RÉSUMÉ. — DÉCLARATION DE L'AUTEUR
En touchant au terme de nia difficile entreprise, qu'il me soit permis de reporter mes yeux, en arrière, comme le voyageur.se repose de ses fatigues, en jetant un regard sur le \ast<- espace qu'il vient de parcourir. La crainte de voir s'introduire dans nia patrie le schisme religieux, le spectacle des elforts qui se faisaient pour nous inculquer les erreurs protestantes, la lecture de certains écrits où l'on établissait que la fausse réforme a été favorable au progrès des nations, telles furent les causes qui m'inspirèrent l'idée de travailler a < -et ouvrage. Mon but était de démontrer que ni l'individu, ni la société ne doivent rien au Protestantisme , ni sous l'aspect religieux, ni sous l'aspect socia)» ni sons l'aspect politique ou littéraire. l'entrepris d'examiner ce que nous dit l'histoire sur ce point, ce que nous enseigne la philosophie. Je n'ignorais pas l'immense étendue des questions qu'il s'agissait d'aborder ; j'étais loin de me llatter de les pouvoir éelaircir comme il serait convenable d( le l'aire : j'entrai néanmoins dans mon chemin, avec le courage qu'inspirent l'amour de la vérité et la certitude que l'on défend sa cause.
En considérant la naissance du Protestantisme, j'ai lâché d'élever oies regards aussi haut qu'il m'a étt possible, j'ai rendu aux hommes la justice qui leur est due, j'ai attribué
une grande partie du mal a la condition misérable de l'humanité, a la faiblesse de notre esprit , a cet héritage de per-
versité et d'ignorance qui nous a été transmis par la chute du premier père. Luther, Calvin, Zvvingle ont disparu à. mes yeux : placés dans l'immense tableau des événements , ils se sont présentés à mes regards comme des figures petites, imperceptibles, dont l'individualité était loin de mériter l'importance qu'on leur a donnée dans d'autres temps. Loyal dans mes convictions et sincère dans mes paroles, j'ai confessé avec simplicité, mais avec douleur, qu'il existait certains abus, et que ces abus furent pris pour prétexte, lorsqu'on voulut rompre l'unité de la foi. J'ai reconnu qu'une partie de la faute devait aussi retomber sur les hommes; mais j'ai fait remarquer que tout ce que l'on ajoute ici à la faiblesse ou à la méchanceté de l'homme fait d'autant plus briller la providence de Celui qui a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles.
Par le secours du raisonnement et de l'irréfragable expérience, j'ai prouvé que les dogmes fondamentaux du Protestantisme supposaient peu do connaissance de l'esprit de l'homme , et étaient une source féconde d'erreurs et de catastrophes. Portant ensuite mon attention sur le développement de la civilisation européenne, j'ai établi un constant parallèle entre le Protestantisme et le Catholicisme; et je crois pouvoir assurer que je n'ai hasardé aucune proposition de quelque importance,, sans l'avoir appuyée sur la preuve des faits historiques. Il m'a été nécessaire de parcourir tous les siècles à dater de l'établissement du Christianisme, et d'observer les différentes phases sous lesquelles s'est présentée la civilisation ; sans cela, il m'eût été impossible de venger complètement la Religion catholique.
Le lecteur a pu observer que la pensée dominante de l'ouvrage est celle-ci : « Avant le Protestantisme, la civilisation européenne avait déjà pris tout le développement qui lui était possible; le Protestantisme faussa le coins de la civilisation et apporta des maux immenses aux sociétés modernes ; les progrès qui se sont réalisés depuis le Protestantisme n'ont pas été obtenus par lui, mais malgré lui. » Je n'ai fait que consulter l'histoire, et j'ai mis le soin le plus extrême à ne point l'altérer ; je me suis rappelé cette parole du Texte sa-
I BMPARS u CATHOLICISME. ti i
eré : « Dieu a-t-il donc besoin de votre mensonge t » Les monuments auxquels je me rapporte sont là , on les trouve dans toutes les bibliothèques, prêts à répondre : qu'on lise et qu'on juge.
J'ignore si, dans la multitude de questions qui se sont offertes à moi et qu'il m'a été indispensable d'agiter, j'en ai résolu quelqu'une d'une manière peu eonforme aux dogmes de la religion que je voulais défendre ; j'ignore si , dans quelque passage de mon livre, j'ai établi des propositions erronées ou me suis exprimé dans des termes mal sonnants. Avant de publier mon ouvrage , je l'ai soumis à la censure de l'autorité ecclésiastique ; et sans hésiter, je me serais plié à la plus légère insinuation de sa part, épurant , corrigeant , modifiant ee qui m'aurait été signalé comme digne d'épuration , de correction, de modification. Nonobstant cela, je soumets mon écrit tout entier au jugement de l'Eglise catholique , apostolique , romaine; dès l'instant que le Souverain-Pontife, Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, prononcerait une parole contre une seule de mes opinions, je m'empresserais de déclarer que je tiens cette opinion pour erronée et que je cesse de la professer.
