‹ Le protestantisme a HaguenauChapitre 2 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Présages.

A en croire Rôhrich, la ville de Haguenau présentait à la Réforme un terrain spécialement propice. < Depuis des temps anciens, raconte-t-il, se transmettaient dans plusieurs familles de cette cité impériale certaines opinions particulières sur le culte des saints, les indulgences, le jeûne ecclésiastique et autres doctrines analogues. Au début du XV* siècle, Haguenau était même le siège (sits) d'une société secrète de tvinkler, parti religieux qui avait beaucoup de rapports avec les Vaudois, et il s^en conserva des traces jusqu'au XVI* siècle, ce qui ne pouvait que disposer favorablement Topinion publique pour l'admission de la Réforme (II, p. 451) ».

A Haguenau même ces winkler sont inconnus, et ce que Rôhrich en a rencontré ailleurs se borne à ce fait (I, 49) qu'une vieille aubergiste de Strasbourg, originaire de notre ville, réunissait chez elle, à Strasbourg, quelques sectaires qui Tavaient endoctrinée. Pour conclure de là à Texistence de la même secte chez nous, il faut une logique assez complaisante, et il faudra la même complaisance pour supposer que cent ans après on rencontrait encore des traces de cette secte.

€ Particulièrement remarquable à cet égard, continue Rôhrich, est ce que Capito, natif de Haguenau, plus tard réformateur a Strasbourg, raconte de son enfance. Les hommes de Dieu Huss et Jérôme de Prague ont, dit-il, été brûlés à Constance par les membres de l'Antéchrist ; mais d'autres naquirent de leurs cendres. Tout

Le ProtMUntiame 2

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Cette approbation complète acconice aux doctrines du clergé, permet-elle de dire, d'abord que le pcrc de Capito avait des convictions religieuses meilleures que V enseignement de V Eglise ^ ensuite que ces mêmes convictions étaient alors déjà bien répandues dans la classe moyetme des Haguenauiens ') ? Avant d'admettre que des dissentiments de doctrine prédisposaient la bourgeoisie de Haguenau à la révolte contre 1 Eglise, on attendra des preuves plus sérieuses.

Cette bourgeoisie n^ était point préparée d'avantage par sa situation politique. Si elle avait appartenu à une de ces cités abbatiales ou épiscopales, occupées à conquérir ou à défendre leur autonomie contre les prétentions de quelque seigneur ecclésiastique, elle eût pu être attirée d'avance vers une révolution religieuse qui venait à l'appui de ses revendications municipales, qui donnait satisfaction à ses rancunes passées, une arme puissante pour ses luttes futures. ]\lais Haguenau était une cité impériale qui n'avait à côté d'elle, en face d'elle, que la Landvogtci engagée aux palatins pendant le cours du xv^ siècle, momentanément (1504- 1531) rentrée dans le domaine de la maison d'Autriche» Ce dualisme n'offrait aucun point d'appui aux prédicateurs du protestantisme.

Plus tard, il est vrai, quand la ville aura fait venir un prédicant luthérien, quand le landvogt et ses représentants réclameront contre une innovation laite à leur insu et sans leur aveu, les novateurs sauront exploiter avec succès la rivalité séculaire des deux autorités. € Prenez garde, diront-ils à la majorité catholique de la population. Les libertés publiques sont solidaires les unes des autres. Si vous permettez au landvogt d'intervenir dans vos affaires religieuses, il voudra intervenir de même ailleurs, et vous aurez bientôt perdu toute

1) Wie sehr bessere relîf^^iëse Ueberzeugungen auch in Hagenmir' damais schon in der mtttleren Volksklasse telbst verbreitet waren, beweist^ der Vater des erwàhnten Capito (p. 452).

-votre indépendance >. Et ce langage spécieux amènera la majorité catholique à soutenir elle-même des nouveautés religieuses qu'elle condamnait et réprouvait de tout cœur. Mais au début, avant le fait accompli, on ne pouvait point parler de la sorte. Les catholiques eussent répondu et avec raison : Repoussons ces innovations, et personne n'aura ni motif, ni occasion, ni prétexte, pour se mêler de nos affaires intérieures >.

Mais si l'histoire se refuse à suivre Rôhrich dans ses inductions fantaisistes, à reconnaître que Haguenau présentât un champ particulièrement favorable aux prédications religieuses de la Réforme, elle n'en constatera •pas moins à l'horizon de notre cité, comme ailleurs du reste aussi, des points Hoirs précurseurs de l'orage. Ces points noirs, elle les verra dans le ralentissement sensible de cet élan généreux qui, jusqu'au XV= siècle, •poussait la société contemporaine, grands et petits, à la fondation d'établissements de bienfaisance ou de piété. Elle les verra dans la condition précaire que les événements avaient faite aux chapelains, la partie la plus nombreuse du clergé séculier. Elle les verra surtout dans l'accaparement du bien des pauvres et des églises par les chefs mêmes du pouvoir civil.

