‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 29 sur 55 · MUES · texte numérisé non relu

MUES

dépouiller de la dignité impériale, en lui faisant succéder sur le trône Charles, quatrième du oom.

Le luthérien Ziégler , ardent défenseur de la communication immédiate, compare, pour expliquer sa doctrine, l'élection

du prince a telle du ministre de l'Eglise : celui-ci , dit-il , ue reçoit pas son pouvoir spirituel dépeuple, il lui vient immé- < Hat émeut de Dieu. On voit par cette explication combien j'ai

en raison tic dire, que la tendance d'une semblable doctrine était de mettre de niveau les deux puissances temporelle et spirituelle , en donnant à entendre que cette dernière ne pou- \ait prétendre sur l'autre aucune supériorité à raison de son

origine. .le ne dis cependant pas que la déclaration laite au

temps île bonis de Bavière eût directement ce but, puisqu'on peut plutôt la regarder comme une sorte d'arme employé* contre l'autorité pontificale dont on redoutait alors l'ascendant. .Mais on sait bien que les doctrines, outre l'action qu'elles exercent par suite de l'emploi qu'on en l'ait, contiennent une autre force qui leur est exclusivement propre , et dont l'action \a se développant à mesure que l'occasion s'y prête. Quelque temps après, nous voyons les rois d'Angleterre défenseurs de la suprématie religieuse qu'ils viennent d'envahir, appuyer la proposition qui se trouve avancée dans la Constitution impériale.

Je ne sais sur quel rondement on a pu dire que l'opinion de Ziégler avait été l'opinion commune avant Puffendorf; en conciliant les écrivains ecclésiastiques et séculiers, on ne trouve pas le moindre appui a une semblable assertion. Rendons justice même a nos adversaires : l'opinion de Ziégler, défendue par Boeder et autres, fut combattue par quelques Luthériens , entre autres par Boehmer, lequel observe que cette opinion n'est point favorable, comme le prétendent ses partis;uis , ;i la sécurité de la République et des princes.

Pour répéter ce que j'ai deja expliqué dans le texte, je ne Crois pasque l'opinion de la communication immédiate sainement entendue, soit aussi inadmissible et dangereuse que quelques-uns l'ont voulu supposer; mais comme elle prétait le

liane a une mauvaise interprétation , les théologiens catholiques ont lies-bien fait de ¡a combattre en ce qu'elle pouvait

renfermer d'attentatoire au dogme de Vorigine divine du poui

voir ecclésiastique.

Je pourrais citer mille passages remarquables pour prou* \er au lecteaj combien les ennemis du clergé catholique l'ont

faussement accusé d'avoir été favorable au despotisme , d'avoir contracté avec le despotisme une alliance impie. Mais pour être bref, et pour lui épargner la fatigue de tant de textes et de citations, je mécontenterai de lui présenter un échantillon de ce qu'étaient sur ce point en Espagne les opinions courantes au commencement du dix-septième siècle , peu d'anni iefl après la mort de Philippe II , de ce monarque qu'on nous peint à chaque instant comme la personnification du fanatisme religieux et de la servitude politique.

Parmi les nombreux ouvrages qui dans ce temps ont étéécrits sur ces délicates matières, il en est un fort singulier <-t qui ne parait pas être des plus connus. En voici le titre :

Traité de la Piépublique et de la Politique chrétienne, à l'usage des Rois et des Princes , et de ceux qui tiennent leur ¡duce dans le Gouvernement ; par le frère Jean de Sainte-Marie , religieux déchaux de la province de Saint-Joseph , de l'ordre de notre glorieux père saint François.

Ce livre, imprime à Madrid en 1615, muni de toutes les licences, approbations et autres formalités d'usage, dut obtenir à cette époque un fort bon accueil, puisqu'on 1(116 on le réimprimait déjà à Barcelone, chez Sebastien de Cormellas. Qui sait si cet ouvrage n'inspira point à Bossuet l'idée de celui qui porte pour titre : Politique tirée des propres paroles de r Ecriture sainte? Ce qu'il y a de certain , c'est que le titre est analogue , et que la pensée en est la même au fond , bien que réalisée d'une autre manière. «Je pense me tirer de difficulté, dit le frère Jean de Sainte-Marie, en présentant aux roisdans ce traité, non mes raisons, ou celles (pie je pourrais emprunter aux grands philosophes et aux histoires humaines, mais les paroles» de Dieu et de ses saints , et les histoires divines, canoniques, dont l'enseignement ne pourra être méprisé, dont l'autorité ne pourra être injurieuse à personne, quelque puissant et souverain que l'on soit : il suffit en effet d'être chrétien pour s'y soumettre, car tout y sera dicté- par le Saint-Esprit auteur de ces divines maximes. Si j'y allègue des exemples de rois de la gentilité , si je m'y appuie de l'antiquité et m'y sers des sentences de philosophes étrangers au peuple de Dieu , ce ne sera qu'en passant , et de la même maniere que Ton reprendrait son bien dr ceux qui le retiennent et le possèdent injustement. » (Chap. 2.)

