‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation EuropéeneChapitre 30 sur 51 · AUTRE EXEMPLE · texte numérisé non relu

AUTRE EXEMPLE

«A ce moment, je vois sur ma tête une colombe bien différente de celles d'ici-bas , car celle-ci n'avait point de plumes, mais comme des aîles d'écaillés de nacre, qui jetaient une vive splendeur. Elle était plus grande qu'une colombe ; il me semble que j'entendais le bruit de ses ailes. Elle les agita à peu pies l'espace d'un Ace, Maria. Déjà l'âme était dans un état tel, que s'évanouissant elle-même, elle perdit aussi de vue cette divine colombe. L'esprit s'apaisa avec la

2üi NOTES.

présence d'un tel hôte, bien qu'il me semble qu'une faveur si merveilleuse dût le remplir de trouble et d'effroi; mais comme l'âme commença à jouir, la crainte s'en alla , le repos commença avec la jouissance, l'esprit resta en extase. » (V. cb. xxviii, n° 7.)

On trouvera difficilement quelque chose de plus beau, exprimé avec un aussi vif coloris et avec une aussi aimable simplicité.

Il ne sera pas hors de propos de copier ici deux autres morceaux d'un genre différent, qui, tout en rendant sensible ce que nous voulons démontrer, pourront contribuer à réveiller le goût de notre nation pour une certaine classe d'écrivains espagnols qui chaque jour tombent en oubli parmi nous , tandis que les étrangers les recherchent avec empressement et en font des éditions somptueuses.

« J'étais une fois aux Heures, avec toutes les autres; mon âme se recueillit tout à coup , et elle me parut être tout entière comme un clair miroir, sans revers, sans côté, ni haut, ni bas, mais brillante de toutes parts. Au milieu d'elle le Christ Notre-Seignenr se présenta à moi comme j'ai coutume de le voir. Il me paraissait être à la fois dans toutes les parties de mon âme. Je le voyais comme dans un clair miroir, et ce miroir aussi (je ne puis dire comment) se gravait tout entier dans Notre-Seigneur lui-même , par une communication que je ne saurais dire, communication pleine d'amour. Je sais que cette vision m'a été d'une grande utilité , chaque fois que je me la rappelle, principalement lorsque je viens de communier. Il me fut donné à entendre que lorsqu'une âme est en état de péché mortel , ce miroir se couvre de grandes ténèbres et reste extrêmement obscur, en sorte que Notre-Seigneur ne peut s'y représenter ni y être vu , quoiqu'il y soit toujours présent comme donnant l'être ; quant aux hérétiques , c'est comme si le miroir était brisé, ce qui est bien pis que s'il était obscurci. Il y a une grande différence entre voir cela et le dire; on ne peut que difficilement faire comprendre une pareille chose. Je répète que cela m'a été d'un grand profit, et aussi d'une grande affliction à cause de la vue des diverses fautes par lesquelles j'ai obscurci mon âme, et me suis privée devoir ce Seigneur.» (Vie, ch. xl, n° 4.)

Dans un autre endroit , elle explique une manière de voir les choses en Dieu ; elle présente son idée sous une image si brillante et si grandiose, qu'il nous semble lire Malebranche développant son fameux système.

« Disons que la divinité est comme un clair diamant , infiniment plus grand que le monde, ou bien comme un miroir,

ainsi que j'ai dit de l'âme dans une autre vision; sauf qu'ici c'est d'une manière si sublime , que je ne saurais assez l'exalter. Tout ce que nous faisons se voit dans ce diamant, lequel renferme tout en soi , car il n'est rien qui ne soit compris dans une grandeur pareille. Ce fut pour moi effrayant de voir dans un instant si court tant de choses réunies dans ce clair diamant; et je m'afflige profondément chaque fois que je songe que des choses aussi horribles que mes péchés m'apparaissent dans cette très-pure clarté. » (Vie, ch. xl, n° T.)

