‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 10 sur 84 · LIBEBTE DE LANGAGE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LIBEBTE DE LANGAGE EN ESPAGNE

arait accordée. Or cette poiEsance consÎEte priucipakment dans la justice qui doit maintenir le peuple e& paix : celte justice venant à manquer, Vordre de la république manque j et l'office de roi cesêe^ ainsi qpi'il arriva en Gastille , où le gouyerneinent des juges remplaça celui des rois , à cause des injustices de D. Ordoiio et de D. Fruela... »

(Idée d'un prince politique chrétien exposée en cent deyises par D. Di^o de Saavedra Fajardo, chetaHa* de Tordre de Saint-Jacques, du Conseil de S. M. dans le Conseil suprême des Indes, derise 22.)

Les mots de peuple, pacte, consentement, ont fini par causer de l'eifiroi aux hommes à idées saines et à intentions droites , par suite du déplorable abus qu'on en a fût dans ces écoles immorales qui mériteraient bien plutôt l'épithëte d'irréligieuses que celle de démocratiques. Non , ce n'est point le désir d'à* méliorer le sort des peuples qui les a poussés à bouleverser le monde. Le vrai motif, c'est une ayeugle rage contre la religion, le plus ferme soutien de tout ce que la dyilisation européenne ayait conquis de Mge, de juste et de salutaire. Et en effet, n'ayonsnoos pas yu les écoles impies, qui yantaient tant leur amour pour la liberté, se ployer humblement sous la main du despotisme, toutes les fois qu'elles l'ont jugé utile à leurs desseins? Ayant la Réyolution française, n'ont-elles pas été les plus basses adulatrices des rois, dont elles étendaient démesurément les attributions, en yue de faire servir le pouyoir royal ^ abattre l'Église? Après l'éDoque réyolutionnairç,

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 l'appui de cette dernière observation, il est bon de démontrer que les doctrines les plus rigoureuses en matière politique sont n^ dans les pays où l'anarchie a fait le plus de ravages , et précisément à ces époques où le mal encore présent ou très-récent se faisait le plus vivement sentir. La révolution religieuse du seizième siècle et les bouleversements politiques qui en furent la conséquence , affectèrent principalement le Nord de l'Europe ; le Midi, spécialement l'Italie et l'Espagne , en ayant été presque

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eolièrement prësenré. Eh bien! ces deux derniers pays sont précisément ceux où la dignité et les prélogatiTes du pouvoir ciyil ont été le moins exagérées, ceux où on ne les déprima point dans la théorie, où on les respecta dans la pratique. De toutes les nations modernes, TAngleterre est la première au sein de laquelle se soit réalisée une révolution pro prement dite ; car je ne compte pour telles ni le sonlèyement des paysans d'Allemagne, qui, malgré les eatastroi^ies dont il fut la cause, ne parvint point à changer l'état de la société, ni Finsurrection des Provinces-Unies, qui doit être considérée comme une guerre d'indépendance. Or, ce fut précisément en Angleterre qu'apparurent les doctrines les plus exagérées et les plus fausses en faveur de la suprême autorité de la puissance civile. Hobbes, qui, tout en refusant à Dieu ses droits, eu attribuait d'illimités aux monarques, vécut à l'époque la plus agitée, la plus turbulente des annales de la Grande-Bretagne : il naquit eu 1588 et mourut en 1679.

En Espagne, où les doctrines impies et anarchiques qui avaient troublé l'Europe depuis le schisme de Luther ne pénétrèrent point avant le dernier tiers du dix-huitième siècle, nous avons vu qu'on s'exprimait sur les points les plus importants du droit public dyec la plus grande liberté ; on y soutenait des doctrines qui partout ailleurs auraient paru alarmantes. Aussitôt que les erreurs nous furent inoculées, l'exagération se fit également sentir; jamais chez iM)a8 les droits des monarques n'ontétéexaltés comme

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80US le règne de Charles IIL c'est-à-dire lorsque Tépoquc moderne s'inaugurait parmi nous.

