‹ Le protectorat français du Cambodge [microform]Chapitre 28 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous ne saurions mieux faire, pour tirer de cette étude une conclusion logique, que de donner, sur la situation actuelle politique, administrative et financière, du Cambodge, un coup d'œil d'ensemble qui permettra d'apprécier nettement la valeur de l'œuvre entreprise dans ce pays, depuis qu'il s'est mis spontanément sous notre protection.

Dans cet exposé, aussi complet que possible, nous nous efforcerons de signaler les quelques lacunes, qu'à notre avis, il y aurait lieu de combler, et d'y joindre la critique des questions qui nous paraîtront n'avoir point encore reçu les solutions qu'elles auraient dû comporter.

lorsqu'il y a quelques mois, nous quittions le Cambodge, Sa Majesté le roi Norodom, dont la santé, après avoir causé quelque inquiétude, s'était suffisamment rétablie pour lui permettre de présider les fêtes du soixante-neuvième anniversaire de sa naissance, fêtes concordant avec l'inauguration de la magnifique pagode qu'il venait de faire élever dans son palais et qui devait recevoir ses cendres au jour de son décès qu'il na prévoyait pas si proche, la situation politique intérieure du royaume ne laissait apparaître aucun

point noir à Thorizon.Les bons rapports qui avaient existé depuis de longues années entre Sa Majesté et l'administration du protectorat,se maintenaient sans aUératioi},à la satisfaction et au grand avantage des deux pouvoirs intéressés. Ce qui prouve bien que le roi avait modifié dans un sens plus conforme à nos vues, sa politique ancienne, c'est qu'il n'hésita pas à mettre d'office à la retraite un des plus grands dignitaires de son palais, un ministre, qui s'était compromis en abusant de sa situation. Ce renvoi a motive un remaniement dans le personnel des ministres et Tintroduction d'importantes réformes organiques dans la composition de ce conseil, toutes choses qui se sont accomplies avec le concours éclairé du Roi, et dont l'adaptation aura les meilleurs effets pour le relèvement et la dignité de l'administration supérieure indigène.

Un nouveau mode de recrutement de la milice ou de la garde indigène, permettra désormais d'assurer la défense et la police intérieure du pays d'une manière plus efficace, ces mêmes dispositions sont appliquées au recrutement éventuel des tirailleurs cambodgiens.

Au point de vue de la législation, la plus grande réforme qui vient d'être introduite est l'institution des assemblées locales, une par circonscription résidentielle, destinées à seconder les administrateurs résidents dans la préparation des budgets régionaux. Le peuple cambodgien a très bien accepté ces innovations contre lesquelles jadis il eut mon* tré une certaine répugnance, comprenant mieux aujourd'hui que son intérêt est le seul souci de notre administration. Nous en trouvons une autre preuve dans son acceptation de l'essai d'organisation territoriale, du ' à l'initiative

de M. le Résident supérieur Boulloche, au régime de la clientèle ou patronat qui constituait en fait, le seul mode de groupement social des habitants de l'ancien royaume ktmer, et qui n'a pas peu contribué aux guerres intestines et finalwnent au démembrement et à la décadence de TEmpire.Il s'agissait d'y substituer un système analogue à celui de la commune annamite ; les essais tentés ont été assez difficiles, les notables indigènes à qui on Voulait confier les fonctions de mesroc ou maire se dérobaient et se dérobent encore à Thonneur et surtout aux charges de cet emploi ; on pourra cependant arriver à leur faire accepter cette fonction, pourvu qu'elle soit exempte pour eux et les collectivités qu'ils représentent, des responsabilités pécuniaires qu'ils ne veulent encourir sous quelque prétexte que ce soit.

Une autre réforme, celle qui pourtant semblait devoir provoquer l'adhésion la plus unanime, s'est heurtée à quelques répugnances ou tout au moins des hésitations très marquées : c'est la constitution de la propriété individuelle, conséquence de l'ordonnance du 25 avril 1902, par laquelle a été abolie au Cambodge l'ancienne tradition du domaine éminent de la couronne sur la terre du royaume.