Supposons maintenant avec les protestants que toutes ces visions ne soient que pures illusions, il est au moins évident qu'elles n'égarent pas les idées , ne corrompent pas les mœurs, ne troublent point Tordre public ; et assurément , n'eussentelles servi qu'a inspirer d'aussi belles pages, on ne saurait s'affliger de l'illusion. Ainsi se trouve confirmé ce que j'ai dit des effets salutaires que le principe catholique produit dans les âmes , en les empêchant de s'aveugler par l'orgueil , ou de se précipiter dans des voies pleines de péril. Ce principe les renferme dans un cercle où il leur est impossible de nuire à personne ; mais il ne leur ôte rien de leur force ni de leur énergie pour opérer le bien, en supposant que l'inspiration soit véritable.

Lorsqu'il m'était facile de citer mille exemples, j'ai dû, pour être court, me borner à un seul, en choisissant sainte Thérèse, comme une de celles qui se sont le plus distinguées sous ce rapport et parce qu'elle est contemporaine des grandes aberrations du Protestantisme. Enfin, comme elle est fille de l'Espagne , je saisis cette occasion de la rappeler aux Espagnols qui commencent à trop L'oublier.

Quelques-uns des coryphées de la réforme ont laissé soupçonner qu'ils enseignaient de mauvaise foi , qu'ils ne croyaient point eux-mêmes à ce qu'ils prêchaient et qu'ils n'avaient d'autre but que de tromper leurs prosélytes. Comme je ne veux point qu'on m'impute d'avoir élevé cette accusation à la légère, je produirai quelques preuves pour garantir mon assertion.

Entendons Luther lui-même : «Souvent, nous dit-il , je pense eu moi-même que j'ignore presque ou je suis, et si j'enseigne la vérité, ou non. (Ssepe sic mecura cogito, propemodum nescio,quo locosim,et utrum veritatem doceam , necne. ) » (Luther, col., Islcb. de Christo. ) Et c'est le même homme qui disait : « 11 est certain (pie j'ai reçu mes dogmes du ciel :

i. — xi. 23

je ne permettrai point que vous jugiez de ma doctrine, ni vous, ni les anges même du ciel. ( Certuin est dogmata mea habere me de cœlo. Non sinam vel vos vel ipsos angelos de cœlo de mea doctrina judicare. ) » ( Luther , contra reg. Ang. ) Jean Matthei , auteur de plusieurs écrits sur la vie de Luther, et qui ne tarit pas d'éloges sur le compte de l'hérésiarque , nous a conservé une fort curieuse anecdote touchant les convictions de Luther. Voici ce qu'il dit : « Un prédicateur appelé Jean Musa m'a raconté qu'il se plaignait un jour à Luther, de ne pouvoir se résoudre à croire ce qu'il prêchait aux autres. « Béni soit Dieu , s'écria Luther , puisqu'il arrive aux autres la même chose qu'à moi : je croyais jusqu'à présent que c'était là une chose qui n'arrivait qu'à moi. » (Johann. Matthesius , cône. 12.)

Les doctrines de l'incrédulité ne se firent pas attendre longtemps ; mais croirait-on qu'on les trouve consignées expressément dans divers endroits des ouvrages de Luther lui-même? « 11 est vraisemblable, dit-il, en parlant des morts, qu'excepté quelques-uns , tous dorment privés de sentiment. » «Je [tense que les morts sont ensevelis dans un si ineffable et si admirable sommeil, qu'ils sentent ou voient moins que ceux qui dorment du sommeil ordinaire. » « Les âmes des morts n'entrent ni dans le purgatoire ni dans l'enfer. » « L'âme humaine dort, tous ses sens ensevelis. » « Il n'y a point de tourments dans la demeure des morts. » « Verisimile est, exceptis paucis, omnes dormiré insensibiles. » « Ego puto mortuos sic ineilabili, et miro somno sopitos, ut minus sentiant aut videant, quam hi qui alias dormiunt. » « Animai mortuorum non ingrediuntur in purgatorium nec infernum. » « Anima humana dormit omnibus sensibus sepultis. » « Mortuorum locus cruciatus millos habet. »(Tom. ii. Epist. Lat. Isleb. fol. ii; t. vi. Lat. Wiltenberg. in cap. n, cap. xxm , c. xxv, c. xlii et xlix. Genes, et t. iv. Lat. Wittenberg, fol. 109.) 11 ne manquait pas de gens prêts à recueillir de semblables doctrines, et cet enseignement causa de tels ravages que le luthérien Brentzen, disciple et successeur de Luther, n'hésite pas à dire : « Quoique personne parmi nous ne professe publiquement que l'àme périsse avec le corps et qu'il n'y ait point de résurrection des morts , néanmoins la oie impure et toute profane qu'ils mènent pour la plupart, fait voir bien clairement qu'ils ne croient pas qu'il y ait une autre vie. Quelques-uns même laissent échapper des paroles de cette sorte , non seulement, dans l'ivresse des libations, mais même à jeun , dans les entretiens familiers. (Et si inter nos nulla sit publica professio quod anima simul cum eorpore intereal, et quod non sit mortuorum resurrectio, tamen impurissima et profanissima illa vita, quam máxima pars

