‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 26 sur 55 · III. — m · texte numérisé non relu

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Quant au grec, il n'y a qu'à se rappeler les causes qui le firent se répandre en Europe, pour être convaincu que le progrès dans la connaissance de cette langue ne fut point dû a la fausse Réforme. On sait qu'après la prise de Constantinople par les Turcs, les débris littéraires de cette infortunée nation abordèrent aux côtes d'Italie. Ce fut en Italie que commença sérieusement l'étude du grec ; de l'Italie elle s'élendit à la France et aux autres pays de l'Europe. Un demisiècle avant l'apparition du Protestantisme , cette langue était enseignée à Paris par l'italien Grégoire de Tiferno. L'Allemagne elle-même vit briller, à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième , le célèbre Jean Reuchlin , qui enseigna le grec avec éclat , d'abord à Orléans et à Poitiers, puis à Ingolstadt. Reuchlin, se trouvant à Rome, expliqua si heureusement et lut avec une prononciation si pure un passage de Thucydide en présence d'Argyi opile, que celui-ci, plein d'admiration , s'écria : Grœcia noslra exilio transvolavit Alpes; notre Grèce exilée a franchi les ^ilpes.

En ce qui concerne l'hébreu, je transcrirai un remarquable passage de l'abbé Goujet : « Les Protestants , dit-il , voudraient bien se faire passer pour avoir été les restaurateurs de cette langue en Europe; mais il faut qu'ils reconnaissent qu'à cet égard , s'ils savent quelque chose, ils en sont redevables a ux Catholiques , qui ont été leurs maîtres et les sources d'où dérive aujourd'hui tout ce qu'on a de meilleur et de plus utile touchant les langues orientales. Jean Reuchlin, qui a passé la plus grande partie de sa vie dans le quinzième siècle, était certainement catholique, et il fut aussi l'un des plus habiles dans la Langue hébraïque , et le premier des chrétiens qui l'ait léduiteen ait. Jean Weissel de Groningue lui avait appris Les éléments de cette langue, et lui-même eut des disciples en qui il avait réveillé l'amour pour cette étude. Ça été pareillement par le secours de Pic de la Mirande, qui était vraiment attaché à la communion de l'Eglise romaine , que l'ardeur pour l'hébreu s'est animée dans l'Occident. Les hérétiques <lu temps du concile de Trente , qui savaient cette langue, l'avaient apprise la plupart dans le sein de l'Eglise qu'ils avaient abandonnée, et leurs vaines subtilités sur les

COMPASÉ Al CATHOLICISME. Ü(i~

mn du texte excitèrent davantage les vrais fidèles à approfondir de pins en plus une langue qui pouvait tan! contribuera leur propre triomphe el à la défaite de leurs ennemis. Ils entraienl d'ailleurs en ce point dans l'esprit du pape Clément V, qui, dès le commencement du quatorzième siècle , avait ordonné que le grec et Phébren, et même l'arabe .et lechaldéen, fussent enseignes publiquement pour l'instruction des étrangers, à Rome, à Paris, à Oxford, à Bologne et à Salamanque. Car le but de ce pape, <[ui connaissait si bien les avantages des études laites avec solidité , c'était de faire naître pour l'Eglise, par l'étude des langues, un plus grand nombre de lumières propres à l'éclairer , et de docteurs capables de la défendre contre toute erreur étrangère. Son dessein particulier était que la connaissance de ces langues, et surtout celle de l'hébreu, renouvelât l'étude des Livres saints , que ceux-ci, lus dans leur source, en parussent encore plus dignes de l'Esprit saint qui les a dictés; que leur noblesse , jointe à leur simplicité, connues de plus près, les fissent révérer davantage, et que , sans rien perdre du respect qui est dû à la version latine, on pût sentir que la connaissance du texte original était encore plus utile à l'Eglise pour appuyer la solidité de sa loi, et fermer la bouche à l'hérétique. » (L'abbé Goujct , Discourt sur le renouvellement des Etudes , et principalement des Etudes ecclésiastiques depuis le quatorzième tiède. )

Une des causes qui contribuèrent le plus au développement de l'intelligence humaine fut la création de grands centres d'ens.igncuK ut , réunissant tout ce que le talent et la science avaient de plus illustre, et répandant ensuite des rayons lumineux dans toutes les directions. Je ne sais comment on a pu oublier que cette pensée* ne doit rien à la prétendue Reforme, puisque la plus grande partie des Universités de l'Europe étaient fondées longtemps avant la naissance de Luther.

