‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation Européene (volume 2)Chapitre 36 sur 55 · NOTBS · texte numérisé non relu

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doux peuples industrieux et mercantiles. Les métiers, à Barcelone, se sont régies, ont prospéré et deferí sous ce système municipal et cette jurisprudence consulaire, dont le commerce et l'industrie , sa compagne , ont eu toujours besoin ; ce fut ainsi que cette capitale devint l"uu des centres les plus cèlelires des manufactures du moyen âge, réputation qu'elle a conservée et augmentée jusqu'à nos ¡ours. C'est sous le nom et avec la règle des corporations et des confréries que se sont établis les métiers en Flandre, en Fiance et en Angleterre, pays où les arts ont été portés au dernier degré de leur perfection et de leur éclat.

» Les corps de métiers à Barcelone , lors même qu'on ne les considérerait point comme une institution nécessaire pour régler la forme primitive du gouvernement municipal, devraient être regardés comme l'établissement le plus important, soit pour conserver des arts, soit pour fonder la considération des artisans eux-mêmes. Et d'abord , les corps de métiers, comme L'expérience d'une suite de cinq siècles l'a démontré, ont fait un bien incomparable à Barcelone, rien qu'en y gardant, comme un dépôt immortel , l'amour, la tradition, la mémoire des arts. Ils ont été autant de points de réunion, si nous pouvons parler ainsi , autant de bannières sons lesquelles se sont réfugiés plus d'une fois les débris de l'industrie, pour se réparer, se refaire et se transmettre jusqu'à nos jours, malgré les pestes, les guerres, les factions et tant d'astres calamités funestes qui ('puisent les hommes, bouleversent les domiciles, changent les moeurs. Si Barcelone, qui a si souveni éprouvé ces Beaux physiques et politiques, n'avait eu aucune communauté, aucun lien, aucun intérêt commua entre ses'artisans , elle aurait certainement vu disparaître toute leur intelligence, leur économie et leur activité, comme il arrive aux caslors, poursuivis par les chasseurs, lorsqu'on est parvenu à les disperser (a).

n Par un heureux effet de la sécurité dont jouissent les ramilles dans leurs métiers distincts , et grâce au secours on

(a) Ici se retrouvent plusieurs pensées tirées d'un écrit qui a vu le jour en 1774, dans l'imprimerie de Sancha, sous le titre de Discourt cconomique-politique pour Id défense </■/ travail mécanique i!<s ouvriers t par Ü. Iidinon Miguel Palacio. L'auteur de ces Mémoires, dans la crainte d'être isé d'un grossier plagiat, observe qu'étant obligé de traiter ici la même matière, il a dû adopter une grande partie «les idées consignées dans rit, qu'il jugea convenable à cette époque de publier sans y mettre son véritable nom.

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muni ie piété institué dans le ^» -i n mène de la corporation, pour ses membres nécessiteux , qui, sans cel appui, pourraient être précipités dans la ruine, on a vu, à Barcelone, oui établissements économiques contribuer directemenl à maintenir la prospérité des arts, en bannissant de l'atelier la misère et eu préservant l'ouvrier tic l'indigence. Sans cette police corporative, qui circonscrit chaque métier, la propi ••i l;i fortune des artisans auraient couru les pifos grands ris- »|ucs ; île plus, les métiers auraient été exposes ;t perdre leur crédit ci leur stabilité; car alors, le falsificateur, l'ouvrier maladroit, l'aventurier obscur auraient eu impunément le droit de tromper le public, et la liberté se serait changée

en une funeste licence. D'autre part , les corps de métiers étant des associations puissantes, dirigées, chacune en son particulier . par l'unanimité de l'intelligence et la communauté des intérêts, Taisaient avantageusement et a propos les prousions de matières premieres. Ils pourvoyaient aux besoins des maîtres ; ils misaient îles avances ou prêtaient caution à ceux d'entre leurs membres qui manquaient de temps ou de fonds pour faire a leurs frais de si grands déboursés préliminaires. En outre, ces corporations, qui comprenaient et représentaient l'industrie nationale, et qui, par conséquent, étaient intéressées a ¡a conserver, adressaient, à d'autres époques , des Mémoires au Conseil municipal ou aux. Cortés , sur les préjudices qu'elles éprouvaient , ou qu'il leur arrivait fréquemment de prévoir, par l'effet de l'introduction de marchandises falsifiées , ou de produits étrangers, cause de ruine pour notre industrie.

