‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 24 sur 84 · III · texte numérisé non relu

III

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les maximes da philosophe païen, oa l'abandomier : dans Fan et l'autre cas, les droits de Thamanité étaient saufs ; c'était un effet de l'empire prépondérant de la foi catholique.

Une des causes qui contribuent le pins à arrêter le déyeloppement de Félément populaire , en condamnant le plus grand nombre des habitants d'un pays à ne jamais sortir d'un état d*abjection et de servitude, est le régime des castes; dans ce régime, les honneurs, les richesses, le commandement, se trouvent substitués de père en fils ; une barrière sépare les hommes les uns des antres, et finit par faire considérer les plus puissants comme appartenant à une espèce plus relevée. L'Église s'est toujours opposée à l'introduction d'un tel système, et il fallait ignorer ce que signifie le mot de caste pour en faire l'application au clergé. Sur ce point, M. Guizot a rendu pleinement justice à TÉglise. Voici comment ii s'exprime dans la 5* leçon de son Histoire générale de la civilisation en Europe :

« Quant au mode de formation et de transmission du pouvoir dans l'Église, il y a un mot, dit-il, dont on s'est souvent servi en parlant du clerçé chrétien, et que j*ai besoin d'écarter : c'est celui de caste. On a souvent appelé le corps des magistrats ecclésiastiques une caste. Cette expression n'est pas juste : ridée d'hérédité est inhérente à l'idée de caste. Parcourez le monde ; prenez tous les pays daiM lesquels le régime des castes s'est produit, dans l'Inde, en Egypte, vous verrez partout la caste essentielle-

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f j ment hér^itaire ; c'est la transmission de la mène fitoation, du même pouvoir de père en fils. Là où il n'7 a pas d'hérédité, il n'y a pas de caste, il y a corporation ; Tesprit de éorps a ses inconvénients, mais U est très-différent de l'esprit de caste. On ne pent appliquer le mot de €a$te à l'Église dirétienne. Le eélibat des prêtres a empêché qoe le dorgé dirétiea ae devint nne caste.

« Yous entrevoyei d^à les conséquences de cette différence. Au système de caste, an fait de l'hérédité , est attaché inévitablement le privilège ; cela découle de la définition mftme de la caste. Quand les mêmes /(mettons, les mêmes pouvoirs deviennent héréditaires dans le sein des mêmes familles, il est dair que le privilège s'y attache, que i)er8onne ne peut les acquérir indépendamment de son origine. C'est, en effet, ce qui est arrivé : là où le gouvernoment religieux est tombé aux mains d'une caste, il est devenu matière de privilège; personne n'y est entré que ceux qui appartenaient aux familles de la caste. Bien de semblable ne s'est rencontré dans fÉglise chrétienne ; et nonnieulement rien de senw biable ne s'y est rencontré, mais l'Église a constamment maintenu le principe de l'égale admissibilité de tous les hommes, quelle que fût leur origine, à tontes ses charges, à toutes ses dignités. La carrière ecclésiastique, particulièrement du cinquième au douzième siècle, était ouverte à tous. L'Église se re- <aratait dans tous les rangs, dans les inférieurs comme dans les supérieurs, jj^os souvent même dans les in-

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férieurs. Tout tombait aotoar d'elle sous le rég du privilège ; elle maintenait seule le priocip Fégalité, de la concarrence ; elle appelait seule tes les supériorités légitimes à la possession da ] ▼oir. G*est la première grande conséqaence qu découlé naturellement de ce qu'elle était un cor] non pas une caste. »

Cette belle page détruit mainte accusation i eule. Jy ajouterai quelques réflexions.

On sait combien les prétendus défenseurs droits de Thumanité ont déclamé contre le cél religieux : comment n'a-t-on pas compris, ainsi l'observe M. Guizot, que le célibat a précisez empêché le cl»^ chrétien de devenir une ca; Voyons ce qui serait arrivé si le câibat n'eût p existé. Aux temps où nous nous reportons, Tas daot du pouvoir religieux était illimité, les bien rÉglise fort considérables ; celle-ci avait en ses m tout ce qui est nécessaire pour qu'une caste pi établir sa prépondérance et sa stabilité. Que lui i quait-il? La succession héréditaire, rien de pi cette succession se serait établie par le mariage ecclésiastiques.