Les renseignements demandés aux occupants du sol pour servir de base à l'établissement de registres terriens, analogues au Dia-Bô annamite, ont été regardés en beaucoup d'endroits comme un prélude à l'établissement d'impôts nouveaux, et notamment de l'impôt foncier, auquel le paysan cambodgien est absolument réfractaire, lui préférant de beaucoup la taxe du paddy, qui n'affecte que la récolte réellement acquise. Le Résident supérieur a cherché à dissiper ces craintes dans les termes les plus formels

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îaïuprès de tous les gouverneurs de province, en leur explic[uant que cette mesure aurait surtout pour effet de peimettre aux cultivateurs de jouir plus efficacement de leur propriété, qu'ils pourraient désormais transmettre, louer, ou vendre à leur gré, grûce au titre de propriété qui leur serrait délivré. Malgré ces déclarations rassurantes, on n'a pas encore osé poursuivre plus effectivement cette réforme; nous avons indiqué ailleurs que la confection d'un plan cadastral et l'établissement d'un état-civil, semblent être les meilleurs moyens à employer pour préparer la complète réalisation de cette importante réforme. La constitution récente des assemblées locales, pourra devenir un puissant agent de propagande en faveur de celte idée.

Par une circulaire du 6 mai 1903, M. le Résident supérieur a prescrit un recensement de la population du Cambodge sur des bases plus précises que celles adoptées jusqu'alors dans les évaluations officielles. Les indigènes, dûment prévenus du but purement administratif et nullement fiscal de cette opération, ont apporté leur concours et les populations s'y sont prêtées non seulement sans difficulté, mais avec plus de bonne volonté qu'on ne l'aurait supposé. Il résulte de ce recensement, que les coefficients employés dans les évaluations précédentes pour multiplier le nombre des inscrits, était sensiblement trop élevé. Le chiffre total atteint à peine L 100.000 habitants, donnant ainsi uqc diminution de 130.000 unités sur restimation obtenue en 1901. S'ensuit-il de là que l'on doive attribuer ce déchet à une diminution effective de la population pendant un intervalle de trois années? nous ne le pensons pas, nous croyons plutôt qu'il tmil Timputer en partie ft Tialui-

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bîleté du personnel employé au recensement de 1901, et en partie aux roigrationi^ qui se sont produites en 1903 à la suite des ôpidémieii.

Dans les provinces qui confinent à la frontière siamoise, pendant longtemps, nous avons eu à souffrir de Tinséourité chronique provenant de la certitude où sont les malfaiteuris de pouvoir écouler chez nos voisins, les produits de leurs vols et de leurs rapines.

Il n'y a pas longtemps encore, lorsque nous étions Résident h Pursat, nous avons pu nous rendre compte de cette fâcheuse situation. Sur nos réclamations maintes fois reproduites et, grâce à l'intervention de M. le Gouverneur général auprès du gouvernement siamois, celui*ci chargea l'un de ses plus hauts mandarins, le Phya-^Sakada, commissaire général du gouvernement aiamois,ayant rang de ministre, de s'entendre avec nous sur les mesures à prendre pour mettre un terme aux actes de pirateries qui se commettaient journellement ix la frontière ; mais les bonnes intentions de ce mandarin ne se manifestèrent que sous forme d'assurances écrites, nullement suivies d'effet. A notre avistil ne pourra jamaisètre apporté d'amélioration sensible ô cet état de choses, qu'en poursuivant énergiquement le rétablissement de la souveraineté du Cambodge sur les régions de Battambang et d'Angkor qui lui ont été enlevées. : Si maintenant, nous jetons un coup d'œil rapide sur la situation économique du pays, nou» constatons que, prisé dans son ensemble, cette situation peut paraître satisfaisante, surtout si on la compare à celle des temps troublés qui ont précédé la pacification de 1887. Vers 1879,M. Moura, a'appuyant sur des renseignements ofQciels, estimait à

945.000 habitants, le chiffre total de la population du royaume. Après la période insurrectionnelle de 1884 à 1887, à la suite de la dévastation du pays, des maladies et de la mortalité exceptionnelle, qui furent les conséquences fatales de cette période, on ne comptait guère au Cambodge, plus de 750.000 habitants.

