‹ Le protectorat français du Cambodge [microform]Chapitre 21 sur 32 · BARQUES · texte numérisé non relu

BARQUES

Produits divers

Produit des forêts. — Une grande partie du territoire du Cambodge est couverte d'immenses forêts, très riches en bDis d'essences diverses très recherchées pour la construction et rcbénisterie. Ces forêts, dont beaucoup sont encore à Theure actuelle inconnues, se trouvent principalement dans les régions montagneuses, ce qui en rend Texploilation fort difncile. Quelques européens ont cependant tenté de le faire au prix de mille dangers, souvent même au prix de leur santé, dans les provinces de Kampot et de Kompong-Thôm . Leur but était de fournir les traverses nécessaires à la construction des voies ferrées, qui s'établissaient en Cocliinchine et au Tonkin.

Le procédé employé pour cette exploitation rappelle beaucoup celui qui se pratique dans nos forêts du Morvan et connu sous le nom de flottage, avec cette différence que ce n*est pas le flottage à bûches perdues, mais un flottage spécial par radeaux en bambous, au dessous desquels sont attachées et fixées les billes de bois.

En effet, les bois durs, employés surtout dans la construction, sont souvent d une telle densité qu'ils ne flotteraient pas s'ils n'étaient soutenu par ces radeaux en bambous, que les indigènes construisent en grand nombre et relient les uns aux autres par des amares qui en permettent la conduite ; ils forment parfois des trains de 5 à 600 mètres de longueur.

Sur ces radeaux vivent les conducteurs et leur famille, dans des cases presqu'aussi bien aménagées que leurs maisons sur pilotis.

Quelques jours avant les hautes eaux, les bûcherons indigènes, abandonnant la forêt, s'installent sur leurs radeaux et se laissent aller ensuite au fil de Teau, conduisant leurs bois soit à Pbnôm-Penh, soit à Saïgon. Ce voyage dure quelque fois deux mois et même davantage.

Outre les bois de construction et d'ébénisterie, on rencontre également l'arbre à gomme-gutte et le Dom-Crul de la famille des Anacardiacés, qui produit la résine appelée Mereac ; cette résine mélangée avec une autre, connue sous le nom de Klong et passée dans un crible spécial, donne une sorte de peinture noire reluisante et assez semblable à la laque.

Les bois du Cambodge sont appelés à faire Tobjet d'un commerce d'exportation considérable, au fur et à mesure que le réseau des voies de communication de ce pays s'étendra et permettra le facile accès des régions forestières et le transport des bois coupés.

Ce qui manque actuellement c'est une carte complète faisant bien connaître ces régions et un cadastre faisant ressortir l'étendue et la richesse de chacune d'elles.

Le produit des forêts a été réglementé par l'arrêté du Gouverneur général en date du 23 juin 1894, il se composait d'un droit perçu sur place, selon les anciennes coutumes du pays, par le gouverneur de la province d'origine et versé au Trésor, et d'un autre droit perçu pour le compte du Cambodge sur les bois à leur entrée en Cochinchine et représentant la différence entre le droit de coupe perçu au Cambodge et celui qui frappe les mêmes bois originaires de la Cochinchine (Arrêté du Gouverneur général du 7 mai 1892).

La taxe, à laquelle était soumis Tabatage des bois, était de 1/20 ad valorem sur les arbres abattus (ordonnance royale du 15 janvier 1877) .

Le service des forêts est aujourd'hui régi au Cambodge par un arrêté du Gouverneur général du 11 avril 1899, qui rend appliquables à ce pays, à compter du 30 avril de la même année, les décrets ouanêtés relatifs à l'organisation du service forestier et à l'exploitation des forêts en Cochinchine, à savoir : l'arrêté du 15 janvier 1895, fixant le prix annuel du permis de coupe; Tarrôté du 9 janvier 1895, relatif aux pénalités en matière forestière ; l'arrêté du 23 septembre 1895, déterminant le montant des droits à percevoir sur les traverses en bois, nécessaires aux voies ferrées; le décret du 9 novembre 1895, modifiant l'article 33 de l'arrêté du 9 janvier 1895, au sujet des pénalités ; et enfin le décret du 31 juillet 1896, organisant le personnel du service forestier.

