DE LA MENUISERIE MOBILE
Les ouvrages principaux de menuiserie mobile sont les portes et les croisées.
ARTICLE Lr.
Portes.
La construction la plus simple d'une porte consiste à assembler plusieurs planches, dont les bords soient parfaitement unis; on les joint au moyen d'une planche étroite clouée transversalement sur leur surface, ou de deux traverses clouées en croix.
Lorsqu'on veut unir la solidité à l'élégance, on construit un cadre à mortaises et tenons, et l'on y laisse une ou plusieurs ouvertures où l'on introduit les pièces nommées panneaux. Les pièces horizontales du cadre reçoivent, suivant leur position, les noms de traverse du haut, traverse du milieu, barre de loquet, et barre défrise. On attache le loquet sur la barre de loquet par une mortaise, ou au moyen de vis, et la barre de frise est intermédiaire à celle du sommet et du milieu.
Lorsqu'on veut conserver l'uniformité d'une pièce, ou épargner les frais d'une porte correspondante, on applique des portes, très-légères, qui doivent toujours être faites avec de très-bons matériaux bien secs, et solidement assemblés; les onglets doivent être joints avec la plus grande précision, et toute la surface doit être parfaitement polie.
Les mortaises, tenons, creux et collages des moulures, doivent être travaillés correctement; sans cela, la porte ne serait point juste, ce qui donnerait beaucoup d'embarras pour l'ouvrir, et obligerait à en rogner les diverses parties. La porte serait aussi moins solide, surtout si c'était les tenons qui eussent besoin d'être rognés.
Pour les portes rentrantes et les portes à saillies, l'ouvrage doit être fait en carré, ensuite uni en panneaux, et le tout raboté ensemble; alors, en marquant les panneaux dans la partie du cadre
où ils doivent être placés, on sépare les différentes pièces, et l'on dispose les styles, les montans et les barres. Si les portes sont figurées à deux battans, le style doit être inséré dans les barres du sommet et du milieu , en taillant ses extrémités en fourchette, pour entrer dans des entailles coupées sur lesdites barres.
Quand on pose les portes, le point essentiel est qu'elles puissent jouer librement sans frotter le plancher, et l'on y parvient en suivant les régies que voici : d'abord, on pose ordinairemententre la porte etle solla distance que pourrait occuper un tapis; ensuite, on place les charnières des gonds du haut et du milieu, de manière que les premières dépassent les secondes d'environ un huitième de pouce; c'est-à-dire, que si le gond est de niveau à la porte, il faut le faire projeter légèrement en dehors; mais si le centre est dans la surface de la porte, il faut alors le placer à l'extrême sommité, ce qu'on fait rarement; de plus, on fixe la jambe sur laquelle repose la porte à un huitième de pouce hors de la perpendiculaire, la partie supérieure inclinant vers la jambe opposée. Enfin , l'inclinaison de la cannelure doit être telle que la porte, étant fermée, fasse saillie d'environ un huitième de pouce.
Ces divers moyens, pratiqués sur une si petite échelle, sont à peine perceptibles; néanmoins, ils font l effet de mettre la porte, quand elle est ouverte, à une équerre suffisamment en dehors du niveau, c'est-àdire à peu prés d'un demi-pouce, si la hauteur de la porte est le double de sa largeur.
Plusieurs sortes de gonds à soulever sont employés à cet effet; quelques-uns des mieux construits en cuivre peuvent être avantageusement admis, même dans les portes les mieux faites.
La manière de placer les gonds dépend entièrement de la forme du joint, et comme le mouvement de la porte ou du battant est angulaire, et s'exécute dans une ligne fixe comme un axe, le gond doit être attaché de manière à ne pas gêner ce mouvement. Ainsi donc, si les joints comprennent la surface de deux cylindres, le convexe se mouvant sur les cotés de la porte, et glissant sur le concave qui reste stationnaire sur le corps fixe, le mouvement de la porte sera exécuté sur l'axe du cylindre, lequel axe doit être le centre des gonds; en ce cas, que la porte se trouve fermée ou non, le joint sera juste; mais si le joint
est une surface plane, il faut considérer de quel côté de l'ouverture doit se faire ce mouvement pour placer les gonds du côté sur lequel la porte tourne.