Erigé en ville sous Henri V (i 106-1 125), Haguenau avait été doté peu après de ses deux paroisses, Saint- «George et Saint-Nicolas. i\u xiir siècle des monastères furent établis, dans l'enceinte même de ses murs, par les Franciscains, Iss Augustins et les Dominicains ; à Marienthal par les Wilhelmites, sur les bords de la Moder par les Repenties. Mais le xiv* siècle surtout fut fécond en fondations de tout genre.

• Aux églises et oratoires existants, il ajouta les chapelles de Saint-Jean au Landweg (coin de la Kappelgasse, auj. Foltergasse), de Sainte-Catherine (collège), de Saint-Michel et Saint-Marcel, annexées à Saint-George, supprimées en 14 14. Les Wilhelmites s'établirent dans la ville même (Proviant-Amt). Des Recluses transférées d'Eschbach s'installèrent à côté de Sainte-Catherine.

et les doctrines du christianisme et la dialectique subtile qu'on avait employée à les défendre. Beaucoup d'humaniste§ en vinrent à rêver pour la théologie et la révélation une révolution analogue à celle qui s'opérait dans les sphères de la littérature et des beaux arts. Toute nouveauté, quelle qu'elle fût au fond, devait rencontrer chez eux de nombreux adeptes.

Un bouleversement social souriait d'ailleurs à une foule de chapelains, instruits ou non, parce qu'ils n'étaient que des déclassés. On parle beaucoup de quelques riches canonicats qui se rencontraient au début du xvr siècle. Il en existait, c'est vrai, et ils étaient un malheur pour l'Eglise, parce que la noblesse y plaçait volontiers ses cadets, sans se préoccuper de leur vocation religieuse. Mais les chapelains, vingt fois plus nombreux, qui n'étaient que de pauvres diables, luttant péniblement contre les exigences de la vie ! Personne n'en souffle mot. On ne les signale que pour flétrir tout cumul de prébendes comme un monstrueux abus. En réalité l'histoire n'a jamais étudié de près leur véritable situation. Le lecteur ne tardera pas à comprendre.

Lorsqu'un pieux fidèle fondait une chapellenie, .il y joignait naturellement une dotation, en rapport avec les services qu'il demandait — une dotation qui devait répondre aux besoins ordinaires d'un homme, s'il désirait une messe quotidienne. Or quelle était cette dotation ? Parmi les fondations dont les chartes sont arrivées jusqu'à nous, il en est quatre à peu près contemporaines, qui s'expriment à ce sujet avec une clarté complète. En 1362, Conrad Fuschemet donne une rente de 13 V^ ^ et 16 sacs de seigle, soit 1300 m. En 1366, les sœurs Fusselin remettent 180 ÏÏ, rapportant 15 n ou 1170 m. En 1369, Gotfrid Voigter stipule une rente de 16 w ou 1248 m. En 1372, Ritter verse 186 ÏÏ, rapportant 16 ff ou 1248 m. C'était une moyenne de 1200 à 1250 m., qui, avec quelques marks de casuel, pouvait suffire à l'entretien d'un homme modeste dans ses prétentions. Et là-dessus notre donateur s'endormait

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tranquillement du sommeil des justes, persuadé qu'il avait assuré pour toujours Texécution de ses pieuses volontés.

Il ne comptait, hélas ! ni avec les accidents de la vie, ni avec les lois impitoyables qui régissent le monde économique.

Quoique moins fréquents qu'aujourd'hui, les désastres financiers n'étaient point inconnus au moyen âge. On prêtait à des seigneurs, dont les héritiers, souvent assez mauvais payeurs, n'étaient point faciles à atteindre. On prétait sur des maisons, qui devenaient la proie des flammes, et aucune assurance ne dédommageait le malheureux créancier, frustré à la fois de son capital et de ses rentes. On prêtait sur des champs, sur des prés, et un beau jour, quand surgissait quelque différend, on ne savait plus où chercher les terres hypothéquées. Mais laissons là ces cas fortuits, pour ne parler que des nécessités économiques qu'aucune puissance humaine ne saurait prévenir.

