‹ Le protestantisme au pilori [microforme]Chapitre 22 sur 24 · La confession · texte numérisé non relu

La confession

Il n’y a peut-être aucun point de doctrine catholique qui ait, plus que la confession, servi de thème à la cxloninie et au dévergondage du protestantisme.

La somme d’ignorance que les non-Catholiques ont exhibée, presque chaque fois qu'ils ont parlé de la confession, est vraiment phénoménale.

‘Les Catholiques, disent-ils, pour obtenir le pardon de leurs péchés, n’ont qu’à aller les dire à un prêtre: et après cela, ils sont libres de recommencer à pécher tant qu'ils veulent.”’—Or ce n’est point là la doctrine catholique. C’est une sottise. L'Eglise n’enseigne pas de sottises. Il y en a assez de débitées en dehors de son sein. Elle ne tient pas à augmenter la mesure.

L’ Eglise enseigire que le chrétien ne peut obtenir Île pardon de ses péchés, au tribunal de la pénitence, qu'à deux conditions indispensables: 10 il doit être sinrtrement repentant des péchés commis dans le passé; 20 1l doit être fermement résolu d'éviter le péché à l'avenir.

Demandez à Penfant qui va au catéchisme; demandez au vieillard qui pendant de nombreuses années à fréquenté le tribunal de la pénitence, si le prêtre peut pardonner les péchés sans ces deux conditions? Tous vous diront: ‘‘il ne le peut pas.”

—Qu’arrivera-t-il alors si vous trompez le prêtre et recevez l’absolution sacramentelle sans avoir ce regret du passé et ce ferme propos pour l'avenir?

—Je commettrais par I un grand sacrilége en profanant un des sacrements institués par Notre Seigneur.

Voilà ce qu’un enfant de huit ans pourrait apprendre aux savants prédicands qui débitent, soit dans la chaire, soit dans leurs livres, toutes sortes de sottises à propos du confessionnal, dont ils ne connaissent rien.

Une autre de ces sottises est que ‘‘les Catholiques doivent payer une certaine somme d’argent au prêtre pour recevoir Pabsolution.??

Qu'ils demandent à un catholique quelconque, jeune où vieux, combien il doit payer pour aller à confesse. Il répondra: ‘Rien du tout, monsieur, Oh! non, nous n'avons pas à donner d’argent pour obtenir le pardon de nos péchés. Tout ce que nous avons à donner, c’est le témoignage d’une sincère contrition et une promesse formelle de ne plus pécher.”?

— Mais les prêtres ne vous demandent-ils pas de largent avant de vous donner, ou après vous avoir donné labsolution?

—Non, monsieur; jamais.

— Mais ne peuvent-ils pas le faire?

—Non, monsieur. S'ils nous demandaient paiement pour Pabsolution, nous les regarderions de suite comme coupables d’une simonie sacrilége. Et nous savons qu'ils ne pourraient pratiquer une semblable simonie sans être suspendus de leurs fonctions par l'autorité supérieure dans l Eglise,

(Qjuelques-uns vont jusqu’à dire: ‘‘La confession est une institution de corruption. Elle démoralise le peuple, ”?

Or qui font cet avancé?— Des homines et des femmes qui n’ont jamais mis le pied dans le confessionnal. Que savent-ils de la confession? Comment peuvent-ils porter