Un gond se compose de deux parties qui se meuvent l'une sur l'autre dans une direction angulaire.
La jointure du gond est une partie contenue sous une surface cylindrique, et qui est commune à la partie mouvante et à la partie stable : Les cylindres sont emboîtés l'un dans l'autre, et creusés pour recevoir une cheville cylindrique, qui , en les traversant, les lie l'un à l'autre.
L'axe de la cheville se nomme l'axe de gond.
Quand deux ou plusieurs gonds sont placés sur une porte, leur axe doit être dans la même ligne droite; on appelle cette ligne, ligne des gands.
Nous avons dit qu'on laisse ordinairement un espace libre entre la porte et le sol pour l'emplacement du tapis, mais cette disposition a de grands inconvéniens, et entre autres, l'introduction de l'air froid dans les appartemens ; les Anglais ont imaginé un mécanisme fort simple et très-ingénieux, qui consiste à couper les charnières en hélice.
Cette charnière, qui est représentée fermée, planche 96, fig. 7, et développée fig. 8 , est construite en fer ou en cuivre : la partie À se fixe par trois vis contre le chambranle de la porte, et la partie B s'attache à la porte elle-même; celle-ci s'élève par l'effet du rampant de l'hélice C pour passer par dessus un tapis ou un sol inégal, mais en se fermant elle joint exactement sur le plancher; de plus, par l'effet de son poids et du rampant de l'hélice, elle se ferme seule, ce qui remplace les contrepoids , ou les ressorts qu'on place derrière les portes pour les refermer.
Croisées.
Pour fermer la baie d'une croisée, on y ajuste un cadre ou châssis de bois, qu'on retient aux murs par des pâtes en fer; le cadre, nommé chambranle, est reçu dans des feuillures de la maçonnerie, et en porte lui-même pour maintenir les panneaux, lesquels sont simples ou doubles et fermés avec une espagnolette, un verrou ou autrement; les carreaux de vitres sont maintenus par ces panneaux. Comme on aime à entourer
les croisées de draperies intérieures, et que les panneaux ne s'ouvriraient pas commodément en dedans, on laisse fixés en haut de l'embrasure les deux carreaux supérieurs; c'est ce qu'on nomme des impostes; alors, les panneaux de la fenêtre ne sont mobiles que dans leur partie inférieure qu'on a soin de laisser de hauteur suffisante. Dans les croisées cintrées, il est presque indispensable que la partie courbe supérieure reste ainsi fixée. Les panneaux ouvrent et ferment, ainsi que les volets extérieurs et intérieurs, en tournant sur des gonds ou des fiches; ils sont garnis de vitres de grandeurs égales et proportionnées à celles de la fenêtre j le tout doit être ajusté de manière à ne laisser aucune entrée à l'air extérieur, et cependant à s'ouvrir et fermer sans difficulté. Le bas du panneau est garni d'une partie avancée en dehors, pour rejeter les eaux; et même, en dessous de cette pièce, on pratique une rainure longitudinale pour s'opposer à ce que celles qui coulent et se glissent en dessous, puissent s'introduire dans l'intérieur.
On place ordinairement des volets aux croisées dans l'intérieur des appartemens et des contreve?is en dehors; les volets sont brisés ordinairement en deux ou trois parties', afin de pouvoir les loger dans les embrasures. Les contrevens sont des ventaux d'un pouce ou d'un pouce et demi d'épaisseur, qui garantissent les fenêtres de la pluie et du mauvais temps lorsque l'appartement est inhabité; on doit les encastrer dans une feuillure pratiquée tout autour de la baie de la croisée en dehors du bâtiment.