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Quelles institutions ont été jugées propres à remplir cet objet? Certaines assemblées, dans lesquelles 1 écho des intérêts et des opinions de la nation puisse se faire entendre ; assemblées formées d'une manière ou d'une autre, et réunies de temps en temps autour du trône pour y présenter leurs plaintes, leurs réclamations. Comme il était impossible à ces assemblées de prendre en main le gouyernement, car cela n'aurait pu avoir lieu sans détruire la monarchie, il fallait, de façon ou d'autre, assurer leur influence sur les affaires de l'État; et je ne yois pas que jusqu'à présent on ait imaginé rien de plus convenable que Je droit d'intervenir dans la confection des lois, droit garanti par un autre droit qu'on peut appeler l'arme de la représentation nationale , le YOte de Timpot. Que n'a-t-on pas écrit touchant les constitutions et les gouvernements représentatifs? mais l'essentiel est là : les modifications peuvent être variées, nombreuses ; mais tout vient aboutir à un trône, centre de pouvoir et d'action, entouré d'assemblées qui délibèrent sur les lois et l'impôt.
Considérée sous ce point de vue, la liberté politi> que tirerait-elle son origine des idées protestantes? Leur doit-elle quelque reconnaissance?. Est-elle en droit d'adresser quelque reproche au Catholicisme?
J'ouvre les écrits des auteurs catholiques antérieurs au Protestantisme, je trouve qu'ils saisissent clairement le problème à résoudre. Je recherche à fond s'ils enseignent quelque chose de contraire au ^mouvement du monde, à la dignité de l'homme ou à
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ses droits; je cherche enfin qaelqne affinité entre lear doctrine et le despotisme : ces écrivains m'apparaissent pleins de sympathie pour les lumières et le progrès de rhnmanité, enflammés de sentiments nobles et généreux, zélés pour le bonheur du plus grand nombre ; leur cœur se soulève d indignation au seul nom de tyrannie. J'ouvre les fastes de l'histoire , j'examine les idées, les mœurs des peuples, les institutions dominantes; je ne vois de tous côtés que fueros^ privilèges, libertés, cortès, états généraux, municipalités, jurys. Tout cela m'apparait dans une grossière confusion, il est vrai ; mais comment s'étonner que la régularité manque ici, c*est un monde qui vient de sortir du chaos. Je m'enquiers si le monarque a la faculté de faire seul la loi : sur ce point, comme on doit s'y attendre, il y a variété , incertitude, confusion; mais j'observe que les assemblées représentant les diverses classes de la nation prennent part à la formation des lois.' Je demande si une intervention leur est réservée dans les grandes affaires de l'État : les Codes me répondent qu'elles doivent être consultées sur toutes les affaires graves; je vois* les monarques observer fréquemment cette maxime. Je demande, enfin, si ces assemblées ont quelques garanties pour leur existence et leur influence ; les Codes me présentent les textes les plus décisifs, et mille faits témoignent que ces institutions étaient enracinées profondément dans les coutumes et les mœurs.
Or, quelle était alors la religion dominante? cf
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tait le Catholicisme. Les peuples étaient-ils fort attachés à la religion ? A ce point, que lesprit religieux dominait tout. Le clergé jouissait -il d'une grande influence? Quel était le pouvoir des Papes? l'influence du clergé, le pouvoir du Pape étaient immenses. Où voyez- vous le clergé agir en vue d accroître les facultés des rois aux dépens des peuples ? Où sont les décrets pontificaux contraires à telles ou telles formes de gouvernement? Par quelles mesures les Papes ont-ils cherché à restreindre un seul droit %itime?
Pour moi, voici ce que l'histoire m'autorise à dire : L'Europe , sous Tinfluence du Catholicisme, s'arrachait du chaos; la civilisation marchait d'un pas rapide et sûr, le grand problème des formes politiques occupait déjà les sages, les problèmes concernant les mœurs et les lois commençaient à se résoudre en un sens favorable à la liberté, et cependant l'influence du clergé ne fut jamais plus grande, Quéme par rapport au temporel , et le pouvoir des Etapes était, dans tous les sens, colossal. Quoi ! il tarait suffi d'une parole du Souverain Pontife pour frapper de mort toute forme populaire, et les fornés libres se développaient rapidement! Où est donc Jette prétendue tendance du Catholicisme à rendre les peuples esclaves? Où est l'alliance impie des rois 3t des Papes, pour établir sur le trône un despotisme féroce? Lorsque les Papes avaient un différend îivec quelque royaume , était-ce communément avec le prince ou avec les peuples? Lorsqu'il fallait se
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décider contre la tyrannie d'une classe, qui donc élevait plus haut la voix que le Pontife romain ?K*était-ce pas la papauté qui, de Taveu de Voltaire, contenait les souverains, protégeait les peuples^ mettait fin aux querelles du temps par une sage intervention, rappelait aux rois et aux peuples leurs devoirs , et lançait des anathèmes contre les grands attentats qu'elle n avait pu prévenir (*)?