Ce que je viens d'affirmer n'est pas une vaine jecture, c'est un fait que je puis rendre évid l'histoire à la main. La législation ecclésiastique i apprend que toute la vigueur de l'autorité pou cale fut nécessaire pour empêcher cette succès de s'introduire. La force même des choses pou visiblement de ce côté-là ; si l'Église s'affrai

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De telle calamité, ce fat grftce à l'horreur qne lui )ira toujours cette funeste coutume. Lisez le tiicYii du livre V des Décrétales de Grégoire IX ; dispositions pontificales qui y sont contenues raineront tout le monde que le mal dont je parle lit des symptômes alarmants. Les termes dont ert le Pape sont d'une sévérité extrême : « Ad mitatem istam eradicandam, » «observato Apoci rescripti decreto quod mecessionem inEcdesia hereditariam detestatur. » *^Ad exiirpandas sucones a sanetis Dei Ecelesiis, studio tothu solli" Unis deb^mm intendere. » — « Quia igitur in Eca successiones, et in prœlaturis et dignitatibus 'siasticis, statutis canonicis damnantur. • Ces exsions et d'autres du même genre attestent la gradu danger ; elles disent aussi combien le Saint- B fut prudent lorsqu'il se réserva eiclusiTement *oit d'accorder des dispenses sar ce point, as la continuelle vigilance de l'autorité pontifi-

Tabus aurait fait chaque jour des progrès ; Vantait ici favorisé par les sentiments les pins puis^ s de la nature. Quatre siècles s'étaient écoulés is les dispositions prises par Grégoire DL, et

voyons encore, en 1533, le pape Clément VII ;é de restreindre un canon d'Alexandre III, pour, er à des scandales dont le pieux pontife se late avec douleur.

ipposez que VÉglise n'eût point résisté de toutes forces à un semblable abus, et que la coutume fût généralisa ; rappelez-vous d'un autre côté

qgim «68 nèeks ok Hgnait ue enaae ignonm ob tel privilégiët étairat tout, tepeuple a^ait i ] l'eiifltanM civile ; toyea s'il ne se aurait pas fi wm eaate cedëtiaaUqge à eMé 4a h caate AobiB et ai tootea ke deui» unies par des liena de fiu et d'intérêt common^ a'anraimit. peint oppoÉ ebatade intineible au déreloppemeat ultérieur élaiee populaire.

TA aurait été te fruit du nuffiage des eecléû qpies, si h prétendue Béteme se fftt réalisée i fues sièdes plus tôt; TEurope eût couru le ri d'être plongée dans ravilisseaMUt où gisent te ciéléi de I Asie. En surfcnant au coMmeneemeii seiiiànie sièdei le Protestantisofl liouya te eiyî tien eun^éenne d^à en grande partis formée ; vit en présence d'un adulte è qui il ne fut pas f de faire changer «es idées ni ses habitudes. Un e^ pie nous indiquera ce qui aurait pu avoir lieu Anglet«*re une alliance étroite se forma entre ï\ tocratte laïque et te clergé protestant : eh bien a TU > on voit encore dans ce pays quelque cbos< ressemble à des castes (sauf les modifications devait natnrdlement amener le grand dévelo ment d'un certain genre de civilisation et de Ul auquel est parvenue te Grande-Bretagne).

8i dans le moyen âge le clergé, affermisse' perpétuité de son pouvoir au moyen de la succe hélrédiUire, se fût constitué en classe exclu n'anrait-on pas vu naturellement s'établir Talli dont lions parlons? et dès lors, qui aurait brisé

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alliance? Les ennemis de TÉglise expliquent sa discipline, quelquefois ses dogmes mêmes, par des arrière-pensées ; ainsi ils considèrent la loi dn céliitat comme le résultat d*nn dessein intéressé. Mais si l'Église n'eût eu que des Tues mondaines, pourquoi n'aurait-elie point imité oes prêtres des autres reli* gions qui ont formé une classe séparée, prépondérante, exclusive ; pourquoi se serait-elle interdit à la fois les jouissances de la nature et les avantages qu'en aurait retirés son ambition?