un jugement sur une chose dont ils ne connaissent rien du tout? Qu'ils commencent done par aller à confesse, afin de voir par eux-mêmes ce qui se passe, ce Gi s'enseigne, dans le confessionnal. Et ensuite, s’ils sont assez honnêtes pour parler franchement, qu'ils fassent connaître au monde entier le résultat de leur expérience. S'ils ne se sentent pas le courage de faire l'essai, ils ont un critérium capable de leur faire voir la vérité. Qu'ils se mettent en relation avec les catholiques et qu'ils comparent ceux d’entre eux qui vont souvent à confesse avec ceux qui n’y vont pas. Ils verront qui sort les meilleurs. [ls reconnaîtront que les habitués du confessionnal sont, en général, de bons chrétiens, pieux ct fervents; tandis que ceux qui ont abandonné la pratique de la confession laissent, en général, beaucoup à désirer, Pourquoi les pères et les mères catholiques tiennentils tant à ce que leurs enfants soient réguliers à se rendre au confessional? [ls ont eux-mêmes été à confesse toute leur vie. Ils doivent en savoir quelque chose. Si done, leur propre expérience leur avait appris que la confession est une cause de démoralisation, prendraient-ils tant de peine à v envoyer leurs filset leurs filles, autant que possible, une fois chaque mois? Pourquoi donc tiennentils tant à ce que leurs enfants aillent régulièrement à confesse?—C’est parce qu’ils savent, par leur propre expérience, que le confessionnal est le plus sûr promoteur de la moralité, la meilleure sauvegarde ‘de la jeunesse, un préservatif eflicace contre la séduction, un antidote énergique contre le venin des mauvaises passions, un appui solide dans les faiblesses, en un mot, un puissant moyen de sanctification. Ils savent cela, non parce qu’ils l’ont entendu dire, mais parce qu'ils l’ont appris par

leur propre expérience. Voilà pourquoi, lorsqu'ils voient leurs enfants fréquenter régulièrement le tribunal de la pénitence, ils sont tranquilles et sans inquiétude, Ils se disent: “voilà un bon garçon; voilà une bonne fille.” Si, au contraire, 1] les voient tirer en arrière ils s'inquiètent. Is suspectent quelque chose de mauvais. [ls ne sont pas À l'aise tant qu'ils n'ont pas réussi à leur persuader d'aller à confesse, |

Voilà ce que les débitants de calomnies sur la confession peuvent apprendre de n’importe quel père ou quelle mère catholique.

Pour abolir la confession, les Réformateurs protestants nt enfourché leur cheval de bataïlle ordinaire. Ils ont dit: “La confession est une invention humaine, imagée par les prêtres. ??

Or je voudrais bien savoir ce que les prêtres auraient eu à gagner en inventant une institution qui leur impose une obligation si ennuyeuse? Tout prêtre, après être demeuré assis au confessionnal deux ou trois heures, sait que la tâche d'entendre les confessions est loin d’être une agréable besogne.

De plus, si les prêtres avaient été les inventeurs de la confession, ils auraient dû être assez avisés pour ne pas se placer eux-mêmes sous le fardeau. Or lon sait que les prêtres, les évêques et les papes sont obligés d'aller à confesse, tout comme les simples fidèles.

La confession est non-seulement un devoir pénible pour le prêtre qui doit l'entendre; elle est de plus une obligation humiliante pour ceux qui doivent la faire, c’est-à-dire révéler les secrets de leur cœur, des pensées, des désirs et des actions qu’ils ne peuvent faire connaître qu'avec répugnance. Si donc la confession était une invention ecclésiastique, pensez-vous que la masse des chré-

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tiens se seraient, d'un commun. accord, inielinés ous une semblable imposition? Auraient-ils plié sous l'obligation de confesser leurs péchés, s'ils n'avaient été convaineus que la confession était une institution faite par Jésus-Christ lui-même? Pas besoin d’une longue réflexion sur la nature de la confession, pour comprendre qu'aueun pouvoir humain n'aurait pu limposer à la race humaine, Dieu seul pouvait imposer et faire ae cepter une telle loi.

Une autre preuve que la confession n'est pas une invention faite par les prêtres dans le cours des siècles, se trouve dans l'impossibilité de fixer la date de son établis sement,

Quelques écrivains protestants, interprétant un decret du quatrième Concile de Latran, en 1215, obligeant les fidèles à se confesser au moins une fois Pan, erurent pouvoir affirmer que la confession n’était pas obligatoire dans l’ Eglise avant le treizième siècle,

Cette erreur repose sur tant de simplicité de jugement, qu'aucun esprit sérieux n'aurait dû la commettre, à moins que ce fût par distraction.

