‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 14 sur 55 · VALEUR DES DIFFÉRENTES FORMES POLITIQUES. CARACTÈRE DE · texte numérisé non relu

VALEUR DES DIFFÉRENTES FORMES POLITIQUES. CARACTÈRE DE

LA MONARCniE EN EUROPE.

L'enthousiasme dont l'Europe dans les derniers temps s'était si vivement éprise , s'est peu à peu refroidi ; l'expérience a enseigné qu'une organisation politique, qui n'est pas d'accord avec l'organisation sociale , ne sert de rien pour le bien de la nation , et qu'elle attire au contraire sur elle un déluge de maux. On a compris aussi , et non sans travail , quoique la chose soit fort simple, que les formes politiques doivent être uniquement regardées comme un instrument pour l'amélioration du sort des peuples; la liberté' politique, de son côté, si l'on veut qu'elle signifie quelque chose de raisonnable, ne peut être qu'un moyen d'acquérir la liberté civile. Ces idées sont vulgaires parmi les hommes éclairés; le fanatisme pour telles ou telles formes politiques, abstraction faite de leurs résultats civils, est délaissé maintenant comme une chose propre à l'ignorance , ou un moyen discrédité dont se servent hypocritement les ambitieux sans mérite solide, qui n'ont d'autre chemin pour faire fortune que le trouble et le bouleversement.

Cependant on ne peut nier que, considérées comme simple instrument, certaines formes politiques, celles du gouvernement mixte, tempéré, constitutionnel, représentatif, comme on voudra l'appeler, n'aient acquis dans quelques pays de la considération et de la solidité : aussi , dans plusieurs contrées tout principe qu'on supposera ennemi des formes représentatives et uniquement favorable aux formes absolues, serat-ii discrédité d'avance. La liberte civile est devenue une nécessité pour les peuples de l'Europe ; et chez certaines nations ridée de cette liberté s'est tellement identifiée avec celle de la liberté politique, qu'il est difficile de faire entendre que la libelle civile peut aussi se trouver sous une monarchie absolue. Il faut donc examiner quelles sont sur ce point les ten-

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dames de la religion catholique et de la religion protestante : tendances, je ferai en sorte de les découvrir par une analyse impartiale des faits historiques.

lamáis peut-être, a fort bien ilit M. Guizot, dans un Discours but la Démocratie, on n'a moins compris les ressorts naturels du monde et les secrètes voies de la Providence. Là nu nous ne \nynii.s pas des assemblées, des élections, des ornes, des votes, nous supposons que le pouvoir est absolu <t la liberté sans garanties.

.!•• me sais servi à dessein du mot de tendances, paree qu'il esl clair que !<• Catholicisme n'a sur ce point aucun dogme; il ne dé ide rien sur les avantages de telle on telle forme gouvernement : •«' pontife romain reconnaît ('gaiement pour Bon fils !<• catholique assis sur les bancs d'une assemblée américaine , et le sujet le plus humblement soumis aux ordres d'un puissant monarque. La religion catholique est trop sage pour descendre sur un semblable terrain. Partant du ciel même, elle s'étend comme la lumière du soleil sur toutes choses; elle éclaire tout , affermit tout, et elle-même nes'ob-

îii cit ni ne se terni! jamais. Sa destinée est de mener l'homme au ciel, en lui fournissant a sou passage de grands biens et des consolations sur cette terre; elle ni' cesse de lui montrer les vérités éternelles; elle lui donne sur toutes ses affaires de salutaires conseils; mais destine l'on en vient à certaines particularités, elle ne lui lait ni obligation ni devoir. En lui rappelant les saintes maximes de sa morale, elle l'avertit de ne point s'en écarter, et lui dit comme une tendre mere parlant 0 (ils : i Pourvu que lu ne t'éloignes pas de ce que je t'ai ■ enseigné, agis comme il t«- paraîtra le plus convenable. »

