‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 31 sur 84 · CHAPITRE L\III. ^^H · texte numérisé non relu

CHAPITRE L\III. ^^H

Tout cela nous apprend que le principe tant I vanté, que ce n'est point le monarque qui coiniuani]e, mais In loi, se trou\c établi eu Europe depuis des siècles ; longtemps a^ant que les publictstc« modernes en eussent fait une énonciation empbatitique, ce principe i^tait en vigueur chez toutes les nations euroïK-'ennes. Peut-être dira-t-on que, s'il eD était ainsi dans la théorie, il n'en était pas de manu dans la pratique : je ne nie point telle on trfle exception répréhensible ; maisj'affirmeqnele principe, en général, était respecté. Comme terme de compar raison , prenons le règne le plus absolu des temps modernes, le pouvoir royal dans son extension la plne illimitée, dans tout sou éclat ; voici un roi qui a pu dire, non sans orgneil, mais avec vérité : L'Élat, r'est moi! Le règne de T.ouis XIV n duré plus d'un demi-siècle, avec une variété étonnante d'événements : eh bien ! qu'on nous dise combien d'arrêts de mort , de confiscation , de bannissement y ont été exécutés en vertu d'un ordre royal , sans forme judiciaire. Peut-être citera-t-on quelques actes arbitraires ? mais comparez cela avec ce qui se passe chez les peuples vivant hors de l'Europe ; rappelez-vous ce qui avait lieu dans l'empire romain, et les excès des royautés absolues partout où ne régna point le Christianisme ; vous verrez que les excès commis dans les monarchies européennes sont à peine dignes qu'on en fasse mention.

Cela prouve que la distinction feite entre les gonveroements absolus ou despotiques n'est point ar-

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bitraire; quiconque connaît la législation et Thistoire de l'Europe, sait bien que cette distinction est véritable. Quel homme éclairé pourra s'empêdier ée sourire lorsque certains déclamateurs s'efforceront de confondre ces deux systèmes de gouvernement?

Cette limite imposée au pouvoir, ce cercle de raison et de justice toujours tracé alentour, ici par les idées et les mœurs , ailleurs par les formes politiques : tout cela tire sa principale origine des idées i^panduespar le Christianisme. C'est le Christianisme qui a dit : « La raison et la justice, le savoir et la vertu sont tout; la simple volonté de l'homme, sa naissance, ses titres, n'ont aucune valeur intrinsèque et essentielle. » Ce langage a pénétré partout, du palais des rois à la chaumière du pauvre ; or dès qu'un peuple entier a été imbu de semblables idées, le despotisme asiatique est devenu chez lui impossible. En l'absence même de toute forme politique mettant une borne à son pouvoir , le monarque n'a pas moins entendu de tous côtés résonner à son oreille une voix qui lui disait : « Nous ne sommes point tes esclaves, mais tes sujets; tu es roi, mais homme; aussi bien que nous, tu te présenteras un jour devant le Juge suprême. Tu peux faire des lois, mais seulement pour notre bien; nous demander des tributs , mais uniquement ceux qu'il faut pour le bien commun. Tu ne peux nous juger que conformément aux lois ; tu ne saurais nous enlever nos propriétés sans te rendre plus coupable qu'un vo-

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leur ordinaire, ni attenter à nos vies, de ta seule volonté, sans être un assassin. Le pouvoir que ta as reçu n'est point fait pour tes aises et tes plaisirs, mais uniquement pour notre bonheur. Consacré exdusivement au bien public, si tu l'oublies, tu es un tyran. »

Malheureusement, à côté de cet esprit d'indépendance légitime, de raisonnable liberté ; à côté de cette noble, généreuse démocratie, il s'en est trouvé constamment une autre qui forme avec celle-là le plus vif contraste , et la dernière a empêché l'autre d'atteindre l'objet de ses justes prétentions. Erronée dans ses principes, perverse dans ses intentions, violente dans sa manière d'agir, celleK^i a partout marqué sa trace par un ruisseau de sang : loin de procurer aux peuples la vraie liberté, elle n'a servi qu'à leur enlever celle qu'ils avaient; ou si réellement elle les a trouvés gémissant sous le joug, elle n'a été propre qu'à faire river leurs chaînes. S'alliant aux passions les plus misérables, elle a toujours été la bannière de ce que la société a de plus vil, déplus abject : à ses côtés elle a groupé tous les hommes turbulents et malintentionnés. Cette semence de troubles, de scandales, de haines acharnées, a porté enfln ses fruits naturels : la persécution, les proscriptions, les échafauds. Le dogme fondamental de cette démocratie a été de nier toute sorte d'autorité ; son but constant de la détruire : la récompense qu'elle prétendait de ses travaux , c'était un tronc sur des ruines et le partage d'un sanglant butin.