La perception des anciens droits coutumiers, autres que ceux spécifiés dans les actes susvisés, est supprimée. A la suite de cette réglementation nouvelle, des postes forestiers furent créés à Kompong-Chnang, à Cherui-Changva, et à Kompong-Cham, gérés par des gardes forestiers français. En 1901 ces services furent rattachés au budget général deTIndo-Chine et une administration générale des forêts, ayant à sa tête un chef de service, emprunté à la métropole, fut créée pour toute Tlndo-Chino ; mais un arrêté du Gouverneur général en date du 15 janvier 1903, portant organisation du domaine en Indo-Chine (titre 4 article 31) détermine comme suit le domaine local dans chacun des pays de l'Union indo-chinoise ; sont compris dans ce domaine :

« 1° Les immeubles occupés par les services locaux, « et ceux qui ont été ou seront acquis pour son compte, « soit à titre gratuit soit à titre onéreux aux frais du bud- « get local; 2* Les terrains vacants et sans maîtres ; 3^ Les « bois et forêts, sous réserve des droits de propriété et « d'usage régulièrement acquis ; 4'' Les lais et relais de la « mer, les îles, îlots, atterrissements qui se forment dans le « lit des fleuves et rivières navigables ou flottables. « Art 32 : les bois et forêts restent soumis aux règlements « généraux relativement à leur exploitation et à leur « conservation, mais leurs produits profitent au budget « local. »

Donc, à compter du 1*' janvier 1904, le produit des forêts du Cambodge est perçu au compte du budget local.

Un arrêté du 2 mai 1903 nomma une commission, composée dn directeur des douanes et régies, du chef du service forestier, d'un administrateur des affaires civiles, dun inspecteur des douanes, d'un fonctionnaire des forêts, pour modifier les modes de perception des droits de flottage et des produits forestiers, en vue de donner satisfaction, par une perception unique, aux réclamations des contribuables assujettis à ses droits.

L'exploitation des bois est libre moyennant un permis de coupe fixé à 140 piastres ; ce permis tient lieu de patente pour les bois non débités et est valable pendaint un an à partir du jour de sa délivrance. L'exploitation ne peut avoir lieu que dans les forêts ou portions de forêts non réservées et pour toutes les essences doiit l'admiiiistration n'aura pas interdit Tabatage d'une façon permanente et temporaire.

Produits affermas

Le fermage à court terme était le procédé le plus généralement employé par les plus anciens rois du Cambodge pour se créer des revenus.

Location du sol, appartenant tout ù TEtat, location de la vente de Topium, de Teau de vie de riz, fermage des pêcheries, ferme des jeux, location des halles à Phnom-Penh, ferme des nénupliars dans la province de Leuk-Dek, tout enfin ce qui était susceptible de produire spontanément ou par le travail, était loué aux habitants ou donné à des mandarins bénéficiaires, selon de \1eux usages essentiellement variables suivant les régions.

Par l'ordonnance royale du 22 août 1891, tous les fermages des revenus du royaume ont été remis à l'administration du protectorat français, qui prend à sa charge le règlement de toutes les difficultés pouvant provenir du fonctionnement de ces fermages, de tout retard appoité dans le paiement des redevances, se réservant le droit de juger rinexécution des charges et obligations imposées aux fermiers, de prononcer la résiliation des contrats au lieu et place du Roi. Les fermiers devenaient donc responsables vis-à-vis de Tadministration, des engagements qu'ils avaient contractés antérieurement.

Ces fermages furent conservés tels quils existaient autrefois pendant plusieurs années; quelques-uns, dont les revenus ne compensaient pas les dépenses de perception, furent supprimés ; la ferme des nénuphars en particulier.

Le nénuphar (Nymphéa Nelumbo) est une plante aquatique qui croit en abondance dans les marais du Cambodge

et particulièrement dans la province deLeuk-Dek, sa graine comestible est pour le Cambodgien un régal apprécié et fait l'objet d'un commerce assez important; aujourd'hui la récolte et le commerce de ces graines sont absolument libres.

De tous ces fermages, le plus important est la ferme des pêcheries du grand lac, du Tonlé-Sap, du Mékong et de ses affluents.