Le décret du Concile de Latran suppose évidennment l'existence de la loi ordonnant la confession, Il ne fait que déterminer la limite du temps au-delà de laquelle il n’est pas permis aux fidèles de différer l’accomplissement de leur devoir.

Entre une loi imposant un certain devoir, et un statut fixant le délai accordé pour laccomplir, il y a une distinction tellement claire, tellement évidente, qu’un écrivain incapable de la voir ferait bien d’aller à l’école deux ou trois ans avant de se mettre èn tête d’écrire sur un sujet quelconque

Lorsque le percepteur du revenu public fait afficher un avis par lequel les taxes doivent être payées dans un tel délai, donne-t-il par 1à naissance à la loi qui impose la taxe?—-Evidemment non. Il présuppose nécessairement l'existence de la loi, Le décret ne peut même avoir sa raison d’être que dans le fait reconnu de la loi déjà promulguée. Il en est de même du décret du Concile de Latran.

Du reste, si ces écrivains s'étaient donné la peine de consulter les annales de l’histoire, ils auraient de suite trouvé que la confession avait été enseignée et pratiquée comme obligatoire durant les douze siècles écoulés avant le Concile de Latran.

Pierre de Blois écrivait, au douzième siècle, dans son Traité sur la confession: “Que personne ne se dise: je conlesse mes péchés en secret et ei fais pénitence devant Dieu, Si une telle confession était suffisante, ce serait en vain que ‘‘les clefs’? auraient été mises entre les mains de Pierre, Etes-vous retenus par la honté?— Alors souvenezvous que les secrets de votre conscience seront révélés «ux yeux de tout le monde au jour du jugement.??

Cinquante ans plus tôt, St. Bernard, dans un sermon sur la confession, disait: ‘A quoi vous servirait-il de déclarer à confesse seulement une partie de vos péchés, si vous cachiez le reste? Tout est connu aux yeux de Dieu. Comment donc osez-vous cacher quelque chose à celui qui tient la place de Dieu dans un si grand sacrement?”

Avant lui, $t. Anselme, archevêque de Cantorbery, enseignait que ‘‘tous sont tenus d’aller auprès du Prêtre pour obtenir de lui l’absolution.??

Au onzième siècle nous entendons St. Pierre Damien dire: ‘‘Avoir honte de déclarer ses péchés, c’est craindre Dieu moins que les hommes. ?”

Les Pères du deuxième concile de Chalons, tenu au commencement du neuvième siècle, firent la déclaration suivante: ‘Nous avons remarqué un point qui demande une correction. Certains individus ne font pas leur confession avec l'intégrité voulue. Ils doivent examiner leur conscience avec soin et attention, afin que leur confession soit pleine et entière.”

Remontant encore un demi siècle dans le passé, nous recontrons St. Paulin, disant: ‘Que chacun s'éprouve lui-même avant de recevoir le corps et le sang de Jésus- Christ. Avant de nous approcher de la sainte table, ayons recours au tribunal de la pénitence, comme est notre devoir.”

A la fin du septième siècle, le Vénérable Bede dAngleterre, discourant sur la distinction entre les péchés vcniels et les péchés mortels, disait: “Quant aux derniers, nous sommes tenus de les confesser au prêtre, pour nous conformer à la loi. ??

Au cinquième siècle, St, Augustin disait: “Notre Dieu miséricordieux veut que nous confessions nos péchés en ce monde, afin que nous ne soyons pas confondus dans l’autre.’ —Que personne ne dise: Je fais pénitence dans le secret de mon cœur, en présence de Dieu.” ‘Est-ce en vain que Jésus-Christ à dit: ‘Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel?” Est-ce en vain que les clefs ont été données à P Eglise???

Au quatrième siècle, St. Jean Chrysostone préchait: “Nous voilà rendus à la sainte saison du carême. C’est le temps de faire une pleine et entière confession de nos péchés. . .. Comine l’ennemi du salut sait très-bien que, par la confession, en montrant nos blessures au médecin, nous serons guéris, il fait tous ses efforts pour nous en détourner. ”?