Celle d'Oxford lut établie en 895; «elle de Cambridge, en lüKo, celle de Prague , en Bohême, en 1358; celle de Lou- \ain , en Belgique, en 1435; celle de Vienne, en Autriche,

en 1365 ; celle d'Ingolstadl , en Allemagne , en I 7>~~2 ; Celle de Leipsick , en 1 i<)8; celle de líale , en Suisse, en I 169; celle

de Salamanque, en 1200; celle d" Alcalá , en 1517. 11 est inutile de rappeler l'ancienneté de celles de Paris, de Bologne, de Ferrare, et d'un grand nombre d'autres qui s'étaient arquis la plus haute renommée longtemps avant la venue du Protestantisme.

On sait que les papes intervenaient dans la fondation des Universités, leur accordant des privilèges, les honorant par ¿'eminentes distinctions; comment donc a-t-on osé affirmer que Rome nourrissait le dessein de mettre en fuite les lumières et les sciences , afin de garder les peuples dans d'ignorantes ténèbres? Comme si la Providence eût voulu confondre ces futurs calomniateurs, le Protestantisme a surgi précisément à l'époque où , sous la protection d'un grand pape , l'on voyait se déployer le plus vif mouvement dans les sciences, les lettres et les arts. La postérité, qui jugera impartialement nos disputes , prononcera , n'en doutons pas , une sentence bien sévère contre ces prétendus philosophes, dont l'effort constaut est de chercher a prouver par l'histoire que le Catholicisme embarrassait la marche de l'esprit humain , et que les progres scientifiques lurent dus au cri de liberté poussé dans l'Allemagne centrale. Oui, il suffira, pour les hommes judicieux des siècles futurs comme pour ceux de notre temps , de se rappeler, pour juger avec certitude, que Luther commença de propager ses erreurs dans le nèek de Léon X.

Certes, es n'était point le reproche d'obscurantisme qu'on pouvait portei- alors contre la cour romaine. Home marchait a la tète de tous les progrès ; elle leur donnait l'impulsion avec le zèle le plus vif, avec l'enthousiasme le plus ardent. A tel point que s'il y avait quelque chose à reprendre en elle, quelque chose de peu digne des sympathies et des louanges de l'histoire, c'était plutôt l'&rc&qve le défaut. Si un second saint Bernard eût adressé la parole au pape Léon X, assurément d

ne l'aurait point repris de faire abus de sou autorite contre l'intelligence humaine et le progrès «les lumières.

« La Réformation , dit M. de Chateaubriand, pénétrée de l'esprit de son fondateur, moine envieux et barbare, se declara ennemie des arts. Eu retranchant l'imagination des fa-

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i iiiifs de rhomme, elle coupa les ailes au '¿¿me et le mit à pied. Elle éclata au sujet de quelques aumônes destinées. à élever au monde chrétien la basilique de Saint-Pierre : les

Grecs auraient-ils refuse les secours demandés à leur piété pour bâtir un temple à Minerve?

» Si la Réformation , à son origino, ont obtenu un plein sucres , elle aurait établi, du moins pendant quelque temps . une autre espèce de barbarie : traitant de superstition la pompe des autels, d'idolâtrie les chefs-d'œuvre «le ta sculpture, de l'architecture et de la peinture, elle tendait à faire disparaître la haute éloquence et la grande poésie, à détériorer le goût par la répudiation des modèles, à introduire quelque chose di sic , de froid, de pointilleux dans l'esprit , à substituer une société guindée et toute matérielle à une société aisée et tout intellectuelle, à mettre les machines et le mouvement dune roue en place des mains et d'une opération mentale. Ces vérités se confirment par l'observation d'un fait.

» Dans les diverses branches de la religion réformée , cette communion s'est pins ou moins rapprochée du beau , selon qu'elle s'est plus ou moins éloignée de la Religion catholique. lin Angleterre , où la hiérarchie ecclésiastique s'est maintenue, les lettres ont eu leur siècle classique. Le luthéranisme conserve des étincelles d'imagination que cherche à éteindre le calvinisme , et ainsi de suite, en descendant jusqu'au quaker, qui voudrait réduire la vie sociale à la grossièreté des manières et a la pratique des métiers.