Mais est-il vrai que le Catholicisme renferme au moins un

certain penchant a restreindre la liberté ? Ou a produit en Europe le Protestantisme par rapport aux loi nies politiques? En quoi a-i-il corrigé ou amélioré l'œuvre du Catholicisme? Dans les si> clos qui précédèrent le XVI , l'organisation de la soc européenne s'était compliquée de i<'ll«' maniere, le développement de toutes les facultés intellectuelles rtait parvenu a un tel point , la lutte des intérêts «-lait si vive , enfin chaque nation s'étendait tellement par l'agglomération successive d m — m. 1 1

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provinces, qu'un pouvoir central, fort , énergique , et dominant toutes les prétentions individuelles et de classes , était de tout point indispensable pour le repos et la prospérité des peuples. De toute autre manière l'Europe ne pouvait espérer un jour de calme; car là où existe un grand nombre d'éléments variés, opposés et tout-puissants, il faut une action régulatrice pour prévenir les chocs, calmer les ardeurs excessives, modérer la vivacité du mouvement, empêcher une continuelle guerre qui entraînerait nécessairement à sa suite la destruction et le chaos. C'est pourquoi, dès que cela fut possible, on vit une tendance irrésistible vers la monarchie; et comme la même tendance s'est fait sentir dans tous les pays de l'Europe, dans ceux-là même qui avaient des institutions républicaines, c'est uu signe qu'il existait pour cela des causes très-profondes.

Aujourd'hui, il n'est pas un publiciste marquant qui mette en doute ces vérités : précisément, depuis un demi-siècle , il s'est passé des événements tout à fait propres à faire comprendre que la monarchie en Europe était quelque chose de plus que usurpation et tyrannie : dans les pays mêmes où les idées démocratiques s'étaient implantées, il a fallu les modiiier, peut-être même les fausser tant soit peu pour y pouvoir conserver le trône, qu'on regarde comme la plus sûre garantie des grands intérêts de la société.

C'est l'infirmité de toutes les choses humaines, quelque bonnes et salutaires qu'elles soient, de traîner toujours à leur suite un accompagnement d'inconvénients et de maux : il est clair ipie la monarchie ne pouvait faire exception à cette regle générale; en d'autres ternies, la grande extension et la force du pouvoir devaient amener des abus et des excès. Les peuples européens ne sont pas d'un caractère assez patient et «l'un esprit assez modéré pour supporter avec calme toute espèce de dérèglement : l'homme de l'Europe a un sentiment si profond de sa dignité, qu'il ne saurait en aucune façon comprendre le quietisine des peuples orientaux, végétant au sein de l'avilissement , courbant un front vil devant le despote qui le dédaigne et l'opprime. Aussi , tout en reconnaissant et sentant la nécessité' d'un pouvoir très-fort, s'est-on

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toujours efforcé en Europe de prendre des mesures pour ré-. primer et prévenir les abus de ce pouvoir. Rien ne l'ait mieux rassortir la grandeur et la dignité des nations européennes, que de les comparer sous ce rapport avec celles de l'Asie. Chez ces dernières % on ne connaît d'autre moyen de se sousr traire à l'oppression , que d'égorger le souverain. Là , le sang d'un souverain l'unie encore, qu'un autre s'asseoit déjà sur le troue, foulant d'un pied dédaigneux la tète de ces peuples aussi cruels que dégradés.

En Europe, il n'en est point ainsi : chez nous, on a eu toujours recunis ;m\ moyens propres de l'intelligence; on a établi de, institutions qui, d'une maniere stable et durable, missent les peuples a couvert des vexations et des excès. Ce n'es! pas a dire que ces oll'orts n'aient coûté des torrents de sang cl qu'on ait toujours pris la voie la plus convenable ; niais il est certain que l'Europe, sur ce point, guidée par le même esprit qu'en toute au4re matière, a voulu substituer le droit au l'ait. Le problème n'est pas d'aujourd'hui ; il existe dès l'enfance des sociétés européennes, et on ne le connaît pas

lentement depuis ces derniers temps, il y a des siècles déjà qu'on a l'ail de grands efforts pour le résoudre. Voici comment le comte de Maistre expose ses idées sur les causes de ce difficile problème :

a Quoique la souveraineté n'ait pas d'intérêt plus grand et plus général que celui d'être juste, et quoique les cas on elle est tentée de ne l'être pas soient sans comparaison moins nombreux que les autres , cependant ils le sont malheureusement

beaucoup; et le caractère particulier de certains souverains peut augmenter ces inconvénients au point que, pour les

trouver supportables, il n'y a guère d'autre moyen (pie de les comparer a ceux qui auraient lieu si le souverain n'existait pas.