Ailleurs il insiste sur l'intégrité de la confession: “Ne confessez pas seulement vos fautes extérieures et connues des hommes; déclarez aussi vos péchés secrets, vos pensées et vos paroles mauvaises. ??

Dans un traité sur les pouvoirs du sacerdoce, il dit: “Dieu à donné aux prêtres un pouvoir qu'il n’a pas accordé aux anges ou aux archanges; car ce que les prêtres font ici-bas, Dieu le ratifie dans le ciel, puisque Jésus- Christ a dit: les péchés seront remis À ceux à qui vous les remettrez; et ils seront retenus à ceux à Qui vous les retiendrez.??

Ecoutons maintenant St. Basile: ‘Dans la confession de vos péchés, agissez de la même manière que vous fuites lorsque vous révélez les infirmités de votre corps. Vous ne faites pas voir ces infirmités à tout chacun mais à celui que connait le moyen de les guérir. De même, confessez vos fautes à celui qui a le pouvoir de guérir votre Ame, . . . Nous devons confesser nos péchés à ceux qui ont été chargés de là dispensation des mystères de Dieu. C’est de cette manière que les saints ont agt dès le commencement. Car il est écrit, dans les Actes, que les chrétiens se confessaient aux Apôtres, par qui ils avaient été baptistés, ?

St. Ambroise de Milan écrivait: ‘Le péché est un poison; la confession du péché en est le remède. IT faut done que vous confessiez vos péchés, afin d’être guéris et justifiés. Avez-vous honte de vous confesser? Cette honte ne vous servira de rien au jugement de Dieu.”?

La doctrine catholique sur le pouvoir d’absoudre et obligation de la confession ne peut être énoncée plus clairement que par les paroles suivantes de St. Jérome: ‘“‘L’ Evêque et le Prêtre ne lient ou ne délient pas indistinctement; ils entendent d’abord la confession du péni-

tent, comme c’est leur devoir, afin de bien discerner la nature et la qualité des péchés qu’il a commis; e’est par là que le prêtre peut connaître quels sont ceux qui peuvent être déliés, et ceux qui doivent demeurer liés.”

Au troisième siècle St. Cyprien, après avoir parlé de la nécessité de faire pénitence et de confesser nos fautes aux prêtres de l’ Eglise, dit: ‘Je vous en prie, mes bien chers frères, confessez vos péchés pendant que vous êtes encore sur la terre, alors que votre confession peut être acceptée en réparation de vos fautes; profitez de la mistricorde de Dieu qui veut vous pardonner par le ministère de ses prêtres. ??

Tertullien écrivit, au deuxième siècle, son remarquable traité ‘De Pæœnitentia,? dans lequel il prouve longuement la nécessité de la confession. [1 s'élève fortement contre la fausse honte que le diable fait naître dans l'esprit de plusieurs, afin de les détourner de l'usage de ce remède, salutaire et nécessaire. ‘Si vous êtes, dit-il, tentés de demeurer en arrière, songez au feu de l'enfer que la confession a le pouvoir d’éteindre pour vous. Songez au châtiment terrible qui vous attend dans la vie future, si vous négligez de recourir au remède que vous avez à votre disposition pour vous guérir. .. Lorsque vous savez qu'après le baptême vous avez une seconde planche de salut dans la confession, pourquoi négligez-vous de vous en servir? Pourquoi différez-vous d'entrer Ià où vous pouvez être guéris? Comment un pécheur peut-il ntgliger la confession, lorsqu'il sait qu’elle a été établie par Notre Seigneur, pour son sulut.??