hominum sectatur , perspicue indicat quod non sentiat viíam post hane. Nonnullis etiam tales voces, lam ebriis inter pocula, qnaní sobriis in familiaribus colloquiis. » (Brentins hom. 55, in cap. 20, Lue.)

11 y eut dans ce même seizième siècle quelques hommes qui ne se soucièrent point de donner leur nom à telle ou telle secte, mais qui professèrent sans déguisement l'incrédulité et le scepticisme. On sait que le fameux. Gruet paya de sa tète son audace dans ce genre; et ce ne furent pas les catholiques quila lui firent couper, mais bien les calvinistes qui trouvaient mauvais que ce malheureux eut pris la liberté de peindre dans leurs véritables couleurs le caractère et la conduite de Calvin. Gruet avait aussi commis le crime d'afficher à Genève des placards où il accusait d'inconséquence les prétendus réformés , vu la tyrannie qu'ils prétendaient exercer sur les con* sciences , après avoir secoué pour leur compte le joug de l'autorité. Cela se passait assez près du temps de la naissance du Protestantisme, puisque la sentence de Gruet fut exécutée l'an 1549.

Montaigne, que j'ai signalé comme l'un des premiers sceptiques qui se firent du renom en Europe , porte la chose si loin , qu'il lui arrive de ne pas même admettre la loi naturelle, a Ils sont plaisants , dit-il, quand pour donner quelque certitudeaux lois ils disent qu'il n'y en a aucunes fermes, perpétuelles et immutables , qu'ils nomment naturelles, qui sont empreintes en Vhumain genre parla condition de leur propre essence... (Montaigne, Ess., 1. ii, c. 12.)

Nous avons déjà vu ce que Luther pensait sur la mort , ou du moins les expressions qui lui échappent sur ce sujet, on ne saurait s'étonner après cela que Montaigne veuille mourir comme un véritable incrédule, et qu'il dise, parlant du terrible passage : « Je me plonge la tète baissée stupidement dans la mort sans la considérer , et reconnaître , comme dans une profondeur muette et obscure, qui m'engloutit d'un saut , et m'étouffe, en un instant d'un puissant sommeil plein d'insipidité et d'indolence. » (Montaigne, liv. m, chap. 9.)

Mais cet homme qui désirait que la mort le surprît plantant ses choux, et sans se soucier d'elle (Je veux que la moU me, trouve plantant mes choux, mais sans me soucier d'elle/, ne pensa plus de même dans ses derniers instants. Lorsqu'il fut près d'expirer, il voulut que l'on célébrât dans son appartement le saint sacrifice de la Messe , et il expira dans le moment même où il faisait un effort pour se lever sur son lit, dans l'acte de l'adoration de la sainte hostie. On voit qu'il avait profité dans son cœur de quelques-unes de ses pensées touchant la religion

chrétienne. L'orgueil , avait-il dit , est ce qui écarte l'homme • lu chemin commun, et le pousse à embrasser des nouveautés, aimant mieux être le chef d'une troupe errante et indisciplinée, que d'être disciple de l'école de la vérité. Dans un autre endroit , condamnant d'un seul mot toutes les sectes dissidentes , il avait dit : « En matière de religion, il faut s'attacher à ceux qui sont établis juges de la doctrine , et qui ont une autorité légitime, non pas aux plus savants et aux plus habiles. »

