‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 32 sur 84 · DEUX SORTES DB DSMOGBATIE · texte numérisé non relu

DEUX SORTES DB DSMOGBATIE

Quel tableau Dous présenterAugletcrrePLesformes représentatives n'ont pas été introduites dans ce pays par le Protestantisme ; elles y existaient plusieurs siècles auparavant, aussi bien que chez d'autres nations de l'Europe. Or, le monarque qui fonde l'Église anglicane, se distingue précisément par un atroce despotisme; et le Parlement, qui devrait lui servir de frein, s'avilit de la manière la plus honteuse. Que penser de la liberté d'un pays dont les l^islateurs et les représentants se déshonorent jusqu'au point de déclarer que quiconque aura connaissance des amours illicites de la reine, est tenu de se porter son accusateur, sous peine de haute trahison? Que penser de la liberté, là où les hommes qui en doivent être les défenseurs, ne rougissent pas, pour complaire aux jalouses passions du souverain, d^établir que toute jeune ûRe qui épousera on roi d'Angleterre, devra, sous peine de haute trahison, révéler avant ses noces les échecs qu'aurait reçus sa vertu? Ces ignominies prouvent encore plus de servilisme que la déclaration de ce même Parlement établissant que la seule volonté du monarque aura force de loi.

Les formes représentatives, conservées dans ce pays, en un temps où elles avaient péri chez presque toutes les autres nations de l'Europe, ne furent cependant pas de force à l'affranchir de la tyrannie. Al coup sûr, les Anglais ne mettront point de fierté à rappeler la Uberté dont ils jouirent sous les règnes d'Henri Vffl et d'Elisabeth. Peut-être n'existait-il

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pas en Europe un seul pays où le peuple, sous des formes populaires, fût plus opprimé, où le despotisme rt'gfoAt d'une manière plus illimitée. Aussi par quels efforts les Anglais ont-ils revendiqué la liberté ? Si l'on doit considérer comme un signe certain de la violence de l'oppression l'effort qui est fait pour la secouer, l'oppression sous laquelle gémissait l'Angleterre dut être bien grande , puisque ce pays a traversé une révolution si longue et si terrible, où tant de larmes et de sang ont été répandus.

En examinant ce qui s'est passé en France , nous remarquerons que le pouvoir royal s'y montre infir niment plus fort, plus puissant le lendemain des guerres religieuses. Après de si longues agitations, voici le règne de Louis XIY : L'État, c'est moit dit un orgueilleux monarque : ainsi le pouvoir absolu suit toujours Tanarchie. Les peuples européens ontils à se plaindre du pouvoir illimité qu'exercèrent les rois ? doivent-ils regretter que les formes représentatives qui pouvaient être une garantie de leurs libertés, aient péri sous l'ascendant du trône ? Qu'ils s'en prennent au Protestantisme. C'est le Protestantisme qui, semant dans toute l'Europe des germes d'anarchie, créa la nécessité d'un commandement central, d'un pouvoir royal très-fort. Il fallut fermer toutes les issues par où les principes dissolvants pouvaient avoir accès, il fallut multiplier les précautions, resserrer tous les liens.

Tout homme réfléchi sera d'accord avec moi sur ce point : en considérant lagrandissement du

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pouvoir absolu en Europe, ou n'y verra qu'un fait déjà observé depuis longtemps en tous lieux. A coup sûr, on ne saurait comparer les monarqijies de l'Europe à ces despotes qui, sous différents titres, se sont emparés du commandement là où la société s'est trouvée sur le point de se dissoudre ; cependant il sera vrai de dire que l'extension illimitée de leur pouvoir a eu aussi pour cause une grande nécessité sociale. En effet, sans une autorité unique et forte, la conservation de l'ordre public était impossible. On ne peut sans effroi promener ses regards sur l'Europe après l'apparition du Protestantisme : quel égarement d'idées ! quel relâchement de mœurs! quelle multitude de sectes! Disputes violentes, débats interminables, récriminations sans fin; troubles, rébellion, guerres intestines, meurtres, cruautés, supplices atroces : tel est le tableau que présente l'Europe; tels sont les effets de la discorde excitée parmi des peuples frères. Que devait-il résulter de ce retour aux moyens violents, à la tyrannie du fait sur le droit ? L'instinct de conservation, plus fort que les passions et le délire des hommes, a dû prévaloir : l'Europe a employé l'unique moyen qu'elle eût de se sauver ; le pouvoir royal, qui avait acquis déjà une grande puissance et qui touchait à son apogée, a fini par atteindre le faite ; là, il s'est isolé, s'est séparé complètement du peuple, a imposé silence aux passions populaires. La force d'qne institution puissante a dû opérer ce qu'aurait pu opérer une direction saine des idées ; la vigueur ITT. 15

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du sceptre retint la société penchant vers sa ruine. Si Ton y fait attention , tel est le sens de Tévénement de 1680 en Suède, lorsque ce pays se soumet entièrement à la libre volonté de Charles XI ; tel est le sens de réyénement de 1669 en Danemark , lorsque la nation, fatiguée d'anarchie, supplie le roi Frédéric ni de vouloir bien déclarer la monarchie héréditaire et absolue ; teUe est enfin la signification de ce qui se passe en 1 747 , en Hollande, et de la création d'un stathouder héréditaire. S'il nous faut des exemples plus éclatants , nous n'avons qu'à considérer le despotisme de Gromwell en Angleterre , après une révolution terrible, et celui de Napoléon en France, après la République (10).

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