» Sliakspearo , selon toutes les probabilités, était catholique; .Milton a visiblement imite quelques parties des poèmes de Saint-Avile et de Masenius ; Klopstock a emprunte la plupart des croyances romaines. De nos ¡ours, en Allemagne, la haute imagination ne s'est manifestée que quand l'esprit du Protestantisme s'est affaibli et dénaturé. Les Goethe et les Schiller ont retrouvé leui génie en traitant des sujets catholiques ; Rousseau et madame de Staël font une illustre exception a la règle; mais étaient-ils Protestants a la maniere depremiers disciples de Calvin? C'est a Rome que les peintres.

¡es architectes *et les sculpteurs des cultes dissidents viennent

aujourd'hui chercher des inspirations, que la tolérance uni-

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m-|]o leur permet de recueillir. L'Europe, quedis-jel le mond'* est couvert de monuments de la Religion catholique. On lui doit cette architecture gothique qui rivalise par les détails et qui efface par la grandeur les monuments de la Grèce. Il y a trois siècles que le Protestantisme est né; il i ^t puissant en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, il est pratiqué par des millions d'hommes : qu'a-t-il élevé? II vous montrera tes reines qu'il a faites, parmi lesquelles il a planté quelques jardins ou établi quelques manufactures. Rebelle à l'autorité des traditions, a L'expérience des âges, à l'antique sse des vieillards, le Protestantisme se détacha du passé pour planter une société sans racines. Avouant pour prie ■■ moine allemand du ULVFsiècle, le réformé renonça à la magnifique généalogie qui mit remonter le catholique , par une suite de saints et de grands hommes, jusqu'à Jésus-Christ, de là jusqu'aux patriarches et au berceau de 1 univers. Le siècle protestant dénia a sa première heure toute parenté avec le siècle de ce Léon , protecteur du monde civilisé contre Attila, et avec le siècle de cet autre Léon, qui , mettant lin au monde barbare , embellit la société lorsqu'il n'était plus nécessaire de la défendre.» [Etud. hitíor., Francote I.) ¡I est fâcheux que l'auteur d'un si beau passage, qui carao

lerise avec tant de jn.sîesse les ell'ets du Protestantisme en » g

qui touche les lettres et les arts, ait dit que ■ la Réformatiou

fut , à proprement parler, la vérité philosophique qui, revêtue d'une forme chrétienne, attaqua la vérité religieuse. » (Étud. kistor. , préface.)

Que signifient ces mots? Pour mieux les comprendre, sachons comment L'illustré écrivain les explique lui-même. « La vérité religieuse, dil-il , e-,1 la connaissance d'un Dieu unique, manifesté par un culte. La vérité philosophique esi la triple science des choses intellectuelles, morales et aaturellm (Html. Iiist., Exposition*)

Il n'est pas huile de concevoir comment en admettant la vérité de la Religion catholique el par conséquent la fausseté du Protestantisme ou peut définir celui-ci , la vérité philosophique en lutte avec la vérité religieuse. Dans Tordre naturel i omme dans Tordre surnaturel , en philosophie comme en

COMPMÚ M CATBOHC1SMB. ^7 i

igiou , tontee l<> vérités viennes! de Dieu, tontes vonl aboutir a Dieu. Il ne saurai! donc y avoir tic lutte entre les vérités d'un certain ordre el les vérités d'un autre ordre; il n'y a point

ilr lutte entre la religion et la Maie philosophie, entre la nature et la grade. Ce qui esl vrai "est la réalité, car la vérité re>iile dans las êtres mêmes, nous dirons mieux , elle consiste

dans les lires mêmes tels qu'ils existent , tels qu'ils sont dans

leur substance; il es! donc l<>"¡ inexact de dire que la vérité

philosophique se suit jamais trouvée en lutte avec la vérité religieuse.

D'après le même auteur : ■ La vérité philosophique n'est autre chose que l'indépendance de l'esprit de l'homme ; elle tend a découvrir, ¿i perfectionner dans les trois sciences de sa compétence, la science intellectuelle, la science morale, la ne naturelle. .Mais la vérité phi losophiquc , poursuit-il, se portant vers l'avenir, s'est trouvée en contradiction avei la vérité religieuse qui s'attache au passé, parce qu'elle participe de l'immobilité de son principe éternel. » ( fitas*, hist.. Exposition. )

Avec le respect qui est dû à l'immortel auteur du Génie du Christianisme, au chantre des Martyrs, je prendrai la liberté* de dire qu'il y a ici une déplorable confusion d'idées. La vérité philosophique dont nous parle M. de Chateaubriand doit

lin ou la science même eu tant que contenant un ensemble

de vérités, ou la réunion des connaissances comprenant la senté avec l'erreur , ou enfin la collection des hommes qui possèdent Les connaissances , en tant (pie cette collection forme

une ilassi sociale tics-inlluente.