Tertullien entre ensuite dans tous les détails relatifs à la confession. Il explique la manière dont on doit la faire; comment on doit s’y préparer; les dispositions que l’on

doit apporter au tribunal de la pénitence, afin d'obtenir sûrement le pardon des péchés que Pon accuse,

St. Clément avait été un disciple de St. Pierre. Il avait été baptisé, instruit, et ordonné prêtre, par le chef des Apôtres. Plus tard il devint successeur de St. Pierre sur la chaire papale. Or St. Clément écrivait aux Corinthiens: Le bienheureux Pierre a enseigné que les fidèles sont obligés de confesser leurs péchés aux prêtres du Seigneur. Si donc quelqu'un d’entre nous a conçu dans son cœur des pensées d’infidélité, d'envie, de jalousie, ou toute autre mauvaise pensée, qu’il n'ait pas honte d’aller s’en confesser au prêtre du Seigneur, afin d'obtenir le pardon de ses péchés. ??

Comment, après tous ces témoignages, que nous pourrions multiplier presqu’à l'infini, les Réformateurs protestants ont-ils pu avoir le front de dire que la confession avait été inventée par les prêtres dans le cours des siècles, et qu'elle n'avait Jamais été obligatoire, dans l Eglise, avant le treizième siècle?

Voici leur grosse objection: “L/homme, disent-1ils, ne peut pas avoir le pouvoir de pardonner les péchés. Dieu seul à ce pourvoir.”

Et presque tous les protestants de nos jours ne cessent de répéter: ‘Le prêtre n'est-il pas un honime comme les autres? Un homme ne peut pas pardonner les péchés.??

Un homme ne peut pas pardonner les péchés de sa propre autorité. C’est vrai.

Mais Dieu a-t-il le pouvoir de pardonner les péchés? — Oui, certainement.

Jésus-Christ a-t-il le pouvoir de pardonner les péchés? —Oui, certainement.

Si Jésus-Christ a le pouvoir de pardonner les péchés, est-il capable de déléguer ce pouvoir à qui il Lui plaît, soit à un ange, soit à un homme?—Oui, certainement. Dieu est tout-puissant. [l peut faire ce que bon lui semble.

Un homme n’a pas de lui-même le pouvoir de ressusciter un mort. Dieu seul a ce pouvoir. Cependant nous lisons, au chapitre IX des Actes des Apôtres, qu’une femme chrétienne, nommée Tabithe, tomba malade et mourut. Les disciples ayant entendu dire que Pierre se trouvait dans le voisinage, envoyèrent vers lui deux hommes pour le prier de venir chezeux. Pierre vint, entra dans la chambre mortuaire, se init À genoux et en prière, puis se tournant vers le corps, il dit: ‘Tabithe, levez-vous.? Elle ouvrit les yeux, etayant vu Pierre, elle se leva. Il lui donna la main pour l'aider à se lever, et la présenta vivante aux disciples.

Les personnes présentes pouvaient-elles nier que Pierre avait ressuscité cette morte, en disant que ce pouvoir n'appartient qu’à Dieu?

Or si Dieu peut déléguer à un homme le pouvoir de ressusciter les morts, ne peut-il pas aussi bien lui déléguer le pouvoir de pardonner les péchés?

Le question n’est donc pas d'examiner si Jésus-Christ peut, oui ou non, déléguer ce pouvoir à l’homme, mais de constater un fait.

A-t-il, oui ou non, donné à ses Apôtres le pouvoir de pardonner les péchés?

Voilà une question de la plus haute importance. Pour la résoudre, nous ferons appel, non aux écrits des Pères de l’Eglise, pas même aux paroles des Apôtres, mais aux paroles de Jésus-Christ lui-même, qui peut ni se tromper ni nous tromper.

Si nous avons le témoignage positif et non équivoque de Jésus, qui peut le contester?

Or St Mathieu rapporte que Jésus dit à Pierre: ‘Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, Tout ce que tu lieras sur la terre sera Hé dans le ciel: et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel.” (4)

Dans une autre occasion 11 dit aux Apôtres réunis: ‘Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera Hé dans le ciel; et tout ce que vous délicrez sur la terre, sera délié dans le ciel.” (2)

Mais le Seigneur ne s’en tint pas 1à. Après sa résurrection, il dit aux Apôtres, en termes non équivoques: “Comme mon père n'a envoyé, je vous envoie aussi de même.” Puis il souffla sur eux et leur dit: ‘Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.?? (3)

Peut-on parler plus clairement?