Tout d'abord se présente à nous le taux de l'intérêt. Au Xiir siècle et au début du xiv% il était de loo/o, réduit à 8 et 8 M2 ^/o dans les exemples ci-dessus cités. A la la fin du XV^ et du xvr siècle, il ne sera plus que de 50/0 pour les particuliers, de 40/0 pour les communautés civiles ou religieuses. Notre moyenne de 16 rt tombera de la sorte à 8 ou à 9 ?6', aura perdu la moitié de sa valeur.

En second lieu les livres mentionnées changent avec le temps. Leur valeur intrinsèque qui était de 15,50 m. en 1362 descend à 9,60 m. en 1504 >) et ne cessera de -s'affaiblir dans la suite.

En même temps, pendant que la valeur des monnaies baisse, le prix des denrées hausse. Ce sera surtout l'œuvre du xvi* siècle. Le pouvoir de l'argent qui

i) V. nos Etwiis ctconomiqueSy I, p. 497.

était encore de passé 5 en 1500, tombera 4,36 e»

1525, etc.

Ces différents éléments combinés, les 1248 m. de 1370 ne vaudront plus que 450 m. en 1504, 330 en

1526, 3CX) en 1542, 215 en 1551. Avec cela il était impoi-'sible aux chapelains, même avant 1 504, de vivre des revenus de leur prébende '). S'ils ne disposaient point d'un riche patrimoine, ils étaient forcés de recourir à quelque emploi plus ou moins lucratif, de se faire notaires, calligraphes, maîtres d'école, etc., ou de cumuler plusieurs bénéfices.

C'est ainsi que le magistrat de Haguenau réunit en 1502 la prébende Saint-Jacques de l'hôpital à la Sontagsmess de la Burg, en y ajoutant le logement (srsse) qu'avaient autrefois occupé les chapelains impériaux 2). Il reconstituait par là en faveur du nouveau bénéficier et de ses successeurs un petit traitement qui, avec un casuel obtenu de divers côtés, flottait entre 1.200 et 1.250 m.

Mais c'étaient là des concessions exceptionnelles. Que devenaient ceux qui ne les obtenaient point ? Il leur fallait certes beaucoup de vertu pour ne pas murmurer t contre leur sort, pour se croire tenus de remplir fidèlement des obligations si mal rétribuées. Resteront-ils insensibles, quand à leurs déceptions personnelles viendront se joindre les déclamations passionnées et les promesses insidieuses des novateurs }

1) La situation était moins grave, quoique encore précaire, quand une partie de ces revenus se soldait en nature.

2) Anno 1 502, ufT mitwoch vor S. Margredentag, hat her Wendling^ Vogeler von Roppenau by Wimpfen gesworen, wie das Ratbuch^ usswiset, als im die pfriinde iiber S. Jacobs altar, die Heyntze Trutlini gestiffc hat, verlihen wurt. Und hat der Rat ufT den obigen tag densehsse und das pfriindlin oder die Sontags messe ufT der burge an dise pfriinde annectiert und schenckt, also das nufiirter h. Wendiing, und wem bienach soUiche pfriinde verliehen wUrt, die burg diser pfrilndeiv halb ouch doby besytzen, . versehen und inn eren halten, das dann her Wendiing inn offenem Rat gloublich zu thunde synen leptager lan^ zugeseit hat.

dence plus avantageuse que la leur pour- leur service religieux et quelques rentes. Mais, par mauvais vouloir, elles ont refusé cette offre. Il nous semble que, vu les circonstances, elles ont eu tort, et comme nous sommes décidés à bâtir aux Repenties un monastère et une église, et que pour cela nous avons besoin du béguinage, V. G. comprendra que les béguines se sont opposées et s'opposent sans raison à notre entreprise. Notre pensée est donc d'achever la construction projetée et de répartir les béguines par moitié entre les deux béguinages (du Tiers-Ordre), qui subsistent encore chez nous, qui mènent une vie honnête et pieuse, et dans lesquelles quelques-unes d'entre elles ont déjà été autrefois. Tout obstacle à nos constructions disparaîtra de la sorte et nous espérons que V. G. ne désapprouvera point notre conduite ».

S. G., parfaitement édifiée par la conclusion sur la valeur des négociations mentionnées au début, refusa de ratifier une expropriation, qui différait si peu d'une confiscation. Les béguines persistèrent dans leur résistance. Mal leur en prit. Elles furent jetées en prison, pendant qu'on démolissait leurs maisons. L'évêque de Strasbourg menaça alors la ville d'un interdit. Mais le magistrat porta l'affaire devant la cour de Mayence, et les malheureuses béguines, pour recouvrer la liberté, durent promettre solenellement de ne pas s'écarter de la ville et de ne se point venger de leur emprisonnement. En fin de compte elles furent dispersées dans les deux béguinages mentionnés et reçurent pour tout dédommagement une somme de 20 n (1.200 m.), que la ville leur paya — avec l'argent d'un troisième béguinage, du Satler gotshus.

