‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 12 sur 55 · CHAPITRE L1X · texte numérisé non relu

CHAPITRE L1X

m L'ARISTOCRATIE Al SEIZIÈME SIÈCLE.

L'Aristocratie, on tant qu'elle s'entendait des classes privilégiées, en comprenait deux fort distinctes d'origine et de naturerla noblesse el le clergé. L'une et l'antre abondaient en

pouvoir ci en richesses, tontes les deux étaient placées fort au-dessus du peuple, et étaient des rouages d'une grande importance dans la machine politique. 11 y avait néanmoins entre les dt-ux cette différence très-remarquable, que le principal fondement <lu pouvoir et de la grandeur du clergé étaient les idées religieuses j idées qui circulaient dans la société entière* qui ranimaient , lui donnaient la vie, et par Conséquent assuraient pour longtemps la prépondérance des ecclésiastiques; tandis «pie la grandeur et l'influence des nobles reposaient uniquement sur un l'ait nécessairement passager, savoir, l'organisation sociale de l'époque; organisation qui se modifiait d'une manière profonde, puisque la société incitait alors tout son empressement à se débarrasser des liens de la féodalité. Jone \eu\ pas dire que les nobles n'eussent point des droits légitimes au pouvoir al à l'influence qu"ils exerçaient; mais seulement que la pins grande partie de ces droits, même en les supposant fondés sur les lois et les titres les plus justes, n'avaient cependant pas une liaison nécessaire avec aucun des grands principes conservateurs de la société* ces principes qui environnent d'une force et d'un ascendant immenses la personne ou la classe qui, de maniere ou d'autre, les représente.

.Nous tondions ici une matière peu approfondie et de l'explication de laquelle dépend l'intelligence de grands faits sociaux ; ¡| est lion (le la de\e|oppcr a\ec quelque étendue et d'en fane un examen attentif.

Que représentait la monarchie? Un principe éminemment conservateur de la société, un principe qui a Burvécu à tourtes les attaques des théories et 'les révolutions, et auquel se

sont attachées, comme ¡i Ul seule ancre de salut, ces nations

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mêmes au sein desquelles se sont répandues les idées démocratiqnes et où les institutions libérales ont pris racine. C'est là une des causes pour lesquelles , même dans les temps les plus calamiteux pour la monarchie, celle-ci a triomphé de ses désastres : l'orgueil féodal , et l'inquiétude , l'agitation de la démocratie naissante, se réunissaient pour l'opprimer; à peine, à travers les flots émus de la société, distinguait-on son pouvoir, tel que le mât abattu d'un navire qui a fait naufrage ; eh bien ! dans ce temps même , nous trouvons liées à l'idée de monarchie celles de force et de pouvoir : on foule aux pieds, on outrage de mille manières la dignité- royale, et néanmoins on reconnaît que c'est une chose sacrée, inviolable.

La théorie n'est point d'accord avec la pratique, l'idée est plus forte que le fait qu'elle exprime; mais ce phénomène ne doit point nous étonner, puisque tel esl toujours le caractère des idées qui enfantent de grands changements : elles se présentent d'abord dans la société, elles se répandent, prennent racine, s'infiltrent dans toutes les institutions; le temps continue de préparer les choses ; et si l'idée est morale , juste , si elle indique la satisfaction d'un besoin, le moment arrive enfin où les faits cèdent, où l'idée triomphe, où tout se courbeel s'humilie devant elle. C'était là ce qui avait lieu au seizième siècle , par rapport à la monarchie: sous une forme ou sous une autre, avec telle ou telle modification, elle était pour les peuples une véritable nécessité, comme elle l'est encore , et c'est pourquoi elle devait prévaloir sur tous ses adversaires, survivre à tous les contre-temps.

