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ToME II

i46 carnes; on appelle lucarnes flamandes celles qui sont construites en maçonnerie, couronnées d'un fronton et appuyées sur l'entablement qui termine l'édifice.

On pratique aussi dans le rampant d'un comble des baies de croisée, dont le châssis sans aile a la même inclinaison que le toit, et néanmoins s'ouvre et se ferme à volonté; cette espèce de lucarne s'appelle lucarne en tabatière. L'usage en est encore peu ancien, et n'a pu, en effet, devenir commun que par l'habitude qu'ont prise les menuisiers, les serruriers, les vitriers, de donner à leurs moindres ouvrages une précision qu'ils réservaient autrefois pour leurs chefs-d'œuvre. Il faut que la lucarne en tabatière ferme bien exactement pour que les eaux de pluie tombent et coulent dessus sans pénétrer à l'intérieur. '

Avant l'iniroduetion des fermes dans la construction des combles, ils se composaient de chevrons portant ferme. Cette méthode, représentée planch. 96, fig. ire, consistait à placer aux \ environ de la hauteur des chevrons, un faux entrait soutenu par deus. esseliers emmortaisés dans ces mêmes chevrons. Les extrémités de ces chevrons étaient soutenues par des jambettes reposant sur de doubles plates-formes à blochet; on traçait même quelquefois la partie intérieure des esseliers et des jambettes sous un arc de cercle, ce qui formait ainsi, à peu de frais, la carcasse d'une voûte, comme le fait voir la fig. 2. Tous ces bois n'avaient que la grosseur des chevrons.

Cette méthode, toute simple, et composée de bois d'une très- médiocre grosseur, était pour le moins aussi solide que nos fermes lourdes et compliquées; de plus, il est facile de voir que cette disposition était infiniment plus agréable, et qu'on pouvait tirer partie de ces combles pour des logemens ou des magasins, bien plus facilement que des nôtres bizarrement divisés par travées. Les habitans de plusieurs vallées des Pyrénées se servent encore d'une méthode semblable pour leurs combles exhaussés du tiers, et couverts en chaume ou en ardoise. La charpente de nombre d'églises antiques est ainsi construite: les plus remarquables sont celles de Saint-Marc et Della-Salute de Venise, dont les coupoles extérieures sont même formées en planches.

D'après ces derniers modèles, Philibert de Lorme, célèbre architecte français du xvic siècle, imagina d'appliquer ce moyen aux édifices par-

i47 licuîiers; son système consiste en cintres formés par deux épaisseurs de planches placées à environ 5 pieds de distance les unes des autres et entretenues de 3 en 3 pieds, et alternativement, par des liernes aussi en planches solidement arrêtées par des coins, faits également en planches semblables. Ces cintres font à la fois la fonction de fermes et de chevrons, ou plutôt remplacent les chevrons portant ferme : on rachète la forme semi hémisphérique du cintre par des coyaux et des couronnemens formés de planches semblables.

Un autre auteur, M. Menjot-d'Efbène, que nous avons déjà cité en parlant des combles en maçonnerie, a cherché à appliquer aux constructions particulières le système de Philibert de Lorme.

M. iMenjot a adopté l'ogive pour forme de ses cintres. Ces derniers sont composés de bûches de sapin ou bois de corde à brûler, d'environ 3 pieds de longueur et de 3 à 4°'.d'équarrissage; il les réunit bout à bout par des goujons en bois, et les triple, c'est-à-dire, qu'il en cheville trois côte à côte, en observant de placer les joints de la pièce du milieu entre les milieux des pièces latérales. Cette combinaison donne à ces cintres une largeur de 9 à 12 pouces, il les espace d'environ 4 pieds de milieu en milieu, c'est-à-dire qu'il laisse entre eux un intervalle de 5 pieds. La naissance des cintres repose sur une sablière qui se trouve au niveau du plancher supérieur. Pour renforcer l'angle de l'ogive, que sa courbure ne permet pas toujours de faire d'une seule pièce; il y place un petit faux-entrait , qui s'y assemble et le contreboute. Il rachète par de petits coyaux, la forme du cintre à la naissance.

C'est d'après ces idées que nous donnons ici (planche g5) les dessins d'un comble à la d'Elbène, de 8 pieds de hauteur sur une largeur de 3o pieds, ce qui donne un peu plus du quart.