L'ouvrage est dédié au Roi ; en s'adressant à lui, en le priant de le lire et de ne point se laisser tromper par ceux qui voudraient l'éloigner d'une semblable lecture, le bon religieux lui dit avec une candeur charmante : « Et qu'on ne vous dise pas (pie ce sont là des choses métaphysiques, impraticables , ou presque impossibles... »

L'épigraphe placée en tète du premier chapitre est celle-ci : « Atl vos (ô Reges) sunl lu sermones mei , ni discatis sapient i :i 1 11 el non excidatis : qui enim custodierinl just:» j 1 1 s i è , justificabuntur: et qui didiscerin! isla , inventen! quid respon-

deant. » Su/). 6, v. l<».

An premier chapitre , qui a ce tifre : « Où Pon traite brièvement de ce que ce mot de république comprend en soi , el

île sa définition , » nous lisons ces remarquables paroles : « De sorte que la Monarchie, pour ne point dégénérer, ne doit point être sans frein et absolue (ce qui rend insensé le commandement el le pouvoir); elle doit être liée aux lois pour tout ce qui tombe sons la loi ; et pour les choses particulières , passagères , elle doit être assujettie au conseil , par l'effet île l'enchaînement qu'elle doit avoir avec l'Aristocratie , qui esl m ni aide, el qui forme un conseil d'hommes savants et puissants; «pie si la Monarchie n'a point ce sa^e tempérament, il en résulte <le grandes Fautes dans le gouvernement, peu de satisfaction el , au contraire, de nombreux mécontentements chez les gouvernés. Ions les hommes les plus sensés de tous les temps, et les plus instruits dans les facultés diverses, ont irde cette espèce de gouvernement comme la mieux ordonnée; et l'on n'a jamais cru qu'une cité ou un royaume lussent bien gouvernés sans cela. Les bons rois, les hommes excellents dans le gouvernement, ont toujours l'a\orisé ce système: les autres , au contraire , emportés par leur puissance ont suivi un i lieniin opposé. D'après cela, si le monarque, quel qu'il soit, se décide de sa propre tête, sans prendre conseil ou contre l'avis de íes conseillers, il sort des bornes de la monarchie; et, dut-il même réussir dans sa résolution, il entre dans la tyrannie. Les histoires sont pleines de ces exemples et de

leurs funestes résultats : qu'il suffise d'en citer un , celui de

I "arquiu-le-Snpei be , au premier livre de Tite-Live , roi plein d'un orgueil démesuré , qui , pour s'emparer de tout et mettre

tout a ses pieds , s'attacha avec un grand soin à affaiblir l'autorité du Sénat romain dans le nombre des sénateurs , voulant ainsi s'arroger a lui sep] une décision absolue sur iout ce

qui se passait dans l'empire., >.

Au chapitre II où l'auteur recherche « ce que signifie le

nom île roi , » ou lit ce qui suit : « Ici vient a propos la troisième signification de ce nom de Roi , qui est le même que celui de l'ère ; comnir OU le VOÍI dans la (ienèse, lorsque les Si-

chemites donnèrent à leur roi le nom d'Abimelech , qui veut dire: « mou Père el mon Seigneur. » Anciennement on appelai! les mis pi res de leurs Républiques. De la vient que Le roi Théodork définissant la majesté royale (au rapport de

190 SOTCS.

Cassiodore), dit ces mots : Princeps est Pastor publiais et communis. Le Roi n'est autre chose qu'un Père public et commun de la République. A cause de l'extrême ressemblance qu'il y a entre l'office de Roi el celui de Père , Platon a appelé le roi Pire de famille. Lt le philosophe Xénophon a dit: Bonus Princeps nihil differt à bono Paire. La différence entre eux consiste uniquement en ce que l'un a peu et l'autre beaucoup de monde sous son empire. Et à coup sur il est fort raisonnable de donner aux rois ce titre «le Père ; car ils doivent être les pères de leurs sujets , de leurs royaumes, veillant pour leur bien et leur conservation, avec l'amour et la sollicitude d'un père. La royauté , dit Homère , n'est autre chose (pian gouvernement paternel , comme celui du père sur ses enfants : « Ipsum namque regnum imperium est suapte natura paternura. La meilleure manière pour bien gouverner , c'est que le Roi revête un amour de père et regarée ses sujets comme des enfants nés de ses entrailles. L'amour d'un père pour ses enfante , M sollicitude pour qui! ne leur manque rien, être tout entier pour chacun d'eux , tout cria a la plus grande ressemblance avec Famour du roi pour ees sujets. Il s'appelle père, et te nom l'oblige h des actions qui correspondent à ce que ce nom signifie. Ce nom de père, si propre aux Rois, et qui , bien considéré, entre tous les titres et toutes les épithetes de la majesté <'t «le la puissance, est le plus grand, puisqu'il comprend toot, l< genre el les espèces, le Père étant au-dessus du Seigneur, du Maure . du Capitaine , «lu Chef; ce nom , dis-je , est au-de de tout autre nom humain, pour designer la domination et la sollicitude. L'antiquité, afin d'honorer d'une manière extraordinaire un empereur, l'appelait le Père de la République , os qui était plus que César, plus qu'Auguste, plus que tout autre nom glorieux ; elle lui décernait ce titre , soit pour le tlatter , soit pour l'obliger aux grands effets qu'exige ce nom de Père. Enfin , parce nom, on «lit aux Rois ce qu'ils doivent l'aire : diriger, gouverner, maintenir dans la justice leurs Républiques et leurs Royaumes; paître comme de bon6 pasteurs leurs brebis raisonnables ; les soigner <'t les guérir comme des médecins; avoir soin de leurs sujets, comme un père de ses enfants, avec prudence, amour, sollicitude, car le roi «-si pour eux plutôt que pour lui-même, a Les bois sont plus obligés envers le Royaume et la République qu'envers euxmêmes : en effet , si nous regardons l'origine el l'institution «lu Roi et «le la Monarchie, nous trouverons que le Roi lut fait pour le bien du Koyaume, et non le Royaume pour le bien du boi. »

