‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 22 sur 55 · DU DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL SOUS L'INFLUENCE DU · texte numérisé non relu

DU DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL SOUS L'INFLUENCE DU

Il a été bien établi, dans le coins de cet ouvrage que la fausse réforme n'a contribué en rien à la perfection de l'individu ni de la société : d'où il suit naturellement que le développement de l'intelligence ne lui doit rien non plus. Je ne veux cependant pas laisser cette vérité dans la simple condition d'un corrolaire; je la crois susceptible d'être éclaircie

COMPASE w CATHOLICISME. 2Í8

d'une manière spéciale» <>n peut porter franchement la disnissidii sur les avantages qae le Protestantisme a procurés aux diverses branches «lu Bavoir humain, sans que le Catholicisme ait rien à redouter du débat.

Lorsqu'il s'agit d'examiner d< ss objets qui , par leur nature, embrassent un si grand nombre de rapports divers, il nesufc lil pas de prononcer certains noms brillants, ou de citer emphatiquement tel OU Ici l'ait ; ce n'est pas ainsi qu'on place la question sur son vrai terrain, et il faut autre chose pour la traiter convenablement. Resserrée dans un cercle où elle ne peut développer toute sa vaste diversité, ou bien, lancee dans un espace indéfini , la discussion présente à des veux peu pénétrants un air d'universalité , d'élévation" , d'essor hardi . lorsque, en réalité , elle ne l'ait que flotter incertaine, sans direction fixe , à la merci de toute sorte de contradictions.

Pour examiner comme il convient cette question , il faut , a mon avis, prendre en main le principe catholique et le principe protestant , les scruter jusque dans leurs plus profonds replis , voir jusqu'à quel point il s'y peut trouver quelque chose qui aide ou qui contrarie le développement de l'esprit humain. Outre cet examen, l'observateur doit encore parcourir l'histoire de l'intelligence, faire halle, d'une manière toute particulière , aux époques où le principe dont il veut connaître les tendances et les effets a pu le mieux exercer son influence; alors , -à on laisse de côté ces exceptions bizarres qui ne prouvent rien ni pour ni contre, si l'on rejette ces laits qui , par haïr petitesse et leur isolement , n'iulluent en rien

sur le cours des choses , l'esprit , placé à la hauteur convenable , observant avec attention et voulant avec un sincère désir

connaître la vérité, pourra découvrir si les considérations philosophiques sont d'accord avec les laits; il aura complètement

lesulu le problème.

Tndes principes Fondamentaux du Catholicisme, un de ses caractères distinctifc, est la soumission de l'intelligence à l'autorité en matière de foi, C'est là le point contre lequel oui toujours été et sont encore dirigées les attaques «les protestants; ce qui est tout à l'ait naturel, puisque les protestants

professent comme principe fondamental et constitutif la résistance à l'autorité. Toutes leurs autres erreurs ne sont que des dérivations de cette source funeste. S'il se trouve dans le Catholicisme quelque chose qui soit capable d'arrêter le mouvement de notre esprit, de rabaisser la sublimité de son vol , ce doit être , sans aucun doute, le principe de la soumission à l'autorité : c'est ce principe qui doit porter toute la faute, si tant est que la Religion catholique soit responsable de quelque fau te à cet égard,

Soumission de l'intelligence à une autorité. On ne peut nier que ces mots, avant qu'on en sache le vrai sens, et que l'on connaisse les objets déterminés auxquels se rapporte cette soumission, ne présentent, au premier aperçu, quelque chose de contraire au développement intellectuel. Aimezvous la dignité de l'homme avec passion , avez-vous de l'enthousiasme pour les progrès scientifiques, vous plaisez-vous aux brillants élans dans lesquels l'esprit humain déploie sa vigueur, son agilité, son audace , vous éprouverez une sorte de répulsion à rencontre d'un principe qui semble porter en lui la servitude , puisqu'il abat le vol de l'esprit, coupe les ailes de l'intelligence et la rejette dans la poussière. Mais en examinant le principe lel qu'il est, en rappliquant aux diverses branches scientifiques, en observant quels points de contact il Vious présente avec les méthodes de la culture de l'esprit , trouverez-vous un fondement à ces craintes, à ces soupçons? Qu'y aurait-il de véritable dans les calomnies auxquelles le Catholicisme a été en butte? Combien vides et puériles vous paraîtront souvent les déclamations publiées à ce sujet?

