‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 19 sur 55 · DE LA DOCTRINE POLITIQUE EH ESPAGNE · texte numérisé non relu

DE LA DOCTRINE POLITIQUE EH ESPAGNE

Je n'achèverais pas dTèclaircir cette matière, si je laissais sans solution la difficulté que voici : « En Espagne, le < ".¡itïiolicisme a domine exclusivement , et , ¿i cote de lui , s'est établie la monarchie absolue; ce luit indique assez, que les doctrines catholiques sont ennemies de la liberté politique. » La

plus grande partie des hommes n'entre pas dans un profond examen de la véritable nature des choses, ni de la valeur des mots ; pourvu que Ton puisse leur présenter quelque chose en relief et frapper fortement leur imagination , ils acceptent les faits tels qu'ils s'offrent à eux au premier coup d'œil ; ils confondent sans souci la causalité avec la coïncidence. On ne peut nier que l'empire de la Religion catholique n'ait coïncidé en Espagne avec la prépondérance définitive de la monarchie absolue; mais la difficulté est desavoir si la Religion catholique fut la vraie cause de cette prépondérance ; si ce fut elle qui abattit les anciennes cortés, pour établir sur les ruines des institutions populaires le trône des monarques absolus.

Avant de nous placer sur le terrain où doit s'agiter celte question, c'est-à-dire avant de descendre à l'examen des causes particulières qui détruisirent l'influence de la nation sur les affaires publiques, il est bon de rappeler qu'en Danemark, eu Suède, en Allemagne , l'absolutisme s'établit et prit racine à côté du Protestantisme ; il n'y a donc que tres-peu de cas à faire de l'argument de la coïncidence, puisque, en raison d'une identité absolue dans les deux circonstances, nous aurions prouvé tout aussi bien (pie le Protestantisme conduit à la monarchie absolue. Ici, je ferai observer qu'en cherchant à démontrer, dans les précédents chapitres, (pie la fausse Réforme contribua à tuer la liberté politique, je ne me suis pas uniquement basé sur les coïncidences, bien que je les aie signalées à l'attention du lecteur. J'ai dit que le Protestantisme, en semant des doctrines dissolvantes, avait rendu nécessaire un pouvoir plus fort ; qu'en détruisant l'influence politique du clergé et du pape, il avait bouleversé l'équilibre des classes sociales, ôté au trône tout contre-poids, et accru en outre les facultés du monarque , en lui accordant la suprématie ecclésiastique dans les pays protestants, en exagérant ses prérogatives che/, les nations catholiques.

Mais laissons de côté ces considérations générales, et fixons nos regards sur l'Espagne. Cette nation a le malheur d'être l'une de celles que l'on connaît le moins ; on n'étudie point véritablement son histoire, et l'on est loin d'observer comme il conviendrait quelle est sa situation présente. Ses troubles,

tes rébellions, ses guerres civiles, nous disent hautement qu'on n'a point réussi à lui donner son vrai système de gouvernement : ce qui lait voir que l'on connaît toit peu la nation qu'il

s'agit de gouverner. En ce qui regarde son histoire, la méprise est encore plus considérable^ s'il est possible. Gomme 1rs < v muí! nis déjà forl éloignés de nous n'influant sur le présent que d'une maniere secrète et peu facile à saisir , les observateurs, satisfaits d'un coup d'oeil jete sur la surface, laissent un libre cours à leurs opinions : dès lors ces opinions sniii substituées à la réalité des faits.

