ROTIS
tout d'abord imprimer aux mœora publiques uno impulsion et une inclination générale; on conçoit en effel que là où tous les citoyens sont égaux dans la participation aux honneurs, nul ne veuille être inférieur à un autre en vertu ou en mérite , Ion même que sous d'autres rapports il lui est inférieur par l'étal el la fortune. Cette noble émulation, qui devait naturellement s'enflammer et se propager dans le concours de tous les ordres de l'État , a donné naissance ala dignité , à la fière el intacte probité des artisans do Barcelone; et ce caractère s'est soutenu jusqu'à nus jours, pour l'admiration de l'Espagne el des nations étrangères. La négligence denos ailleurs nationaux a été telle, que cette narration semblera une découverte; jusqu'à présent Barcelone et la Principauté ifavaienl point eu le crédit d'attirer le regard scrutateur de l'histoire politique, de sorte qu'une ombre épaisse y couvrait encore les vrais principes | toujours ignorés du vulgaire) qui ont produit dans tous les temps les vertus et les vices des nations.
C'est à ces causes qu'on peut attribuer en grande partie l'estime que se sont acquise les artisans; rien de plus profitable que cette obligation où ils ont toujours été de se conduire avec dignité el noblesse dans leurs charges publiques
^'¡t de la corporation, soit du gouvernement municipal; de
plus , L'exemple constant de la maison du maître, lequel a continué jusqu'à présent de vivre avec ses apprentis dans une louable communauté , a confirmé les enfants dans «les idees d'ordre el de dignité, car il faut que les mœurs, qui ont autant de pouvoir que les lois , soient inculquées des Page le plus tendre. Ainsi on n'a point vu à Barcelone l'ouvrier se confondre, par la malpropreté de ses habits, avec le mendiant,
dont il est si facile, a dit un illustre écrivain, de contracter
les habitudes licencieuses et fainéantes, lorsque le vêtement de l'homme d'honneur n'a rien qni le distingue de celui de la
canaille. < >n n'a pas \<\ non plus dans la population Ouvrière
ces habits embarrassants qui, cachant les baillons el couvrant la fainéantise, génenl les mouvements el l'agilité du corps, et invitent à une commode oisiveté. Le peuple n'a pas
pris l'habitude de se rendre dans les tavernes, on l'exemple
du grand nombre a la puissance d'obliger , pour ainsi dire , à l'ivrognerie et au désordre des mœurs. Les divertissements, si nécessaires au peuple qui travaille, pour lui rendre tolerable sa tâche quotidienne, ont toujours ele d'innocentes ré-
« restions qui le reposaient de ses (atigues ou les variaient. Les
{eux autrefois permis étaient la bague, les quilles, les boules, a balle, le tir au blanc , l'escrime et la danse publique, au-
torisée , surveillée par la police, divertissement qui , depuis un temps immémorial, est général chez les Catalans , dans certaines saisons et à certaines fêtes de Tannée.
» Jamais l'artisan à Barcelone n'a perdu de sa considération à raison de la matière sur laquelle s'exerçait son art . argent, acier, fer, cuivre, bois ou laine : nous avons vu que tous les métiers avaient une égale capacité pour les emplois municipaux de la république, sans en exclure même les boucliers. L'ancienne Barcelone ne commit point la faute politique d'établir des préférences d'où quelque distinction odieuse pût résulter entre les métiers. Les habitants considérèrent quêtons les citoyens étaient estimables en eux-mêmes , puisque tous concouraient à fomenter, à soutenir la prospéritéd'une capitale dont l'opulence et la puissance étaient fondées sur l'industrie de l'artisan et du négociant. En effet, à Barcelone on n'a jamais vu régner l'idée si répandue par laquelle toute profession mécanique est rabaissée ou avilie : funeste ci commun préjugé qui, dans les provinces d'Espagne, a fait une brèche irréparable au progrès des arts A Barcelone, on n'avait pas non plus le tort de refuser l'entrée de certains corps de métiers à ceux qui avaient professé d'autres arts ; dans cette ville tous les arts jouissaient d'un même degré d'estime. En un mot, ni Barcelone, ni aucune autre ville de la Catalogne n'a jamais donné accès dans son sein à ces erreurs vulgaires capables d'empêcher les gens honorables de s'appliquer au\ arts, ou les fils de continuer l'art qui fut exerce par leur père (a). »
J'ai parlé des nombreux conciles que l'Eglise a célébrés a d'autres époques ; pourquoi, me demandera-t-on , n'en célèbre-t-elle plus aussi fréquemment aujourd'hui? Je répondrai à cette question en citant un judicieux passage du comte de Maistre , dans son ouvrage Du Pape, liv. 1, chap. 2.
« Dans les premiers siècles du Christianisme, dit-il, les conciles étaient beaucoup plus aisés à rassembler, parce que l'Eglise était beaucoup moins nombreuse, et parce que runité des pouvoirs réunis sur la tête des empereurs, leur permettait de rassembler une masse suffisante a'évêques, pour en
(a) Voyez tout ce que dit contre ces abus et ces faux principes de politique Son Excellence M. Campomanes dans son Discours sur l'Éducation populaire des Artisans, depuis la page 119 jusqu'à la page 1G0.
imposer d'abord , el n'avoir plus besoin que de l'assentiment des autres. I.i cependant que de peines ! que d'embarras pour les rassembler !
