‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 25 sur 84 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

VALEUR DES DIFFEREIfTES FORMES POLITIQUES.— CARACTERE DE LA MONARCHIE EN EUROPE.

L'enthousiasme dont TEarope dans les derniers temps s'était si vivement éprise, s'est peu à pea refroidi ; l'expérience a enseigné qu^ane oif^anisation politique qui n'est pas d'accord avec Torganisatioa sociale, ne sert de rien pour le bien de la nation, qn elle attire an contraire sur elle un déluge de maux. On a compris aussi (et non sans travail , quoique la chose soit fort simple) que les formes politiques doivent être nniquement considérées comme un instrument propre à améliorer le sort des peuples ; la liberté politique , de son côté , si ces mots signifient quelque chose de raisonnable, ne saurait être qu'un moyen d'acquérir la liberté civile. Ces idées sont déjà vulgaires parmi les hommes éclairés; le fanatisme pour telles ou telles formes politiques, abstraction faite de leurs résultats civils, est maintenant le propre de l'ignorance; ou bien c'est un moyen à l'usage des ambitieux sans mérite solide, qui n'ont d'autre chemin pour arriver à la fortune que le trouble et le bouleversement.

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Cependant on ne peat nier que, considérées comme simple instrument, certaines formes politiques, celles du gouvernement mixte, tempéré, cons* titutionnel, représentatif, niaient acquis en quelques pays de la considération et de la solidité ; dans plasiears contrées, tout principe qu'on supposera ennemi des formes représentatives et uniquement favorable aux formes absolues, sera discrédité à Tavance. La liberté civile est devenue une nécessité pour les peuples de l'Europe ; chez certaines nations ridée de cette liberté s'est tellement identifiée avec celle de la liberté politique, qu'il est difficile de faire entendre que la liberté civile peut se trouver aussi sons une monarchie absolue. Il faut donc examiner quelles sont, à cet égard, les tendances de la religion catholique et celles de la religion protestante : ces tendances, je ferai en sorte de les découvrir au moyen d'une analyse impartiale des faits historiques.

Jamais peut-être , a fort bien dit M. Guizot dans un Discours sur la Démocratie, on n a moins compris les ressorts naturels du monde et les secrètes voies de la Providence. Partout où nous ne voyons pas des assemblées, des élections, des urnes, des votes , nous supposons que le pouvoir est absolu et la liberté sans garanties.

Je me suis servi à dessein du mot de tendances^ parce qu il est clair que le Catholicisme n'a sur ce point aucu n dogme ; il ne décide rien touchant les avantages de telle ou telle forme de gouvernement; le Pontife

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romain reconnnit également pour fils le catholique assis sur les bancs d'une assembla américaine, et le sujet le plus humblement soumis aux ordres d^an puissant monarque. La Religion catholique a trop de sagesse pour descendre sur un semblable terrain. Partant du ciel même, elle s*étend comme la lumière du soleil ; elle éclaire tout, affermit tout, et jamais elle-même ne s*obscurcit ni ne se ternit. Sa destinée est de mener Fhomme au ciel, en lui fournissant sur son passage de grands biens et des consolations. Elle lui montre les vérités éternelles, lui donne sur toutes ses affaires de salutaires conseils ; mais sur maintes particularités, elle ne lui impose ni obligation ni devoir. Lui rappelant sans cesse les maximes de se morale, elle l'avertit de ne point s*en écarter : « Mai/ « d'ailleurs, lui dit-elle, pourvu que tu ne t'éloignef « pas de ce que je t*ai enseigné, fais ce qui teparaî- « tra le plus convenable. »

Cependant^ est-il vrai que le Catholicisme se trouva porté par un certain penchant à restreindre la liberté? Qu'a produit en Europe le Protestantisme par rapport aux formes politiques ? En quoi a-t-il corrigé ou amélioré Tœuvre du Catholicisme? Dans les siècles qui précédèrent le seizième, l'oi^nisation de la société européenne s'était compliquée de telle manière, le développement de toutes les facultés intellectuelles était parvenu à un tel point, la lutte des intérêts se trouvait si vive, enfin chaque nation s'étendait tellement par l'agglomération successive des provinces, qu'un pouvoir central , fort, éner-

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giqae, dominant tontes les prétentions individuelles et de classes, était de tout point indispensable pour le repos et la prospérité des peuples. L'Europe sans cela ne pouvait espérer un jour de calme ; car là où eiiste un grand nombre d*éléments variés , opposés et tout-puissants, il faut une action régulatrice afin de prévenir les chocs, de calmer les ardeurs excèssives, d'empècber une continuelle guerre dont la suite nécessaire serait la destruction et le chaos. C'est pourquoi, dès que les circonstances le permirent, on vit se déployer une tendance irrésistible vers la monarchie : or, la même tendance s*étant fait sentir dans tous les pays de l'Europe , là même où existaient des institutions républicaines, on peut assurer que ce phénomène était produit par des causes très -profondes.