Entrons pleinement dans l'examen de celte difficulté, prenons en main le principe catholique ; analysons-le aux regards d'une impartiale philosophie. Portant devant nous Ce principe, parcourons toutes les sciences; interrogeons le témoignage des plus grands hommes; si nous trouvons qu'il ait été opposé quelque part au vrai développement d'une branche quelconque des connaissances ; si , devant la tombe i\iis génies les plus illustres , nous les voyons lever la tête du fond du sépulcre pour nous dire que le principe de la soumission à l'autorité

to\l!\r.l. Al CATIIOLU.ISMI . ±2~

enchaîna leur intelligence, obscurcit leur imagination , sécha leur coeur, nous avouerons que les protestants ont raison dans leurs incessants reproches , dirigés à ce sujet contre la Religion catholique.

Dieu, l'homme, la société, la nature, la création entière, tris sont les objets dont peut s'occuper nuire esprit; et il ne saurait sortir dé cette sphère , car elle est infinie. Hors de là,il n'y a plus rien. Lh bien ! le principe catholique n'oppose pas le moindre embarras ans progrès de l'esprit. Ni par rapport à Dieu, ni par rapport à l'homme, ou à la société, ou à la nature, il n'y met d'entrave, ni d'obstacle; au lieu de nuire à ce progrès,, on peut le considérer comme un phare élevé qui, bien loin de contrarier la liberté du navigateur, lui sert de guide, et l'empèclie de s'égarer à travers les ténèbres de la nuit.

En quoi trouvera-t-on que le principe catholique, dans tout ce qui touche a la Divinité, s'oppose à l'essor de l'esprit humain? Sûrement, les protestants ne diront pas qu'il y ait à rtclifiei Iç moins du monde l'idée que la Religion catholique nous donne de Dieu. D'accord avec nous sur l'idée d'un Etre éternel, immuable, infini, créateur du ciel et de la terre, juste, saint, plein de boute, rémunérateur du bien , vengeur du mal, ils trouvent que cette idee est la seule raisonnable qui paisse être présentée a l'intelligence de l'homme.

La Religion catholique joint a cette idée un mystère incotnpréhensible , profond, ineffable, couvert de cent voiles aux yeu\ du faible mortel, l'auguste mystère «le la Trinité; mais, sur ce point, les protestants ne sauraient rien nous reprocher , a moins qu'ils ne veuillent se déclarer ouvertement partisans de Socin. Les Luthériens, les Calvinistes, les Anglicans, plusieurs autres sectes , condamnent avec nous ceu.v

qui nient cet auguste mystère : il est même a remarquer que

Calvin lit bn'der .Michel Ser\et ;i Genève . à cause de ses doctrines hérétiques sur la Trinité.

le n'ignore pae les ravages que le Socinianisme a faits dans les Eglises séparées , la ou l'esprit et le droit d'examen privé

en matière de loi ;i changé les chrétiens en philosophes incrédules; mais cela ne l'ait point que h- mystère de la Trinité

n'ait été longtemps respecté par les principales sectes protestantes, et qu'il ne le soit encore , du moins à l'extérieur, chez la plupart d'entre elles.

Dans tous les cas, je ne comprends pas quelle entrave ce mystère met à L'exercice de la raison humaine dans ses contemplations sur la Divinité. L'empêche-t-il de s'étendre dans un horizon immense? Quelle limite pose-t-il à cet océan infini d'être et de lumière (¡ni est renfermé dans le mot de Dieu? •letle-t-il la moindre obscurité sur ces splendeurs? Lorsque l'esprit de l'homme, s'élevant par dessus les régions créées , et se détachant du corps qui lui pèse, s'abandonne aux délices d'une méditation sublime sur l'Etre infini , créateur du ciel et de la terre , l'auguste mystère se présente-t-il pour l'arrêter et gêner son essor? Demandez-le à ces innombrables volumes écrits sur la Divinité, éloquent, irréfragable témoignage dé la liberté qui est laissée à l'intelligence de l'homme, partout oii domine la Religion catholique.