Dans le premier cas, il es! impossible que la vérité philosophique soit en bute avec la vérité religieuse, c'est-à-dire le < Catholicisme; dans le second cas, L'opposition dont on parle n'a rien d'étrange , puisque l'erreur se trouvant dans ce cas mélangée avec la vérité, L'erreur pourra se trouver sur quelques points eu contradiction avec les dogmes catholiques, linlin , s'il s'agissait de la troisième définition, il sera malheureusement Mai que beaucoup d'hoiinnrs distingués par leurs

talents et leur savoir auront combattu renseignement catholique; mais comme d'un antre côté il s'en est trouve un aussi

grand nombre , et de non moins distingués, qui l'ont victorieusement soutenu, il sera peu exact d'aflirraer que la vérité philosophique, entendue même dans ce sens, se soit trouvée en opposition avec la vérité religieuse.

Mon dessein n'est point de donner aux paroles de l'illustre écrivain une signification maligne : j'incline à croire au contraire que la vérité philosophique, dans sa pensée, n'est autre chose qu'un esprit d'indépendance considéré en général , d'une manière vague , indéterminée, sans application à tel ou tel objet. Ce sera la seule manière de concilier des textes si différents ; car il est clair qu'après avoir condamné si sévèrement la réforme protestante , l'écrivain ne pouvait admettre que cette réforme eût en elle la vérité philosophique proprement dite, par où elle se trouvait en opposition avec les doctrines catholiques. Mais en ce cas , il est certain que le langage de l'illustre écrivain a manqué d'exactitude; ce qui n'a rien d'étonnant , lorsqu'on réfléchit que l'exactitude dans les sciences philosophiques , historiques, n'est pas communément le propre des génies accoutumés à se laisser emporter, dans les plus hautes régions, aux élans d'une poésie sublime.

Le mouvement philosophique dans ce qu'il a de plus libre et de plus hardi , n'a point commencé en Allemagne , ni en Angleterre, mais dans la France catholique. Descartes, qui inaugura l'époque nouvelle, qui détrôna Alistóte et donna l'essor au progrès de la logique , de la physique et de la métaphysique, était français et catholique. La plupart de ses disciples les plus distingués appartinrent aussi à la communion de l'Eglise romaine. La philosophie, dans ce qu'elle a de plus élevé, ne doit donc rien au Protestantisme. Jusqu'à Leibnitz, l'Allemagne compta à peine un philosophe de renom ; et les écoles anglaises , qui ont acquis plus ou moins de célébrité, furent postérieures à Descartes. Si l'on y réfléchit , la France a été le centre du mouvement philosophique à partir delà fin du seizième siècle, et à cette époque, tous les pays protestants étaient si fort reculés dans ce genre d'étude, qu'ils faisaient à peine attention au vif développement de la philosophie parmi les catholiques.

Ce fut aussidans le sein de l'Eglise catholique qu'on vit

COMPARÉ Al CATHOLICISME. Úl~>

naître le goàl pour les méditations profondes sur los secrets du cœur, sur les rapports de l'esprit humain avec Dieu et avec la nature, et cette abstraction sublime qui concentre les facultés de l'homme, le dépouille de son corps et lui fail parcourir les hautes régions uniquement destinées , ce semble , à être visitées par les célestes esprits, La mystique, dans ce qu'elle a de plus pur, de plus délicat et de plus sublime , ne m- trou\e-t-elle pas dans nos écrivains du siècle d'or? Qu'a-t- 011 publié depuis ce temps-là qui ne se trouve dans sainte Thérèse, dans saint Jean-de-la- Croix , dans le vénérable Avila, dans Louis de Grenade, dans Louis de Léon î

El ce pen>nir, l'un des pins vigoureux génies du dix-seplième siècle, que nous avons la douleur de voie, quelque temps, abusé par une secte hypocrite et captieuse, Pascal c>t-il, par hasard, protestant? N'est-ce pas lui qui jette les hases de cette école philosophique religieuse, dont les investigations se plongent tour à tour dans les profondeurs de la religion, dans celles de la nature, dans les mystères du cœur humain, faisant jaillir de tous côtés les rayons de la plus vive lumière au profil delà vérité? Le livre de ses Pensées u est-il pas celui que les apologistes de la Religion chrétienne, protestants ou catholiques, consultent de préférence, lorsqu'ils ont a lutter contre l'indifférence ou L'incrédulité?