Done il donna, en réalité, à ses apôtres le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés.

C’est bien ce que les Apôtres comprirent. St. Paul, dans son Epitre aux Corinthiens, dit: ‘Nous avons reçu le pouvoir de reconcilier le pécheur avec Dieu, en lui pardonnant ses péchés.?

Et St. Jean, dans sa première Epitre (D), dit: ‘Dieu est fidèle et juste, pour remettre nos péchés, et nous purifier de nos iniquités, si nous les confessons.”??

(1) Matt, XVI, 19.

(2) Matt, XVIII, 18.

(3) St. Jean XX, 20, 21, 22.

Voilà pourquoi les premiers chrétiens se confessaient aux Apôtres, comme nous le voyons dans les Actes, [XIX, 18]

Dira-t-on que Jésus-Christ conféra le pouvoir d'absondre aux apôtres personnellement, et à personne autre?

Ce serait ridicule, Jésus n’a pas établi son Eglise pour durer seulement quarante où cinquante ans. Elle devait exister, avec toutes ses institutions, jusqu’à la fin des temps. ‘Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles,” a-t-il déclaré de sa propre bouche,

Donc les pouvoirs conférés aux apôtres devaient passer à leurs successeurs.

Ceci du reste est prouvé par les Saintes Ecritures. Ft Paul n’était pas au nombre des apôtres à qui Jésus donna primitivement le pouvoir de lier où de délier, de remettre ou de retenir les péchés. [était alors un paien. Il devint même un perséeuteur des chrétiens. Ce ne fut qu'après sa conversion qu’il reçut le pouvoir de pardonner ou de retenir les péchés, en étant ordonné prêtre. I reçut donc ses pouvoirs, non de Jésus-Christ directement, mais des apôtres. Et St. Paul lui-même ordonna Timothe, Tite, et d’autres, leur transmettant les pouvoirs qu’ il avait reçu des apôtres qui l’avaient ordonné. Et cette transmission continua à se faire de siècles en siècles, par les successeurs des Apôtres jusqu’à nos jours.

Donc la Réforme Protestante, en abolissant la confession, a renversé une institution établie par Jésus-Christ, et maintenue par les Apôtres et leurs successeurs À travers tous les âges. Donc elle a déformé lP Eglise au lieu de la réformer.

C’est tellement le cas que plusieurs parmi les ministres protestants, entre autres les Episcopaliens de la Hau-

te Eglise, ont reconnu le fait, et font des efforts inouis pour introduire la confession parmi leurs gens. Mais çu ne prend pas.

Iest plus facile, pour le protestantiqne, de renverser et de détruire que d'édifier ou de relever, ». L'intercession des Saints.

Les Réformateurs protestants, en niant la communion des saints et le pouvoir de leur intercession, ont rejeté une doctrine acceptée de tout temps, avant conne après Jésus-Christ, une doctrine clairement enseignée dans P Ancien et le Nouveau Testaments, une doctrine sanetionnée par la raison, et appuyée sur les instincts de la nature humaine,

Dans l’ordre naturel, nous dépendons les uns des autres. Nous avons besoin de secours mutuel. Toutes les relations sociales, soit dans le travail, l'industrie ou le coninerce, soit dans l'étude des sciences où la culture des aits, reposent sur un besoin d'assistance mutuelle, inné dans la société des honnnes vivant sur la terre. Pourquoi cet aide mutuelle serait-elle exelue de l'ordre surnaturel? La charité nat elle le droit de s'exercer que dans l’ordre naturel? Cette fille de Dieu, descendue du ciel, at-elle droit de domicile sur la terre seulement? Est-elle condanmée à mourir avec la vie présente? Ft, Paul ne dit-1l pas, dans sa première Epitre aux Corinthiens, que “la charité ne finira jamais?” [XII S].

