même portée est en raison doublée de l'épaisseur verticale des solives, directe de leur largeur, et inverse de leur espacement. Cette règle générale n'admet d'exceptions que pour les planchers consolidés.
Il est un moyen bien simple de consolider les planchers, moyen employé généralement dans les campagnes, sans que la plupart des ouvriers l'apprécient comme il doit l'être; c'est de les revêtir en-dessus de planches jointives, au lieu de former simplement l'aire sur le lattis, comme on fait souvent et trop souvent dans les villes; il suffit de savoir qu'on a formé des planchers très-solides sans poutres ni solives, et qui ont jusqu'à 60 pieds en carré, avec trois rangs de planches de sapin de 18 lignes d'épaisseur, pour être convaincu que, quand un plancher doit porter plusieurs cloisons de brique ou de fortes charges, on ne doit pas négliger ce moyen d'augmenter sa force; il faut, pour bien faire, que les planches soit clouées en travers des solives, et non dans le même sens.
Il existe encore un moyen singulier et employé avec succès pour augmenter la force d'une poutre; il consiste à scier la poutre en-dessus et à son milieu, jusqu'au tiers de sa hauteur. Cette poutre, solidement arrêtée, sera ensuite soutenue par un étai , et on enfoncera un coin dans le trait de scie, qui fera bomber la poutre et tomber l'étai; il est inconcevable de combien ce bombement augmente la raideur de la pièce; il équivaut à des armatures que l'on emploie dans les grandes constructions. La raison de cet effet est que, par ce moyen, les fibres du bois résistent, non horizontalement, mais sous un angle quelconque, et l'on sait que les bois inclinés ont plus de force que les bois posés horizontalement.
Lorsque l'on doit établir un âtre de cheminée (planch. g3, fig. 5) sur un plancher, on y forme un vide A, en raccourcissant un certain nombre de solives suivant les dimensions que cet âlre doit avoir. Les solives qui bornent le vide s'appellent solives d'enchevêtrure; elles reçoivent en assemblage une petite pièce de bois nommée chevêtre, b, qui va de
l'une à l'autre, et reçoit lui-même celui des solives raccourcies, ecc, que l'on nomme solives boiteuses. Dans le vide, on maçonne de petites voûtes bandées en brique et plâtre.
Quand les planchers sont à poutres, il faut éviter d'établir les âtres vis-à-vis ces dernières, parce qu'un chevêtre ordinaire ne suffit pas pour recevoir leur assemblage, et qu'un chevêtre de la grosseur de la poutre aurait le même inconvénient auprès des solives d'enchevêtrure, et d'ailleurs défigurerait le manteau de la cheminée.
Lorsque les solives sont scellées dans les murs, on place aussi des chevêlres à la rencontre des tuyaux montans des cheminées inférieures, et de la même manière que dans le cas précédent.
Quand on veut consolider un plancher à solives, on place à force entre elles, après les avoir préalablement étayées, des bouts de bois nommés e'tressillons, qui doivent être placés à la suite les uns des autres, afin de s'arebouter réciproquement; on fait dans un plancher deux étressillonnemens et même plus, selon qu'on désire le raidir', et l'on fait en sorte de les placer vis-à-vis des chevêtres ou des solives d'enchevêtrure.
On a encore un moyen de rendre un plancher d'une fermeté presque égale à celle d'une voûte, en le hourdant plein. Cet hourdis consiste à remplir en brique, recoupes ou plâtre, maçonnés en plâtre, tout le vide que laissent les solives entre elles; ce moyen, il est vrai, rend un plancher lourd, mais il double sa force et équivant à peu près à des solives touchantes.
L'épaisseur commune des planchers est ordinairement de om, 33, savoir, om, 18 pour les solives, om, 4 pour le plafond, et om, n pour l'aire et le carreau, si ces planchers sont planchéïés ou parquetés, on doit ajouter om, 1 1 pour l'épaisseur des lambourdes.
Lorsqu'on fait un plancher, il faut s'assurer s'il ne se rencontre pas des murs de refend au-dessous : lorsqu'il en existe, il faut avoir soin de tenir le plancher un peu plus haut que le couronnement de ces murs, parce que si le plancher venait à s'abaisser des deux côtés, le mur de refend le ferait indubitablement briser.
ARTICLE II
Des Combles.