La Religion, qui dominait toutes les conscieneeSy les maintenait dans Tobéissance due au Souyerain; dès lors nulle nécessité de le favoriser par des titr«B extraordinaires : ses Téritables titres lui suffisaient. Pour qui sait que Dieu prescrit d'être soumis à la puissance légitime, il importe peu que celle-ci émane du ciel d une manière médiate ou immédiate, que la société ait eu plus ou moins de part à la détermination des formes politiques, à l'élection des personnes ou des familles qui doivent exercer le sor préme commandement. Ainsi, bien qu'on parlât oi Espagne de peuple^ de consentement, de pactes^ lei monarques y étaient entourés de la vénération la plw profonde ; l'histoire de ces derniers siècles n'offre pat un seul exemple d'attentat commis contre leur per sonne. Les tumultes populaires étaient en mèm( temps fort rares, et ceux qui eurent lieu doiven être attribués à des causes qui n'ont aucun rappor avec l'une ou l'autre des doctrines dont nous parlons

Comment se fait-il qu'à la lin du seizième siècle, 1 conseil de Castille ne se soit point alarmé des prin cipes émis par Mariana, dans son livre de Rege et Ri gis institutione, tandis que ceux de l'abbé Speda lieri, à la fin du dix-huitième siècle, lui causèrent ui si grand effroi ? La raison eu est moins dans le con tenu des deux ouvrages que dans l'époque de leu publication : le premier vit le jour en un temps oi les principes religieux et moraux régnaient ferme

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m^t aa sein du peuple espagnol ; le second s'introduisit chez nous lorsque les doctrines et les faits de k Révolution française faisaient trembler les trônes, lorsque la propagande de Paris commençait à nous penrertir par ses émissaires et ses livres.

L& où la raison et la vertu auraient l'empire, ou fes passions mauvaises ne s'agiteraient point, ob tous les citoyens se proposeraient pour but unique I le bien et la prospérité de la patrie, les formes do gouvernement les plus populaires, les plus larges, seraient sans danger. Chez un tel peuple, en effet, les réunions nombreuses ne produiraient point de désordre, les intrigues n'obscurciraient point le mérite, les mots de liberté et de félicité publique ne seraient point exploités par l'ambition de quelquesans. De même en un pays où la religion et la morale r^ent sur les esprits, où le devoir n'est pas un vain mot, où Ton considère comme un crime aux yeux de Dieu de troubler la tranquillité de l'État ; en un pareil pays, dis-je, il sera moins dangereux d'agiter, théoriquement, touchant la formation des sociétés et Forigine du pouvoir civil, des hypothèses plus ou moins hardies, et d'établir des principes favorables lux droits des peuples. Mais ces conditions venant à manquer, il sert de peu de proclamer des doctrines rigonreuses ; toute précaution est alors inutile : comment celui qui ne respecte point la majesté divine respectera-t-il la majesté humaine ?

Les écoles conservatrices de notre époque, qui se sont proposé de mettre un frein au torrent de la Bé-

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Tolation, ont presque toujours eu le tort d'oubli< la yérité que je yiens d'exposer. Majesté royale^ a\ toriti du Gouvernement, suprématie de la Loi^ So\ veraineté parlementaire f Respect pour les formes iti bliesy Ordre : ces mots sont prononcés à chaqi instant. On proclame que c'est là le palladium de société^ et Ton condamne fortement la républiqu l'insubordination^ la désobéissance à la loi, Vinsm rectUm, V anarchie. Mais on oublie que les doctrim sont bien faibles, bien Yacillantes, lorsqu'il n exis pas un point fixe auquel le premier anneau de chaîne puisse être rivé. Généralement parlant, c écoles sortent du sein même des révolutions ; ell sont diriges par des hommes qui ont figuré daj les révolutions, qui ont contribué à leur donner V lan, qui, pour atteindre Tobjet de leurs désirs, n'o pas craint, à une autre époque^ d'affaiblir Tascei dant de la religion, et de relâcher par là les liai moraux. Voilà pourquoi ils se sentent impuissaD lorsque la prudence ou Tintérèt leur conseillent < de dire, Cest assez : entraînés comme tout le mon< par le tourbillon furieux, ils ne peuvent plus arr< ter ni diriger k mouvement.