» Il ('-tait donc impossible que les hommes ne lissent pas de temps en temps quelques efforts pour se mettre à l'abri des

excès de cette énorme prérogative ; mais sur ce point l'univers s'est partagé en deux systèmes d'une diversité tranchante. n La race audacieuse de Japhei /<"" cessé, s'il est permis de •'exprimer ainsi, de graviter vers ce qu'on appelle la liberté .

c'est-à-dire vers cet état où le gouvernant est aussi peu gouvernant et le gouverné aussi peu gouverné qu'il est possible. Toujours en garde contre ses maîtres , tantôt l'Européen les a chassés , et tantôt il leur a opposé des lois. Il a tout tenté , il I épuisé toutes les formes imaginables de gouvernement pour se passer de maître, ou pour restreindre leur puissance.

» L'immense postérité de Sem et de Cham a pris une autre route. Depuis les temps primitifs jusqu'à ceux que nous voyons, toujours elle a dit à un homme : Faite» tout ce que vous voudrez , et lorsque nous serons las, nous vous égorgerons.

» Du reste , elle n'a jamais pu ni voulu comprendre ce que c'est qu'une république; elle n'entend rien à la balance des pouvoirs, à tous ces privilèges, à toutes ces lois fondamentales dont nous sommes si fiers. Chez elle, l'homme le plus riche et le plus maître de ses actions, le possesseur d'une immense fortune mobilière, absolument libre de lu transporter où il voudrait, sûr d'ailleurs d'une protection parfaite sur le sol européen , et voyant déjà arriver à lui le cordon ou le poignard, les préfère cependant au malheur de mourir d'ennui au milieu de nous.

» Personne d'ailleurs n'imaginera de conseiller à l'Europe le droit public, si court et si clair, de l'Asie et de l'Afrique : mais puisque le pouvoir chez elle est toujours craint, discuté', attaqué ou transporté, puisqu'il n'y a rien de si insupportable i notre orgueil que le gouvernement despotique, le plus grand problème européen est donc de savoir : Comment un peut restreindre te pouvoir souverain sans le à&ruire.» (Du Pape, liv. II, ch. 2.)

Cet esprit de liberte politique, ce désir de mettre des bornes au pouvoir par des institutions, ne date donc pas de l'époque des philosophes français-, avant eux et longtemps a\ant l'apparition do Protestantisme, il circulait déjà dans les veines des peuples de l'Europe : l'histoire nous a conservé" des monuments irréfragables de celle vérité".

QueHes institutions ont été jugées propres à remplir cet objet ? Certaines assemblées , dans lesquelles l'écho des intérêts el des opinions de la nation puisse se faire entendre ; assemblées formées d'une manier!' ou d'une autre , et réunies

COMPAIU: M CATHOLICISME. ](>1

• le temps en temps autour du trône pour y présenter leurs plaintes et leurs réclamations. Connue il était impossible à assemblées d'exercer le gouvernement , car cela n'aurait pu avoir li< h suis détruire la monarchie, ¡I Fallait assurer de manière on d'autre leur influencé mm1 les affaires «le l'Etat ; et je ne vois pas que jusqu'à présent on ait imaginé quelque chose «le pins convenable que le droit d'intervenir dans la confection des lois, droit garanti par un autre qu'on peut appeler le liras de la représentation nationale, le vote des impôts. On a beaucoup «frit sur les constitutions et les gouvernements représentatifs, mais l'essentiel est là; les modifications peuvent être nombreuses, variées, mais en définitive tout vien( aboutir a un trône, centre de pouvoir et d'action, entouré d'assemblées qui délibèrent sur les lois et les impôts.