Par tout ce que je viens de dire il est clair , que si j'accuse le Protestantisme d'avoir été une des principales causes de l'incrédulité en Europe, je ne l'accuse pas sans raison. Je répète ici, que ce n'est nullement mon intention de méconnaître les eííorts de quelques protestants pour s'opposer à l'incrédulité ; ce que j'attaque, ce sont les choses, non les personnes, et j'honore le mérite en quelque lieu qu'il se trouve. Enfin, j'ajouterai que si au dix-septième siècle on remarqua dans un assez grand nombre de protestants une tendance au Catholicisme, il en faut chercher la raison dans le progrès qu'ils voyaient faire à l'incrédulité , progrès qu'il était impossible d'arrêter à moins de s'attacher à l'ancre de l'autorité que l'Eglise catholique présentait à tout le monde.

Je ne puis, sans dépasser les bornes que je me suis fixées, donner un détail circonstancié de la correspondance deMolanus et de l'évèque de Tyna, de Leibnitz et de Bossuet ; les lecteurs qui voudront s'instruire à fond de cette affaire , pourront l'examiner , en partie dans les œuvres mêmes de Bossuet , et en partie dans l'intéressant ouvrage de M. de Beausset, placé en tète de quelques éditions de Bossuet.

Pour se former une idée de l'état de la science au moment de l'apparition du Christianisme, et acquérir la conviction qu'il n'y avait rien à attendre de l'esprit humain , abandonné à ses propres forces, il suffit de rappeler les sectes monstrueuses qui pullulaient de toutes parts, aux premiers siècles de l'Eglise , et dont les doctrines formaient le mélange le plus informe, le plus extravagant et le plus immoral qu'il soit possible de concevoir. Les noms de Cérinthe , Ménandre , Ebion, Saturnin, Basilides, Nicolas, Carpocrales, Valentín, Marcion, Montan et tant d'autres , nous rappellent des sectes où le délire ne se séparait pas de l'immoralité'. En jetant un regard sur ces sectes philosophico-religieuses , on comprend qu'elles n'étaient capables ni de concevoir un sys-

tème philosophique avec quelque peu de concert , ni d'imaginer un ensemble de doctrines et de pratiques auquei puisse s'appliquer le nom de religion. Ces hommes bouleversent tout, mêlent tout , confondent tout ; Judaïsme , Christianisme , souvenirs des anciennes écoles, tout s'amalgame dans leurs tètes délirantes ; ce qu'ils n'oublient jamais , c'est de lâcher la bride à toute espèce de corruption et d'obscénité.

Un large champ s'ouvre, dans le spectacle de ces siècles, aux conjectures de la véritable philosophie. Que serait-il arrivé du savoir humain , si le Christianisme n'était venu éclairer le monde de ses doctrines célestes, si cette religion divine, confondant le fol orgueil de l'homme, n'était venue lui montrer combien ses pensées étaient vaines et insensées, combien il marchait loin du chemin de la vérité? Chose remarquable ! ces mêmes hommes , dont les aberrations nous fou! frémir, se donnaient à eux-mêmes le nom de gnostiques , à cause de la connaissance supérieure dont ils se figuraient être doués. On le voit : l'homme dans tous les temps est le même.

J'ai cru qu'il ne serait pas sans utilité de transcrire ici littéralement les canons auxquels je me rapporte dans le cours du texte. Les lecteurs pourront par là prendre par eux-mêmes une entière connaissance de ce qui s'y trouve , et il n'y aura plus lieu à redouter que le véritable sens des prescriptions se trouve détourné dans l'extrait que j'en ai fait.