FIN Dl" TOME TROISIEME ET DEKNTEr,.
NOTE i , PAGE 57,
J'ai déjà démontré, par de nómbreos témoignages des
théologiens scolastiques , comment doit être entendue l'origine divine du pouvoir civil ; et Ton voit clairement qu'il n'y a rien là dedans qui ne soit parfaitement conforme à la saine raison, en même temps que convenable aux hautes lins de la société. Il m'aurait été lacile d'accumuler ces témoignages , mais je crois en avoir rapporté assez pour éelaircir la majtière et satisfaire tout lecteur qui, dégagé de préjugés injustes, désire sincèrement prêter l'oreille à la vérité. Cependant, pour traiter ce Sujet sous tous ses aspects, je veux ajouter encore quelques explications sur ce célèbre passage de l'Epttre de saint Paul aux Romains, chap. 13, dans lequel l'Apôtre parle de l'origine des puissances, et de la soumission, de l'obéissance qui leur sont dues. Qu'on ne croie pas, du reste, que je me propose d'atteindre ce but par des raisonnements plus ou moins spécieux: lorsqu'il s'agit d'exposer le vrai sens d'un passage de l'Ecriture, il ne faut pas s'en rapporter principalement à ce que nous suggère notre vacillante raison, mais plutôt à l'interprétation qu'en donne l'Eglise catholique : c'est pourquoi l'on doit consulter ces écrivains dont la hante autorité, fondée sur leur sagesse et Leurs vertus, donne lieu d'espérer qu'ils ne se sont pas écartés de la maxime: Quodsemper, r/inxl ubique, quod <il> omnibus fraditumest.
.Nous avons déjà lu un remarquable passage de saint Jean Chrysostome qui explique ce point avec autant de clarté que de solidité; nous avons appris aussi , par quelques témoigna-
M.TF.S. -2~(J
des saints Pères, quels motifs engagèrent les Apôtres à inculquer d'une manière si pressante l'obligation d'obéir aux puissances légitimes : il ne nous manque pins «pie d'insérer ici 1rs commentaires de quelques écrivains illustres sur ne texte de l'Apôtre. < ha y trouvera comme nn corps de doctrine ; et en apprenant la raison despréceptes du texte sacré, usera pins facile «l'en pénétrer le vrai sens. »
Voyez d'abord avec combien <!«• sagesse, de prudence et de
piété est exposée celte importante matière chez un écrivain
qui n'est pas des siècles d'or, qni est au contraire de ceux
qu'on appelle trop généralement siècles de barbarie, saint Anselme. Dans ses commentaires sur le chapitre 13 de l'Epure
aux Romains, ce docteur s'exprime ainsi :
Omni* anima potestatibus sublimioribus subdita sit. Mon est riiim potêêtas niri à Deo. Quœautemsunt , à Dca ordinatœ sunt. Itaque /¡ai résistif potestati, Dei ordination* résistif. Qui autan rtststuni, ipsi sibi damnationen acquirunt.
Sicni superius reprehendil illos, qui gloriabantur de mérita, ¡ta nunc ingreuitur illos redarguere, (piipostquam eranl ad fidem conversi nolebanl snbjici alicui potestati. Videbatur euim quod infideles , Dei fidelibus non aeberent dominari , etsi fidèles deberenl esse pares. Quam superbiam reraovel , dicens : Omnis anima, id est, omnis homo, sit humiliter subpotestatibus vel secularibus*, vel ecclesiasticis , sublimioribus se : hoc est . nitinis homo sit SubjectUS superpositis sihi potestatibus. A parte euim majore significa! totum hominem, sicul rursum a parte inferiore totus homo significatur nbi Propheta dicil : Quia videbit omnis raro salutare Dei. El recte admonet, ne quis ex eo quod in libertatem vocalusest, factnsque Christianus, extollatur in snperbiam, et non arbitretur in lui jus vit» ¡tinere servandum esseordinem sunm, et tíatibus, quibus pro tempore rerum temporalium gubernatio tradita est . muí se putei esse subdendum. Cum enim constemus ex anima m corpore, et quamdiu in hac vita temporal] siiinus, etiam reluis t« mporalilms ad suhsidiiim ejusdem vita- Qtamur, oportel nos ex ea paite, quarad hanc vitam pertinet, subditos esse potestatibus , id est , res humanas cum aliquo honore administrantibus : ex illa vero parte, qua Deo credimus, et in regnom ejus vocamur, non debemus subditi eniquam homini , id ipsnm in nobis evertere cupienti , quod Deus ad vitam a lema m donare dignatns est. Si quis ergo pntal quoniam Christianus est , non sil»i esse vectigal reddendiim, sive tribu tu m, ;.ut mm esse honorent cxbibendum dehiiuiii eis qnsc hsec curant potestatibus, in magno errorever-
Bttar. Item si ipiis sic se pnlat esse su hdenduin , ut etiam in