‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 2 sur 84 · CHAPITRE XLTllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLTllI

de sanctionner d*une manière claire^ concluante, cette obligation fondée but la loi naturelle. £n effet, le même saint Jean Cbrysostome nous apprend que « dans ce temps-là une opinion fort répandue présentait les apôtres comme des séditieux et des novateurs, lesquels s'efforçaient, par leurs discours et leurs actes, d'amener le renversement des lois communes. » — « Plurima tune temporis circumferebatur « fama, traducens Apostolos veluti seditiosos rerumr « que novatores, qui omnia ad evertendum legeB « communes et facerent et dicerent. » (S. J. Gbrysost., Hom. 23» in Epist. ad Timoth.)

C'est à quoi, sans doute, Tapôtre saint Pierre fait allusion lorsque, avertissant les fidèles de l'obligation d'obéir aux puissances, il leur dit que « telle est « la volonté de Dieu, afin qu'en agissant ainsi, ils « fassent taire l'imprudence des hommes ignorants. » (Epist. I, c. 2.) Nous savons d'un autre côté, par saint Jérôme, que quelques-uns, dans les premiers temps de FEglise, entendant prêcher la liberté évangélique, s'imaginèrent que cela signifiait la liberté universelle. Instruits par l'expérience des derniers siècles, il nous est facile de comprendre à quel point il put être nécessaire de combattre une erreur si agréable à l'orgueil. Quatorze siècles avaient passé, et nous voyons cette erreur se reproduire au temps de Wiclef et de Jean Huss ; les Anabaptistes en font une application horrible, en inondant de sang l'Allemagne ; quelque temps après , les sectaires fanatiques de l'Angleterre amènent d'épouvantables CiV

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tastrophes par une doctrine semblable, qai enveloppe foUement dans un même anathème le sacerdoce et Fempire.

La religion de Jésns-GhriM;, loi de paix et d'amour, prêchait cette liberté qui nous tire de Fescla- Tage du yice et du pouvoir du démon, nous rend cohéritiers de Jésus-Christ et participants de la grâce et de la gloire. Elle était bien loin de propager des doctrines fayorables aux désordres et ennemies des lois et des puissances ; il lui importait donc au der^ mer point de dissiper les calomnies par lesquelles ses ennemis s'efforçaient de la noircir; il fallait qu'elle proclamât par ses paroles et ses actes que la cause publique n'avait rien à redouter des nouvelles doctrines. Aussi, après que les apêtres ont inculqué à plusieurs reprises cette obligation sacrée, les Pères des premiers temps insistent-ils de nouyeau sur le m^e point. Saint Poljcarpe, cité par Eusèbe (lib/iy Hist., cap. 15), dit, en parlant au proconsul : « H « nous est ordonné de rendre aux magistrats et aux « puissances constituées de Dieu l'honneur que nous « leur devons. » Saint Justin, dans V Apologie powr Us Chrétitns, rappelle le précepte de Jésus-Christ, toudiant le payement deâ tributs. Tertullien, dans son ApologiHquey chapitre III, reproche aux gentils la persécution qu'ils dirigeaient contre les Chrétiens, dans le moment même que ceux-ci, les mains levées vers le ciel, priaient pour le salut des empereurs. Le zèle des saints chargés de l'enseignement et de la direction des fidèles parvint à les pénétrer de telle

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sorte de ce précepte, que les Chrétiens offrirent partout un modèle de soumission et d'obéissance. Ainsi Pline, écrivant à l'empereur Trajan, avouaitque, hors les matières de religion, on ne pouyait les accuser en rien d'avoir manqué à l'accomplissement des lois et édits impériaux.

La nature elle-même a désigné les personnes dans lesquelles réside la puissance paternelle; les besoins de la famille marquent à cette puissance ses limites, les sentiments du cœur lui prescrivent son objet et règlent sa conduite. Il en est autrement de la société. Le droit du pouvoir civil se trouve à la merci des événements humains : ici ce droit réside dans une personne , là dans plusieurs ; aujourd'hui il appartient à une famille , demain il aura passé à une autre ; hier il s'exerçait sous une certaine forme, aujourd'hui sous une autre fort différente. L'enfant qoi pleure sur le sein de sa mère lui rappelle clairement l'obligation de le nourrir; la femme, faible, sans appui , dit clairement à l'homme qu'elle et son fils ont besoin de protection; l'enfance, sans forces pour se soutenir, sans connaissance pour se diriger, montre au père et à la mère leur devoir de l'entretenir et de l'élever. La volonté de Dieu se manifeste, en cet ordre de choses, par l'instinct même de la nature, et par les sentiments les plus tendres. 11 ne faut point en ceci autre chose pour discerner la volonté du Créateur ; il n'est besoin d'aucune subtilité pour découvrir la voie par laquelle la puissance paternelle est descendue du ciel. Mais, si les droits çt les devo|ri?