En traitant des causes qui ont l'ait perdre à l'Espagne la liberté politique, presque tous les auteurs attachent principalement ou exclusivement leurs* regards sur la Cas-tille , attribuant a la sagacité des monarques infiniment plus d'honneur «pie le cours des événements ne semble le permettre. <>n prend ordinairement pourpoint de vuela guerre des eommuneroi; et , au dire île certains écrivains, il semble que, sans la déroute de Villalar, la liberté espagnole eût pris un essor indéfectible, -le ne nierai pas que la guerre des cummuneros ne tait un excellent point île vue pour étudier cette matière; les champs de Villalar, en effet , ont été en quelque façon les témoins du dénouement du drame ; la Castille doit être regardée comme le centre des événements, et il est vrai que les monarques espagnols firent preuve de beaucoup de sagacité dans la maniere dont ils mené: eul à tin leur entreprise : néanmoins, je ne crois pas qu'il soit juste de donner à aucune de ees considérations une préférence exclusive, et il me semble que le plus suiiNeiil ni ne réussit pas a saisir le véritable lluiiil de la difficulté : on prend les effets pour les causes , et l'accessoire pour le principal.

A mon avis, Voici quelles ont été les causes de la ruine des

institutions blues : I* le développement prématuré et démesurément large de ces institutions ; '2" I;» formation de la nation espagnole par une réunion successive de membres trèshétérogènes et ayant tous des institutions extrêmement populaires; •">" l'établissement dl centre du pouvoir au milieu des provinces OÙ Ces formel liaient le pins restreintes, et ou l'ail-

torité «les roû dominait le plus; i' l'a! oudance excessive de

richesse , de pouvoir et de gloire dont le peuple espagnol se vit environné et qui rendormirent dans les bras de sa. félicité; 5° la position toute militaire et conquérante où se trouvèrent les monarques espagnols : cette posilion fut précisément . dans tout son éclat et son apogée, aux moments critiques où devait se décider la querelle. J'examinerai rapidement ces causes, bien que la nature de cet ouvrage ne me permette pas de le faire avec l'étendue que rédamela gravité, l'importance du sujet. Le lecteur voudra bien me pardonner cette excursion politique , en songeant à l'étroit enchaînement qui existe entre cette matière et la question religieuse.

Un fait hors de doute , c'est que l'Espagne , entre les nations monarchiques, a été celle qui a pris les devants sous le rapport des formes populaires. Le développement de ces formes, chez elle , fut prématuré et excessif, et cela contribua à leur ruine ; de même qu'on voit s'affaiblir et bientôt mourir l'enfant qui, dans un âge trop tendre, parvient à une haute stature ou manifeste des signes d'une intelligence trop précoce.

Ce vif esprit de liberté , cette; multitude de fueros, de privilèges, ces entraves mises de tous côtés au mouvement du pouvoir, qui privaient le pouvoir de la rapidité'' et de L'énergie de son action , ce grand déploiement de l'élément populaire, inquiet et turbulent de sa nature, à côté des richesses, du pouvoir et de l'orgueil de l'aristocratie, tout cela devait naturellement amener beaucoup de troubles; des éléments si nombreux, si variés, si opposés, qui d'ailleurs n'avaient pas eu le temps de se combiner comme il l'aurait fallu pour vivre dans une communion paisible, harmonieuse, ne pouvaient fonctionner tranquillement dans une action simultanée. L'ordre est le premier besoin des sociétés ; l'ordre doit faire ployer les idées, les moeurs, les lois; partout où existe un germe de désordre continu , quelque profonde racine qu'ait cegernw, on peut assurer qu'il sera extirpe , ou du moins paralysé jusqu'au point de m; plus présenter un perpétuel danger pour la tranquillité publique. L'organisation municipale et politique de l'Espagne avait cet inconvénient; de là une nécessité impérieuse de la modifier.