Considérée sun> ce point de vue, la liberté politique tirerait-elle sim origine des idees protestantes? Leur doit-elle quelque reconnaissance ? A-t-elie enfin quelque reproche a faire entendre contre le Catholicisme?

J'ouvre les écrits des auteurs catholiques antérieurs au Protestantisme, afin de savoir ce qu'ils pensent sur cette matière; je trouve qu'ils saisissent clairement le problème à résoudre. Je recherche à fond s'ils enseignent quelque chose qui contrarie le mouvement du monde, qui s'oppose à la dignité de l'homme ou porte atteinte à ses droits; je leur cherche enfin quelque affinité avec le despotisme, avec la tyrannie, et et je les trouve pleins de sympathie pour les lumières et le progrès de l'humanité, enflammés de sentiments nobles et généreux , /'les pour le bonheur du plus grand nombre ; je remarque enfin que leur cœur se soulève d'indignation au seul nom de tyrannie at de despotisme. J'ouvre les fastes de l'histoire, j'examine les idees et les nnenrs des peuples, les institutions dominantes ; et je ne vois de tons côtés que fueros, privilèges, libertes, cortes, états-généraux, municipalités;

jurvs. Tout cela néapparait dans une grossière confusion, mais je le \(.is ; et je ne m'eloniie pas que la i vgulari lé y manque , car c'est un inonde nouveau qui vient de sortir du chaos. Je m'enqniei s si le monarque a la l'acuité de l'aire seul la loi ; sur cette question , comme il est naturel, je trouve variété, in-

U'i2 LE PROTESTANTISME

certitude , confusion ; mais j'observe que les assemblées représentant les diverses classes de la nation , prennent part à la formation des lois. Je demande si elles ont une intervention dans les grandes affaires de l'Etat , et je trouve consigné dani les Codes qu'elles doivent être consultées sur toutes les affaires graves et importantes ; je vois les monarques observer fréquemment ce précepte. Je demande si ces assemblées ont quelques garanties pour leur existence et leur influence ; les Codes me répondent par les textes les pins décisifs , et mille faits viennent me rappeler combien ces institutions étaient profondément enracinées dans les coutumes et les mœurs des peuples.

Or , quelle était alors la religion dominante ? c'était le Catholicisme. Les peuples étaient-ils fort attachés a la religion ? A tel point , que l'esprit religieux dominait tout. Le clergé avait-il une grande influence? Une influence très-grande. Quel était le pouvoir des papes? c'était un pouvoir immense. On voyez-vous agir le clergé dans la vue d'accroître les facultes des rois aux dépens des peuples? Où sont les décrets pontificaux contraires à telles ou telles formes? Où sont les mesures et les calculs des papes pour restreindre un seul droit légitime ?

Poiut de réponse : alors je me dis avec indignation : L'Europe, sous l'influence du Catholicisme, s'arrachait du chaos; la civilisation marchait d'un pas rapide et sur, le grand problème des formes politiques occupait déjà les sages , les problèmes sur les mœurs et les lois commençaient à se résoudre en un sens favorable à la liberté, et cependant l'influence du clergé ne fut jamais plus grande, même par rapport au temporel, et le pouvoir des papes «'fait, dans tous les sens, colossal. Quoi ! il aurait suffi «l'une parole du Souverain-Pontife pour frapper de mort toute forme populaire, et les formes libres se développaient rapidement! ouest donc la tendance de la religion catholique à rendre l<-s peuples es* claves? Ouest cette alliance impie des rois et des papes pour Opprimer, vexer, pour établir sur le trône un feroce despotisme, et se délecter à son ombre des infortunes et des larmes de l'humanité? Lorsque les papes avaient un différend avec

r.OVl¡'\Kl. Al CATHOLICISME. |i ¡

qaekrae royanme, était-ce communément averie prince ou ancles peuples? Lorsqu'il fallait se tiécider contre la tyrannie (m contre l'oppression d'une classe , qui donc ('levait plus haut et plus fortement la voix que le pontife romain '( N'étaient»