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des pères et des enfants sont tracés en caractères aussi clairs qne beanx, où trouverons-nons, en ce qui touche le pouvoir civile cette expression au-desras de toute équivoque ? Si le pouvoir vient de Dieu, par quels moyens le communique- t-il ? De quel canal 86 sert-il? Ceci nous mène à d'autres questions secondaires, qui toutes serviront à éclaircir la question principale.

T a-t-il quelque homme, y en a-t-il eu jamais qui, de droit naturel, se trouvât investi du pouvoir civil? Dans cette supposition, il est clair que le pouvoir n'aurait d'autre origine que celle de la puissance paternelle; le pouvoir citil, dans ce cas, devrait être eonsidéré comme un développement de cette même puissance, comme une transformation du pouvoir domestique en pouvoir civil. Cependant on saisit aisément la différence qui sépare l'ordre domestique de l'ordre social, le but divers de l'un et de l'autre, la diversité des règles auxquelles ils doivent être soumis, et la diversité des moyens dont l'un et l'autre se servent pour le gouvernement. Je ne nie point que le type d'une société ne se trouve dans la famille, et que la société ne soit d'autant plus belle, d'autant plus douce, qu'elle se rapproche davantage de la famille, dans le commandement comme dans l'obéissance; mais les simples analogies ne suffisent pas pour fonder des droits, et il reste hors de doute que ceux du pouvoir civil ne peuvent être confondus avec ceux de la puissance paternelle.

D'un autre côté, la nature même des choses mon-

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tic que la Providence, en réglant les destinées da monde, n'a point placé dans la puissance x^ttof* nelle la source du pouvoir civil. En effet, nous tt© voyous pas comment un semblable pouvoir aurait pu se transmettre, ni par quel moyen il justifierai^ de la légitimité de ses titres. On conçoit la petite royauté d'un vieillard, gouvernant une société coia-' posée uniquement de deux ou trois générations qfM^ descendent de lui ; mais dès que cette société s' croit, s'étend à divers pays, par conséquent se di* vise et se subdivise, le pouvoir patriarcal disparait l'exercice en devient impossible; on ne parvient à expliquer comment les prétendants au trône siront à s'entendre, soit entre eux, soit avec le du peuple, pour justifier et légitimer leur conuna dément. La théorie qui reconnaît dans la poissani paternelle l'origine du pouvoir civil sera, si V veut, fort belle ; elle pourra s'appuyer de l'exempli du gouvernement patriarcal que nous remarquons dans le berceau des sociétés; mais elle rencontre deux objections : la première, qu'elle affirme, mais ne prouve pas ; la seconde, qu'elle ne sert de rien pour la fin proposée, savoir, de consolider le gouvernement, car il n'est pas un de ces gouvernements qui puisse prouver sa légitimité, s'il est nécessaire de l'établir sur un tel titre. Le plus puissant dos monarques et le dernier des sujets savent également qu'ils sont fils de Noé, rien de plus Je n'ai pu trouver cette théorie ni dans saint Thomas ni chez aucun des principaux théologiens ; et, pour remonter

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pIoD haat, je ne crois pas davantage qu'on puisse la fonder sur la doctrine des saints Pères, sur les traditions de l'Église, ni sur l'Écriture sacrée. C'est, par conséquent, une simple opinion philosophique, dont la démonstration regarde ceux qui Font mise en ayant ; le Catholicisme ne dit rien contre cette théorie, ni en sa fayeur.

n est donc démontré que le pouvoir ciyil ne rende de droit naturel en aucun homme ; d'un autre côté, nous savons que le pouvoir vient de Dieu. Qui reçoit de Dieu ce pouvoir, et comment le reçoi^ on? Avant tout, il faut observer que l'Église catholique, tout en reconnaissant l'origine divine du pouvoir civil, origine expressément consignée dans la sainte Écriture, ne définit rien quant à la forme de ce pouvoir, ni quant aux moyens dont Dieu se sert pour le communiquer. De sorte que, le dogme catholique une fois établi , il reste encore à examiner et à discuter qui reçoit immédiatement ce pouvoir et comment il se transmet. Ainsi l'ont reconnu les théologiens, lorsqu'ils ont agité cette importante question ; cela seul devrait suffire pour détromper ceux qui considèrent la doctrine de l'Église, sur ce point, comme conduisant à l'asservissement des peuples.

L'Église enseigne l'obligation d'obéir aux puissances légitimes , ajoutant que le pouvoir exercé par ces puissances émane de Dieu; cette doctrine convient aussi bien aux monarchies absolues qu'aux républiques; elle ne préjuge rien touchant les formes

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de gouyernement, ni sur les titres particuliers de légitimité. Ces dernières questions sont d'une natme telle, qu'on ne saurait les résoudre en thèse gâoéraie; elles dépendent de mille circonstances qui ne pouvaient trouver place dans l'expression de eef principes universels sur lesquels s'appuient le boi ordre et le repos de toute société.

A mon avis, il est tellement important d'éclairci les idées sur ce point, et de présenter les doctrine professées en cette matière par les théologiens cB thoUques les plus distingués, que j'estime convaia ble de consacrer à ce sujet un chapitre entier.

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