Les doctrines du Catholicisme relatives à la Divinité peuvent être considérées sous deux aspects : en tant qu'elles se rapportent à des mystères qui surpassent notre intelligence; en tant qu'elles nous enseignent ce qui est à la portée de la raison. Quant aux mystères, ils résident dans une région si haute, ils tiennent à des choses d'un ordre si supérieur à toute pensée créée, que celle-ci, malgré les investigations les plus étendues, les plus profondes et en même temps les plus libres, ne saurait , sans le secours d'uno révélation préalable , concevoir une idée, même la plus éloignée, de ces ineffables merveilles. Comment des choses, qui jamais ne se rencontrent, qui sont de l'ordre le plus divers , et qui se trouvent séparées par d'immenses distances , pourraient-elles se gêner

les unes les autres? L'intelligence peut fixer ses méditations mu l'une d'elles , s'y abimer , sans même penser à l'autre: l'orbite de la lune peut-elle se trouver en quelque conjoncture avec ces astres qui se perdenl dans la région des étoiles fixes? Craignez-vous que la révélation d'un mystère ne borne

l'espace où peut s'étendre VOtre raison? Craignez-vous, lorsque vous erres à travers (Immensité, d'être suffoqué par IVtroitesse de votre prison? L'espace manqua-t-il au génie de

Desearles, de Gassendi, de Kalebranehef entendit-on ces hommes se plaindre que leur intelligence fût limitée, empritannée î i.t comment se seraient-ils plaints, je m dis pas « u\ seulement , îiKiis tous les grandi esprits des temps modernes qui oui traité de la Divinité, lorsqu'ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître qu'ils doivent au Christianisme les j)lus hautes, les plus sublimes pensées dont s'enrichissent leurs écrits! Les philosophes de l'antiquité, en traitant de la Divinité, restent à une immense distance du moindre de nus théologiens métaphysiques : et que sera Platon lui-même, comparé avec Louis de Grenade, Louis de Léon, Fénelon, Bossuet! Avant L'apparition du Christianisme sur la terre, avant que la foi de la chaire de saint Pierre se fût emparée du monde, les notions primitives sur la Divinité étant effacées, l'intelligence humaine errait au gré de mille erreurs, de mille monstrueuses chimères ; sentant la nécessité d'un Dieu , elle mettait à sa place les créations de son imagination. Mais depuis que l'ineffable splendeur descendue du sein du Père des lumn res a projeté sur la terre entière ses clartés, les idees relatives à la Divinité demeurent tellement fixes , nettes-, simples, et en même temps tellement grandes et sublimes, que lu raison humaine en a été élargie : le voile dont se couvrait l'origine de l'univers a été soulevé , le but du monde a été maitpie, I Inmune a recula clef qui lui explique les prodiges dont il est lui-même rempli et les prodiges qui l'environnent.

Les protestants ont senti la force de cette vérité ; leur haine contre tout ce qui venait des catholiques approchait du fanatisme; mais pour ce qui touche à l'idée de Dieu , généralement parlant, on peut «lire qu'ils l'ont respecté'. C'est sur ce point que L'esprit innovateur s'est fait le moins sentir. Eh! pouvait-il en être autrement? Le Dieu des catholiques était trop grand pour que Ton pût le remplacer par un autre Dieu. Newton. Leibnitz embrassant dans leurs spéculations le ciel

et l.i lene, ne trou\ereiit rien a dire sur l'auteur de tant de

merveilles que ce nui en avait été précédemment dit par la Religion catholique.

Heureux les protestants, si, ossMervaatdumoinsau milieu m. — m. 20

de leur égarement ce précieux trésor, ils eussent fidèlement suivi les traces de leurs prédécesseurs , s'ils eussent repoussé cette philosophie monstrueuse qui menace de ressusciter toutes les erreurs ándennos et modernes , en commençant par substituer au Dieu sublime des chrétiens le monstrueux panthéisme. Que les protestants amis de la vérité, dévoués à l'honneur de leur communion, au bien de I<*ui* patrie, à l'avenir du monde, le sachent d'avance. Si le panthéisme vient à dominer, ce ne sera point la philosophie spiritualiste qui aura triomphé, mais la philosophie matérialiste. En vain les philosophes allemands se livrent à l'abstraction et à l'énigme, en vain ils condamnent la philosophie sensualista du dernier siècle; un Dieu confondu avec la nature n'est pas Dieu, un Dieu qui s'identifie avec tout n'est rien : le panthéisme est la divinisation de l'univers, c'est-à-dire la négation de Dieu.