Canons et autres documents qui montrent la sollicitude de l'église pour alléger le sort des esclaves , et les divers moyens dont elle s'est servie pour mener a fin l'abolition de l'esclavage.

On impose une pénitence à la maîtresse qui maltraite son esclave (ancillam).

(Conciiium Eliberitanum , anno 305.)

« Si qua domina furorezeli accensa flagris verberaverit ancillam suam , ità ut in tertium diem animam cum cruciatu effundat ; eo quod incerlum sit , volúntate an casu occident ;

si volúntate, post septum annos, si casu, post quinquennii témpora, acta legitima pcenitentia , ad communionem plaçait admitti. Quod si inf'ra témpora constituía fuerit infirmata, accipiat communionem. » (Canon 5.)

Il faut remarquer que le mot ancillam désigne une esclave proprement dite , non une servante quelconque : c'est ce qui paraît , en elfet , par les mots flagris verberaoerit , qui expriment un châtiment réservé à l'esclave.

On excommunie le maître qui , de son autorité privée, frappe de mort son esclave.

(Concilium Eunoense, anno 517.)

« Si quis servum proprium sine conscientia judicis occiderit , excoinmunicatione biennii effusionem sanguinis expiabit. » (Canon "24.)

Cette même disposition se trouve répétée dans le canon 15 du dix-septième concile de Tolède , célébré Fan 094 ; la lettre même du concile d'Epaone y est copiée avec une variante très-légère.

(Ibid). L'esclave, coupable d'un délit atroce, se soustrait aux supplices corporels en se réfugiant dans l'Eglise.

« Servus reatu atrociore culpabilis si ad Ecclesiam eonfugerit, à corporabilibus tantum suppliciis excusetur. Decapillis vero, vel quoeumque opere, plaeuit à Dominis juramenta non exigi. » (Canon 59.)

Précautions très-remarquables pour empêcher les maîtres de maltraiter les esclaves qui se sont réfugiés dans les églises.

(Concilium Aureliancnse quintum , anno 549.)

ic De servis vero, qui pro qualibet culpa ad ecclesia? septa confugerint, id statuimus observandum, ut, sicut in antiquis constitutionibus tenctur scriptum , pro concessa culpa datis à domino sacramentis, quisquís ille fuerit , expediatur de venia jam securus. Enim vero si immeinor fidei dominus trascendisse convincitur quod juravit , ut is qui veniam aceeperat probetur postmodum pro ea culpa qualieumque supplicio cruciatus, dominus ille qui immeinor fuit datas fidei, sit ab

omnium oommunione saspensus. Iternm si servus de promissione venise datis saeramentisà domino jam securus exirenoluerit , no sub tali contumacia rcquircnslocum fugae, domino fortassc dispereat, egredi nolcntem à domino eum liceat occupait, ut nullam, quasi pro retentatione servi, quibuslibet modis moiestiam aut calumniam patiatur ecclesia : fidem tamen dominus, quam pro concessa venia dédit, nulla temeritate transcendât. Quod si aut gentilis dominus fuerit , autalterius secta', qui a conventu ecclesîae probatu'r extraneus , is qui servum repetit, personas requirat bonse fidei christianas, ut ipsi in persona domini servo pnebeant sacramenta : quia ipsi possunt servare quod sacrum est , qui pro transgressione ecclesiasticam metuunt disciplinan!. » (Can. 22.)

Il est difficile de porter plus loin la sollicitude pour l'amélioration du sort des esclaves; ce document est vraiment curieux.

On défend aux êvêques do faire mutiler leurs esclaves ; on ordonne que le soin de les châtier soit laissé au juge delà ville, lequel cependant ne pourra leur faire couper les cheveux, peine que Von juge trop ignominieuse.

(Concilium Emeritense, anno 66G.)