Vers le milieu du XV siècle, le magistrat avait pris sous sa tutelle tous les couvents de la ville. Il avait soumis la gestion de leurs intérêts à des commissions municipales, composées d'un échevin et d'un sénateur (pfleger)^ assistées d'un receveur (schaffnrr). Ses intentions étaient bonnes diaprés la Chronique des Franciscains,

mais l'effet ne répondit pas à Tintention '), et dans la suite l'annaliste revient plusieurs fois sur cette pensée 2): les administrateurs s'enrichissaient eux-mêmes aux dépens de leurs administrés. Faute de documents, le contrôle direct de ces récriminations est impossible. Mais elles sont loin d*être infirmées par Thistoire de trois béguinages, dont l'administration nous est parfaitement connue, dont tous les comptes, depuis le milieu du XV' siècle, nous ont été conservés.

Vers 1460, sauf le cas de réparations majeures, le Sattlergotshus avait en chiffres ronds une recette de 700 et une dépense de 300 m. Que faire de ce boni annuel de 400 m. } La réponse ne semble pas difficile. Une administration sage et paternelle en fera deux parts, consacrées, Tune à accroître le fonds social, Tautre à augmenter le nombre, à améliorer la situation des pensionnaires.

On y songea, paraît-il, au début. A partir de 147 1, les béguines reçurent une gratification jusqu'alors inconnue d'une dizaine d'hectolitres de vin par an, et l'on acheta quelques rentes nouvelles. Mais la majeure partie de ces économies resta dans la caisse du receveur Edelman, qui devait renfermer à sa mort (1491) 51 ^ ou 1650 m., somme énorme pour un comptable qui a si peu de dépenses. Mais ce n'est rien encore. A la mort de Michel Port (1520), cette encaisse est de 263 ^ ou 11.200 m., que ses héritiers ne peuvent représenter qu'à l'aide d'un emprunt : ce qui prouve que si les économies des béguinages ne profitaient pas à ces maisons, d'autres en savaient tirer partie. Au départ de Ch. Conradi (iS3S) l'encaisse est de 497 'S 6 fi

1) 143. Volentes rem meliorare ... ted cam magno suo detrimenfo, ut' infra videbitur, pejorem fecerunt, conventu pereunte, syndicit ditescentibuB.

3) 1474. Syndicus oder pfleg^er... constituitur D. Joannes Hug» qui rem siiam egregte promovit. — 1 503. Syndici nostri . . jam non quaerunt Convenius commodum, sed ttudent se et (amiliam suam ex redditibus monasterii ditare, religiosos autem et conventum depauperare.

'(24.CXX) m.) en 1494, pour lesquelles on ne payait rien. On les notait sur chaque arrêté semestriel des compte?, à côté de l'encaisse du receveur, d'abord intégralement, puis, après 1498, avec déduction de 600 fl. remboursés; et tout était dit.

Cette manière d'emprunter finit par paraître la plus commode et fut seule employée à partir de 1505. En cette année € le Roi des Romains vint à Haguenau avec une suite nombreuse de princes >, ce fut naturellement une occasion de dépenses, et la caisse de l'GtuvTe dut prêter à la ville 1600 fl. (48.000 m.) qui vinrent prendre place à la suite des avances antérieures sur les arrêtés de comptes. En 1506, Haguenau ne reçut aucune visite princière, mais sa forêt produisit une récolte extraordinairement abondante de glands, si abondante que tous les porcs du pays ne suffisaient pas à les consommer, que nos magistrats trouvèrent bon d'en acheter au dehors de trois à quatre milles, pour les revendre après les avoir engraissés. L'Œuvre dut prêter de nouveau son concours par une petite avance de 2000 fl. (60.000 m.), La spéculation réussit, et la Recette municipale encaissa un joli bénéfice. Mais elle ne songea pas à en faire part à l'Œuvre ; elle ne songea même pas à lui rembourser le capital récupéré par la vente des porcs : les 2000 fl. allèrent grossir la liste connue, qui constituait de la sorte une bagatelle de 4361 fl. 9 fS 3 ^i o\x 130.000 m. En 1513 et 1514 eut lieu un remboursement partiel, qui réduisit la dette à 1638 fl., reportés à 2000 en 1522. Ces 2000 fl. la caisse de l'Œuvre ne les revit jamais ; ils devinrent même à partir de 1532 la base d'un immense édifice dont le lecteur admirera plus loin les magnifiques proportions.