De quelles douloureuses réflexions n'est-on pas assailli en considérant la direction que prennent les esprits dans différents pays de l'Europe , particulièrement en Allemagne ! Les catholiques avaient dit que l'on commençait par résister à l'autorité en niant un dogme, mais que l'on finirait parles nier tous, en se précipitant dans l'athéisme; et le cours des idées dans les trois derniers siècles a pleinement confirmé la prédiction. Chose bien remarquable! la philosophie allemande s'est attachée à opérer une réaction contre l'école matérialiste, et avec tout son spiritualisme elle a iiui par être panthéiste. Il semble que la Providence ait voulu rendre stérile pour la vérité le sol d'où sont sortis les hérauts de l'erreur. Hors de l'Eglise tout est vertige, délire ; on embrasse la malicie, on se fait athée; on divague à travers des régions idéales, on s'élance à la recherche de l'esprit , et l'on devient panthéiste! Ah! nous voyons que Dieu bail encore l'orgueil et se plait à renouveler le terrible châtiment delà confusion de babel. (Test

la un triomphe pour la Religion catholique, mais c'est un triomphe bien triste !

Je ne comprends pas davantage comment il peut se faire que le Catholicisme arrête l'essor de l'intelligence eu ce qui a rapport à l'étude de l'homme. Qu'exige de nous l'Eglise sur ce point? Quel est là-dessus son enseignement? Quel est le cer-

( OMPiAÍ \i i \ i m »i .ICÍSHB. 231

de où se renferment les doctrines qu'il nous est défendu de contredire?

Les philosophes se sont partagés en deux écoles : matérialistes i't spiritualistes. Les premiers affirment que noire âme n'est qu'une portion « I « * matière , laquelle , modifiée d'une certaine façon , produit au dedans de nous ce que nous appelons pensée el vouloir. Les seconds prétendent que l'activité uni accompagne la pensée et la volonté sont incompatibles avec l'inertie de la ma tierc ; que ce qui est divisible, ce qui se compose de plusieurs parties et par conséquent de plusieurs êtres ne peut s'harmonier avec l'unité simple qui nécessairement doit se trouver dans l'être qui pense, qui veuf , qui se rend compte à lui-même de toul et possède le profond sentiment du moi; Bur ces raisons , ils soutiennent que l'opinion contraire est musse, absurde , et ils s'appuient de toutes sortes de considérations. L'Eglise catholique intervenant dans la querelle a dit : « L'âme de l'homme n'est pas corporelle, elle est esprit; vous voulez être catholique , vous ne pouvez être matérialiste.» Vais demandez à l'Eglise catholique d'après quels systèmes doivent s'expliquer les idées, les sensations, les actes de la

volonté, les sentiments de l'homme ; elle vous répondra que

vous avez pleine liberté de penser là-dessus ce qui vous paraîtra le plus raisonnable : le dogme ne descend point aux questions particulières qui appartiennent à ce momie livré par la volonté même de Dieu aux disputes des hommes.

Avant la lumière de l'Évangile, les écoles des philosophes étaient dans la pins profonde ignorance au sujet de notre

Origine »'l <h' notre destinée ; aucun <le ces philosophes ne savait expliquer les monstrueuses contradictions que nous remarquons dans l'homme ; aucun d'eux ne réussissait à signaler la canso de «et informe mélange de grandeur, de petite) de bonté, de malice, .le savoir, d'ignorance, desublimité, de bassesse.La Religion survint et dit : «I /homme est l'ouvrage

de Dieu : sa destinée est de s'unir a Dieu pour toujours ; la terri- est pour lui un e\il ; 1 homme n'est plus tel qu'au sortir

des mains du Créateur; le genre humain tout entier subit les conséquences d' grande chute. » Or, je défie tous les philosophes anciens et i lernes «le me montrer en quoi l'obli-

gation de croire cela s'oppose au moindre progrès de la véritable philosophie.