« Si regalis pietas pro sainte omnium suarum legum dignata est poneré decreta, cur religio sancta per sane t i concihi ordincm non habeat instituta, qiue omnino debent esse cavenda? Ideoqoe plaçait lmic sánelo concilio, ut omnis potestas episcopalis inodnin suie ponat ira?; nec pro quolibet excessu cuilibet ex familia ecclesia.' aliquod corporis membrorum sua ordinatione prsesumat extirpare, aut auferre. Quod si talis emerserit culpa, advócalo judice civitatis ad examen ejus deducatur quod factum fuisse asseritur. Et quia omnino justum est, ut pontifex ssevissimam non impendat vindictam; quidquid coram judice verius patuerit, per dissiplinse severitatem absque turpi decalvatione maneat emendatum. » (Can. lo.)

Il est défendu aux prêtres de faire mutiler leurs esclaves. (Concilium Tolelanum undecimum , anno 675.)

« His a quibus domini sacramenta tractanda sunt, judicium sanguinis agitare non licet : et ideo magnopere talium excessibus proliibendumest, ne indiscreta1 pnesumptionis motibus agitati, aut quod morte plcctenduin est, senlentia pro-

pria judicare prsesumant, aut truncationes quaslibet membrorum quibuslibet personis aut perse inférant, aut inferencias prœcipiant. Quod si quisquam horum immemor praeceptorum , aut ecclesiœ sua; familiis , aut in quibuslibet personis tale quid feeerit , et eoncessi ordinis honore privatus , et loco suo , perpetuo damnationis teneatur religatus ergastulo : oui tamen communio exeunti ex hac vita non neganda est, propter domini misericordiam , qui non vult peccatoris mortem , sed ut convertatur et vivat. » (Can. G.)

On doit remarquer que le mot familia, employé dans les deux derniers canons que nous venons de citer , doit s'entendre des esclaves. La véritable acception de ce mot nous est clairement montrée par le canon 74 du quatrième concile de Tolède.

« De familiis ecclesiœ constituere prœsbyteros et diáconos per parochias liceat... ea tamen ratione ut antea manumissi libertatem status sui percipiant. »

r On voit ce mot employé dans le même sens par le pape saint Grégoire (Epist. 44. L. 4).

Une pénitence est imposée au maître qui , de son autorité privée , tue son esclave.

( Coneilium Wormatiense, anno 868.)

« Si quis servum propium sine conscientia judicum , qui taîe quid commiserit quod morte si dignum, occident, excommunicatione vel pœnitentia biennii , reatum sanguinis emendabit. )> (Can. 58.)

« Si qua femina furore zeli accensa, flagris verberaverit ancillam suam, ita ut intra tertium diem animam suam eu m cruciatu effundat, eo quod incertum sit volúntate, an casu occident; si volúntate, septem annos, si casu, per quinqué annorum témpora legitiman] peragat pœnitentiam. » (Can. 50.)

On réprime la violence de ceux qui, pour se venger de V asile accordé aux esclaves , s'emparent des biens de l'Eglise.

( Coneilium Arausicanum priraum , anno 441.)

« Si quis autein mancipia clericorum pro suis mancipiis ad ecclesiani fugientibus crediderit occupanda , per omnes ecclesias districtissima damnatione feriatur. » (Can. 6.)

(Ibid.) On réprime toute tentative faite contre la liberté des esclaves affranchis par l'Eglise, ou qui lui ont été recommandés par testament.

« In ecclesia manumissos , vel per testamentum ecclesise eommcndatos, si quis in servitutem , vel obsequium, vel ad colonariam conditionem imprimere tentaverú, animadversionc ecclesiastica coerceatur. » (Can. 7.)

On assure la liberté de ceux qui ont reçu le bienfait de la manumission dans les églises; celles-ci reçoivent l'injonction de se charger de la défense des affranchis.

(Concilium quintum Aureliancnse , anno 549.)

« Et quia plurimorinn suggestione comperimus, eos qui in eeclesiis juxta patrioticam eonsuetudinem a serviîiis fuerunt absoluti , pro libito quorumcumquo iterum ad servitium revocari, impium esse tractavimus , ut quod in ecclesia Dei consideratione a vinculo servitutis absolvitur, irritum habeatur. Ideo pietatis causa communi concilio plaeuit observandum , ut quaecumque mancipia ab ingenuis dominis servitutc laxan tur , in ea libértate maneant, quam tunca dominis perceperunt. Hujusmodi quoque libertas si a quocumque pulsata fiaerit , cura justifia ab eeclesiis defendatur, praeter cas culpas, pro quibusleges collatas servis revocare jusserunt libertates. » (Can. 7.)