Les lacs du Cambodge forment pour le Mékong, avec lesquels il communique par un bras de plus de 100 kilomètres, un magnifique réservoir naturel, pour le trop-plein de ses eaux, pendant les inondations annuelles; il s'étend du sud-est au nord-ouest sur une longueur de 40 kilomètres et une largeur moyenne de 30 kilomètres.

Cette immense cuvette comprend trois régions distinctes : lo Le Veal-Phoc, au sud-est (plaine de boue), dans lequel on trouve à peine 40 centimètres d'eau en avril, parsemé d'îlots et de bancs de sable.'

La partie nord-ouest forme une fosse profonde où pullulent d énormes poissons du genre souffleur qui sont retenus prisonniers par la baisse des eaux.

2^ Le i)etit lac présente les mêmes dispositions que le Veal-Phoc, mais il offre en outre cette particularité d'être sillonné })ar un petit canal tortueux de 80 centim. de profondeur; c'est le dernier vestige d'un travail plus considérable exécuté pour le ravitaillement de ses troupes, par un général annamite qui occupait il y a 100 ans la citadelle de Pursat.

3° Le grand lac, ayant un peu plus d'un mètre do profondeur, s'étend ensuite depuis TAroyo de Pursat jusqu'à celui de Battambang ; les jonques y peuvent naviguer fa-

cilement en tout temps et il est coupé en 2 parties par la frontière Siamoise.

Un traité, passé le 14 juillet 1870 entre Napoléon III et le Roi de Siam, a réglé définitivement la question de la pèche du grand lac et garanti sa neutralisation.

Une chaîne de montagnes très élevée borne au sud et à grande distance le bassin des lacs ; au nord ce sont de simples collines qui en forment jla limite ; à partir du pied de ces montagnes, le sol est très plat et se trouve en grande partie couvert par les eaux. A cette époque la surface des lacs a doublée, Teau a gagné en- certains endroits plus de 20 kilom. et atteint presque Pursat et Battambang.

« Le lac offre alors Taspect d'une immense nappe d'eau « jaunâtre, réverbérant les rayons solaires avec un éclat (( que Tœil supporte difficilement et s'étendant à perte de (( vue dans le sens de la longueur. Le regard n'est arrêté « que dans la direction du Sud Ouest ou se dresse dans le « lointain la chaîne sombre et dentée de Pursat. Rien ne « rappelle à Thomme sur ce désert liquide que verdissent « en certains endroits les roseaux ou le riz sauvage aqua- « tique. L'œil n'aperçoit pas la moindre trace de son existe tence h cette saison qui est celle des orages.

« Les bateliers indigènes éprouvent une telle appréhen- « sion dé cette mer d'eau douce, que traverser le lac est « une des expressions qui désigne dans la langue cambod- « gienne l'opération pénible et laborieuse entre toutes, « celle de l'accouchement » (1).

On retrouve non loin des bords les restes de deux im-

(1) Aymonnier, Le Cambodge, premier volume page 12.

menses chaussées qui allaient se rejoindre à Angkor et permettaient ainsi les communications pendant l'inondation.

La plupart des pagodes de ces régions sont construites sur les débris de ces gigantesques travaux.

C'est à l'abri et grôce à la nature spéciale qu'offrent les immenses forêts impénétrables, situées sur ces berges, qu'il faut attribuer la prodigieuse quantité de poissons qui s'y trouvent et n'en sortent qu'à la baisse des eaux.Le fond des lacs très plat se relève légèrement sur les bords. D'après les cartes marines de 1862 il aurait monté de 3 à 4 mètres en 20 ans ; un grand nombre de rivières arrosent le pays et apportent aux lacs le tribut de leurs eaux ; les villages sont généralement situés sur leurs rives et les habitants, suivant les saisons, se déplacent en se tenant toujours à proximité du rivage mobile ou ils peuvent se livrer à la pêche.

La pêche des lacs est considérable, le poisson qu'on en retire et que Ton sale ensuite, alimente non seulement la Cochinchine et le Cambodge mais encore les marchés de Singapoor et d'une grande partie de la Chine. Elle se pratique aux basses eaux, pendant les mois de mars, avril, mai et juin ; les procédés employés sont assez primitifs et leurs perfectionnements augmenteraient dans d'énormes proportions le rapport de cette industrie ; le nombre des pêcheurs pourrait s'accroître encore, car le poisson est si abondant qu'on n'en captive qu'une minime partie.