Le dogme catholique est si loin de contrarier les progrès de la philosophie , qu'il est une source féconde de ces progrès dans tous les genres. Lorsqu'il s'agit de marcher dans une science quelconque, ce n'est pas peu de chose que d'avoir un pôle autour duquel l'intelligence puisse tourner comme sur un point sûr et solide; c'est une heureuse chose que d'éviter aux premiers pas une foule de questions dont les labyrinthes nous emprisonneraient à jamais, ou desquelles nous ne sortirions que pour tomber dans de déplorables absurdités : enfin, lorsque l'on veut examiner ces mêmes questions, on doit être heureux de les trouver résolues par avance dans ce qu'elles contiennent de plus important , de savoir où est le vrai, où est le danger de s'égarer. Le philosophe est alors dans la position d'uûhomme qui, sûr de l'existence d'une mine en un certain endroit, ne perd pas inutilement son temps à la découvrir : fixé aussitôt sur le véritable terrain, il met à profit, dès le commencement, toutes ses recherches, tous ses travaux.

Telle est la raison de l'immense avantage qui, dans ces matières , appartient aux philosophes modernes sur ceux de l'antiquité : ces derniers marchaient dans les ténèbres, à tâtons; ceux des temps modernes s'avancent, précédés de brillantes Martes, d'un pas ferme et sur, et vont droit ;i leur but. Peu importe qu'ils se vantent à chaque instant de mettre de côté la révélation, qu'ils la regardent avec dédain, qu'ils la combattent peut-être ouvertement : même dans ce cas, la Religion fis éclaire, dirige fréquemment leurs pas, car ils ne sauraient oublier mille idées lumineuses empruntées à la Religion; idées qu'ils ont trouvées dans les livres, apprises dans ta catéchisme, sucées avec le lait; idées qui sont dans la bouche de tout le monde, qiu se sont répandues partout, qui imprègnent, pour ainsi dire, comme un élément vivifiante! bienfaisant, l'atmosphère où nous respirons. Lorsque les modernes repoussent la Religion, ils portent bien loin l'ingratitude; car, dans le moment même qu'ils l'insultent, ils profitent «lèses bienfaits.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur celte matière; il serait facile d'alléguer de nombreuses preuves à

COMPARÉ Al CATHOLICISME. 233

r;i|i|>ii¡ de ce que ¡i' viens d'établir; il suffirait pour cela d'ouvrir les œuvres du premier venu d'entre 1rs philosophes modernes et <!<■ !<• comparer aux philosophes de l'antiquité. Mais un semblable travail resterai! incomplet pour ceux qui ne sont point versés dans ces matières, et 11 sciait superflu pour ceux qui les connaissant. Je livre avec une entière confiance cette question à la perspicacité et à l'impartialité de mes lecteurs : on conviendra avec moi que, toutes les fois qiw 1rs philosophes modernes ont parlé de l'homme avec vérité et dignité, leur langage s'est trouvé tout empreint de la saveur -les idées chrétiennes.

Telle est l'influence du Catholicisme sur. ces sciences qui, bornées à un ordre purement spéculatif, permettent au génie «lu philosophe toute la liberté et l'éclat possibles : si , par rapport i ees sciences, l'influence du Catholicisme, au lieu de limiter l'essor de l'esprit , ne l'ait que lui donner plus d'étendue, plus de sublimité, une plus grande hardiesse et en même temps plus «le sécurité, en écartant 1rs divagations, en prévenant t., ut égarement , que dirons-nous de son influence sur les études morales? Tous les philosophes ensemble ont-ils découvert en morale quelque chose qui ne se trouve pas dans l'Evangile! Quelle doctrine l'emporte en pureté, en sainteté, en élévation sur celle qu'enseigne la Religion catholique? 11 faut sur ce point rendre justice aux philosophes, même à ceux qui sont le plus ennemis «le la Religion chrétienne. Ils oui attaqué ses dogmes ils l'ont raillée sur la divinité de son origine ; mais,

dès qu'il s'est ;mi d< sa morale , ils se sont montres pleins de

respect. le se sais quelle secrete force les a contraints faire une confession qui devait certainement leur coûter :

Oui, ont-ils toujours dit , on ne saurait le nier, la morale du

Catholicisme est excellente. »