Le recensement de 1903 en reconnaît 1.100.000. La population se serait donc relevée d'un tiers en seize ans.

Les cultures se sont grandement développées, le rendement des impôts en fait foi. Le sentiment de la sécurité des personnes etdes biens qui manquait jadis aux cultivateurs, s'affirme chaque jour davantage, et fait bien augurer des progrès ultérieurs .

L'impression de ce qui a été fait est donc bonne, maïs si Ton envisage ce que Ton eut pu faire avec les seules ressources du pays, sagement ménagées et employées, on est contraint d'avouer qu'on aurait pu faire mieux encore.

Nous avons donné au Cambodge une paix matérielle, nous y avons introduit un système de contrôle qui a rendu l'administration indigène plus régulière et plus honnête, mais par contre, on ne lui a pas donné la part qui lui revenait en toute équité, dans la répartition des ressources de ce fond commun créé, sous le nom de « budget général de l'Indo-Chine », et son développement en est retardé.

La part contributive du Cambodge au budget général de rindo-Chine est assez considérable pour qu'il puisse espérer en retour sous forme de ponts, constructions de route, dragages et constructions de voies ferrées une conipensation qu'il attend encore. Le Cambodge verse annuellement depuis 1899 au budget général, une somme-deun;. million

de piastres en moyenne, le montant total de cette sorte de tribut atteint donc ciujourd'hui cinq millions de piastres. Un pays encore au début de son évolution économique, dépourvu de tout l'outillage nécessaire à son développement, pourrait-il supporter longtemps, sans un grave préjudice matériel et moral, un pareil drainage de ses ressources ? Nous ne le croyons pas ; nous pensons au contraire que l'avenir économique du royaume, dépend étroitement à son égard d'une politique de bienveillance et d'équité financière de la part de Tadministration supérieure de rindo-Ghine.

Si le protectorat est loin d'avoir à sa disposition toutes les ressources qui lui seraient nécessaires, il lui reste au moins la satisfaction d'avoir sagement et prudemment administré les revenus laissés à sa disposition.

Dès 1902, le budget du protectorat qui avait subi dans ses recettes une diminution provenant du produit des con-» tributions indirectes, rattachées au budget général, remontait au chiffre atteint avant ce rattachement, comme on peut le voir dans le tableau comparatif des recettes du budget des dix dernières années, que nous avons insérées dans la partie financière de cette étude. Le décès de Sa Majesté le Roi Norodom, il y a quelques jours, au moment ou nous terminions ce travail, va ouvrir au Cambodge Tére d'une politique nouvelle, qui ne peut que faciliter l'œuvre du protectorat. Le feu Roi n'avait jamais su se délivrer complètement d'un certain esprit de vassalité vis-à-vis de son ancien suzerain le Roi de Siam, on le vit bien en effet lorsqu'il fut question de faire venir de Bankok la couronne du roi du Cambodge, sans laquelle et malgré la protection

d^ la France, Norodom ne pouvait concevoir complète Sa Majesté Royale, et cet état d'esprit nous créa «ouvent des embarras diplomatiques.

Avec le nouveau Roi, de pareilles difficultés ne sont plus à craindre. L'Obbarach, qui sut autrefois réduire à l'impuissance Si-Votha, cet autre frère du Roi, qui convoitait le trône de son aîné, avec Tappui mal déguisé du Siam, n'est nullement inféodé à la cour deBang-koket, Ton peut ôtre certain, qu'avec lui, la France n'aura plus à ménager les susceptibilités siamoises.

D'autre part, les finances du pays vont se trouver allégées, du fait de la disparition de certaines rentes viagèreSi consenties à Norodom, en échange de diverses cessions et abandons de revenus, et qui disparaissent avec lui.

Dans ces nouvelles conditions, TAdministration du protectorat ne pourra voir qu'augmenter son action toujours plus intime et plus efficace sur l'évolution économique du royaume, ainsi que nous pensons l'avoir démontré au cours de cette étude.

ANNEXE

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