Aujourd'hui, il n*est pas un publiciste marquant qui mette en doute ces vérités. Depuis un demi-siècle il s*est passé des événements tout à fait propres à faire comprendre que la monarchie en Europe était quelque chose de plus qa* usurpation et tyrannie. Dans les pays mêmes où les idées démocratiques s'étaient implantées, il a fallu les modifier, peut-être les fausser tant soit peu, pour conserverie trône, regardé comme la plus sûre garantie des grands intérêts de la société.

Cest Finfirmité de toutes les choses humaines, même des meilleures, de traîner à leur suite un cortège d'inconvénients et de maux. La monarchie ne pouvait faire exception à cette règle générale 5

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la grande extension et la force du pouvoir devaient donc amener des abus et des excès. Les peuples européens ne sont pas d'un caractère ni d un esprit à supporter avec calme tous les dér^lements du pour Toir ; rhomme en Europe a un sentiment si profond de sa dignité, qu*il ne saurait s'accommoder au quié* tisme des peuples orientaux, végétant dans TaviUssèment, courbant un front vil devant le despote qui le dédaigne et l'opprime. Aussi, tout en reconnaissant la nécessité d'un pouvoir très-fort, s'est-oa toujours efforcé en Europe de prendre des mesures pour prévenir les abus. Bien ne fait mieux ressortir la grandeur des nations européennes, que de les comparer sons ce rapport avec celles de l'Asie. Chez ces dernières, nul autre moyen de se soustraire à Toppression que d'égorger le souverain. Le sang d'un souverain fume encore, qu'un antre s'assoit déjà sur le trône, foulant d un pied dédaigneux des peuples aussi cruels que dégradés.

En Europe , on a eu constamment recours aux moyens propres de Fintelligence ; à l'aide d'institutions stables et durables, on s'est efforcé de mettre les peuples à Tabri des vexations et des excès. Ces efforts, à la vérité, ont coûté des torrents de sang, et Ion n'a pas toujours choisi la voie la plus convenable; mais il est certain que l'Europe, à cet égard , guidée par le même esprit qu'en toute chose, s est attachée à substituer le droit au fait. Le problème n'est pas d'aujourd'hui ; il a été posé dès l'enfance des sociétés européennes, il y a déjà des siècles qu'on

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«'efforce de le résoudre. Voici comment le comte de Maistre expose ses idées sur ce sajet :

« Quoique la souveraineté n'ait pas d'intérêt plus grand et plus général que celai d*ètre juste, et quoique les cas où elle est tentée de ne Tètre pas soient sans comparaison moins nombreux que les autres, cependant ils le sont malheureusement beaucoup; et le caractère particulier de certains souverains peut augmenter ces inconvénients au point que, pour les trouver supportables, il n*y a guère d'autre moyen que de les comparer à ceux qui auraient lieu si le souverain n'existait pas.

« Il était donc impossible que les hommes ne fissent pas de temps en temps quelques efforts pour se mettre à Tabri des excès de cette énorme prérogative ; mais sur ce point l'univers s'est partagé en deux systèmes d'ane diversité tranchante.

« La race audacieme de Japhet n'a cessi^ s'il est

Permis de s'exprimer ainsi, de graviter vers ce qu'on

appelle la liberté^ c'est-à-dire vers cet état oîi le gou-

"^ernant est aussi peu gouvernant, et le gouverné

^ussi peu gouverné qu'il est possible. Toujours en

^rde contre ses maîtres, tantôt l'Européen les a

^basses, et tantôt il leur a opposé des lois. 11 a tout

tenté, il a épuisé toutes les formes imaginables de

%oaTernement pour se passer de maîtres, ou pour

^restreindre leur puissance.

« L'immense postérité de Sem et de Cham a pris Xine autre route. Depuis les temps primitifs jusqu'à ^nx que nous voyons, toujours elle a dit à un

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homme : Faites tout ce que vou$ voudrez^ et \ nous serons las, nous vous égorgerons.

« Du reste, elle n'a jamais pu ni voulu coi dre ce que c'est qu'une république ; elle n rien à la balance des pouYoirs, à tous ces pri> à toutes ces lois fondamentales dont nous s si fiers. Chez elle, Ibomme le plus ricbe et 1 maitre de ses actions, le possesseur d'une in fortune mobilière, absolument libre de la tra ter où il voudrait, sûr d'ailleurs d'une pro parfaite sur le sol européen, et voyant déjà i à lui le cordon ou le poignard, les préfère • dant au malheur de mourir d'ennui au mil nous.

« Personne d'ailleurs n'imaginera de cons< l'Europe le droit public, si court et si clair , ( sie et de l'Afrique; mais puisque le pouvo; elle est toujours craint , discuté, attaqué ou porté, puisqu'il n'y a rien de si insupportabl tre orgueil que le gouvernement despotique, grand problème européen est donc de savoi: ment on peut restreindre le pouvoir souverain détruire. » (Du Pape, liv. II, ch. 2.)

Cet esprit de liberté politique, ce désir de des bornes au pouvoir par des institutions, i donc pas de l'époque des philosophes français eux et longtemps avant l'apparition du Pro tisme, il agitait déjà les peuples de l'Europe toire atteste, par des moquments irréfragable] vérité.

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