Ces administrateurs qui, de connivence avec leurs collègues du magistrat, disposaient avec ce laisser aller des fonds de l'Œuvre et la frustraient, pendant le quart de siècle dont nous venons de parler, de plus de So.ooo m. d'intérêts, ces administrateurs ne les employèrent-ils jamais à leur profit ou au profit de leurs

municipales, composées chacune de deux ou quatre^ membres, toujours choisis par moitié parmi les échevins et présidés par ces derniers. Pourquoi ce luxe decommissions, qu'il était si facile et même si naturel de simplifier, comme le fit la Réformation impériale de 1624, qui les réduisit à six? Peut-être songeait-on aux petits profits, que chacune d'elles procurait à ses membres. Mais le résultat le plus sensible de cette organisation était la faculté d'affaiblir Tinfluence des sénateurs en les dispersant dans tous ces postes, tandis que lespatriciens, moins nombreux, retrouvaient dans le cumul des charges le pouvoir que leur avait enlevé l'amoindrissement de leurs privilèges. Grâce à ces commissions les échevins avaient en effet toute la bourgeoisie sous la main, les uns parce qu'ils leur fournissaient du travail, les autres parce qu'ils surveillaient leur industrie^ tout le monde parce qu'ils disposaient en maîtres du. crédit public, de la banque municipale et des fonds des œuvres. Personne ne pouvait se soustraire à leur domination.

Nous n'insistons pas. Ces remarques qu'il serait aiséde développer et de justifier, suffisent pour montrer la. place prépondérante que les patriciens occupaient dans l'administration de la cité. Le jour où, malgré leur infériorité numérique, unis entre eux par l'esprit de corps et des liens nombreux de parenté, ils voudront imposer leurs sentiments particuliers à la bourgeoisie surprise et désorientée, le premier succès n'est pasdouteux. Plus tard, quand les vaincus du premier moment auront repris conscience d'eux-mêmes, de leurs droits et de leur force, la réaction pourra venir, mais elle ne viendra qu'après une longue période d'assoupissement.

3 avril. Les prêtres qui sont ici et ne paient pas d*umgelt.

26 avril. Les ecclésiastiques et les autres doivent

jurer.

3 mai. Comment les ecclésiastiques et les autres doivent monter la garde et servir — inventorier aussi leurs biens.

17 mai. Les abbés — quand ils doivent jurer.

24 mai. Les abbés et les religieuses jurent.

29 mai. Comment il faut régler la garde des ecclésiastiques.

16 juillet. Droit de garde (wachtçelt) des ecclésiastiques pour 4 1/2 semaines.

18 juillet. Octroi (thorgelt) des abbés et prêtres en

qualité de bourgeois.

Ces indications laconiques trouvent leur commentaire dans un engagement contracté, le 10 juillet 1525, par les chefs du Chapitre de Surbourg. Ils reconnaissent qu'à leur prière la ville les a pris sous sa protection et a promis de les défendre, corps et biens, comme d'autres bourgeois, sauf pour les querelles antérieures à la présente convention. De leur côté ils jurent au magistrat la même soumission que les autres bourgeois (çew'ônliche burgerliche huldigung) et le reconnaissent comme juge de leurs différends avec d'autres bourgeois. Ils s'engagent à payer une contribution annuelle de 20 fl. (600 m.) à la caisse du marzakly à acquitter les droits ordinaires d'octroi pour les vins, les grains, etc., qu'ils introduisent en ville, y achètent, y vendent ou y consomment. Si jamais les chanoines ou quelques-uns d'entre eux s'établissaient en ville, ils avaient à subir les charges communes, en particulier le service des gardes »).

Il est à croire toutefois que tout en imitant le magistrat de Strasbourg dans sa conduite, celui de

l) Und mit wachen wie »ndere ire burger gehorsamblich erzeigeo und halten one widerrede.

A HAGUENAU 6l

pasteur de Bischwiller, Gervasius Schuler. c Le pauvre Haguenau, écrivait ce dernier le 27 mars 1527 à Nicolas Kniebs, ne compte malgré mes efforts qu'un petit nombre de Chrétie7is cachés > »). Que le mot chrétiens désigne ici les disciples de Luther et non ceux du Christ, cela ne saurait faire un doute pour qui connaît le lexique de l'époque et la définition que Luther lui-même donne de ce terme (1523) : c Ceux qui écoutent le pur évan-gik^ dit-il, sont des chrétiens, wie siindlich und gebrechlich sie auch seien ; ceux qui le repoussent, sont des payens, wie heilig und fein sie immer wandeln ».

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