Mais, disent les Protestants, les Saints ne peuvent pas nous entendre! Ils ne peuvent rien faire pour nous! Tls ne s'occupent pas de nous!

Vraiment? —Mais qui done leur à appris cela? Sont-ils allés demander des informations aux saints eux-môê-

mes?—Fi donc! Ils ne voudraient les approcher pour rien au monde! Ils ne peuvent pas même en entendre parler!

Où donc ont-ils puisé leurs informations? —Dans la Bible?—Mais la Bible dit justement le contraire. T/Ancien et le Nouveau Testaments nous apprennent que Îles saints nous entendent très bien, peuvent faire beaucoup pour nous, sont bien disposés à nous assister, et nous aident effectivement chaque fois que nous avons recours à leur intercession.

Nous voyons dans la Génèse (XLVIIT, 16) que le Patriarche Jacob, étant tout près de mourir, fit la prière suivante pour ses deux petit-fils issus de Joseph: ‘Que l'ange qui m'a délivré de tout mal bénisse ces enfants.” Or ce grand patriarche, si souvent favorisé par des révélations surnaturelles, aurait-il prié quelqu'un qui ne pouvait l'entendre? Ne déclare-t-il pas positivement que l'ange l’a effectivement délivré de tout mal? Comment cela a-t-il pu se faire, si les bienheureux habitants du ciel sont indifférents vis-à-vis des hommes sur la terre, ou s'ils ne peuvent rien faire pour eux?

Nous lisons, de plus, dans le Livre de Tobie[XIT, 12] que l’ange Raphael se faisant connaître à Tobie, lui dit: ‘Lorsque vous priiez avec larmes et que vous ensevelissiez les morts... j’ai présenté vos prières au Seigneur.” Or comment l’ange pouvait-il présenter une pétition qu’il ne pouvait entendre?

Nous lisons en St. Luc [XV,101] les paroles suivantes sorties de la bouche de Jésus-Christ lui-même: ‘Je vous dis qu’il y a une grande joie parmi les anges lorsqu'un seul pécheur fait pénitence.”’—Or qu'est-ce que le repentir? — Un changement dans le cœur; une opération intérieure de la volonté. Donc les anges peuvent connaître même les pensées secrètes des hommes sur la terre.

Îls se réjouissent à la conversion d’un pécheur, Donc ils s'intéressent hautement aux hommes vivant sur la terre,

St. Paul, dans sa première Epitre aux Corinthiens (1V,9) dit: Nous.servons de spectacle au monde, aux anges et aux hommes. /—Donc non-seulement les hommes sur la terre, mais aussi les anges du ciel, voient nos actions. |

Dira-t-on que les anges, étant les ministres de Dieu, peuvent assez bien nous voir, nous entendre et nous assister; mais qu’il n'en est pas de méme des Saints?— Mais Notre Seigneur déclare positivement, en St. Mathien (XXII, 30) que les saints ‘seront comime les anges de Dieu dans le ciel?’

Il ne faut pas se figurer que les saints dans le ciel voient et entendre de la même manière que nous le faisons 1ci-bas. Sur la terre nous voyons seulement avec les veux de notre corps; nous entendons seulement avec les oreilles de notre corps; et, par conséquent, nos faeultés de voir et d'entendre ne vont pas au delà du pouvoir de nos sens. Comparés aux bienheureux habitants du ciel, nous sommes dans les conditions d'un homme enfermé dans une cellule obscure, dans laquelle un pâle rayon de lumière peut seul pénétrer. Il ne voit que peu d'objets, et encore ne les voit-il que bien ïimparfaitement. Mais aussitôt que notre âme, délivrée de la prison de notre corps, comme un oiseau échappé de sa cage, s’envole vers le ciel, sa vision prend aussitôt des proportions merveilleusement larges, Elle n’a plus besoin d’yeux pour voir, ni d'oreilles pour entendre. Elle connait tout en Dieu par une seule intuition. C’est ce que nous apprend St. Paul, dans sa premiere Epitre aux Corinthiens (XIII, 12): ‘‘Nous ne voyons maintenant que comme dans un miroir et d’une manière obscure;

mais alors nous verrons Dieu face à face, Je ne connais maintenant que d'une manière imparfaites mais alors je connaîtra comme je suis moi-même connu de Dieu.”

