‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 34 sur 84 · BOLS POUTIQUS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

BOLS POUTIQUS DU CLERGÉ

fie; mais ces arts et ce commerce, à l'état d'enfance, n'avaient point l'extension et la solidité qni, plus tard, ont fini par les lier intimement à toutes les branches de la société. Excepté en certains pays d'une fort petite importance, la qualité de négociant, d'artisan, n'obtenait point assez de considération pour que ce seul titre pût donner beaucoup d'influence.

Eu égard au cours des choses et à la grandeur tsroissante du pouvoir royal, le seul moyen convenable pour contenir les monarques , jusqu'au jour où l'élément démocratique serait assez fort pour se iaire respecter, était l'union de l'aristocratie avec le peuple. Mais cette coalition n'était pas facile à obteidr ; entre l'aristocratie et le peuple existaient des •nimosités, des rivalités, jusqu'à un certain point' inévitables, à cause de l'opposition de leurs intérêts respectifs. Cependant il faut se rappeler que la noblesse n'était point l'unique aristocratie; il s'en trouvait une plus forte , plus puissante qu'elle : le Clergé. Celle-ci possédait alors tout l'ascendant, tonte l'influence que donnent les moyens moraux unis aux moyens matériels. En effet, outre le caractère religieux qui le rendait respectable et vénérable aux yeux des peuples, le Clergé jouissait de richesses abondantes , au moyen desquelles il lui était facile, d'un côté, de s'attirer la gratitude du peuple et son dévouement ; de l'autre, de se faire craindre des grands et respecter des monarques. Or, voici une fiiote capitale du Protestantisme : briser, dans ce

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momenMA, le pouvoir dn Clergé, c'était hftter la complète victoire de la monarchie absolue, laisser le peuple sans appui, le monarque sans frein, l'aristocratie sans lien d'union, sans principe de vie; o'était empêcher les trois éléments , monarchique, aristocratique et démocratique, de se combiner à propos pour former le gouvernement tempéré, vers lequel presque toutes les nations de l'Europe semblaient se diriger.

Nous avons déjà dit qu'il ne convenait pas de laisser à cette époque le peuple dans l'isolement; sou existence politique était encore trop fiiible, trop précaire : pour que la noblesse , de son cdté, restât un moyen de gouvernement, il ne fallait pas davantage la laisser isolée. Cette classe, ne renfermant d'autre principe vital que celui qu'elle tirait de ses titres et de ses privilèges, ne pouvait se soutenir contre les attaques dirigées incessamment contre elle par le pouvoir royal. IWalgréelle, la noblesse se voyait forcée de se plier à la volonté du monarque , d'abandonner ses donjons pour venir, dans les somptueux palais des rois , se soumettre au rôle de suivante de cour.

Le Protestantisme brisa le pouvoir du Clergé, nonseulement dans les pays où il parvint à implanter ses erreurs, mais dans tous les pays. Là où il ne put s'introduire lui-même , il fit pénétrer toute cette part de ses idées qui n'était point en opposition ouverte avec la foi catholique. Le pouvoir du Clei^ se trouva privé ainsi d'un de «es principaux appuis,

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de Tinfluence politique des Papes. En même temps que les rois devenaient de pins en pins rebelles aux prétentions du SaintSiége, les Papes , de leur cAté, pour ôter tout prétexte aux déclamations des protestants, durent adopter une extrême circonspection en ce qui concernait les affaires temporelles. Tout cela a été regardé comme un progrès de la ciTilisation, comme un pas vers la liberté ; cependant l'esquisse que je viens de tracer montre clairement qu'au lieu de prendre la voie la plus sûre pour développer les formes représentatives, on choisit le sentier qui conduisait an gouvernement absolu.

Le Protestantisme, intéressé à briser le pouvoir des Papes , exalta celui des rois, même par rapport à Vordre spirituel. En concentrant dans les mains royales le double pouvoir spirituel et temporel, il ôta tout contre-poids au trône. En détruisant l'espérance d'arriver à la liberté par un chemin paisible, il précipita les peuples vers l'emploi de la force; il ouvrit le cratère des révolutions.