Au chapitre ni, dont voici le titre : « !>i le nom de Roi est

le nom d'un office , » il s'exprime ainsi :« Outre ce que nous

avons dit , on prouve encore que le nom de Roi est le nom «l'un office, par cette maxime vulgaire : Le bénéfice récompense l'office. Dune, |illisi|iir les Unis uni de si grands bendices , non-seulement par les tribuís considérables que leur ilonnc la République, mais encore par l'avantage <¡u'ils tirent

ili'N bénéfices el renies ecclésiastiques , il est certain qu'ils ont

un office i'i le plus grand de tons , a raison de quoi le royaume tmit entier vient à leur secours avec une si grande largesse : c'est ce que dit saint Paul dans l'Epitre aux Romains : Ideo H tributa prœstatis, etc. Les royaumes ne contribuent pas pour

rien; lOUS ces Etats, tontes ces charges , ces grandes renies,

une si grande autorité , ce nom , cette dignité si eminente ne

Sont point donnes sans redevance. Ils auraient le nom (lillois pour rien , s'ils n'avaient personne à régir et à gOUVex-

ner. s'ils étaient déchargés de cette obligation : /// muititudint ¡in/nili dignitas Régis. Cette grande dignité, ces grands biens , cette élévation , cette majesté, cet honneur, sont possédés par eux avec la charge perpétuelle de régir et de gouverner

leurs Etals, afin de les conserver dans la paix et la justice. Que les Huis sachent donc qu'ils ne sont rois que pour servir leurs Royaumes; et ceua>ci le leur paient, lis ont un office qui les oblige au travail : Qui preeest in sotticitudine , dit saint Paul. Tel est le titre et le nom du Roi , et de celui qui gouverne : Celui qui est le premier non-seulement dans les honneurs el tai satisfactions, mais aussi dans les soins et les sollicitudes. Qu'il» me croient pas n'être rois que de nom et de représentation, >t n'être obligés qu'à se faire adorer, à représenter uniquement

avec pómpela personne royale, el leur dignité souveraine, a l'exemple de (jiielipies l'ois des Perses on des .Mèdes qui ne

furent qu'une ombre de bois, aussi oublieux de leur office

que s'ils ne l'eussent jamais reçu. Il n'y a pas de chose plus

morte, ci qui ail moins de substance , qu'une image d'ombre ne remuant le bras «m la tête qu'au mouvement de celui qui

la pousse. Dieu défend au peuple hébreu d'avoir des statues

on des fictions peintes, qui présentent une main là où il n'y en a pas, et tout voir un visage qui n'exisie pas, montrant aux yeux un corps imaginaire, el feignant par des actions en apparence vivantes , devoir et «le parler : car Dieu n'aime point les feintes images, les hommes de peinture, ni les rois de sculpture . comme ceux dont parie David : Os habent ei non loquentur, mitins habent ri non raid, tint, lue langue qui ne parle pas , des yeux qui ne voienl pas, des oieilles qui n'entendent pas, des mains qui ne travaillent pas : à quoi cela lert-iL f l'.st-ce autre (pie d'être une idole de pierre, laquelle

n'a du Roi que cetlc représentation extérieure? Avoir le nom suprême et toute l'autorité, el n'être homme pour rien, cela est mal sonnant. LcsnomsdonnésdeDieuauxehoses sont comme le titre d'un livre qui en peu de mots contient tout ce que renferme le livre même. Ce nom de Roi est donné de Dieu aux Rois, et il contient tout ce qu'ils sont tenus de taire en vertu de leur office. Si les actions ne répondent point au nom, c'est comme si la bouche dit oui , tandis que la tête fait signe que non , réponse d'un histrion , et qu'on ne prend point au sérieux. On tiendrait pour une moquerie et un leurre l'enseigne qui dirait : « Ici l'on vend de l'or lin , » si en réalité ce n'était (jue de l'oripeau. Le nom de Roi ne doit point être Mechóse oiseuse, et comme une superfluité dans la personne royale; que ce nom serve comme il sonne, et soit ce qu'il publie; votre nom dit que vous régissez cl gouvernez, régissez donc et gouvernez : point de rois de carton, selon le langage vulgaire, c'est-à-dire point de rois qui n'aient que le nom. Kn France j il y eut un temps où les Rois n'avaient que le nom de rois , tout le gouvernement étant aux mains de leurs capitaines : pour eux, ils ne s'occupaient quede gourmandise et de luxure , semblables à des brutes. Alinde constater qu'ils étaient en vie , car ils ne sortaient jamais, ils se montraient une fois l'an, le premier du mois de mai , sur la place de Paris, assis sur un trône, comme des rois de comedie; et la on «es saluait , on leur présentait des dons, et, de leur côté, ils accordaient quelques faveurs à qui leur semblait bon. Afin de nous faire voir jusqu'il quel degré de misère ils étaient descendus, Eginard nous dit, au commencement de sa vie de Charlemagne, qu'ils n'avaient nul courage el ne donnaient pas le moindre échantillon de grandes actions : ils n'avaient que le vain nom de Rois , car dans le fait ils n'étaient point rois , el ils n'avaient aucune partan gouvernement ni aux richesses du royaume : tout était au pouvoir des préfets du palais, appelés majordomes de la maison royale; ceux-ci s'emparaient tellement de tout , qu'ils ne laissaient rien au triste roi si ce n'est le titre : assis sur un trône avec ses longs cheveux et sa