En ce qui regarde le clergé, il n'est point nécessaire de s'arrêter à montrer qu'il représentait le principe religieux ; véritable nécessité sociale pour tous les peuples du monde , si on le prend dans un sens général; véritable nécessité sociale pour les peuples de l'Europe, si on le prend dan&le sens chrétien.

On comprend déjà que la noblesse m- pouvait être comparée ni à la monarchie, ni au cierge, puisqu'on ne saurait trouver en elle l'expression d'aucun des hauts principes que l'un et l'autre représentent. Vastes privilèges et possession antique de grands biens, avec la garantie des lois et des coutumes île l'époque-; souvenirs glorieux de faits d'armes , noms pom-

COUPAS! I! CATBOUCISMl , 1 í~>

peux, titres el blasons Pillastres ancêtres, telle était l'arislocratie laïque : mais rien de i « -u t cela n'avait un rapport immédiat et essentiel avec 1rs grands besoins sociaux ; la noblesse dépendait d'une organisation particulière qni devait être nécessairement passagère; elle taisait trop partie du droit purement positif et humain , pour qu'elle pût compter sur une longue durée et se flatter de réussir dans toutes ses prétentions et sis exigences.

On m'objectera peut-être que l'existence d'une classe intermédiaire entre le monarque et le peuple est une véritable nécessite, reconnue par tous les publicistes, et fondée sur la nature môme des choses. En effet, nous sommes témoins que,

che/, les nations oii l'aristocratie ancienne a disparu, il s'en l'orme une nouvelle, soit par le cours des événements, soit pai l'action du gouvernement. Mais cette objection est sans valeur relativement au point de vue sous lequel je considère la question. Je ne nie point la nécessité d'une classe intermédiaire; seulement j'affirme que la noblesse ancienne, telle qu'elle ••tait, ne contenait pas des éléments certains de durée, puisqu'elle pouvait être remplacée par une autre, comme en effet elle l'a été. La supériorité d'intelligence et de force est ce qui donne aux (lasses laïques une importance sociale et politique; celte supériorité ne se trouvait plus dans la noblesse, celle-ci devait déchoir. Au commencement du seizième siècle, le trône et le peuple acquéraient chaque jour un plus grand ascendant ; le premier devenait le centre de toutes les forces sociales, et le peuple s'enrichissait tous les jours par l'industrie et le commerce. Quant à ce qui était des connaissances, la découverte de l'imprimerie , en se généralisant; empêchait absolument qu'elles lussent désormais le patri moine exclusif d'aucune classe.

Il était donc ¿Vident que la noblesse voyait à cette époque son ancien pouvoir lui échapper , et elle n'avait d'autre

moyen d*en conserver une partie (pie de travailler à ne pas

pi rdre tout a fait les titres qui le lui avaient donné, ¡Malheureusement pour elle , la valeur de ses propriétés diminuait chaque jour, non-seulement a cause des dilapidations occasiosnees par le luxe, mais aussi par l'accroissement extraordinaire

de la richesse non territoriale : les changements profonds opérés dans toutes les valeurs en raison de la nouvelle organisation sociale et de la découverte de l'Amérique , firent perdre aux biens-fonds une grande partie de leur importance.

Si la force de la propriété territoriale allait en diminuant, les droits de juridiction marchaient encore plus rapidement a leur ruine ; d'un coté, ces droits étaient combattus par le pouvoir des rois ; de l'autre , par les municipalités et les autres centres où agissait l'élément populaire. De sorte que , malgré le plus profond respect pour les droits acquis , et rien qu'en laissant les choses suivre leur cours ordinaire , il était inévitable qu'après un certain temps l'ancienne noblesse en vint au point d'abaissement où elle se trouve i linos jours.

Il n'en pouvait être de même du clergé. Dépouillé de ses biens, privé en tout ou en partie de ses privilèges, il lui Pestait encore le ministère religieux. Ce ministère, nul ne l'exerçait sans lui; ce qui suffisait pour lui assurer une forte influence, malgré toutes les commotions et les bouleversements,

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