Afin que le jeune plant de la liberté politique prit racine et acquit du perfectionnement, il ne fallait point le faire sortir avant le temps de l'atmosphère où il était né. Dans cette atmosphère existaient ©asemble les éléments monarchique, aristocratique et populaire, tous fécondés par la Religion catholique ; sous l'influence de cette même Religion, ces éléments commençaient à se combiner doucement, il ne fallait point séparer la politique de la Religion. Au lieu de considérer le Clergé comme un éléQiea\ixnie>*&\j^^^

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était important de le considérer comme un médiateur entre toutes les classes et les pouvoirs, prêt à calmer lardeur des luttes, à mettre une borne aux excès, à empêcher toute prépondérance exclusive du monarque, des grands ou du peuple. Toutes les fois qu'il s'agit de combiner des pouvoirs et des intérêts très-divers, il faut, pour empêcher les chocs violents, un médiateur, une intervention quelconque; si ce médiateur n'existe point naturellement, il en faut créer un. On comprend par là combien le Protestantisme fit de mal à l'Europe, puisque son premier effort fut d'isoler le pouvoir temporel , de le mettre, en rivalité ou en hostilité avec le pouvoir spirituel, de placer le monarque et le peuple en face l'un de l'autre, sans intermédiaire. L'aristocratie laïque perdit aussitôt son influence politique; caria force qu'elle tirait de son union avec l'aristocratie ecclésiastique, vint à lui manquer; une fois les nobles réduits au rôle de courtisans, le pouvoir du trône se trouva sans aucun contre-poids.

Je l'ai dit et je le répète : il était fort utile pour la conservation de l'ordre public, par conséquent pour le développement de la civilisation, que le pouvoir royal se fortifiât, aux dépens même des seigneurs et des communes ; néanmoins on est en droit de déplorer l'excessive prépondérance que prit ce pouvoir, et il est bon de considérer qu'une des causes qui contribuèrent le plus à cet excès fut l'élimination du Clergé de la scène politique. Au commencement du seizième siècle, la question n'était plus

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de savoir si on laisserait debout cette multitude de châteaux du haut desquels d'orgueilleux barons fusaient la loi à leurs vassaux , au mépris, fort souvent, des ordonnances du monarque ; il ne s'agissait pas davantage de savoir si l'on conserverait cette quantité de libertés communales, sans liaison entre elles, eu opposition avec les prétentions des grands, et en même temps embarrassantes pour l'action du souverain. Telle n'était plus la question. On sentait le besoin d'un gouvernement central, propre à garantir l'ordre, à protéger les intérêts légitimes, à donner au mouvement de la civilisation une impulsion décisive. De toutes parts on se hâtait de raser les châteaux ; les seigneurs descendaient de leurs forteresses, se montraient plus humains envers le peuple et inclinaient respectueusement leur front devant le pouvoir du monarque ; les communes, de leur côté, entrant dans cette sorte d'amalgame qui devait former les grandes monarchies, se voyaient forcées d'abandonner cette part de leurs droits et de leurs libertés qui s'opposait à la centralisation générale.

La question était de savoir si, tout en garantissant aux peuples les bienfaits de la centralisation, il existait quelque moyen de marquer au pouvoir des limites légales. Pouvait-on, sans embarrasser ni affaiblir l'action du pouvoir, obtenir pour les peuples une raisonnable influence sur la marche des aflaires, et surtout leur conserver le droit, précédemment acquis, de veiller à l'emploi des revenus publics? Il s'agissefif ^ en un mot, de prévenir tout ensemble les

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scènes sanglantes des réyolutions et les abus , les dérèglements de la faveur des courtisans.

Les peuples ne pouyaient, à eux seuls, conserver une suffisante influence ; il leur manquait une ressource indispensable, Tintelligence des affaires publiques. Sans doute les communes n'étaient pas ab- ' solument dépourvues de connaissances ; mais il ne &ut pas oublier que le mot de chose publique venait d'acquérir une signification immense : ce mot ne ■ s'appliquait plus seulement à une municipalité, à une province ; grâce à la centralisation qui triom- { phait de toutes parts, la chose publique comprenait déjà tout un royaume, et non pas isolé, mais dans l'ensemble de ses rapports avec tous les autres peuples.

Dès ce temps la civilisation européenne acquérait ce caractère de généralité qui la distingue ; dès c^ temps, pour concevoir véritablement toute aSair^ propre à un royaume, il fallait étendre ses regards^ les promener sur l'Europe entière, quelquefois suer" l'univers . Les hommes capables d'une telle élévatior^ de vues ne pouvaient être, on le comprend, fort coul— muns dans la société; d'ailleurs, la partie la plu^ iUustre de la sodété était attirée par l'éclat qui en — vironnait les monarques ; autour du trône se formaL^ naturellement un foyer d'intelligence qui pouvait prétendre des droits exclusifs sur le gouvernement- Mettez, en face de ce centre d'action et d'intelligence, le peuple encore faible, ignorant , qu'arrivera-t-il P n est facile de le deviner. Jamais la faiblesse et

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