longue barbe, le monarque jouait son rôle , faisant semblan! d'écouter les ambassadeurs accourus de toutes paris, et de

leur donner des réponses a 1 BT retour vers leurs maures;

tandis qu'en réalité il ne répondait que ce qu'on lui avait appris, ou donné par écrit, quoiqu'il parût tirer sa réponse de

son propre esprit. De sorte que la puissance royale se réduisait pour lui a cet inutile nom de roi, à ce troue et a cette majesté risibles; les véritables rois et maîtres étaient ces favoris, qui l'opprimaient de leur puissance. Dieu disait d'un

roí efeSomarie, que ce n'était qu'on peu d'écume ? vu <lc loin cela paraissait quelque chose , mais lorsqu'on venait à le toucher, ce n'était plus rien. Simia in tocto rex l'atuus in solio sin» (i ■■. Singe surum toit, (¡ni, présentant tes apparences tíun

homme, est tenu ¡noir tel far celui (¡ni ignore ce qu'il est; tel n roi inutile sur son trône, le smgeseri aussi de jouet aux

ci, /'unis , et le ni est un sujet de risée ¡tour celui qui le considé,,

• tur.incr n toute action royale, reretu d'autorité et ne t/ou cernant pas. I n roi concert de pourpre, assis sur un trône arec an»' i/ramle majesté , comme il confient à sa grandeur, grave, sévère >t terrihle en apparence, mais dans le fait n'étant absolument

rien. Comme une peinture delà main du l'.rcco , qui placée eu liant et rue de loin ¡"irait fort belle et produit un grand effet ; mais (¡ai île prit n'est i/ae barres et ébauches. Tonte la pompe

• ■I la majesté, bien considérées, oe sont qu'une ébauche el une ombVe de Roi. Simulacro (jentium , dit David, on parlant

• les rois qui n'ont que le nom; et d'après le texte hébreu : Imatpt jictilis et contrita. Figure do terre pilée, qui s'écroule de tous côtés: vain simulacre, qui fait grande apparence el n'est que mensonge. Ici s'applique parfaitement le nom qu'Elil'a/. donnai I injustement à Job, lorsqu'il qualifiait ce lloi bon et juste, d'homme sans fond et sans substance, qui n'avait

que <i<s apparences extérieures : il l'appelait M'/rmicoleàn . c'cs|-a-diiv du nom de cet animal qui en latin est nomme Formica-leom-, parce qu'il a une conformation monstrueuse; fa moitié de son corps, eu effet, réprésente an farouche lion, animal qui l'ut toujours le symbole «lu Roi , et l'antre moitié une fourmi , c'est-à-dire la chose la plus débile el la plus insignifiante. Voici l'autorité, le nom, le trône, la majesté d'un fier lion el d'un puissant meuarcfue; mais quant à r essence,

vous ne trouve/ que celle d'une fourmi. Il y a eu des Kois

«lotit le seul nom effrayait et mettait, le momie en épouvante;

mais en eux-mêmes ces Rois n'avaient aucune substance ; dans

leur Royaume ils n'étaient qu'une fourmi ; nom et office fort

grands , mais sans effet. One le Roi se reconnaisse donc pourvu

d'un office, et non-seulement d'un office, mais de tous les offidont il est le surintendant général, obligé de travailler

et de parler dans tous. Saint Augustin et saint Thomas, expliquant ce passage de saint Paul qui traite de fa dignité épis»

cópale, disent (pie le mol ereipie se compose en grec de deux racines signifiant la même chose que surintendant. I.e nom d'éféque de i"i , et de tout autre supérieur, est un nom qui

signifie surintendance et concours dans tons les offices. (Test

(«) S. Bernard . de Consider. ad Eog., <:i|». vu.