L'Église est chargée de la défense des affranchis, soit qu'Usaient été émancipés dans son enceinte, soit qu'ils Valent été par lettre on testament, ou quils aient gagné la liberté par prescription. On réprime l'arbitraire des juges par rapport à ces infortunés; il est décidé que les évèques connaîtront de ces causes.

(Concilium Malisconensc secundum , anno 585.)

« Qua^ duo postea universo csetui secundum consuetudinem recitata innotescerent, Praetextatus et Pappulus viribeatissimi dtxefunt : Décernai itaque, et de miseris libertis vestía: auctorilatis vigor insignis , qui ideo plus a judicibus

affliguntur, quia sacris sunt commcndati ecclesiis : ut si quas quispiam dixerit contra eos actiones habere, non audeat eos magistratus contradere; sed in episcopi tantum judieio, in cujus praesentia litem contestans, qiue sunt justitise ae veritatis audiat. Indignum est enim, ut hi qui in sacrosancta ecclesia jure noseuntur legitimo manumissi, aut per epistolam, aut per testamentum , aut per longinquitatem temporis libertatis jure fruuiitur, a quolibet injustissime inquietentur. Universa saeerdotalis Congrega tio dixit : Justum est, ut contra ealumniatorum omnium versutias defenaantur, qui patrocinium immortalis ecclesiae concupiscunt. Et quieumque a nobis de libertis latum decretum , superbiae ausu praevaricare tentaverit, irreparabili damnationis sutesententia feriatur. Sed si placuerit episcopo ordinarium judicem, aut quemlibet alium saecularem , in audientiam eorum accersiri , cum libuerit fiât, et nullus alius audeat causas pertractare libertorum nisi episcopus cujus interest, aut is cui idem audiendum tradiderit. » ^Gan. 7.)

La défense des affranchis est confiée aux préires. ( Concilium Parisiense quintum , anno 614.)

« Liberti quorumcumque ingenuorum a sacerdotibus defendentur, nec ad publicum ullerius revocentur. Quod si quis ausu temerario eos imprimere voluerit, aut ad publicum revocare, et admonitus per pontificem ad audientiam venire neglexerit, aut emendare quod perpetravit distulerit, communione privetur. » (Can. 5.)

Les affranchis recommandés aux Eglises seront protégés par les

évêques.

(Concilium Toletanum tertium, anno -589. )

« De libertis autem id Dei prœcipiunt sacerdotes, ut si qui ab episcopis facti sunt secundum modum quo cañones antiqui dant licentiam, sint liberi ; et tantum a patrocinio ecclesiae tam ipsi quam ab eis progeniti non recédant. Ab aliis quoque libertati traditi , et ecclesiis commcndati , patrocinio episcopali tegantur, a principe hoc episcopus postulet. » (Can. 6.)

V Eglise se chargera de défendre la liberté et le pécule des affranchis qui lui ont été recommandés.

( Concilium Toletanum quartum , anno 633.)

« Liberti qui a quibuscumque mauumissi sunt, atque ecelesia? patrocinio commendati existunt, sicut regula? antiquorum patrum constituerunt , sacerdotali defensiones cujuslibet insolentia protegantur ; sive in statu iibertatis eorum , seu in

peculio quod habere noscuntur. » (Cap. 72.)

L'Eglise défendra les affranchis; prescription qui ne distingue point s'ils lui ont été recommandés ou non.

(Concilium Agathense, anno 506.)

« Libertos legitime a dominis suis factos ecelesia , si'necessitas exegerit, tueatur ; quod si quis ante audientiam , aut pervadere, aut expoliare prsesumpserit , ab ecelesia repella* tur.» (Can. 29.)

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