CHAPITRE UX
DE l'aRISTOCBÂTIE AU SEIZIEME SIECLE.
L'Aristocratie comprenait deux classes privilégiées, fort distinctes d'origine et de nature, la noblesse et le clergé. L'une et l'autre riches, puissantes, et placées fort au-dessus du peuple, étaient des rouages d'une grande importance dans la machine politique. Il y avait néanmoins entre les deux cette différence remarquable, que le principal fondement de la grandeur du clergé était les idées religieuses, idées qui circulaient dans la société entière, qui ranimaient, lui donnaient la vie, et par conséquent assuraient pour longtemps la prépondéranee des eo-
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elésiastiqoes ; tandis que Tiiifliienoe dcft n<d>les repliait uoiqoemeDt sur un fait passager, saYoir, l'organisatioD sociale de lépoque ; orgaaisation qui se modifiait d'une manière profonde, puisque la société Mettoit alors tout son empressement à se débarrasser des liens de la féodalité. Je ne veux pas dire que les nobles n'eussent point des droits légitimes au pouvoir qu'ils exerçaient ; mais il est clair que la plus grande partie de ces droits, en les supposant même fondés sur les titres les plus justes, n avaient cependant aucune liaison nécessaire avec ces grands principes conservateurs de la société, qui environnent d'une foroe et d*un ascendant immenses la personne ou la classe qui les représente.
Nons toucbons ici une matière peu approfondie et de l'explication de laquelle dépend l'intelligence de grands faits sociaux ; il est bon d'en faire un examen attentif.
Que représentait la monarchie? Un principe éminemment conservateur de la société, un principe qui a survécu à toutes les attaques des théories et des révolutions, et auquel se sont attachées, comme à la seule ancre de salut, ces nations mêmes au sein desquelles les institutions libérales ont pris radne. C'est pourquoi, dans les temps les plus calamiteux, la m(marchie a survécu à ses désastres. L*orgueil féodal, l'inquiétude, l'agitation de la démocratie naissante, se réunissaient pour Topprimer ; à peiue, à travers les flots émus de la soeiÂé, distinguait-on on débris de son pouvoir, tel que le mal d'un navire
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qui a fait naufrage ; et néanmoins, dans ce temps même, nous trouvons liées à l*idée de monarchie les idées de force et de pouvoir. On foule aux pieds, oa ontrage de mille façons la dignité royale, et néaa* moins on reconnaît que c'est une chose inviolable, sacrée.
Ici la théorie n'est point d'accord avec la pratique, l'idée se trouve plus forte que le fait qui la traduit : mais ce phénomène ne doit point nous étonner, td est le caractère constant des idées qui enfantent de grands changements. Ces idées se présentent dans la société; elles se répandent, s'infiltrent; le temps continue une secrète élaboration : si l'idée est morale, juste, si elle répond à un besoin, le moment arrive enfin où les faits cèdent, où l'idée triomphe, où tout se courbe, s'humilie devant elle. C'est ceqoi eut lieu au seizième siècle, par rapport à la monarchie : sous une forme ou sous une autre, avec telle ou telle modification, la monarchie était pour les peuples une véritable nécessité, comme elle Test encore : c'est pourquoi elle prévalut sur tous ses adversaires, survécut à tous les contre-temps.
Le clergé représentait le principe religieux. Considéré en un sens général, ce principe est une véritable nécessité sociale pour tous les peuples du monde ; considéré sous sa forme chrétienne, ce prio- * cipe est, en particulier, une véritable nécessité sociale pour les peuples européens.
On comprend déjà que la noblesse ne pouvait être comparée à la monarchie ni au clergé , puisqu'on
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M saurait trouyer en elle l'expression des hauts Iducipes que Tun et l'autre représentent. Yastes privil^es , possession antique de grands biens, garantie par les lois et les coutumes de l'époque ; sou- Teoirs glorieux, noms pompeux, blasons d'illustres ancêtres, telle était l'aristocratie laïque : mais rien de tout cela n'avait un rapport immédiat, essentiel avecles grands besoins sociaux. La noblesse dépendait d une organisation particulière, qui devait être nécessairement passagère ; elle appartenait trop au droit purement positif et humain , pour se proiBettre avec certitude une longue durée et se flatter de réussir dans toutes ses prétentions et ses exigences.
On m'objectera peut-être que l'existence d'une classe intermédiaire entre le monarque et le peuple est une nécessité yéritable, reconnue par tous les publicistes, fondée sur la nature même des choses. En effet, nous sommes témoins que, chez les nations où Faristocratie ancienne a disparu , il s'en forme nne nouvelle, soit par le cours des événements^ soit par Faction du gouyernement. Mais cette objection est sans valeur relativement au point de vue sous lequel je considère la question. Je ne nie point la nécessité d'une classe intermédiaire; j'affirme uniçiement que la noblesse ancienne, telle qu'elle était, ne contenait point des éléments certaine de durée, puisqu'elle pouvait être remplacée par une autre, comme en effet elle l'a été. La supériorité d'intelligence et de force est ce qui donne aux classes laï-
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qjoM ane importance sociale et politiqne ; cette sn riorité ne se tronvant pins dans la noblesse, noblesse devait déchoir. An commencement dn zième siècle, le trône et le peuple acquéraient cha jonr un plus grand ascendant; le premier deire le centre de toutes les forces sociales , et le pei s'enrichissait par Tindustrie et le commerce. I ce qui était des connaissances, la découyerte de 1 primerie , en se généralisant , empêchait qu'ellei fiassent désormais le patrimoine exclusif d'auc classe.
La noblesse voyait donc à cette époqae son an pouvoir lui échapper; elle n'avait diantre mo d'en conserver une partie que de travailler à ne perdre entièrement les titres qui le lui ava mérité. La valeur de ses propriétés diminuait les jours, non-seulement à cause des dilapidât occasionnées par le luxe, mais par raccroissen extraordinaire de la richesse non territoriale:
changements profonds opérés dans toutes les val en raison de la nouvelle organisation sociale c la découverte il?, l'Amérique, firent perdre aux bi fonds une grande partie de leur importance.
Si la force de la propriété territoriale allai diminuant, les droits de juridiction marchaient core plus rapidement à leur ruine. D'un côté droits étaient combattus par le pouvoir des rois l'autre, par les municipalités et les autres cei où agissait l'élément populaire. De sorte malgré le plus profond respect pour les droite
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lis, rien qu'en laissant les choses suivre leur cours ffdinaire, il était inévitable qu'après un certain fenps l'ancienne noblesse en vtat au point d'abais^ lement où elle se trouve de nos jours.
n n'en pouvait être de même du clergé. Dépouillé fc ses biens, privé en tout ou en partie de ses prililéges, il lut restait le ministère religieux. Ce milistère, nul ne l'exerçait saus lui ; ce qui suffisait pwir lui assurer une forte influence, à travers les commotions et les bouleversements.