•2í) í NOTES.

là ce qu'exprime le sceptre, dont les Rois font usage dans les actes publics , cérémonie en usage chez les Egyptiens, lesquels l'aYaicnt empruntée des Hébreux : ceux-ci, pour -faire comprendre le devoir d'un bon roi, peignaient un œil ouvert place en haut, sur la pointe d'une baguette en forme de sceptre ; représentant ainsi, d'un côté, le grand pouvoir du Koi, la sollicitude, la vigilance qu'il doit avoir; de l'autre, qu'il ne doit passe contenter d'avoir la suprême puissance, d'occuper le lieu le plus élevé, le pluséminent , et de passer avec cela sa vie dans le sommeil et le repos; il doit être au contraire le premier dans le commandement et dans le conseil, il doit être tout dans chaque office divers, veillant sans cesse et surveillant, comme fait chaque homme dans ce qui lui appartient. Jérémie le comprit aussi dans ce sens, car Dieu lui demandant ce qu'il voyait, il répondit : Virgam vigüantem ego video. Tu as fort bien vu , et en vérité je te disque moi, qui suis la tête, je veillerai sur mon corps; moi, qui suis pasteur , je veillerai sur mes brebis ; moi , qui suis Roi et .Monarque, je veillerai sans me lasser sur tous mes inférieurs. Regem feitinantem , dit le chaldéeu, un Roi qui se hâte; car, bien qu'il ait des yeux et qu'il voie, s'il reste dans son repos, dans ses plaisirs et ses amusements, s'il ne va de coté et d'atitre , s'il ne fait en sorte de voir et d'apprendre tout ce qui se passe de bien ou de mal dans son royaume , il est comme s'il n'était point. Qu'il considère qu'il est la tête, et la tète du lion, lequel même en dormant a les yeux ouverts; qu'il est la verge année d'yeux ; qu'il est le flambeau : qu'il ouvre donc ses yeux et ne dorme pas, se reposant sur ceux qui peutêtre sont aveugles ou n'ont pas plus d'yeux que les taupes; que s'ifs en ont , ce n'est (pie pour voir leur intérêt et distinguer de plus loin ce qui convient à leur profit , à leur accroissement. Ceux-là ont des yeux pour eux , et il serait mieux qu'ils n'en eussent point , car ce sont des yeux de milan , des yeux d'oiseau de rapine. »

Au chapitre IV qui a pour titre : « De l'Office des Rois, » voici comment l'auteur explique l'origine du pouvoir royal et ses obligations : « Il suit de là, dit-il, (pie l'institution de l'Etal Royal ou de Roi, represente par la tète, n'a pas été seulement pour l'usage et le profit du Roi lui-même, mais pour celui (le tout son Royaume. Aussi doit-il voir, écouicr , sentir et entendre, non-seulement par lui et pour lui, mais par tous et pour tous. Il ne doit pas uniquement fixer son regard sur ses propres grandeurs, mais sur le bien de ses sujets, puisque c'est pour eux et non pour lui seul qu'il est né Roi dans le monde. « Adveite, disait Sénèque à Tempe-

Noli >. IOS

reur Néron , Rempublicam Don este luán . sed te Reipublicae.a Les premien hommes qui, sortant de la solitude , se réunirent jxiur vivre m commun . savaient que c/oicnn naturellement travaille pour soi ou pour les siens, et que personne ne s'occupe de

tous : ils convinrent de choisir un homme île mérite excellent , afin <¡ue tous eussent recours à lui , un homme qui se distinguant entre tous pur m vertu , su prudence et son courage, fût le chef de tous, les gouvernât tous, veillai pour tous,0 et s'inquiétât de V avantage de tous, de l'utilité commune , comme un père de ses enfants, et un pasteur île ses brebis. Or, considérant que cet homme, abandonnant ses affaires pour celles d 'autrui , ne pouvait s'entretenir lui et sa maison [tout le monde alors se nourrissait du travail de ses mains ), on determina que tousluidonneraieni sa nourriture <i sa subsistance, afin (¡u'il ne fût point

distrait par d'autres occupations que celles du bien commun et du

gouvernement public. Telle fut la fin pour laquelle les otis furent

établis; tel fut leur commencement : tel doit être le souci du bon I; . d'aroir plus de soin du bien public que de son bien parti-

euficr. Toute sa grandeur est au prix de beaucoup de sollicilude; l'angoisse, l'inquiétude de l'âme et du corps, qui est fatigue pour lui, est pour les autres repos, soutien, protection : ainsi les riantes fleurs et les fruits, tout eu décorant

l'arbre , ne son! pas autant pour l'arbre el à cause de l'arbre qu'à cause d'antrui. Gardez-vous de penser que tout le bonheur esl dans la beauté el la grâce (le la fleur, el de ceux (pii

sont les fleurs du inonde: les puissants rois et les princes sonl des fleurs, mais des fleurs qui consument leur vie, qui sont

pleins de soucis el dont le fruit sera plutôt pour la jouissance d'antrui que pour leur propre jouissance. Car, dit le juif Philon , le Roi esl pour son royaume ce qu'esl le savant pour l'ignorant . ce qu'est le pasteur pour ses brebis, le père pour

SOS enfante, la lumière pour les ténèbres, el ce qu'est Dieu

sur la lene pour toutes ses créatures. L'investiture qu'il donna à Moïse lorsqu'il le lit Roi et chef de son peuple, fut de lui • lire qu'il devait être comme Dieu , le père commun de tous; car l'office el la dignité de roi oblige à tout cela. Omnium doillnis vigilia défendit, omnium otium illius industria , omnium vacationem illius occupatio [a)A .'est ce que dit le prophète Samuel au roiSaul, récemment élu Roi, lorsqu'il lui expose les obligations de son office : Considère, Saul , que Dieu aujourd'hui t'a donne l'onction de Roi sur tOUl ce royaume; lu

es obligé par office de le gouverner tout entier. Du ne t'a

point l'ait Roi pour que tu te mettes a dormir, (pie tu tVnor- (a) Séneca, lih. de Consol.