On objectera que TEurope n'est point i*Asie ; cela est certain. Mais l'Europe de nos jours, on même l'Europe dn seizième siècle n'est pas davantage VEnrope dn moyen âge. Dans ces siècles ob personne ne savait ni lire ni éorire, à Vexception des ecclésiastiques, où toute lumière se trouvait concentrée entre les mains du clergé, si celui-ci eût voula plonger le monde dans les ténèbres, il n'aurait eu qu'à éteindre le flambeau avec lequel il Téclairait.

Il est très-certain aussi que le célibat a donné an clergé une force morale, un ascendant qu'il n'aurait pu atteindre par d'autres moyens; mais cela prouve nniqnement que VÉglise a préféré le pouvoir moral au pouvoir physique, que l'esprit de ses institutions est d'agir en exerçant directement une influence sur l'intelligence et le cœur. Or, en cela n'est-elle pas éminemment digne de louange? N'est-ce point pour le clergé catholique un honneur d'avoir réalisé, au moyen d'institutions sévères contre lui-même, ce qu'il aurait pu en partie réaliser par des systèmes in-

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dulgents à ses propres passions? Ab! ne découvreton pas ici l'opération de Gelai qni a promis d'être avec son Église jusqu'à la consommation des sièdes? Quelle qne soit la valeur de ces réflexions, on ne pourra contester que, là où n*a point existé le Christianisme, le peuple s'est troafé ;la victime d*un petit nombre, dont les mépris et les injures ont été la senle récompense de ses fatigues. Consultez l'histoire, l'expérience ; le fait est général, constant. Pas même une exception à ce foit dans ces anciennes républiques qui ont fait tant de bruit de leur liberté. Sons des formes libres, ces républiques avaient l'esdavage ; esclavage proprement dit pour les uns ; esclavage recouvert de brillantes apparences pour cette multitude qui servait aux caprices d'un tribun, et croyait exercer des droits sublimes en condamnant à l'ostracisme ou à la mort ses plus vertueux citoyens.

Parmi les chrétiens, il arrivait parfois que les apparences n'étaient point pour la liberté, mais le fond des choses lui était favorable ; si du moins nous entendons par le mot de liberté l'empire de lois justes ayant pour but le bien-être de la multitude , et fondées sur le profond respect dû aux droits de l'humanité. Observez toutes les grandes phases de la civilisation européenne aux temps où dominait exdusivement le Catholicisme : sous des formes variées, avec des origines distinctes et des penchants divers, toutes suivent un même chemin ; elles tendent à favoriser la cause du grand nombre ; ce qui se dirige

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Ters ce but, dure; ce qui le contrarie, périt. Gomment se fait-il qn'il n*en ait pas été de même chez les antres nations? Si des raisons évidentes, des faits palpables ne manifestaient d'aiilenrs la salutaire influence de la religion de Jésns-Ghrist, il devrait suffire d'une coïncidence si remaniuable, pour suggérer de graves réflexions.

Quand on nous représente le Catholicisme comme ennemi du peuple, on devrait nous indiquer une seule doctrine de l'Église sanctionnant les abus dont le peuple avait à souffrir, ou les injustices qai l'opprimaient; on devrait nous dire si, au commencement du seizième siècle, alors que ÏEurope se trouvait encore sous la domination exclusive du Catholicisme, le peuple n'était pas déjà tout ce qu'il pouvait être, eu égard au cours ordinaire des dioses. À coup sâr, il ne possédait pas les richesses qu'il a depuis acquises, et ses connaissances ne s'étaient point étendues au degré qu'elles ont atteint dans des temps plus modernes : mais les progrès de ce genre sont-ils dus, par hasard, au Protestantisme? IjC seizième siècle ne s'inaugurait-il point sous de meilleurs auspices que le quinzième, de même que celuiei valut mieux que le quatorzième? Gela prouve que TEurope, sous l'égide du Catholicisme, continuait de suivre une marche progressive, et que la cause du grand nombre ne recevait nul préjudice de Tinfluence du Catholicisme. Que si de grandes améliorations se sont opérées depuis, elles n'ont point été le firuit de la prétendue Réforme.

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Ce qui a donné le ploi d'essor à la démocratie moderne, en diminuant la prépondérance des classes aristocratiques, c'est le développement de l'industrie et du commerce. Or, si j'examine ce qui se passait en Europe avant l'apparition du Protestantisme, dès le premier coup d'œil je vois que, loin d'arrêter ua semblable mouvement, les doctrines et les institutions catholiques ont dû le favoriser , puisqu'à leur ombre et sous leur protection, les intérêts industriels et mercantiles se développaient d'une mani^ surprenante.