Il est bien remarquable que la bulle In cœna Dominiy qui fit tant de bruit, contienne dans son article y une excommunication contre « ceux qui établiraient sur leurs terres de nouveaux impôts , ùVk augmenteraient les impôts déjà existants, hors les cai marqués par le droit. »
L'esprit de délibération, si ordinaire à celte époque, et qui contrastait si singulièrement avec linclination pour les moyens violents, provenait en grande partie de l'exemple que l'Église catholique avait donné durant tant de siècles. En effet, il est impossible de trouver une société où il ait été tenu plus d'assemblées, réunissant tout ce qui se distinguait par la science et la vertu. Conciles généraux, nationaux, provinciaux, synodes diocésains, voilà ce qui remplit l'histoire de l'Eglise : un pareil exemple proposé pendant tant de siècles aux regards de tous les peuples, ne pouvait rester sans influence par rapport aux mœurs et aux lois. En Espagne, la plus grande partie des Conciles de Tolède furent en même
(*) voyez. M. de Maislre, Du Pape, liv. II, cli. 3.
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temps des congrès nationaux : raatorité épiscopale 7 remplissait ses fonctions, veillant sur la pureté du dogme, pourvoyant aux besoins de la discipline, et on y traitait , d'accord avec la puissance séculière , des grandes affaires de TÉtat : on y rédigeait ces lois gai font encore l'admiration des observateurs.
Les utopies de Bousseau sont tombées aujourd'hui dans un discrédit complet parmi les meilleurs publicistes : les gouvernements représentatifs ne sont plus à leurs yeux un moyen de mettre en action la volonté générale , mais un instrument au moyen duquel on consulte la raison et le bon sens , qui sans cela resteraient épars au sein de la nation. Les assemblées législatives, dans les traités de droit constitutionnel, nous sont représentées comme des foyers où peuve&t . se concentrer toutes les lumières propres à éclairer les affaires publiques; comme un organe des opinions raisonnables, un écho des justes plaintes, un canal de communication entre les gouvernants et les gouvernés, un gage de justesse dans les lois, un moyen de rendre les lois respectables aux yeux des peuples ; enfin, comme une garantie permanente que le gouvernement, ne se prenant point lui-même pour but, tient ses regards fixés sur l'utilité et la convenance publiques. Dans un temps où l'on dit en si beaux termes ce que ces assemblées devraient être, non ce qu elles sont, il est certainement intéressant de rappeler les Conciles : les Conciles doivent d'une certaine façon nous expliquer la nature, l'esprit, let» motifs et l'objet des assemblées politiques.
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Je ne méconDais pas les différences capitales qui existent entre ces deux espèces d*assemblées : on ne saurait, en aucune manière, mettre sur le même rang des hommes qui tiennent leurs pouvoirs d'une élection populaire, et ceux qvi ont été placés par le Saint-Esprit pour régir l'Église de Dieu; on ne saurait non plus confondre le monarque qui tient des lois fondamentales de la nation ses droits à la couronne, avec cette Pierre sur laquelle est bâtie TÉglise de Jésus-Christ. Je reconnais aussi que, soit par rapport aux matières, soit par rapport aux personnes et à rétendue de la juridiction, il doit y avoir une grande dissemblance entre les Conciles et les assemblées politiques. Mais il ne s'agit pas ici d'établir un ingénieux parallèle : mon unique dessein est de montrer r influence que les leçons de prudence et de maturité données pendant si longtemps par FÉglise ont dû avoir sur les lois et les mœurs politiques.
Considérons les annales de Tantiquité ou celles des temps modernes, nous y verrons que toutes les assemblées délibérantes sont formées de personnes qui tiennent d'une disposition consignée dans les lois le droit de s'y asseoir. Mais y appeler l'homme de lumières, uniquement parce qu'il est homme de lumières, n'est-ce pas payer un magnifique tribut au mérite, proclamer de la manière la plus solennelle que le soin de régler le monde appartient en propre à l'intelligence? C'est ce qu'a fait l'Église, et l'Églisç seule.
Mon objet, en faisant cette observation, a été cTç