Nous entendons à chaque instant condamner Contrat social de Rousseau, à cause des doctrin anarchiques qull contient ; mais croit-on par basai que le Contrat social soit uniquement ce qui a boi leversé l'Europe ? Sans doute il a produit de désai treux résultats ; mais de plus graves encore ont él causés par cette irréligion qui mine profondémer

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tontes les bases de la société, relâche les liens de famille et livre l'individu au caprice de ses passions, sans autre frein, sans autre guide que les conseils d'un bas égoïsme.

Les hommes de bonne foi commencent à pénétrer ees vérités. Néanmoins, dans les régions de la politique règne encore cette erreur qv' prête à la simple MUon des gouvernements civils, indépendamment des influences religieuses et morales, la puissance d'organiser et de conserver la société. Je sais bien qu'on n'établit point cela dans la théorie; mais qu'importe la théorie, si dans la pratique on agit conformément à Terreur ?

Ces écoles philosophico-politiqnes, qui prétendent régir le monde, procèdent d'une manière précisément opposée à celle du Christianisme. Celui-ci, bien que son objet principal fût le ciel, ne n^ligea pas cependant le bonheur des hommes ici-bas. Or, persuadé que, ponr bien ordonner la communauté, il fallait d'abord régler l'ir.divido; que, pour former nue bonne société, il fallait commencer par former de bons citoyens , il s'adressa directement à l'intelligence et au cœur. Proclamer certains principes itolitiques, instituer des formes particulières, telle est h panacée de quelques écoles qui croient possible de diriger la société sans eiercer une influence efficace sur l'intelligence et le cœur ; la raison et l'expérience sont d'accord pour nous apprendre ce que vaut un pareil système.

Enraciner profondément dans les esprits la reli-*

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s;ion et la morale, tel est le premier soin à prendre pour prévenir les révoltes et la désorganisation. Lorsque cette double puissance domine les cœurs, il n'y a plus à s'effrayer du plus ou moins de latitude des opinions politiques. Comment un gonvemement peut-il avoir confiance en un homme professant des opinions monarchiques, si cet homme est d'ailleurs an impie? Celui qui dénie à Dieu lui-même ses droits, respectera-t-il ceux des rois? La première chose, disait Sénèque avec une profonde raison, c'est le culte des dieux et la foi dans leur existence ; la seconde est de reconnaitre leur majesté et leur bonté, sans laquelle il n'y a point de majesté. « Primum eH Dêorum eultus, Deos credere; deinde rMere illis majestatem suam, reidere bonitatem sine qua nulïa majestas est. » (Senec. Epist. 95.)

Yoici comment s'exprime de son côté le premier orateur, et peut-être le plus grand philosophe de Borne, Cicéron : « Il faut, dit-il, que les citoyens soient d'abord persuadés qu'il y a des dieux maîtres de toutes choses et dirigeant toutes choses ; entre les mains desquels sont tous les événements ; qui dispensent incessamment de grands biens au genre humain; qui voient l'intérieur de l'homme, ce qu'il fait, l'esprit et la piété qu'il porte dans la pratique de la religion, et qui tiennent compte de la vie de l'homme pieux et de celle de l'impie. » SU igiturjam hoc a principio persuasum civibuSy dominos esse om^ nium rerum, ac moderatores deos ; eaque qusa gerantuTy eorum geri ditione ac numine^ eosdemqm optime

ATTBIBUTIONS DU POOVOIB CIYJL. Ifl

dégénère hotninum m«fen, et qualis quUqw sit, quid agat, quid inde admittatj qua mente^ qua pietate coht religioneê intuêri ; piorumque et impiorum habere rationem. (CSc, deNat,Deor., 2.)

Il faut graver ces vérités dans les esprits. Les nnux de la société n'émanent pas principalement des idées ni des systèmes politiques; la racine da mal est dans l'irréligion. 8i l'on n'oppose à l'irréligion UQe digne, c'est en yain que l'on proclame les principes monarchiques les plus rigides. Hobbes assorémeut flattait les rois un peu plus que ne faisait Bellannin ; et cependant, s'il fallait choisir entre ces deux hommes, quel monarque doué de bon sens ne préférerait d'avoir pour sujet le savant et pieux eon«troversi8te(3)?

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