Les écrivains qui ont traité de la philosophie de l'histoire sont peut-être ceux qui se sont le plus signales par leur démangeaison de reprocher à l'Eglise qu'elle est ennemie des lumières, tandis que la fausse réforme est présentée par eux comme nu champion illustre des droits de l'esprit. Rien que par reconnaissance ils auraient du procéder avec plus de circonspection : devaient-ils oublier «pie le véritable fondateur «Je la philosophie de L'histoire fut un catholique, et que le premier, le plus excellent ouvrage qui ait été écrit sur celte matière , est sorti de la plume d'un évéque catholique? Ce l'ut Bossuel , dans son immortel Dùoettrj wuit ÇHisUnreuniver$dle., qui apprit aux temps modernes a contempler d'un point de vue élevé la vie do genre humain; à embrasser d'un regard

tons les événements qui ont marqué le cours des siècles, à

hs \o¡r dans leur grandeur, dans leur enchaînement , avec

toutes leurs phases , tous leurs effets , toutes leurs causes , et à tirer de ce spectacle de salutaires leçons pour renseignement des princes et des peuples. Or, Bosquet était catholique ; ce fut l'un des plus illustres adversaires de la Réforme protestante, et son nom s'agrandit encore, s'il est permis de le dire , par un autre ouvrage dans lequel il réduisit en poudre les doctrines des novateurs, en leur prouvant leurs continuelles variations , en leur démontrant qu" ils avaient pris le chemin de l'erreur, puisque la variation ne saurait être le caractère de la vérité. On peut demander aux fauteurs du Protestantisme si l'Aigle de Meaux se ressent dans son vol des prétendues entraves de la Religion catholique, alors que, jetant un regard sur l'origine et la destiné de l'humanité , sur la chute du premier Père et les conséquences de cette chute, sur les révolutions de l'Orient et de l'Occident, il trace avec tant de sublimité la voie des desseins de la Providence.

En ce qui touche le mouvement littéraire, je pourrais presque me dispenser de combattre les reproches adressés au Catholicisme par ses ennemis. Quelle était la littérature de tous les pays protestants dans le temps que l'Italie et l'Espagne produisaient ces orateurs et ces poetes qui ont été aux âges suivants le modèle de quiconque s'est livré à ce genre d'études? En Angleterre, comme eu Allemagne, plusieurs genres de littérature, déjà vulgaire dans les pays catholiques, n'étaient pas même connus; et lorsque dans les derniers temps on a voulu combler ce vide, un des meilleurs moyens a été de prendre pour modèle les écrivains espagnols, soumis à l'obscurantisme catholique et aux bûchers de l'inquisition.

L'intelligence, le cœur, l'imagination ne doivent rien au Protestantisme : tout cela, avant la Réforme, se développai! arec grâce et vigueur ; tout ceja, après la Réforme, continua de se développer au sein de l'Eglise catholique avec non moins d'éclat que dans les temps antérieurs. Des hommes illustres, dont le front étincelle d'une auréole conquise aux applaudissements unanimes de tous les pays civilises, brillent dans les rangs des catholiques : tout ce qu'on a dit sur la tendance de mitre religion à asservir , à obscurcir l'intelligence , n'est donc que calomnie. Non, ce qui est né de la lumière ne peut produire les

COMPARÉ Al" CATHOLICISME. *2ÏO

ténèbres : ce qui est l'ouvrage de la vérité elle-même, n'a nul

besoin de foir les rayons du soleil, de s»' cacher dans les entrailles de la terre. La fille «lu ciel peut marchera la clarté du jour, peul affronter la discussion , peut convoquer autour d'elle tontes les intelligences . bien sûre qu'elle leur apparaîtra d'autant pluspnre, d'autant plus belle el ravissante, qu'elle sera ruede plus près et considérée avec plus d'attention.

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