RECETTES
De la corvée
D'après une très ancienne coutume, chaque inscrit cambodgien était tenu de donner au Roi, gratuitement^ son travail pour l'exécution des travaux publics; le peuple était corvéable à merci. La loi cambodgienne ne s'était pas attachée à déterminer les conditions dans lesquelles les prestations en nature devaient être fournies, ni les classes diverses qui y étaient assujetties, elle avait établi seulement les diverses catégories de mandarins qui étaient exemptés et le nombre de ces exempts était de beaucoup supérieur à celui des corvéables; d'ailleurs il suffisait de se placer comme client, sous la protection d'un mandarin puissant^ pour obtenir l'exemption.
L'administration du protectorat a cherché dès le début à
réprimer cet abus ; elle a rendu une partie de cette obligation rachetable, elle nouvel impôt avait été ajouté en surtaxe 6 rimpôt personnel.
Dans son article 5, titre IV, l'ordonnance royale du 15 janvier 1877, avait maintenu le principe de la corvée (Menus-reachkar), mais elle avait prévu le rachat moyennant le paiement de 20 ligatures (1) pour Tannée.
Les individus qui ne rachetaient pas leur corvée devaient, selon les anciens usages, ÎK) journées de travail à l'Etat, soit dans la capitale, soit dans Tintérieur du royaume.
Les grands travaux d'utilité publique : construction et réparations de digues, de canaux, de roules, etc., étaient entrepris et exécutés par les provinces sur Tordre du Roi. Chaque province recevait une tôche déterminée, représentant une somme de journées de travail et un nombre d'hommes proportionnels au nombre des inscrits portos sur les rôles officiels et payant Timpôt. Les fonctionnaires cambodgiens de la province veillaient à Texécution de la tâche, et avaient le droit d'exempter de la corvée ceux qui, pour un motif ou pour un autre, désiraient s'en dispenser, moyennant le paiement d'une somme très variable, suivant les appétits du mandarin, et, avec ces sommes, celui-ci louait des coolies mercenaires pour exécuter le travail. Les corvées, de celte façon, devenaient une très lourde charge pour le peuple cambodgien. Quand les travaux entrepris étaient d'utilité générale, auxquels les indigènes n'étaient pas di-
(1) La ligature comprend 10 tiens de 60 sapèquas ehaettp, soit 600 fa* pèques et le tien vaut environ 1 cent, monnaie de bronze seule em* ployée aujourd'hui et qui vaut 1 sou. Les 20 ligatures représentent environ 4 piastres.
rectement intéressés, le peuple cherchait à se dérober en se cachant dans la brousse; au contraire, s'il s'agissait de construire des digues pour protéger son champ de l'inondation, ou de creuser des canaux d'irrigation pour lui permettre de l'arroser pendant la sàisoii sèche, il accourait au premier appel de son chef *
La corvée, si pénible pour les indigènes, est une charge malheureusement nécessaire pour longtemps encore, le travail que l'on obtient ainsi permet de faire de réelles économies sur les sommes que l'on serait obligé de dépenser pour le paiement de la main d'œuvre nécessaire à l'exécution des travaux nombreux, qui restent encore à achever. C'est pourquoi nous avons été obligés de conserver ce prin^ cipe, consacré aujourd'hui par des règlements, qui se sont surtout attachés à établir une plus juste répartition du travail, à faire disparaître les exactions de toutes sortes que commettaient les mandarins et leur suite, et enfin à diminuer le nombre véritablement considérable des dispensés.
Le rôle du Résident de province en cette matière, est lion seulement de veiller à ce que l'exécution des travaux soit faite d'après les règles de l'art, maïs aussi que les habitants des villages, qui doivent la prestation, soient convoqués ré^ gulièrement, à des époques convenables, pour ne pas en-traver les travaux des champs,et d'empêcher toute compromission de la part des surveillants.
En cas d'épidémie, de disette, les corvées sont temporairement supprimées.
Le rachat de ces corvées est réglementairement autorisé, mais le Résident, aprèâ en avoir référé avec le Résident.
supérieur, et en cas de travaux urgents, fixe le nombre maximum de journées de travail rachetables.
Les prestations sont aujourd'hui réglementées par Tordonnance royale du 23 juin 1903, tous les habitants du Cambodge payant Timpot personnel doivent fournir par an 10 journées de prestations en nature; le rachat de ces prestations est autorisé moyennant le paiement d'une somme de 3 p. pour les inscrits de 21 à 50 ans et de 1 p. pour ceux âgés de 51 à 59 ans.
Les bonzes, les vieillards, les infirmes, tous ceux enfin qui reçoivent gratuitement des cartes d'identité en sont exempts .
Le produit du rachat de ces prestations était autrefois compris dans les receltes du budget local, mais depuis le 1°^ janvier 1&04 ces sommes sont affectées aux budgets résidentiels et au budget municipal de Phnom-Penh.
Les Chinois habitant le Cambodge, en raison des impôts spéciaux qui les frappent, sont exempts de la corvée;