Les Saintes Ecritures nous apprennent, d'ailleurs, que non-seulement les anges, mais aussi les snints, peuvent communiquer avec nous sur la terre et nous assister de leurs prières,

Nous lisons dans le deuxième livre des Maccilées (XV, 12, 13, 14) que le grand prêtre Ontas et le prophète Jérémie, morts tous deux depuis longtemps, a pparurent à Judas Maccabée. Onias se tenait les bras étendus, priant pour tout le peuple Juif. Puis montrant Jérémie, il dit: Voilà le véritable ami de ses frères et du peuple d'Israel. Cest 1 Jérémie, le prophète du Koigneur, qui prie beaucoup pour ce peuple, et la ville sainte,

Nt. Jean, dans P'Apocalypse (V, S), représente les saints devant le trône de Dieu offrant à Dieu les prières de leurs frères de la terre,

Les Ecritures nous apprennent, de plus, que même les saints sur la terre jouissent d’un pouvoir d'intercession auprès de Dieu.

Nous lisons, en effet, dans la Génèse, que le Dieu Toutpuissant, mû par la prière de son serviteur Abraham, consentit à suspendre si main vengeresse, et À épargner Sodome et Gomorrhe, s'il pouvait se trouver dix justes dans ces villes coupables,

Dans l’Exode, on voit que, durant le combat que soutenaient les enfants d’ Israel contre les Amalécites, Israel était victorieux lorsque Moïse tenait les mains élevées, en priant; mais lorsqu'il les abaissait, Amalec avait l'avantage.

Nous voyons an chapitre XXXIT de l’Exode que Dieu étant irrité contre son peuple tombé dans lidolatrie, intima à Moïse de ne pas intercéder pour ce peuple ingrat, de peur que sa colère ne s’apaisat et qu'il fût ainsi cmpêehé de le détruire, comme il'avait résolu. Mais Moïse persista dans ses supplications, et le Seigneur ne fit pas à son peuple le mal qu'il avait résolu de Jui faire,

Dans le Nouveau Testament nous entendons St. Paul demander aux Romains de prier pour lui: ‘Je vous conjure, mes frères, par Jésus-Christ Notre Seigneur, et par la charité du Saint-Esprit, de nraider par les prières que vous ferez à Dieu pour moi.” (Rom. XV, 30).

Or si les saints de la terre peuvent assister leurs frères par leurs prières, combien plus puissante ne doit pas être l'intercession des saints du ciel, les amis bénis de Dieu?

“Mais,” disent les Réformateurs, ‘‘par votre invocation des saints, vous mettez ceux-ci à la place de Jésus- Christ, en les constituant médiateurs entre Dieu et vous. C’est une insulte faite à Jésus-Christ.

Cette objection est tout simplement ridicule. Nous Winvoquons pas les saints en vue de leurs propres mérites, mais en vue des mérites de Jésus-Christ, par lequel seul nous pouvons être sauvés. Nous nous adressons à eux comme aux amis de Jésus-Christ, afin qu’ils intercèdent pour nous auprès de Lui. Nous leur attribuons une médiation d’intercession, nullement la médiation de rédemption qui appartient à Jésus-Christ seul.

Quant à la sotte calomnie, que nous adorons les saints, que nous adorons la Sainte Vierge, il n°y a que des imbéciles où des gens de mauvaise foi qui la répètent. L'idolatrie est une vieillerie depuis trop longtemps passée de mode, parmi les chrétiens du moins, pour qu'on prenne

la peine de refuter une accusation que les Protestants intelligents et de bonne foi sont eux-mêmes les premiers à traiter de ridicule.

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