‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 28 sur 84 · D^YBLOPPBMENT DB LA MONARCHIE EN EUROPE · texte numérisé non relu

D^YBLOPPBMENT DB LA MONARCHIE EN EUROPE

des trois éléments qui se disputaient la préférence, l*^Iément monarchique devait nécessairement prévaloir. Il n*en pouvait être autrement : on a toujours Vu que les sociétés, après un long période de trouble et d'agitation, finissent par se placer à Tombre du S>ouvoir qui leur offre le plus de sécurité et de bien- ^Ire.

En voyant, d'un côté, ces grands feudataires si orgueilleux, si exigeants, si turbulents, ennemis les liins des autres et rivaux du roi comme du peuple; ^e Tautre côté, les communes dont Texistence se présente sous des formes si diverses, dont les droits, les privilèges, les fueros^ les libertés, offrent un aspect Bi complexe, dont les idées n*ont pas de direction constante, on comprend tout d'abord que ni les uns ni les autres ne sont de force à lutter contre le pouvoir royal, lequel agit d après un plan fixe et un système déterminé, épiant toutes les occasions qui peuvent lui être favorables. Qui n'a remarqué, dans notre histoire, avec quelle sagacité Ferdinand le Catholique développe son idée dominante, de centraliser le pouvoir, de rendre son action forte, régulière et universelle, c'est-à-dire de fonder une véritable monarchie? Avec un génie bien plus érainent, Timmortel Ximenès ne fut qu'un continuateur de cette politique.

Ce serait se tromper que de croire que ce fut là un mal pour les nations. Tous les publicistes cou viennent qu'il fallait donner du nerf et de la stabilité au pouvoir, empêcher l'intermittence ou les fai-

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blesses de son action ; or, le pouvoir n*avait alors d'autre représentant yéritable et fixe qae le trôuç. Ainsi, fortifier et agrandir le pouvoir royal, fat une réelle nécessité ; tous les plans, tons les efforts des hommes auraient été impuissants à y mettre obstacle. Reste, néanmoins, à savoir si cet agrandissement du pouvoir royal dépassa les bornes convenables: c est ici que le Protestantisme et le Catholicisme doivent être mis en présence l'un de l'autre, qu on doit se demander si Tun des deux fut coupable, lequel fut conpable, et jusqu'à qnel point il le fut.

Question fort importante et curieuse, mais en même temps difficile et délicate. En effet, dans ces derniers temps, on a tellement changé le sens des mots, Taversion mutuelle entre les partis e«t tellement profonde, chacun d'eux repousse avec tant dlmpétuosité ce qui, même de loin, a obtenu une apparence de louange de la part des adversaires, qu'il est malaisé de faire seulement entendre l'état de la question. Je demande uniquement aux hommes de toutes les opinions de suspendre leur jugement jusqu'après entière lecture de ce que je vais exposer. S'ils y consentent, s'ils ne s'emportent pas à la première idée dont ils seront choqués ; en un mot, s'ils ont assez de force pour écouter avant de juger, je suis sûr que, si nous ne tombons pas tout à fait d'accord, ce qui est impossible en une si grande variété d'opinions, du moins on ne pourra s'empêcher d'avouer que mes conjectures ne sont pas dépourvues de fondement.

DBVfiLOPP£MBNT DS LÀ MON AftCHlB EN SUfiOPB. 2S7

Je commence par mettre complètement de côté la question de savoir s'il fut avantageux ou non, dans la plupart des monarchies européennes, de laisser le pouvoir royal sans frein (sauf celui que les idées elles mœurs lui imposaient naturellement). Les uns sont pour l'affirmative, les autres pour la n^tite ; je n*ai pas besoin de dire quels sont ceux qui fign* rent dans Tun ou l'autre parti. Le seul mot de liberté, pour bien des gens, est une parole de scandale ; de même que pouvoir absolu est, pour d'autres, synonyme de despotisme. Or, quelle est la liberté que les premiers repoussent ? que signifie ce mot dans leur dictionnaire? Ils ont vu passer sous leurs yeux la révolution française, chargée d'effroyables forfaits, et criant sans cesse liberté; la révolution espagnole, avec ses sanglants excès, ses injustices, et son mépris pour tout ce que nous avions de plus vénéra* ble, de plus sacré : cette révolution criaitaussi liberté. Que devait-il s'ensuivre? Qu'ils ont attaché à l'idée de liberté toute sorte d'impiétés et de crimes, qu'ils l'ont haïe, l'ont repoussée, l'ont combattue les armes à la main.