'(■pas les papes qui, de l'aveu de Voltaire , contenaient les

souverains, protégeaient les peuples, mettaient lin aux querelles

du temps par nue sage intervention, rappelaient aux rois et aux peuples leurs devoirs, et lançaient des auatlièmes contre les -rati. ¡s attentats qu'ils n'avaient pu prévenir? ( Cité par M. de Maistre , livre Du Pape. \

Il est bien remarquable que la Bulle In Canta Domini , qui til tant de bruit, contienne dans son article V un- excommunication contre « ceux qui établiraient sur leurs terres de tioucfiiux impôts f ou augmenteraient les impôts déjà existants, hors des cas marqués par le droit. »

L'esprit de délibération, si ordinaire à cette époque même, et qui contrastait si singulièrement avec l'inclination aux moyens violents, provenait en grande partie de l'exemple que l'Eglise catholique avait donné pendant tant de siècles. En effet , il est impossible de trouver une société où il ait été tenu plus d'assemblées, réunissant tout ce qu'il y avait de distingue par la science et la vertu. Conciles généraux, nationaux, provinciaux , synodes diocésains , voilà ce qu'on rencontre à chaque pas dans l'histoire de l'Eglise : on comprend qu'un semblable exemple proposé pendant des siècles aux regards de tous les peuples, ne pouvait rester sans influence et sans résultat par rapport aux mœurs et aux lois. En Espagne, la plus grande partie des Conciles de Tolède étaient aussi des congrès nationaux : en marne temps que l'autorité épiscopale y remplissait ses fonctions,' veillant sur la pureté du dogme et pourvoyant aux besoins de la discipline, on y traitait, d'accord avec la puissance séculière, les grandes affaires de l'Etat; on y rédigeait ces lois qui l'ont encore l'admiration des observateurs ¡iiiiilcines.

Aujourd'hui les utopies de Rousseau sont tombées dans un discrédit complet parmi les meilleurs publtcistes ; il n'es! plus question de défendre les gouvernements représentatifs comme

un moyen de mettre en action la volonté générale, mais comme

t6i LE PROTESTANTISME

un instrument au moyen duquel on consulte la raison et le bon sens, qui sans cela resteraient dispersés au sein delà nation. Les assemblées législatives , dans les livres de droit constitutionnel , nous sont représentées maintenant comme des foyen où peuvent se concentrer toutes les lumières propres à éclaircir les diiïicultés sur les affaires publiques; ellesnous sont montrées comme des représentants de tous les intérêts légitimes , comme un organe de toutes les opinions raisonnables, un écho de toutes les justes plaintes, un véhicule de toutes les réclamations, un canal de communication perpétuelle entre les gouvernants et les gouvernés, un gage de justesse dans les lois , un moyen de rendre les lois respectables et vénérables aux yeux des peuples; enfin , comme une garantie permanente que le gouvernement, ne se prenant jamais lui-même pour but , tient toujours ses regards fixés sur l'utilité et la convenance publiques. Dans un moment où Ton nous dit en si beaux termes ce que ces assemblées devraient être, non ce qu'elles sont, il est certainement intéressant de rappeler les Conciles: car, du premier coup d*œil, on voit (pue les Conciles doivent d'une certaine manière expliquer la nature et l'esprit, indiquer les motifs et le but des assemblées politiques.

Je ne méconnais pas les différences capitales qui existent entre ces deux espèces d'assemblées : on ne saurait . en effet , en aucune maniere, mettre au même rang des hommes qui tiennent leurs pouvoirs d'une élection populaire, et ceux qui ont été placés par le Saint-Esprit pour régir l'Etjlisede Dieu; on ne saurait non plus confondre le monarque qui tient des lois fondamentales de la nation ses droits à la couronne, avec cette Pierre sur laquelle est bâtie l'Eglise de Jésus-Christ. Je reconnais aussi que, soit par rapport aux matières qui s'agitent dans les Conciles, soit par rapport aux personnes qui y interviennent ou à l'extension de l'Eglise par toute la terre, il doit nécessairement y avoir une grande dissemblance futre les Conciles elles assemblées politiques, en ce qui touche l'époque de leurs réunions, et la Façon de fi'iir organisation ou de leurs procédés. .Mais il ne s'agit pas ici d'imaginer un ingénieux parallèle et de chercher, à force de subtilité , des ressemblances qui n'existent pas; mon unique but est de

I OMPABÍ u CATBOLICISMB. 163

montrer l'influence que lea leçons de prudence el de maturité données pendant m longtemps par l'Eglise, ont dû avoir sur les lots et 1rs mœurs politiques.