La pêche des lacs estpresqu'exclusivement faite par des Chinois et des Annamites, les Cambodgiens n'y sont qu'en infime minorité.

Des patrons de pêcheries s'installent dès le mois de fé-

vrier, sur les berges ou le plus souvent élèvent des maisons sur pilotis au milieu même de Teau, avec de vastes sécheries de bambous.

Pour la capture du poisson, ils entourent un certain espace de petits piquets de bois qui arrêtent les détritus entraînés par les eaux et attirent aussi le poisson qui vient se faire prendre dans des claies de bambous enroulés ; les pêcheurs s'approchent alors avec précaution, déroulent en même temps toules les claies pour entourer la pêcherie, et s'emparent du poisson avec de petits filets ù main. D'autres tendent de vastes filets qu'ils relèvent une ou deux fois par jour, après y avoir préalablement chassé le poisson avec des battoirs.

Dans les preks et les mares, on établit de véritables barrages pour arrêter le poisson qui se trouve en amont.

Après la poche, femmes, enfants, domestiques s'emparent du poisson, le vident, lésaient et retendent sur les séchoirs, où il reste exposé pendant quelques jours à Tardeur du soleil.

On fabrique aussi sur place le mam, poisson pilé et fermenté qui forme alors une sorte de condiment, dont les indigènes sont très friands. Les vessies natatoires sont également recueillies avec soin, et servent à la fabrication de la gélatine ou colle de poisson.

En général le poisson est acheté sur place par des marchands chinois qui vont ensuite le revendre ù Phnom-Penh ou à Saïgon.

Le droit de pèche est assuré par voie d'adjudication, sur soumission cachetée, dans les formes et conditions générales des marchés par adjudication.

Avant 1899, la totalité des pêcheries du Cambodge était concédée à un seul fermier pour une année et moyennant une redevance qui variait chaque année. Ce fermier traitait à son gré avec des sous-fermiers, lesquels percevaient sur les pêcheurs un droit indiqué dans le contrat, passé entre Tadministration et le fermier général, et qui variait suivant l'espace exploité, le nombre, la grandeur et l'espèce des filets employés .

Depuis 1899, l'ensemble des 'pêcheries a été divisé en autant de lots qu'il y a de résidences, et l'adjudication a lieu pour chaque lot dans les mêmes formes que celles employées pour la ferme générale.

Le contrat indique les bangs (marais) lespreks, rivières et portions des lacs où la pêche pourra être exercée. Le fermier a le droit de percevoir sur les pêcheurs qui viennent s'installer dans sa zone les taxes fixées parle contrat, suivant l'espèce et la grandeur des filets.

Enfin les fermiers n'exploitent pas eux-mêmes les pêcheries, ils afferment le droit de percevoir des taxes déterminées sur les pêcheurs.

Ces contrats sont passés, non plus pour un an,[maispour trois années.

Par ce système, le protectorat a réalisé une plus value de recettes considérable.

Suivant la coutume ancienne, l'administration a réservé, au profit des riverains, certaines rivières et certains bangs où les indigènes peuvent pêcher librement.

D'ailleurs il est formellement interdit aux fermiers, sous peine d'amende, de percevoir les taxes prévues par sou contrat en dehors des rivières qui y sont mentionnées.

Le prix du fermage fixé par année est versé à la caisse du percepteui* de Résidence, au commencement de chaque campagne de pèche.

Les autres fermes sont également Tobjet de contrats spéciaux après adjudication, telles la ferme des bacs de Phnom- Penh et de Tabatage des porcs dans Tintérieur du royaume.

En ce qui concerne la ferme des bacs, le fermier a droit de percevoir 2 cents par voyageur; elle est adjugée pour un an.

Le fermier de labatage des porcs perçoit une taxe de 60 cents par picul, soit un cent par kilo, dans les zones et limites fixées dans le contrat. Les porcs abattus pour servir d'offrande aux pagodes sont exempts de tous droits, il ' en est de même de ceux qui servent aux repas de certaines cérémonies.

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