« Enfin, sans l'institution des corps de métiers, renseignement n'aurait pu avoir ni ordre ni règles constantes; car là <mi il n'y a point de maîtres autorises et établis d'une maniere Stable, il n'y a pas non plus de disciples; et toutes les lois,

sai.s mie puissance executive qui les fasse observer, seront

vaines ou seront foulées aux pieds. Les corps de métiers sont

tellement nécessaires pour la conservation des arts, que les

divers métiers connus aujourd'hui dans celte capitale ont tiré, en d'autres temps , leur origine et leur nom des divisions lomiqoes et d'arts établies par ces corps. Lorsque le forgeron façonnait, dans son atelier , «les soes de charnu', des

clous, des clef,, des eoillealIX. des ep.'-es , rlc, OU ignorait

les noms des métiers de serrurier, cloutier, coutelier, fourbis» leur , etc.- et comme il n'y avait point d'enseignement propre et particulier pour chacune de ces branches de travail, dont

la séparation a formé plus lard autant de nouveaux arts soutenus par leurs communautés respi -lises, ees métiers étaient inconnus.

» Le second avantage politique qui est résulté de l'institution des corps de métiers à Barcelone, c'est l'estime et la considération que ces établissements ont données dans tous les temps aux artisans et aux arts mêmes. Cette sage institution a concilié le respect à la classe des ouvriers, en la constituant en un ordre visible et permanent do la république. Voila pourquoi le peuple barcelonais, dans tous les temps, a montré une conduite et un genre de vie qui ne se trouve que chez un -peuple honorable. Ce peuple n'ayant jamais pu se confondre avec aucun corps exempt et privilégié , car les corps de métiers tracent un cercle autour de leurs membres et les font connaître pour ce qu'ils sont et ce qu'ils valent, a fini par se convaincre qu'il y avait dans sa propre sphère de l'honneur et de la vertu , et il s'est e libreé de conserver ces qualités : tant il est certain que les distinctions d'état dans une nation ont plus d'influence qu'on ne le croit, pour conserver l'esprit de chacun de ces états.

» D'un autre côté, les corps de métiers forment des communautés régies par on code économique , et chacun de ces corps a certains emplois, certains honneurs auxquels tousses individus peuvent aspirer. Les préjugés même de l'homme , lorsqu'on leur donne une bonne direction, produisent parfois d'admirables effets ; c'est ainsi que le gouvernement, l'administration de ces corps, où l'artisan a toujours joui île la prérogative de diriger les ressources et les intérêts de son métier et de ses confrères, avec le titre de Conseil ou de Prudhornme (Prohombre), a procuré aux arts mécaniques de Barcelone une estime publique et générale. Pour ces hommes, la prééminence dans une fête ou une assemblée est capable d'adoucir la rigueur du travail corporel et le désavantage d'une- position inférieure.

» En même temps que les métiers de Barcelone, réduits en corps bien ordonnes , fixaient et conservaient les arts dans cette capitale, ils avaient le crédit, agissant comme corps politiques de la classe la plus nombreuse du peuple, de concilier à leurs membres une haute estime. L'artisan obscur, sans matricule ni communauté , reste indépendant et errant; il meurt, et avec lui l'art périt; d'autres lois au premier revers delà fortune, il émigré et abandonne son métier. Quelle considération peuvent acquérir en un pays quelconque des métiers errants et misérables? sans doute celle qui appartient aux rémouleurs et aux chaudronniers dans les provinces d'Espagne; A Barcelone , tons les métiers ont constamment joui de la même estime générale , parce que tous ont été érigés et réglés d'après un même système qui les a rendus sédentaires, visibles, et leur a assuré" le bien-être.

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