L'état des idées et des mœurs à cette époque était tel, qu'il

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était difficile que la chose se bornât à une simple modification. • Mi ut- connaissail point alors, comme de nos jours, cet esprit oonstituanl qai crée si facilement desassemblées aombrenses pour former de nouveaux codes fondamentaux on reformar las anciens; tes idées n'avaient pas acquis non plus cette généralité qui , les plaçant au-dessus de tout ce qui se rapporte exclusivement ou particulièrement a un peuple , les élève jusqu'à ces hautes régions d'où Pon perd de vue toutes los eir* constances locales . pour ne plus voir que l'homme, la société, la nation, le gouvernement. Dans ce temps-là, il n'en était pas encoró ainsi : uno charte de liberté accordée par un roi à une rite , a uno ville ; une Franchise arrachée à un seigneur par ses vassaux armés; quelque privilège obtenu à la guerre par use action illustre, ou quelquefois donné en récompense du courage des aïeux ; une concession faite dans les cortés par le monarque en échange du Note d'une contribution , ou , comme on disait alors, d'un service; une loi , une coutume dont l'antiquité se cachait dans l'obscurité des temps et se confondait avec 1«- berceau delà monarchie : tels étaient, pour donner quelques exemples, les titres sur lesquels reposait la liberté de la noblesse et *\u peuple; titres dont ou se montrait lier, dont on défendait l'intégrité avec une ardeur jalouse.

La liberté d'aujourd'hui a quelque chose de plus vague, et parfois de moins positif, à raison même de la généralité et de l'élévation où se sont placees les idées; mais aussi, en échange, elle est bien moins de nature à pouvoir être détruite; on parlant un langage entendu de tous les peuples, et en se présentant comme la cause commune de toutes les nations, elle excite des sympathies universelles , et peut former de plus vastes associations pour se garantir des coups que le pouvoir

dirigerait contre elle. Les mois de liberte, égalité, droits de l'homme, intervention du peuple dans les affaires publiques, responsabilité ministérielle, opinion publique, liberté de la presse, tolérance . et quelques autres semblables, renferment assurément une grande diversité de sens, qu'il est difli-

cile de déterminer et de classer, lorsqu'il s'agit d'en faire des applications particulières : et néanmoins , ces mots offrent a l'esprit certaines idées qui, bien que confuses et compli-

i [liées, ont une fausse apparence de simplicité et de ciarte. Comme , d'un autre côté , ces mots présente*! des objets gaulants qui éblouissent par des couleurs vives et lattes* ses, il en résulte qu'on ne peut les prononcer sans exciter un vit' intérêt ; ces mots sont compris de tous les peuples , et il semble qu'en se constituant le champion des idées qu'ils expriment, on revête aussitôt la hante qualité de défenseur des droits de l'humanité entière. Mais qu'on se présente an milieu des peuples libres du quatorzième et du quinzième siècle, on se trouvera dans une situation fort différente. Prenez en main les franchises de Catalogne ou de Castille, et adressez-vous à ces Aragonais qui se montrent si intraitables sur le chapitre de leurs fueros; vous ne les louchez plus, vous ■'excitez ni leur zèle , ni leur intérêt : tout parchemin qui ne porte pas le nom d'une de leurs villes ou cités, est à leurs yeux une chose insignifiante et étrangère.

Cet inconvénient , qui prenait racine dans l'état même des idées bornées par leur nature a des circonstances locales , devenait énorme en Espagne , où se formait , sous un même sceptre, un amalgame des peuples les plus différents par les mœurs, par l'organisation municipale et politique, et divisés d'ailleurs par des rivalités et des rancunes. Dana une pareille situation , il était beaucoup plus facile d'arriver a combattre la liberté d'une province, sans que les autres se crussent oliensées ou conçussent des craintes pour leur propre liberté. Si, à l'époque on les eommumarot se soulevèrent en Castille contre Charles-Quint, il y eût eu cette communication d'idées et de sentiments, ces vives sympathies qui lient aujourd'hui tous les peuples , la défaite de Villalar eût été une simple défaite, rien de plus ; le cri d'alarme retentissant en Aragon et en Catalogne eût certainement donné beaucoup plus a faire au jeune monarque, mal conseille. Mais il n'en lut point ainsi : on ne lit que des efforts isoles et par conséquent stériles.