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S tous les temps, dans tons les pays, on a vu iilèvements populaires, des révolutions; mais, sept siècles, en Europe, ces scènes se présence un caractère si singulier, que tout pbilosodoit trouver le plus digne sujet de réflexion, ndances à la dislocation sociale, tendances . n'est pas difficile de découvrir l'origine dans r même de Thomme, se sont élevées, au sein irope, à l'état de théorie : elles y ont été dés sur le terrain des idées avec l'obstination, entêtement de l'esprit de secte ; et toutes les le l'occasion s'en est présentée, on les a vues à effet avec audace, ténacité, acharnement, agances et délires , tel est l'ensemble du sys-

obstination, esprit de prosélytisme, monstés et forfaits, tels sont les caractères dont la tiou du système a été accompagnée. A toutes jes de l'histoire européenne, cette vérité se

attestée en caractères de sang : heureuse

on espagnole, si elle n'eût dû en faire l'expé-

irope est semblable à ces hommes d'une haute :é, d'un caractère actif et audacieux, qui dans le nt les meilleurs , et dans le mal les pires . A peine en Europe un fait de quelque gravité qui puisse isolé ; pas une vérité qui ne soit utile, ni une erai ne soit funeste. Constamment, en Europe, la tend à se réaliser , et constamment les faits , tour , appellent à leur appui la pensée. Si pe pratique des vertus, elle en dit la raison ,

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clip en clicrclie lo fondement", si elle commet des crimes, plie s'efforce de les disculper, et les appuie sur des HT sternes pervers . Nulle nation qui pratique le bien ou le mal, seule, à r<!cart ; elle s'efforce de le prop»per, et n'a pas de repos que ses voisins ne l'imitent. 11 existe en Euroiw quelque chose de plus qu'un chrtif prosélytisme se bornant à certains pays ; ou dirait que toutes les \Aéeé y naissent avec une prétention à l'empire universel. L'esprit de propagande ne date pas de la Révolution française, ni même dn sein^me siècle : dès les premières lueurs de la civilisation, dès que rintelligcnce commence à donnw quelifue signe d'activité, ce phénomène se prësente, et d'uup manière remarquable. Bans l'Europe si agit^ du douzième et du treizième siècle, se laisse apercevoir l'Europe du dix-neuvième ; de même que les liiiêaincnts coiilus au sein (l'un embryon contieunent les formes de letre futur.

Une grande partie des sectes qui troublèrent l'Kglise à dater du dixième siècle furent profondément révolulionuaires ; elles sortaient directement de l;i funeste Uèiuucratie que je viens de signaler, ou bien elles y cherchaient leur appui. Cette même àéauy cratie, inquiète, injuste, turbulente, qui avait compromis le repos de l'Europe dans les siècles antérieurs au seizième trouva dans le Protestantisme ses plus fervents propagateurs : parmi les nombreuses sectes entre lesquelles se fractionna la fausse Réforme, les unes lui ouvrirent un passage, les autres se rangèrent sous son drapeau. Quels effets en devaient

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lésnlter dans rorganisation politique de TEarope? Je le dirai nettement : il en devait résulter Tanéantissement de ces institutions politiques au moyen desquelles les diverses classes de l'État prenaient part aux affaires. Or, vu le caractère, les idées et les mœurs des peuples europ^ns, il était difficile qu'ils se soumissent pour toujours à cette nouvelle condition; leur inclination dominante devait les pousser à mettre une borne à l'extension du pouvoir ; naturellement le cours du temps devait amener des révolutions : et c'est ainsi que de grandes catastrophes furent préparées pour les générations futures, la Bévolution anglaise au dix-septième siècle , la Bévolution française au dix-huitième.

En un autre temps il pouvait être difficile de comprendre ces vérités ; ce temps n'est plus ; les révolutions successives accomplies depuis quelques siècles ont mis à la portée des moins intelligents cette loi constante de la société , que l'anarchie conduit au despotisme, que le despotisme engendre l'anarchie. Jamais, en aucun temps, en aucun pays (l'histoire et l'expérience le prouvent), on n'a répandu des idées antisociales , inoculé aux peuples l'esprit de rébellion, sans provoquer presque aussitôt l'emploi de Turque remède qui appartienne en ce cas-là aux nations, ^'établissement d'un gouvernement vigoureux, qui, juste ou injuste, légitime ou non, lève un bras de fer ^Or toutes les tètes, fait incliner tous les fronts. Au i^ruit et au tumulte succède un profond silence ; et l^ peuples se résignent facilement, car ils savent,

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par réflexion et par instinct, que le premier besoin des sociétés est leur propre conservation.

Que se passe-t-il en Allemagne, après Fintroduction du Protestantisme? Des maximes destructives de toute société sont propagées ; des factions satgisscnt, des insurrections ont lieu ; sur le champ de bataille et sur les échafauds le sang coule à torrents; mais aussitôt l'instinct de la conservation sociale réagit, et, loin que les formes populaires prennent racine, tout tend à l'extrême opposé. Dans ce pays où Ton avait fait briller aux yeux du peuple la perspective d'une liberté illimitée, une répartition nouvelle ou même la communauté des biens, enfin, la promesse d'une égalité absolue, dans ce même pays prévaut l'inégalité la plus choquante : l'aristocratie féodale conserve toute sa vigueur. En d'autres contrées, où Fou n'a point fait étalage de liberté et d'égalité, à peine distingue-t-on les limites qui séparent la noblesse du peuple : en Allemagne, la noblesse se maintient riche, prépondérante, environnée de privilèges, de distinctions. Là où l'on s'est emporté contre le pouvoir des rois, où le nom de roi est devenu synonyme de tyran, s'élève la monarchie la plus absolue; Fapostat de l'Ordre Teutonique fonde ce royaume de Prusse, dans lequel les formes représentatives n'ont pu encore pénétrer. En Danemark,^ le Protestantisme s établit ; à ses côtés le pouvoir absolu pousse de profondes racines : en Suède, précisément à la même époque, on voit s'ériger le pouvoir des Gustave.

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