Il y a dans le Calliolicisme certains dogmes dont on ne peut

din- <pi'iU appartiennent directement â Dieu, ni à l'homme, ni .1 la morale , dans le sens que nous donnons communément a ce mot la Religion catholique est une religion révélée, d'un ordre fort supérieur à tout ce que peut concevoir l'esprit humain; son but est de nous conduire à une destinée que nous ne saurions atteindre ni même imaginer par nos pro-

ao.

près forces , et elle est fondée sur ce principe que la nature , décime et corrompue, a besoin d'une réparation, d'une purification ; il est donc clair qu'elle doit contenir certains dogmes enseignant comment s'opèrent, en général et en particulier, cette réparation et cette purification, et expliquant les moyens dont Dieu s'est voulu servir pour conduire les hommes au bonheur. Voilà les dogmes de l'incarnation, de la Rédemption , de la grâce et des sacrements.

Ces dogmes embrassent un vaste champ; les rapports qu'ils ont avec Dieu et avec les hommes sont fort étendus ; la foi de l'Eglise catholique dans ses dogmes est et a toujours été inaltérable. Eh bien ! malgré toute leur étendue , on ne trouve pas un seul point sur lequel on puisse dire que ces dogmes arrêtent la libre action de l'intelligence, dans ses investigations de toute sorte. La raison de ce fait »'st la même que celle que j'ai déjà indiquée. Tous ceux qui ont fait une étude comparative des sciences philosophiques et théologiques, ont pu observer que la théologie, en ce qui touche les points extrêmes dont j'ai parlé, s'élève dans une région si distincte et ftj supérieure, qu'à peine garde-t-elle un point de contact avec l'atmosphère où se meut la philosophie. Ce sont deux orbites, toutes les deux grandes, immenses, mais qui occupent dans les profondeurs de l'espace des positions fort distantes l'une de l'autre. L'homme essaie parfois de les rapprocher; il veut qu'elles se touchent, qu'elles se croisent, qu'un éclair de lumière terrestre pénètre dans la région des incompréhensibles mystères : mais à peine sait-il comment y travailler; lui-même se sent pénétré de sa faiblesse, et on l'entend confesser qu'il ne parie que per con*«nemca , par analogies, dans l'unique vue de Faire mieux comprendre. L'Eglise tolère cet effort, à cause de la bonne volonté qu'eue y découvre ; parfois même elle l'excite, l'en» -(Mirage, pleine du désir que les incompréhensibles dogmes s'accommodent le plus possible à la faible capacite des peuples.

Au bout de tous leurs raisonnements sur les attributs delà Divinité et les rapports de l'homme avec Dieu , les philosophes ont-ils trouvé quelque chose qui s'oppose à ces dogmes du Catholicisme? Les vérités révélées ont-elles été sous leurs

pas comino une pierre d'achoppement qui 1rs ;iit empêchés de pousser plus loin leurs investigations? Il faut remarquer dans la révolution philosophique provoquée au dix-septième siècle, par Descartea! un l'ait singulier, qui jette une \i\e lamiere sur cette matière. < >n connaît la doctrine eatholique sur Pangaste mystère de l'Eucharistie; on sait aussi en quoi consiste1 le dogme de la transsubstantiation , et l'on n'ignore pasque plusieurs théologiens, pour expliquer le phénomène surnaturel qui a lieu après la consommation du miracle, ont eu recours a la doctrine des accident» qu'ils distinguaient de la substance. La théorie de Descartes et de presque tous les phi» losophe» modernes était incompatible avec cette explication, car ils niaient l'existence des accidenti en tant que distincts de la substance; il semblait donc, au premier coup d'oeil, qu'il dût résulter de là quelque embarras pour la doctrine catholique , et que l'Eglise dût se mettre en lutte avec les systèmes des philosophes. Est-ce là ce qui est arrivé? Nullement. En examinant à fond la question, on a trouvé que le dogme catholique réside dans une région infiniment plus élevée que celle ou se meut, avec toutes ses vicissitudes, cette doctrine philosophique qui paraissait y toucher de si près. Les théologiens ont eu beau discuter, se charger les uns les autres de mutuels reproches, tirer de la nouvelle doctrine toute sorte d'inductions, alinde la présenter comme dangereuse, l'Eglise s'est montrée étrangère à ces disputes et supérieure aux pendes nommes. Elle s'est maintenue dans cette attitude grave, majestueuse, impassible, qui sied si bien à celle que lésus-ChrisI a chargée du sacré dépôt de la doctrine. Telle est la libelle que PEglise accorde au génie des philosophes; ce génie s'y dé'ploie dans tous les sens. L'Eglise n'a pas besoin d'opposer s. m-, cose des restrictions, des conditions : les domines ancres dont elle est la dépositaire résident dans une région si élevée, que l'esprit de l'homme peut à peine les

rein Outrer lace a lace , autant du moins que ses investigations ne s'éloignent pas des sentiers de la vraie philosophie.