Le pouvoir royal, qui procédait constamment d'après un même plan, pouvait battre pièce a pièce ces lui es disséminées, et h- résultai n'était pas douteux. En 1521, Padilla, Bravo, Maldonado, périrent surunéchafaud, en 1591; I). Diego de Heredia , D. Juan de Luna , et le Justice lui-même D. An-

toiiio de Lanusa , subirent le même sort; lorsqa'en 1640 lea Catalans se soulevèrent pour la défense de leurs droits, malgré les manifestes qu'ils lancèrent pour s'attirer des partisans , ils ne trouvèrent personne pour les aider.

On n'avait point alors ers feuilles volantes, qui , chaque matin, viennent appeler notre attention sur toutes sortes de questions et jettent l'alarme au moindre péril. Les peuples, vivement attaches a leurs us et coutumes, satisfaits des continuations nominales que les monarques donnaient chaque jour a leurs fueros, fiers aussi delà vénération qu'on témoignait pour leurs vieilles libertés, ne songeaient pas qu'ils avaient en face d'eux un adversaire plein de sagacité, lequel n'employait la force que lorsqu'il le fallait pour un coup décisif, niais qui tenait constamment sa robuste main prête à les écraser.

Lorsqu'on étudie attentivement l'histoire d'Espagne , on observe que le plan de concentrer toute l'action gubernativo dans les mains du monarque, en excluant le plus possible l'influence de la nation , date du règne de Ferdinand et d'Isabelle. Et il ne faut pas s'en étonner, car il y eut alors et plus de nécessité et plus de facilité pour le faire. Il y eut plus de nécessité, car l'action du gouvernement commença dès lors à partir d'un centre commun pour s'étendre sur toute l'Espagne, si diverse ï cette époque dans ses lois, ses usages et ses mœurs; on devait donc sentir plus pleinement et plus vivement l'embarras qu'une si grande diversité de cortés, de municipalités, de codes , de privilèges opposait à l'action centrale : or, comme tout gouvernement désire que son action soit rapide et efficace, il était naturel que la pensée d'aplanir, d'unifier, de centraliser s'emparât du conseil des rois d'Espagne.

On comprend facilement qu'Un roi qui se trouvait à la tête de nombreuses armées, qui disposait de flottes magnifiques, qui avait humilié dans cent occasions des ennemis puissants ut avait acquis le respect des nations étrangères, ne dût pas avec plaisir se voir obligé à chaque instant d'aller présider des

OOrtès tantôt en Castille , tantôt en Aragon, puis à Valence , puis en Catalogne. Certainement il devait lui en coûter d'avoir sans cesse a répéter le germent de garder les droits et les libertés, d'écouterla perpétuelle chanson que taisaient reten-

tir à sos oreilles les procuradores de Castille, les brazos d'Aragon, de Valonee et de Catalogne. Il leur était dur d'avoir a demander humblement aux cortés quelque service pour les dépenses de l'État , et particulièrement pour des guerres presque continuelles; s'ils se résignaient à le faire, c'était par la crainte que leur inspirait la fierté de ces hommes, vrais lions sur le champ d»1 bataille lorsqu'il s'agissait de défendre la Religion, la Patrie et le Roi , mais qui eussent combattu avec la même intrépidité, dans les rues et dans leurs maisons, si l'on eut tenté de leur enlever leurs droits et leurs franchises, héritage de leurs aieux.

La réunion seule des couronnes d'Aragon et de Castille prépara de telle manière la ruine des institutions populaires, qu'elles devaient presque nécessairement crouler. Dès lors, en effet, le trône se trouva dans une situation trop prépondérante pour que les fueros des royaumes récemment unis passent lui opposer une barrière. Pour imaginer à cette époqoe un pouvoir politique capable de tenir tète ¿i la couronne, il faudrait se figurer toutes les assemblées qu'on voyait de temps en temps sous le nom de cortés dans les différents royaumes, réunies de leur côté, fondues en une représentation nationale, dont la force se serait accrue de la même maniere que celle des rois; il faudrait se figurer cette assemblée centrale a iin zèle égal à celui des anciennes pour la conservation des fueros et privilèges, prèles à sacrifier sortes autels du bien commun toutes les rivalités, et marchant à leur but d'un pas ferme, en masse compacte, sans se laisse* jamais entamer. C'est-à-dire qu'il faudrait se figurer une chose impossible pour celle époque ; impossible à cause de l'étal des idées , de l'étal