Considérons les annales des nations de l'antiquité ou de

celles des temps modernes , nous y verrons^que toutes les assemblées délibérantes sont formées de personnes qui ont le droit «le s'\ asseoir par nue disposition consignée dans les luis. Mais y appeler l'homme de lumières, uniquement parco qu'il est homme de lamieres, c'est payer un magnifique tribut an mérite, c'est proclamer de la manière la plus solennelle «pie le soin vie régler le monde appartient en propre à l'intelligence. <i'est la ce qu'a lait l'Eglise, et l'Eglise seul,-.

Mon luit eu bisan! celte observation a été de prouver que l'étal civil fat redevable en grande partie à l'Eglise de ce qu'il a établi de raisonnable sur ce point; je rappellerai à ce propos un l'ail auquel on n'a peut-être pas prêté assez d'attention, t'ait qui montre clairement (pie l'Église catholique , avant qui que ce soit , est allée chercher les lumières partout où elles pouvaient se trouver , et n'a pas craint de leur accorder l'inlluence sur les affaires publiques. Je ne parlerai pas de cet esprit , un de ses caracteres distinctifs entre toutes les autres sociétés, qui l'a toujours portee a chercher le mérite et rien (pie le mérite, pour l'élever aux plus hautes fonctions, esprit que personne ne peut lui contester et qui a éminemment contribuí' à son éclat , à sa prépondérance ; mais ce qu'il y a de remarquable , c'est que cet esprit a exercé son influence là même OU il semblail a la première vue, qu'il ne dût point la mire sentir. En effet , on n'ignore pas que d'après les doctrines de l'Eglise, un simple particulier n'a nullement le droit d'intervenir dans les décisions et les délibérations des Conciles; aussi , quel que soit le savoir d'un théologien ou d'un juriste, ce savoir ne lui donne aucunement le droit de prendre part a ces augustes asseui Idées; et cependant tout le monde

s;iii (¡ne | Eglise a eu constamment le soin d'y appeler , sous un titre "M sous un autre , les hommes qui excellaient le plus

par leurs talents ou leuis lumières. Qnî n'a pris plaisir , par

exemple , à parcourir la lisie des savants qui , sans être évoques, figurèrent au Concile de Trente ?

Dans les sociétés modernes , n'est-ce pas le talent , le savoir, le génie qui porte le plus haut la tète, qui exige le plus de considération et de respect, et prétend les premiers droits à la direction des affaires publiques, à l'exercice d'une haute influence? Que ce talent , ce savoir, ce génie apprennent donc que nulle part on n'a respecté autant leurs titres et reconnu leur dignité que dans l'Eglise : quelle société en effet les a jamais autant recherchés que L'Eglise pour les élever, pour les consulter dans les affaires les plus graves , pour les faire briller dans les grandes assemblées?

La naissance, la richesse ne signifieut rien dans l'Eglise. Votre mérite n'est point terni par une conduite déréglée, et en même temps vous brillez par vos talents et votre savoir; cela suflit , vous serez un homme grand, vous serez regardé toujours avec une considération extrême , traité avec respect , écouté avec déférence; et puisque votre front, bien que sorti du milieu de l'obscurité , se présente à nous couronné d'une brillante auréole, ni la mitre, ni la barrette, ni la tiare ne dédaigneront de s'y poser. Je dirai, pour me servir du langage du jour, que l'aristocratie du savoir doit une grande partie de son importance aux idées et aux mœurs de l'Eglise (o).

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