cueillisses et te glorifies de la dignité de Roi ; mais pour que lu gouvernes bon royaume, que tu le maintiennes dans la paix et la justice, que lu le défendes et le protèges contre ses ennemis : Rex eliyilur , non, ut sui ipsn/u curam habcat, dit Socrale , et een mollitec curet , sed ut per ipsum ii, qui elegeruni , hi'iw beateque rivant. Ils ne lurent point créés ni introduits dans le monde pour leur seule commodité et leur plaisir , pour igue tout bon morceau arrivât dans leur assiette (s'il en était ainsi , personne ae se soumettrait à eux de bonne grâce) ; mais ils le turent pour L'avantage et le bien commun de ions Leurs sujets; pour les gouverner, les protéger, les enrichir, les conserver et les servir. Voilà ce que l'on peut dire, car bien que le sceptre et la couronne aient en apparence une ligure

de dominai ion et de commandement , l'once de Roi est en toute rigueur un oilice d'esclave. Sercusconnnnnis , sive servus honoratus , a-t-on dit quelquefois en parlant da Roi, quia a tota Hcpnblica stipendia accipit, ut ser mal omnibus. El c'est un titre dont se glorifie également le Souverain-Pontife : Serras Serrorum Dei. Dans l'antiquité ce nom d'esclave était intâme; mais depuis que le Christ l'a porté , il est devenu plein d'honneur : or, s'il ne répugne et ne déroge pas à l'essence et à la nature du Kils de Dieu , il ne peut non plus dérogera la nature et à la grandeur du Roi.

« C'est ce que comprenait et disait clairement Antigone,

roi de Macédoine, à son lils , lorsqu'il le reprenait de rempire excessif qu'a* exerçait sur ses sujets: .1// iijnoras , //// mi. rerjnum noitrum nobileta esse serritatem. Avant lui, Agamemnon avait dit de la même manière : « ?Sous vivons dans une giande apparence de grandeur et d'élévation; mais, en réalité , nolis sommes les serviteurs et les esclaves de nos sujets*»

Tel est l'office des bons rois : servir avec honneur. Dès qu'ils

sont rois, leurs actions ne dépendent plus seulement de leur propre volonté, mais des lois cl des regles qu'on leur adonnées, et des conditions auxquelles ils ont accepté l'empire. Et

lors même qu'ils manquënl à ces conditions (qui sont l'effet d'une convention humaine), ils ne peuvent manquera Celle qui leur est donnée par la loi naturelle et divine, aussi maitresse des rois que des sujets; or, ces regles sont presque toutes renfermées dans oes paroèes de Jérémie , que Dieu , au sentiment de saint Jérôme, adresse aux rois en leur donnant le commandement : Facile judicium et justitiam , libérale ri

opjiressutn de manu ralumniatoris , et advmam , et ¡in/iilhim, et viduam milite contristare , nei/ue oppriiualis inique, et sant/uincm innocentent non effuudatis. Tel est le résumé des obligations du roi ; telles sont les lois de son institution qui l'obli-

mm - £(.)7

geni ;i maintenir dans la paix et la justice l'orphelin , la veuve , le pauvre, le riche, le puissant, et celui « | ■ i i ne peut rien par lui-même. Ces! sur lui que pèsenl les torts de ses ministres envers les uns. les injustices dont souffrent les autres, les angoisses <!<• l'affligé , les larmes de celui qui pleure : sans parler de mille autres charges4 , d'un déluge de soucis et d'obligations imposés a quiconque est prince et chef d*un Etat. Car s'il est la tête pour commander et gouverner, pour soutenir <'t soulever les fardeaux «1rs autres , il doit être aussi comme les pieds sur lesquels repose tout le poids du corps de la république. Les rois et les monarques , «lit le saint homme Job, ainsi que nous l'avons vu, portent et traînent le monde

Bar leurs épaules , à raison de leur office. De là vient celte

figure que nous voyons au livre de la Sagesse : In vestepode* ris, quam habebat suminus Sacerdos, totus erat orbù terrarutn.

D. s qu'un homme est roi , qu'il se tienne pour dit qu'on lui a [été sur le dos use charge tellement pesante, qu'un char robuste ne la pourrait porter. Moïse le sentait bien; car Dieu l'ayant l'ait sou vice-roi, son capitaine-général , son lieutenant dans le gouvernement, au lieu de lui rendre grâces pour

une si honorable laveur, il se plaignait de voir placer sur ses

('■paules une charge si lourde, Cur affiixisti serpumtuum? Cur imposuisti pondu» univers* popuU lut jus super me? Continuant ses gémissements, il dit encore: a Numguid ego concept omntui hanc multitudinem î Aul genui eam, /// dieas miki: porta