Ce comble est représenté par la fig. 3, qui indique la forme du cintre et la disposition des 8 courbes qui le composent, courbes qui ont environ 4 pieds 3 pouces de longueur, et qui pourraient en avoir moins ; mais, vu le grand surbaissement que nous donnons au comble, il faut faire en sorte d'en augmenter autant qu'il est possible la stabilité intrinsèque. On voit aussi la position du faux-entrait a, et les assemblages b, des cintres dans les sablières, assemblages représentés plus en grand

i43 en A; la construction des cintres est représentée plus en grand en B. Les goujons et les trous destinés à les recevoir peuvent s'y remarquer, aussi-bien que l'endroit où sont placées les chevilles ici indiquées en lignes ponctuées.

Depuis peu de temps on a introduit en France l'établissement des combles en fer qui sont fréquemment employés en Angleterre; nous nous occuperons de cet objet en traitant des Fers.

ARTICLE III

Cintres.

Le cintre de charpente est un assemblage de pièces de bois qu'on établit passagèrement lorsqu'on veut construire une porte, ou une croisée, ou une arcade cintrée, pour soutenir le poids de la maçonnerie de la voûte. Ces pièces de bois reçoivent sur leur arc extérieur ou extrados, les pierres qui doivent former la voûte, et les soutiennent contre l'effort de la pesanteur jusqu'à ce que la clef soit mise en place; comme les pierres sont soutenues alors l'une par l'autre, on enlève le cintre pour l'employer ailleurs au même usage. Le cintre le plus simple est composé d'un entrait, d'un poinçon et de deux contrefiches, qui soutiennent et arcboutent quatre pièces cintrées assemblées en demi-cercle ou' demi-ovale; mais les grands cintres sont beaucoup plus compliqués, quoique construits sur les mêmes principes : les pièces de bois ayant à supporter le poids de la voûte qui les presse, s'appuient les unes sur les autres, et se contre-boutent de manière que le plus grand effort soit toujours exercé selon leur longueur, parce qu'il est bien plus facile de faire plier les bois que de les écraser.

Les cintres employés dans la construction civile, étant ordinairement de petite dimension, les ouvriers se chargent presque toujours de leur exécution ; en conséquence, nous ne donnerons pas de plus grands détails sur cette partie de la charpente.

M9 ARTICLE IV

Èchafauds et Êtajemens.

On appelle échafaud une construction faite en bois en avant d'une muraille, sur laquelle on veut-travailler, comme pour en faire le ravalement, réparer les croisées, etc.; c'est un assemblage de perches, échasses ou piliers verticaux, espacés de 3 à 4 mètres, enfoncés en terre et consolidés par des pierres et du plâtre; des boulins ou autres pièces de bois horizontales, sont par un bout scellés dans le mur, et par l'autre attachés avec des cordes aux piliers verticaux, d'étage en étage, et à des hauteurs convenables; on dispose des dosses ou fortes planches en forme de plancher, dont on proportionne la solidité aux fardeaux qu'il doit supporter. Les perches verticales doivent s'élever jusqu'au haut du mur ; et lorsqu'elles ne sont pas assez longues pour y atteindre, on les prolonge par d'autres perches qu'on y attache avec des liens.

Comme la dépense d'un échafaud est assez forte (on l'évalue à environ un dixième du prix payé pour la dépense du ravalement du mur), on évite autant qu'on peut ces constructions passagères; c'est ainsi que, pour boucher les crevasses d'un mur, le travail se fait à l'échelle ou bien en faisant saillir le bout d'une planche par la fenêtre; l'ouvrier monte sur ce bout et y reste ainsi soutenu par le poids d'un autre ouvrier assis sur la planche dans l'intérieur de la maison ou par des étrésillons qu'on y a établis; de même les badigeonnages se font en suivant ce procédé, ou bien en faisant descendre l'ouvrier le long d'une corde entrecoupée de nœuds et suspendue en haut de l'édifice : c'est sur ces nœuds que le badigeonneur se tient cramponné par ses talons; il est d'ailleurs assis sur une planchette qui s'accroche aux nœuds, et qu'il déplace à volonté et sans peine.

Les êtajemens sont les moyens mis en œuvre pour soutenir quelques parties des édifices, lorsque des substructions projetées, et la chute ou la démolition d'autres parties ont rendu cette opération indispensable : donc étayer un édifice est proprement le soutenir par des étais. Nous ne parlerons que de ceux qui servent aux constructions en sous-œuvre, parce que ce sont les plus importans.