Mais celle raison humaine, si grandi- et en même temps si faible , Se gonfle parfois a l'excès et leve UU Iront allier, aiTO-

gant : au nom de la liberté- et de l'indépendance , elle réclame

J36 LE PUOTEST.YXTISML

le droit de blasphémer Dieu , de dénier à l'homme son libre arbitre, et à l'âme sa spiritualité, son immortalité, la sublimité de son origine et de sa destinée; à ce moment, nous l'avouons et nous l'avouons avec orgueil , l'Eglise fait entendre sa voix non pour opprimer , pour tyranniser l'intelligence de l'homme, mais pour détendre les droits de l'Etre suprême et de la dignité humaine. On la voit alors opposer une inflexible fermeté à cette liberté insensée, qui consiste dans le droit funeste de proférer toute sorte d'extravagances. Cette liberté, les Catholiques ne l'ont point et ils ne la veulent point ; car ils savent qu'il existe aussi dansées matières une ligne sacrée séparant la liberté de la Licence. Heureuse servitude, qui nous prive de devenir athées ou matérialistes, de mettre en doute si notre âme vient de Dieu, si elle tend à Dieu, et s'il existe pour l'infortuné mortel , après les souffrances qui l'accablent dans cette vie , une autre vie éternellement heureuse , préparée par les mérites d'un Homme-Dieu.

En ce qui louche les sciences dont la société forme l'objet, je crois pouvoir me dispenser de défendre la Religion catholique contre le reproche qu'on lui adresse d'être oppressive de l'esprit humain. Les longues considérations dans lesquelles j'ai exposé ses doctrines, son influence par rapport à la nature et"à retendue du pouvoir, à la liberté civile et politique des peuples, établissent avec la dernière évidence que la Religion catholique, sans descendre sur le terrain des petites passions où s'agitent les hommes , enseigne hi doctrine la plus convenable [tour la vraie civilisation et la liberté bien entendue des peuples.

Je traiterai brièvement aussi des rapports du principe catholique avec l'étude des sciences naturelles. A coup sûr, il n'est pas facile de voir en quoi ce principe peut être nuisible au progrès de l'esprit humain dans ce genre de connaissant BS. Je dis que cela n'est pas huile, je pourrais ajouter que cela est impossible, par une raison forl simple, basée sur un fait qui est à la portee de tout le monde, à savoir, que la Keligicn catholique se montre extrêmement réservée dans tout ce qui touche aux connaissances purement naturelles. On dirait que Dieu a voulu sur ce point infliger une sévère leçon à

notre excessive curiosité: lisez la Bible, vous sorel i (invaincu de ce que faTance.

Ce n'est |»;t> <|u"il no soit question de la nature dans la Bible.

Le livre divin is la présente sens son aspect le plus beau,

le plus grand, le plus sublime; il nous l'offre dans son vivant ensemble, avec tous ses rapports, avec sa sublime tin : niais elle > est sans analyse , sans'décompositkm d'aucuué espèce : le pinceau do peintre, l'imagination du poète y trouveront de magnifiques modèles; mais le philosophe, l'observateur v chercheroul vainement les renseignements qu'ils désirent. Le Saint-Esprit ne voulait point faire des naturalistes , niais des hommes vertueux ; c'est pourquoi, en nous peignant la création, il nous la présentait uniquement sous l'aspect le plus propre a exciter en nous l'admiration et la gratitude envers l'Auteur de tant de prodiges et de bienfaits. La nature, telle qu'elle nous est montrée dans le texte sacré, satisfait peu la curiosité philosophique; mais, en échange, elle récrée, elle ¡ndit l'imagination, elle frappe et pénètre le cœur.

Page 1