En vain leur a-t*on dit qu'il avait existé autrefois des certes; ces certes, ont-ils répondu, n'étaient point celles de nos jours. En vain a-t-on rappelé que nos lois consacraient le droit de la nation à intervenir par son vote dans la levée des impôts : « Nous le iavons, mais ceux qui se disent aujourd'hui les représentants de la nation, n'usent de ce titre que pour rendre à la fois le roi et le peuple esclaves. Quelle

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classe de TÉtat représentent-ils ? Us dégradent le monarque, outragent et persécutent la noblesse, dépouillent le clergé, méprisent le peuple, dont ils raillent les mœurs et les croyances. Beprésenteraientîls la nation espagnole prise dans sa masse? Mais ils foulent aux pieds sa religion et ses lois ; rien en eux, ni dans leurs actes, ne marque le véritable Espagnol; leurs théories, leurs plans, leurs projets, ne sont que des copies mesquines de livres étrangers : ils ont oublié jusqu'à notre langue.»

Je prie mes lecteurs de jeter un regard sur les collections de journaux, les bulletins des cortès, les autres documents qui nous sont restés des deux époques de 1812 et 1820 ; qu'ils parconrent ensuite les monuments des époques antérieures, nos codes, nos livres, tout ce qui peut retracer le caractère, les coutumes du peuple espagnol : puis, la main sur le cœur, qu'ils me disent s'ils trouvent la moindre ressemblance entre le passé et le présent; s'ils naperçoivent pas, dès le premier coup d'œil, une contradiction violente entre les deux époques.

£n plaçant la question hors de latmosphère des passions et loin du trait irritant du souvenir, on pourrait, il est vrai, examiner s'il convenait ou non que Tautorité royale s'accrût jusqu'au point de rester libre de toute entrave, même par rapport aux affaires les plus importantes et au vote de l'impàt La question deviendrait simplement historique et politique; elle n'affecterait plus les intérêts, ni les opinions de notre temps.

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Mais je veux laisser cette question de côté ; je ne ppellerai rien de ce qui a été pensé et dit sur cette atière ; j'entre dans Thypothèse que c'a été un alheur pour les peuples et un obstacle aux progrès Ha civilisation, que tous les éléments, saufTéléent monarchique, aient disparu de la machine potique, à Tépoque dont nous parlons. A qui en fut . faute?

Ou doit tout d'abord remarquer que le plus grand 3croissement du pouvoir royal en Europe date présément de l'époque du Protestantisme. En Angleirre, à partir d'Henri VIII, ce qui prévalut ne fut as même la monarchie ; ce fut un despotisme cruel ont les excès ne purent être déguisés par un vain mulacre de formes représentatives. En France, 3rès la guerre des Huguenots, le pouvoir royal se ouve plus absolu que jamais ; en Suède , Gustave onte sur le trône, et, dès cet instant, les rois exer- 5nt un pouvoir presque illimité. En Danemark, la onarchie se perpétue et se fortifie; en Allemagne, 1 voit se former le royaume de Prusse, et préva- »ir généralement les formes absolues ; en Autriche, împire de Charles-Quint garde toute sa puissance, •ute sa splendeur ; en Italie, les petites républiques «paraissent , et les peuples , sous un titre quel- (uque, se rangent sous la domination des princes. 1 Espagne, enfin, les antiques cortès de Castille, Aragon, de Valence et de Catalogne tombent en feuétude ; c'est-à-dire que les peuples, à l'avéneent du Protestantisme, au lieu de faire un progrès

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M-rs les ffifuios représcutatnes, luareheiit, au contraire, rapidement an goaTemement absolu. Ce fait e!9t certain, incontestable ; on n'a peut-être pas assez remarque une coïncidence si singulière : elle n'en est pas moias réelle, et, à coup sûr, elle est faite pour suggérer d*importantes réflexions.

Cette coïncidence fut-elle purement accidentelle ? T eut- il connexion secrète entre le Protestantisme et le développement, l'établissement définitif des formes absolues ? Je le crois ; j'ajouterai même que, si le Catholicisme eût conservé une domination exclusive sur TEurope, le pouvoir royal se serait doucement li^ mité; peut-être les formes représentatives n'auraientelles pas disparu complètement ; les peuples auraient continué de prendre part aux affaires nationales ; nous nous trouverions infiniment plus avancés dans la carrière de la civilisation , plus formés à la vraie liberté , et cette liberté ne se rattacherait pas dans notre pensée à des scènes d'horreur. Oui, la malencontreuse Réforme a faussé la marche des sociétés européennes ; elle a altéré la civilisation, créé des nécessités qui n'existaient pas, forme des vides qu'elle n'a pu combler. Plusieurs éléments de bien furent détruits par elle; elle changea radicalement les conditions du problème politique : c'est ce que je crois pouvoir démontrer.

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