Deux cas principaux exigent un étayement.

Dans le premier cas (fig. 5 et 6, pi. g4), on veut placer dans un mur de face une ouverture considérable au dessous même de deux croisées. On étrésillonne les deux croisées supérieures, en plaçant des platesformes a, a, le long des jambages, avec des étrésillons b, b, en travers <t inclinés alternativement; pour soutenir la partie du trumeau conservée, on emploie une forte pièce de bois appelée poitrail; ce poitrail P doit être carré, et avoir une épaisseur égale au -^ de sa longueur entre les appuis : il doit entrer de chaque côté du jambage de la grande ouverture d'environ 10 à i2po. On parvient à placer ce poitrail au moyen d'un chevalement composé d'étais c, c, inclinés en sens contraire, appuyés clans le bas sur des couchis e, e, et soutenant dans le haut une pièce de bois f, qui traverse le mur, et à laquelle ils sont entaillés et solidement chevillés. La fig. 5 présente cette opération en face, et la fig. 6 en profil.

Dans le cas où l'on voudrait que le poitrail ne fût point apparent, on le reculerait de 5 à 6P°. du niveau de la surface extérieure du mur, et au devant de ce poitrail, on tracerait une plate-bande ou une ouverture cintrée qui, ne portant à peu près rien, serait d'autant plus solide que l'on pourrait aussi la relier par des clefs à ce même poitrail.

Le second cas, c'est lorsqu'on veut reconstruire un mur de face, sans détruire les planchers, qu'il faut alors soutenir. On y parvient par des étais posés verticalement de plancher à plancher, et les uns au-dessus des autres, reposant par le bas sur des couchis, et supportant dans le haut des sablières pour soutenir les solives et les poutres : il est sensible que les planchers, dont les poutres et solives portent sur les murs de face, ont seuls besoin d'être étayés; mais, si ces planchers sont alternatifs comme c'est l'ordinaire, il faut nécessairement les étayer tous. Quand les planchers, au lieu d'être de niveau, ont une inclinaison plus forte d'un côté, il ne faut point poser les étais à plomb, mais les placer en sens contraire.

L,a manière de dresser les étais n'est point indifférente : ils sont coupés en double inclinaison, et au lieu de les frapper pour les faire roidir, ce qui ébranle le bâtiment, on se sert ensuite d'une pince qui produit le même effet. On y met ensuite des coins qu'on assujettit par des clous.

Un propriétaire doit veiller à la pose des étais, et à leur sage distribution, pour tout donnera la solidité sans surcharger l'atelier de bois inutiles.

ARTICLE V

Cloisons en charpente.

Tour partager un appartement en plusieurs pièces, on y dispose des cloisons en charpente, qui sont de trois sortes : i°. les unes sont composées de planches réunies ensemble à rainures et languettes, portées sur une petite pièce de bois carrée, et soutenues en haut par une autre pièce semblable; 2°. les cloisons légères de 5 à 4 pouces d'épaisseur, l'établissent de même sur un sol carrelé; on dispose en haut et en bas un chevron de 4 à 5 pouces d'équarrissage, où l'on pratique une rainure pour y recevoir les bouts des planches de bateau, qu'on place à claire voie, et sur lesquelles on latte et l'on applique un enduit de plâtre; 3°. enfin, les cloisons qu'on établit en pans de bois dans l'ensemble des constructions d'un bâtiment, portent sur des sablières et sont coordonnées sans portc-à-faux avec les autres parties solides de l'édifice; les bois v sont assemblés à la manière des fermes, afin de former des décharges qui réportent le poids entier sur les gros murs. On y établit au besoin des crampons en fer et tout ce qui peut contribuer à la solidité de la construction; le tout est ensuite recouvert d'un enduit de plâtre. Les portes de communication s'y établissent à l'aide de chevrons assemblés à tenon et mortaise.

ARTICLE VI

Escaliers.

L'escalier est la partie d'un édifice qui sert à monter et descendre, pour communiquer entre les différens étages; il est formé de parties qu'on nomme marches ou degrés, sur lesquelles on met la plante du pied; la surface sur laquelle le pied pose est le giron de la marche. On a trouvé, par expérience, que la montée d'un escalier n'était commode que orsqu'on l'assujettissait à de certaines conditions que nous allons-

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