des mœurs et des rivalités des peuples: impossible dans an

temps où les peuples c'étaient pas capables de comprendre la

question sous un point de vue aussi grandiose ; impossible par la résistance que les rois y auraient opposée, par les embarras et les complications auxquels auraient donné lieu l'organisation municipale, sociale et politique ; en un mot une chose aussi impossible à concevoir qu'à exécuter.

'foutes les circonstances favorisaient l'agrandissement du pouvoir royal. Le monarque n'étant plus seulement roi d'A-

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ragon ou de ('.astille, mais d'Espagne, 1rs anciens royaumes se rapetissaient singulièrement (levant l'élévation el la splendeur dn trône ; ils descendaient peu à peu au rang qui seul pouvait leur convenir * celui de provinces. Des ce moment, le monarque ayant a exercer une action plus vaste et plus compliquée, lie peut être aÛSSJ C< Mil iiiuelleuieut en contact avec

ses vassaux. Pour célébrer les cortés dans chacun des royaumes récemment unis, le roi sera obligé de différer longtemps,

car il sera souvent occupé sur un autre point de son empire. Faut-U châtier une sédition, arrêter un abus , réprimer un excès, ¡I ne sera plus obligé de rceouriraux forces du royaume particulier; avec les aunes de ('.astille, il pourra subjuguer ceux qui se soulèvent dans le royaume d'Aragon; avec celles d'Aragon , il abattra les rebelles de ('-astille. Grenade est tombée a ses pieds, l'Italie se soumet à l'épée victorieuse d'un de ses capitaines, ses flottes portent Colomb qui vient de découvrir un nouveau monde; cherchez maintenant à entendre ce bourdonnement de cortés et ^ayuntamientos, tout cela a disparu pour notre oreille, tout cela a disparu dans la réalité. Si les mceurs de la nation eussent été portées à la paix, si la guerre n'eût été Tétai habituel de l'Espagne, peut-être les institutions démocratiques se fussent-elles sauvées plus facilement. Si l'attention des peuples eût été exclusivement fixée sur le régime municipal el politique, ils auraient pu mieux connaître leurs vrais intérêts; les rois eux-mêmes ne se Seraient pas aussi facilement précipités dans toute espèce de guerres, et le trône aurait perdu en partie le prestige que lui communiquaient la splendeur el le Iracas des armées; l'administration ne se sciait pas ressentie de cette dureté cassante di nt les nxeiiis militaires sont toujours plus ou moins empreintes; il aurait été ainsi moins difficile que les anciens

fueros conservassent quelque considération. Précisément ,

l'Espagne était dans ce temps la nation du monde la plus belliqueuse; le champ de bataille était sou élément ; sept siècles de combats avaient l'ail d'elle un véritable soldat. Ses victoi-

récentes inr les Maures, les exploits des armées d'Italie , les découverte! de Colomb, tout contribuait à l'exalter, à

lui donner cet esprit chevaleresque qui pendant si longtemps

fut un de ses plus remarquables attributs. Le roi devait être un capitaine; et il pouvait être sûr de captiver l'esprit des Espagnols , tant qu'il se rendrait illustre par de brillants faits d'armes. Or, les armes sont fort redoutables aux institutions populaires : lorsqu'on a vaincu sur le champ de bataille on a coutume de transporter dans la cité Tordre et la discipline des camps.