Personne n'ignore le merveilleux élan qu'ils avaient pris en Espagne ; et ce serait une erreur de croire que ce progrès fût dû aux Maures* La Catalogne, soumise exdusiyement à l'infLuence catholique, se montre à nous si active, si prospère, si intelligente en fait d'industrie et de commerce, qu'on oserait à peine croire à quelle perfection elle avait porté toute chose, si des documents irrécusables n'en faisaient foi. Lisez les Mémoires historiques sur la marine^ le commerce et les arts de l'antique cité ie Barcelone, de notre célèbre Capmany : comment n'être pas fier d'appartenir à cette nation catalane, jadis si entreprenante, si audacieuse, si jalouse de ne se laisser devancer par personne dans la carrière de la civilisation et de la culture ?

Tandis que ce noble phénomène se réalisait au Midi de l'Europe , l'association des Villes hauséati** ques, dont l'origine se perd dans les siècles du moyeo âge, s'était créée au Nord. Celle^îi en vint au point

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demesnrer ses forces avec celles des rois. Ses comp- Um, établis sur divers points de l'Europe, et eoriààs de précieux privilèges, relevèrent an rang d*nne véritable puissance. Non contente du pouvoir dont elle jouissait dans son pays et en Suède, en Norwége, en Danemark, elle retendit en Angleterre et en Russie ; Londres et Novogorod admiraient les établissements de ces marchands hardis, qui, à force de richesses , obtenaient des privilèges exorbitants, avaient leurs magistrats particuliers, et constituaient un État indépendant au centre des pays étrangers.

N'est-il pas bien remarquable que la ligue hanséatique ait réglé ses comptoirs d'après le modèle des eommunanlés religieuses? Ses employés mangeaient en commun, avaient des dortoirs communs; nul d'entre eux ne pouvait se marier. S'il contrevenait à œtte loi , il perdait les droits d'assodé banséatique et de citoyen.

En France, les classes industrielles s'oi^anisèrent aussi de manière à mieux résister aux éléments de dissolution qni résidaient dans leur sein ; et précisément ce changement si fécond en résultats fut dft à un roi que l'Église catholique vénère sur ses aiïtels. V Établissement pour les miti&rs âe Paris favorisa puissammentressor de l'industrie, en la rendant plus intelligente et plus morale. Des abus s'introduisirent peut-être dans cette organisation ; néanmoins on ne peut nier que saint Louis n'ait satisfait à nn grand besoin, en organisant les métiers de la

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meilleure manière possible , eu ^rd à Tétat arriéré de son temps.

Et que diroQS-noos de l'Italie qui comptait les paissantes républiques de Venise, de Florence, de Gènes, de Pise? Quel essor Tindustrie et le commerce avaient pris dans cette péninsule, et, par une conséquence naturelle, quel développement y ayait reçu l'élément démocratique ! Si l'influence du Catholicisme eût été de soi si dépressive, si le souffle de la cour romaine eût été mortel pour le progrès des peuples, n*est-il pas vrai que les effets s'en seraient fait sentir surtout là où ces influences agissaient de plus près ? D'oii vient donc que tandis qu'une grande partie de l'Europe gémissait sous l'oppression féodale, la classe moyenne, dont les seuls litres de noblesse étaient Fintelligence et le travail, se montrait en Italie si puissante^ si brillante, si florissante? Je ne prétends point que ce développement ait été dû aux Papes, mais du moins devra-t-on convenir que les Papes n'y mettaient point d'entraves.

Or, si nous remarquons un pareil phénomène en Espagne, particulièrement dans le ressort de cette couronne d'Aragon si ouverte à l'influence pontificale ; s'il en est de même au nord de l'Europe, parmi des peuples que le Catholicisme seul avait civilisés ; si enfin le même phénomène se réalise, avec plus ou moins de rapidité, dans tous les pays exclusivement soumis aux croyances et à l'autorité de lEglise, il sera permis d'en conclure que le Catholicisme n'a rien en soi de contraire au mouvement de la civili-

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satioD, qu'il ne s'oppose point à un juste et légitime déyeioppement de lelément populaire.