Les maisons ont leur étage supérieur abrite' contre la pluie, la neige, par une couverture en tuiles, en ardoises, en chaume, en planches de bois, de cuivre ou de plomb, etc. Cette couverture présente le plus ordinairement la forme de deux plans inclinés versant les eaux de deux côtés opposés. Nous examinerons de préférence ici les toits à deux égouts, les autres pouvant s'y rapporter. Le poids du toit est soutenu par des charpentes dont la disposition est soumise à des régies; l'ensemble de ces pièces de bois est ce qu'on nomme un comble. Nous décrirons succinctement les parties de cet appareil.
On place sur la longueur de l'édifice des espèces de cloisons à jour en charpente ; ce sont des fermes : elles sont parallèles et égales, écartées de g à 12 pieds, plus ou moins. La fig. i de la planche g5 représente la composition d'une ferme : une forte pièce de bois horizontale C D, nommée tirant ou entrait, pose par ses deux extrémités sur le haut des murs parallèles de la maison; A', B', sont des pièces inclinées qu'on nomme arbalétriers , qui s'assemblent en bas C et D avec l'entrait, et en haut C, D', sur une pièce verticale E , qu'on appelle poinçon; ce poinçon descend jusqu'au sol pour s'assembler sur l'entrait, ou est réduit à moitié longueur en le faisant porter sur une pièce F F' horizontale, qui est \ejaux entrait ou t entrait relevé , lequel a ses deux bouts soutenus sur les arbalétriers. Toutes les pièces sont assemblées à tenons et mortaises avec la plus grande solidité en unissant les arbalétriers soit à l'entrait, soit au poinçon.
Le long des murs du bâtiment régnent des solives larges et peu épaisses, nommées plates-formes P; la figure n'en montre que la section; elle est marquée d'une X, ainsi que toutes les pièces dont on ne voit que le bout. Cette plate-forme est quelquefois posée sur le mur même et au bout des entraits; mais plus ordinairement elle est posée sur ceux-ci , ou même les plates-formes ont leurs bouts assemblés sur ceux de deux entrails successifs. Ce sont les plates-formes qui portent le
poids des chevrons P M, bois de peu de grosseur, qui suivent la pente du toit, et qui portent les tuiles, ardoises, etc. Les chevrons, distans d'environ un pied les uns des autres, sont assemblés en bas par simple embrèvement avec la plate-forme; en haut, ils posent sur une pièce N, nommée faîtage, qui règne tout le long du bâtiment et est porlée par tous les sommets des poinçons avec lesquels elle s'assemble par un tenon qui termine le poinçon, et entre dans une mortaise du faîtage. Cette dernière pièce est, comme la plate- forme, fracturée en autant d'autres mises à-bout qu'il y a de fermes. Les chevrons sont appuyés et chevillés sur le faitage et la plate-forme; mais comme ces chevrons sont trop faibles pour résister au poids des tuiles, on les renforce par des pannes 0, longues pièces horizontales qui régnent le long du toit en croisant à angle droit sous les chevrons, et s'appuient sur les arbalétriers, où elles sont retenues par des tasseaux que portent des corbeaux de bois I, nommés chanlignoles , lesquels sont assemblés par embrèvement sur les arbalétriers. On soutient ordinairement les faitages par des liens qui s'assemblent avec les poinçons, et qui , sur la figure, seraient projetés sur le poinçon même.
Voici les dimensions qu'on donne à ces diverses pièces de charpente.
Les entraits doivent avoir en hauteur -^ de leur longueur; leur largeur est des \ de leur hauteur.
Nous avons dit que les fermes se plaçaient de g à 12 pieds de distance, c'est ce qui forme les travées d'un comble; les dimensions des autres charpentes sont relatives à la largeur de ces travées; savoir :
Pour les arbalétriers. . . . ~
Pour les faux entraits —
Pour les poinçons ~
Pour les liens, esseliers contre-fiches, etc. . . -^
Pour les pannes -^
Pour les faitages -L
Les plates-formes sont des planches ou madriers de 2 pouces d'épaisseur en général.
Les chevrons, qui sont ordinairement des bois en grume, ont de 4 à 6 pouces de diamètre.