A partir du temps de Ferdinand et d'Isabelle , le trône des rois de Castille s'élève déjà si haut, qu'à peine en sa présence distingue-t-on les institutions libres ; si le peuple et les grands reparaissent sur la scène après la mort d'Isabelle, c'est que par l'elfet de la mésintelligence entre Ferdinand-le-Catholique et Philippe-le-Beau , le trône a perdu de son unité, et par conséquent de sa force. Aussi dès l'instant que ces circonstances viennent à disparaître, on ne voit plus figurer que le trône ; et cela non-seulement dans les derniers jours de Ferdinand, mais même sous la régence de Ximenès.

Les hommes de Castille exaspérés des excès des Flamands, et animés peut-être par l'espérance qu'un roi très-jeune n'aurait , comme c'est l'ordinaire , qu'un faible empire, élèvent de nouveau la voix; les réclamations et les plaintes dégénèrent bientôt en troubles, puis se changent en insurrection ouverte. En dépit de nombreuses circonstances extrêmement favorables aux conïmuneros, et malgré que l'imitation dût être générale à toutes les provinces de la monarchie, nous remarquons que l'insurrection, quoique considérable, ne l'est cependant pas jusqu'au point de présenter l'ensemble et la gravité d'un soulèvement national : une grande partie de la péninsule garde une véritable neutralité, et le reste incline à la cause du monarque. Si je ne me trompe, cette circonstance est l'indice que le trône a déjà cosquis un immense prestige et qu'il est déjà considéré comme l'institution la plus élevée , la plus puissante.

Le règne entier de Charles-Quint fut ce qu'il y avait au monde de plus convenable pour pousser jusqu'à sa perfection cette œuvre commencée : inauguré sous les auspices de la bataille de Villalar , ce règne se poursuivit à travers une série non interrompue de guerres , dans lesquelles les trésors et le

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sang de rEspagne furent versés avec une incroyable prodigalité sur toutes les terres de L'Europe, de l'Afrique, de l'Amérique. Oo ne donnait pas même à la nation le temps de songer à ses affaires; privée presque toujours de la présence de son mi, eue «tait devenue nue province de laquelle <lisposail a s<»n gré l'empereur d'Allemagne, dominateur de l'Europe. A la vérité, les cortés de 1538 élevant fort liant la voix, donnèrent à ('.liarles nue leçon sévère au lieu dn service qu'il demandait : mais il était déjà trop tard, le clergé et la noblesse lurent expulses des cortes, et la représentation deCas- Eille se borna désormais aux seuls procuradores, c'est-à-dire qu'elle fui condamnée à n'être plus qu'un simple simulacre de ce qu'elle était jadis , à n'être plus qu'un instrument de la volonté royale.

Une n'a-t-on pas dit contre Philippe II ? à mon jugement , ce roi ne tît que prendre sa place et laisser les choses suivre leur cours naturel. La crise était déjà passée, la question était tranchée; pour que la nation parvînt à recouvrer l'influence perdue, il fallait sur l'Espagne l'action innovatrice des siècles.

11 ne faut cependant pas croire que l'œuvre de cimenter le I ouvoir absolu lût tellement achevée, qu'il ne restât plusaucun vestige de l'ancienne libelle • mais cette liberté, réfugiée en Aragon et en Catalogne, ne pouvait rien contre le géant, qui, du centre d'un pays tout à fait dominé, de la capitale de la «".asidle, la tenait en bride. Peut-être les monarques auraientils pu , tentant un essai hardi, frapper un seul et rude coup sur tout ce qui les gênait : mais quelles que fussent les probabilités de succès que leur donnaient les grands moyens dont

ils pou \ aient disposer, ils se gardèrent dieu île cette tentative ;

ils laissèrent hs habitants de la Navarre et de la couronne d'Aragon , jouir tranquillement de leurs franchises, dr ¡'

privilèges; ils eurent soin que la Contagion ne s'en étendit pas

aux autres provinces; et par des attaques partielles , surtout pari-1 moyen de la désuétude, ils obtinrent que le zèle pour les anciennes libertés se refroidit peo a peu . que les peuples plissent insensiblement l'habitude de se ployer sous l'actif

niveau du pouvoir central m — m. 18

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