Avec quels yeux a-t-on étudié rhistoire, lorsqu'on se croit en droit d*attribuer au Protestantisme Tbonoear d'être favorable aux intérêts de la multitude? L'origine du Protestantisme fut essentiellement aristocratique, et dans les pays où il a réussi à prendre racine, il a établi Taris tocratie sur des fondements si profonds, que les révolutions de trois siècles n'ont pa la renverser. Considérez, en effet, ce qui s'est passé en Allemagne, en Angleterre et dans tout le nord de l'Europe.

Le Calvinisme, dit-on, fut plus favorable à l'élément démocratique, et s'il eût prévalu en rrance, il j aurait substitué à la monarchie un système de républiques fédératives. Je n'examine pas la justesse de cette conjecture,- mais, à coup sûr, un pareil changement n'eût pas été très-favorable à l'avenir de cette nation. Dans tous les cas, il est avéré qu'on n'aurait pu tenter en France d'autre système que celui d'une aristocratie ; car les circonstances, à cette <^que, ne permettaient pas autre chose, et les grands seigneurs qui se trouvaient à la tête des in- ^'ovations religieuses n'auraient point consenti à une ^Utre organisation.

Si le Protestantisme eût triomphé en France, peutêtre les pauvres de ce pays eussent-ils voulu, à l^exemple de ceux d'Allemagne, réclamer une part ^u riche butin ; probablement la dureté bien connue de Calvin ne leur eût pas été plus avantageuse m. 13

que ne le fut pour les Allemands l'ëtonrderie fo— ribonde de Luther. Ces misérables 'villageois qui, d'après les écrivains contemporains, ne mangeaient qne du pain de seigle, ne goûtaient jamais de viande, dormaient sur un tas de paille et n'avaient pour oreiller qu'un morceau de boia, n'auraient guère été plus beureus que leurs frères d'Allemagne, s'ils se fussent avisés de réclamer à leur profit les conséquences des nouvelles doctrines : ainsi que cela eut lieu au delà du Rhiu, on ne les aurait point cb4tiéB, mais exterminés.

En Angleterre, la disparition subite des couvents produisit le paupérisme; les biens ayant passé aux mains des laïques, les religieux chassés de leurs demeures et les indigents qui vivaient de l'aumône de ces pieux établissements se trouvèrent sans moyen de subsistance. Et remarquez que ie préjudice ne fut pas passager; il s'est continué jusqu'à nos jours, et c'est encore la plaie la plus redoutable qui af&ige la Grande-Bretagne. Je n'ignore pas combien il a été dit que l'aumône encourage la fainéantise ; mais ce qui est certain, c'est que l'Angleterre, avec ses lois des pauvres et sa charité légale, offre un bien plus grand nombre d'indigents que les pays catholiques. On me fera croire difficilement que l'élément populaire gagne à ce qu'on laisse le peuple mourir de faim.

Selon toute apparence, le Protestantisme ne présentait rien de séduisant aux démocrates du seizième siècle. Nous voyons, en effet, qu'il ne put trouver

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aecneil en Espagne ni en Italie, les deux pays dans lesquels le peuple a^ait le plus de bien-être et de droits. £t cela est d*autant plus digne d attention qae les innovations religieuses, comme nous Tavons remarqué, prirent sans peine là où dominait Faristocratie féodale. On me parlera des Provinces-Unies; cet exemple prouve uniquement que le Protestantisme, avide de se procurer des soutiens, s'alliait volontiers avec tous les mécontents. Si Philippe II eût été un zélé protestant, les Provinces-Unies auraient allégué peut-être qu'elles ne voulaient point obéir à un prince hérétique.

Ces provinces furent longtemps sous Tinflueuce exclusive du Catholicisme, et néanmoins elles prospérèrent; Vêlement populaire se développait dans leur sein, sans que la religion y f|t obstacle. An commencement du seizième siècle, elles firent tout à coup la découverte qu elles ne pouvaient continuer de prospérer sans abjurer la foi des aïeux! Observez la situation géographique des Provinces-Unies , voyez-les entourées de Béformés qui leur offrent du secours ; la politique vous donnera Texplication que ¥Ous cherchez vainement dans d'imaginaires affinités du système protestant avec les intérêts du peuple (8).

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