Il peut arriver que le bout du toit soit terminé par un mur en forme de triangle qui tient lieu de dernière ferme, et c'est ce qu'on appelle un pignon; mais le plus souvent on y pratique un court toit nommé croupe. Dans ce cas, la dernière ferme doit être établie à quelque distance du mur terminal, et la croupe recouvre cet espace de forme triangulaire. Les arêtes de jonction de la croupe et des longs-pans (c'est ainsi qu'on nomme le toit longitudinal), sont formées de deux pièces appelées arêtiers, lesquelles sont délardées pour que les faces supérieures se trouvent selon les directions du long-pan et de la croupe : les arêtes sont assemblées, d'une part, sur le haut du poinçon, et de l'autre, sur un entrait qui va du pied du poinçon se terminer à l'angle du bâtiment. Les chevrons qui garnissent la croupe et le bout des longs-pans sont de longueur différente, puisqu'ils recouvrent un espace triangulaire; on les nomme empannons.
Lorsque les murs de refend d'un bâtiment sont assez rapprochés on peut se dispenser de construire des fermes pour former le comble; alors on termine tous ces murs en pignons sur lesquels portent les pannes et les faîtages; il suffit que la distance entre ces murs de refend, ou la portée des pièces de charpente, n'excède pas 20 à 24 pieds. C'est sans contredit la méthode la plus simple , la plus économique et la plus solide lorsqu'il est possible de l'employer. Cette espèce de comble s'appelle comble droit en pignon.
Après que toute la charpente d'un comble a été mise en place, il faut recouvrir le bâtiment; à cet effet, on latte et on place ou les tuiles ou les ardoises.
Le lattis des tuiles est formé par des lattes de chêne clouées sur les chevrons. Ces lattes sont larges de 2 pouces et longues de 4 pieds; on les place horizontales et parallèles, c'est-à-dire, croisant les chevrons à angle droit; chacune est clouée sur quatre chevrons, et recouvre trois espaces. On les écarte assez les uns des autres pour que les tuiles aient 4 pouces de pureau; c'est ainsi qu'on nomme la partie de chaque tuile qui est à découvert ; aussi les lattes forment un plan à claire voie, dont les brins sont parallèles et écartés de 4 pouces. Pour l'ardoise on opère à lattes jointives, c'est-à-dire, qu'on ne laisse qu'un pouce au plus
i/,5 d'intervalle entre les lattes, qui sont des planches de 4 pieds de long, sur 4 pouces de large, et qu'on nomme volices ou voliges.
Il arrive quelquefois que les chevrons débordent la corniche de la maison ; alors on est obligé de donner un peu de courbure à la partie inférieure du toit, qui ne monte plus en ligne droite parallèle à l'arbalétrier, mais prend une inclinaison un peu moindre vers le bas ; pour soutenir cette partie, on place des liens qui vont des chevrons à l'entablement, et sont cloués sur la plate-forme; ces liens sont des coyaux: ce sont des morceaux de bois qui' portent sur le bas des chevrons et sur la saillie de l'entablement, pour former l'avance de légout du comble, et faciliter l'écoulement des eaux.
Lorsque le toit n'a qu'un seul égout, il est construit sur les mêmes principes, en n'employant que des demi-fermes; chacun se représente aisément un comble à deux égouts qui serait coupé en deux par un plan vertical passant par le faîtage; ceci n'exige donc aucune description nouvelle.
Souvent pour pratiquer des pièces habitables dans un comble , on brise le (oit à la mansarde (pi. q5, fig. 2). Au-dessus des entraits et dis plates-formes , on commence un comble très-rapides qu'on interromp tout à coup à trois ou quatre pieds d'élévation pour en superposer un autre à pente très-douce. La, figure montre mieux qu'une plus ample description comment les choses doivent être disposées.
Quant aux proportions à adopter entre la base et la hauteur d'un comble, elles sont arbitraires. En Italie, les toits sont presque plats; aussi y emploie-t-on des tuiles d'une forme particulière pour que l'eau ne puisse filtrer. Mais dans nos climats, surtout à cause des neiges qui s'y amoncèlent en hiver , on est forcé de rendre la pente assez raide. On regardait autrefois les toits rapides comme une sorte de beauté, et on faisait les combles d'une élévation extraordinaire, ainsi qu'on peut le voir aux palais de Versailles, de Meudon, des Tuileries, etc. On préfère aujourd'hui les couvertures à 1 italienne. En général, dans les pays chauds, la hauteur des combles peut n'être que le quart ou le cinquième de la base; dans les pays septentrionaux, le tiers ou la moitié suffisent pour préserver les bàtimens de l'intempérie des saisons. Souvent on perce dans les combles de petites fenêtres appelées lu-