» Mais dans les temps modernes, depuis que l'univers polieé s'csi trouvé, pour ainsi dire, koc/n- \kw tant de souverainetés, et qu'il a été immensément agrandi par nus hardis navigateurs . un concile œcuménique est devenu une chimère (¿i). Pour convoquer seulement ions les évoques^, et pour Faire constater légalement de cette convocation, cinq ou six, ans ne suffiraient pas. ■
NOTE in, PAGE 181.
Pour convaincre mes lecteurs de la vérité et «l»1 l'exactitude de toul ce que j'affirme ici , je les prie de lire l'histoire des hérésies qui <>nt affligé l'Eglise depuis les premiers siècles; mais plus particulièrement depuis le dixième siècle jusqu'à nos jours.
NOTK 11, PACK Í89.
Ce ne fut pas, ai-je dit, sans préjudice pour la liberté des peuples qu'on 6ta du jeu de la machine politique l'influence du clergé. Alin desavoir jusqu'à quel point cela est vrai, il est bon de remarquer quune grande partie des théologiens tendaient a des doctrines passablement larges en matières politiques, et que les ecclésiastiques furent ceux qui parlèrent aux mis avec le pins de liberté . même depuis que les peuples eurent presque entièrement perdu le droit d'intervention dans les affaires publiques. Voici quelles étaient les opinions de saint Thomas sur les formes de gouvernement :
(Qu ist. r.v, 1j ¿' .ï
De ratione judtoialium ptiBceptorum art. \n. Respondeo ÛU
(a) [fous appelons commune al une chimère <>u une chose impossible
ce qui présent* d'extrêmes difficultés. A cette occasion nous ne pouvons iM'n^ empêcher de faire observer aux esprits simples «¡niis doivent , d'après ces difficultés extrêmes, juger de la légitimité el delà siucéritédes désirs que Manifestent les Eaux réformateurs et les appelants aux conciles; ils ne veulent point de conciles, mais ils veulent, à l'ombre de ee mot, éebap per ¡i l'awtorilé de leurs supérieurs légitimes. Note des dvtturi de la Bibliothèque de Religion , publiée m Eepagne,
cendum , quod circa bonam ordinationem príncipam in aliqua civitate , vel gente , duo sunt attendenda , quorum uñona est, ut o m nos aliquam partem babean! in principaiu; peí hoc enini conservatur pas popoliel omnes talem ordinationem amant el cuslodiunt ut dicitar | II. Polit., cap. I), aliad etri (|uod attenditur secandum speciem regiminis vel ordinutionis priacipaiuum , cajas cuín sint diversa? species, ut Philoso- 1 > I n i s tradit in III. Polit, cap. V, praeeipue tamen uuum régimen est, iaquo anas prineipatur secundum virtutem : et arislocratia, id est potestas optimoram, in qaa aliqui pauci priocipantursecaadam virtutem. Unde óptima ordioatio principum est inaliqua civitate vel regao, iu quo anos prseficitur secundum virtutem qui omnibus príesit et sub ipso sunt aliqui principantes secundum virtutem, et tamen talis prineipatus ad omnes pertinet , tum quia ex omnibus eligi possunt , tum quia etîam ab omnibus eliguntur. Talis vero est omnis politia bene conmixta ex regno in quantum unus praeest, et aristocratia in quantum multi principantur secundum virtutem , et ex deinocratia, id est potestate popnli in quantum ex popularibus possunt eligi Principes, el ad populum pertinet electio priucipum, et hoc fuit institution secundum legem divinan).
Divus Thomas. (I3 2r. O. 90, art. 4\)
1.! sic ex quatuor pnedietis polest eolligi definitio legis qua niliil est aliad quaru quu'dam rationis ordinatio ab bonnm commune ab eo qui curain communitatis liabet promúlgala. Q. iJo, ant. i.
Tertio est de ratione legis humana? ut instituatur a gubernante eommiinitatem civilitatis : sicutsupra dictam est. (Quaest. 90, art. 3.) El secandum hoc distinguuttur leges húmame secundum diversa regimina civitatum, quorum unum, secundum Philosophum in [IL Polit. cap. XI, estregnum, quando scilicel civitas gubernatur ab uno, el secundum hocaccipiuntur constitutiones principum; aliud vero régimen est aristocratia, id est priocipatus optimorum vel optimatum, et secundum hoc sumuntur responsa prudentum el etiam senatusconsulta. Aliud régimen e>i oligarchia, i<l esl principatus paucorum divitum el potentum : et secundum hoc sumitur jus prsetorium , quoi! etiam honorarium dicitur. Aliud autem régimen est popôli, qnod nominatur democratia : et secundum hoc sumuntur plebiscita. Aliad autem est tjrannicnm, <piud e>[ omnino corraptom nade ex hue non sumitur aliqua le\. Kst etiam et aliquod régimen ex istis commixtum , quod
est optimum, «t secundum hoc sumitur loi quam majores
îKitu simili cimi plebibus sanxerunl , ut [sidorus dicil lil». .*>.