Seigm nr , est-ce donc moi qui les ai uns au monde f Estce moi qui les ai engendrés, pour que vous m'ordonniez de les prendre sur mes épaules et les porter? » Or, il est à remarquer que Dieu ne disait pas un mot de cela a Moïse; il lui ordonnait seulement de les régir et de les gouverner, de

remplir a leur égard l'office de capitaine et de chef. Et cependant, que dit Moïse? Que Dieu lui avait ordonné de les

prendre sur ses épaules : Porta 608. Il semble donc se plaindre

a tort, puisqu'on lui dit uniquement d'être capitaine , de diriger, d'ordonner, de gouverner. On a coutume de dire : A bon entendeur , il sullit d'un mot. Celui qui sait et comprend ce quec'eSt (pie de gOUVerOer et d 'ire chef, sait aussi (pie

gouvernement et charge sont une même-chose. Les mots mêmes regere et portare sont synonymes et ont uw même Bignification : point de gouvernement ni d'emploi sans charge et

travail. Dans la distribution des offices <pie lit lacob entre ses

enfants , il désigna Kuben pour être le premier dans sou héri-

■ , et le plus grand dans le commandement : PrïOT in il<>-

nis, major m imperio. Va saint Jérôme traduit: major ad porium, car le commandement et la charge sont une même

chose : et la charge, le travail sont d'autant plus grands que le commandement est plus élevé. Saint Grégoire , dans ses Morales, dit que la puissance, la domination, l'empire des rois sur tout le monde, ne doit point être regardé comme un honneur, mais comme un travail : Potestas accepta non honor, sed onus œstimatur. Et cette vérité a clé perene même par tel plus aveugles delà gentilité : l'un d'eux , saisissant la chose sous le même aspect , dit en parlant d'un autre païen que son dieu Apollon avait l'ait tout glorieux et joyeux par le don d'un certain office : Lœtus crut, mixtoque oneri gaudebai honore. De sorte que régner et commander est un assemblage d'un peu d'honneur et de beaucoup de charge. Le mot latin qui signifie honneur ne diffère de celui qui signifie charge que par une lettre : On os et onus. Du reste, il y a eu et il y aura toujours quelqu'un pour prendre la charge à cause de l'honneur ; quoique tout le monde prenne le moins possible ce qui pèse , et le plus possible ce qui est glorieux ; choix dangereux, car ceci n'est pas toujours le pins sur. »

Si l'on taxait un pareil langage de ilalterie, il serait difficile de deviner ce qu'on entend par dire des rérites. Et faites attention que celles-ci ne sont point dites en passant ; le bon religieux met une telle insistance à les inculquer, qu'on y pourait trouver quelque irrévérence , si la candeur enfantine de son langage ne révélait les plus pures intentions. Ce passage est long, mais plein d'intérêt , car il reflète fidèlement l'esprit de l'époque.

Mille autres textes pourraient prouver combien faussement on accuse le clergé catholique «l'être favorable au despotisme; je ne terminerai pas sans insérer ici deux excellents pass du docteP. Fr. Ferdinand de Zeballos , religieux hiéronymite du monastère de Saint-lsidore-del-Campo , et connu par un ouvrage qui s'intitule : La fausse Philosophie, ou l'Athéisme, U Déisme, le Matérialisme, et autres saeteé nouvelles., conraincues de crime d'Etat contre les souverains et leurs régaies , contre les magistrats et les puissances légitimes i Madrid, ÍTTii). Voyez avec quel tact le savait! écrivain apprécie l'influence de la religion sur la société ( Liv. II , diss. l~2 , art. 2 ).

« Le gouvernement doux et m *dérè si celui qui convient le mieux a l'esprit de F Evangile.

» Une des excellences qu'il faut estimer dans notre sainte

Religion, c'est qu'elle offre à La politique humaine, datasses

importantes vérités, une aide pour conserver avec moins de neme le bon ordre parmi les hommes. « La Religion chrétienne, dit Montesquieu avec beancoup de vérité, est éloignés du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans l'Evangile, elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se ferait justice et exercerail ses cruaulcs. »

i II faut l'aire attention que cette opjxisition mise par le christianisme à la cruauté du prince, ne doit point être active, mais passive, et pleine de cette douceur que le christianisme ne saurait perdre sans oublier Son caractère. C'est la

différence qui existe entre les chrétiens catholiques et les calvinistes et autres protestants. Basnageet furieu,au nom de

toute leur reforme, ont écrit qae les peuples peuvent faire

la guerre à leurs princes, des qu'ils sont opprimés par eux, (tu qu'il leur parait que leur conduite est tyrannique.

« L'Ëglise catholique n'a jamais altéré la doctrine qu'elle a reçue à cet égard de Jésus-Christ et des Apôtres. Elle aime la modération; elle se réjouit du bien, mais elle ne résiste point au mal , elle le surmonte par la patience.

» Les gouvernements qui se règlent selon les fausses religions ne peuvent se contenter d'une politique modérée : ches

eux, le despotisme OU la tyrannie des princes, l'atrocité des

châtiments, la rigueur d'une législation inflexible et cruelle ■ont autant de maux nécessaires. — .Mais pourquoi n'est-il donne qu'à la Religion catholique de purger de cette inhumanité les gouvernements humains?

» Premièrement , à cause de la forte impression que produisent ses dogmes; secondement, par l'effet de la grâce de issus-Christ qui rend les hommes dociles pour faire le bien , et énergiques contre le mal.

» La ou règne une fausse religion, et où manquent, par conséquent, cea deux secours, le gouvernement est dans la nécessité de suppléer autant que possible, par les efforts d'une

politique violente , dure, armée de terreurs , au défaut de cette vertu qui devait se trouver dans la religion pour contenir les citoyens.

» Ainsi dune , la Religion catholique , par l'inlluence de ses

dogmes tur les actions humaines , dispense les gouvernements • le la nécessité d'être durs. On observe qu'as .lapon, où la religion dominante n'a point de dogmes et se propose aucune

idee de paradis on d'enfer, on l'ail ih'S lois pour suppléer a ce défont , lois Utiles par la cruauté avec laquelle elles sont concues et la ponctualité avec bonete on les exécute.

» Dans toute société où les déistes, les fatalistes et les philosophes auront répandu cette erreur, que nos actions sont nécessaires, on ne pourra éviter que les lois deviennent plus terribles et plus sanguinaires que toutes celles qui ont été connues chez les peuples barbares; car, dans une telle société , les hommes, à l'instar des bêtes , n'ayant plus que des motifs sensibles pour l'aire ce qui leur est commandé et omet- Ire ce qui est détendu , ces motifs, ces châtiments devront être chaque jour plus formidables, afin de ne pas perdre par l"habitude la force de se faire sentir. La Religion chrétienne qui enseigne et éclaire admirablement le dogme de la liberté rationnelle, n'a nul besoin d'une verge de 1er pour conduire les hommes.

» La crainte des peines infernales, soit éternelles, pour punir des délits non détestés , soit temporelles , pour purifies les taches des péchés confessés, dispense les juges d'augmenter les supplices. D'autre part, l'espérance du paradis pour la récompense des actions, des paroles , des pensées louables, porte les hommes à être justes , non-seulement en public , mais encore dans le secret de leur cœur.

» Par quelles lois ou quels châtiments les gouvernements qui n'ont pasee dogme de feuler et de la gloire , pourront-ils faire de leurs citoyens de vrais gens de bien? Les matérialistes en niant le dogme de l'autre vie, et les déistes en accordant aux méchants la sécurité flatteuse du paradis, mettent donc les gouvei uements dans la pénible nécessité de s'armer de tous les instruments de terreur, d'inlliger toujours les plus cruels supplices pour contenir les peuples, sous peine de les voir s'eut re-dét ru ire.

n Les protestants en sont déjà venus à ce point, en niant le dogme de l'éternité de l'enfer éternel, ou tout au plus, en ne laissant que la crainte d'une peine qui doit finir. Les premiers réformateurs, ainsi que le dit d'Alembert au clergé de Genève, nièrent le purgatoire , en laissant l'enfer; mais les calvinistes et les réformés modernes, en limitant la durée de l'enfer, ne laissent proprement que ce que nous appelons purgatoire.

» Le dogme du jugement final, où seront dévoilées à tout le monde les pins petites fautes commises par chacun dans le secret , n'est-il pas d'une singulière efficacité pour mettre un frein aux pensées, aux désirs, à toutes les perversités du eosur

et des passions? Il est clair que ce dogme dispense d'autant le

gouvernement politique de la vigilance pénible et continuelle qu'il déviait exercer sur une cite où l'idée de ce jugement aurait péri avec les pensées quien sont la conséquence. »

isoi; 301

» Il est chez les philosophes certaine! aberrations qui donnent a penser que ces hommes ont on quelques justes connaissances dam des moments de lucidité, ou tandis qu'ils étaient dans la Religion catholique.' <"est ainsi qu'ils ont dit que i la Religion a été inventée par la politique pour épargner

aux souverains le souei d'être justes , de l'aire de bonnes lois ,

et de bien gouverner. »

» Cette ineptie , qui tombe d'elle-même dès qu'il s'agit de Religions déjà antérieurement formées, suppose néanmoins la vérité dont nous parlons. Il est évident pour tout le monde, même pour les philosophes dont nous venons de rapporter l'assertion extravagante, «pie la Religion chrétienne, par ses dogmes, prête secours aux gouvernements humains, et coopère a la bonne vie des citoyens même en ce monde; eh bien! c'est de cela même qu'ils prennent occasion pour avancer leursotte malice; mais, au Tond, et malgré eux, ils veulent dire que les dogmes de la Religion sont si commodes pour ceux qui gouvernent, et si efficaces peur aplanir la plus grande partie du travail du gouvernement , qu'ils semblent laits à souhait , et d'après les desseins d'un magistrat ou d'un gouvernement politique.

» On ne dit pas pour cela que la Religion toute seule suflise à gouverner les hommes, sans aucun secours des juges, sans intervention des lois ou des châtiments. En parlant de cette efficacité des dogmes qui nous sont enseignés par la Religion , nous n'avons point une présomption téméraire; nous ne rejetons pas comme superflu et inutile pour les sociétés l'office des lois et de la police. L'Apôtre nous dit que, pour les justes seulement , il n'y aurait pas eu besoin de faire la loi; mais il y a tant de scélérats, qui, à force d'oublier leur fin et les jugements terribles de Dieu, vivent sous l'empire exclusif de leurs passions, qu'il a été nécessaire de faire des lois et d'établir les châtiments actuels, afin de les contenir. Ainsi la Religion catholique n'exclut point la saine police et n'en bannit point l'office; elle l'aide, au contraire, et elle est aidée par elle, pou h- plus grand avantage d'un bon gouvernement :les peuples, grâce a elle, sont mieux conduits, et avec moins de rigueur <■! de séi érité.

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