‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 35 sur 84 · BÔLE POLITIQUE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

BÔLE POLITIQUE DU CLERGÉ

l'ignorance ne prévalurent sur la force et Fintellîgence. Or, comment était-il possible d'obvier à cet inconvénient? En conservant la Religion catholique dans toute l'Europe : l'influence du Clergé se serait conservée par là ; or, personne n'ignore que le savoir, à cette époque, avait encore dans le sein du Clergé son véritable foyer.

Lorsqu'on a fait un titre d'honneur au Protestantisme d'avoir affaibli l'influence politique du Clergé, on n'a pas assez considéré quelle était la nature de cette influence. Comment trouver, en dehors du Clergé catholique, une classe de citoyens qui présente des affinités avec les trois éléments de pouvoir , des intérêts communs avec chacun d'eux, sans être exclusivement liée à aucun?

La monarchie n'avait rien à craindre du Clergé; en effet, les ministres d'une religion qui regarde le pouvoir comme descendu du ciel, ne pouvaient se déclarer les ennemis du pouvoir royal , que nous avons reconnu être comme la tête de tous les autres. L'aristocratie non plus, restant dans des limites xaisonnables, n'avait rien à craindre du Clergé. Les titres en vertu desquels elle revendiquait la possession de ses richesses, les droits qu'elle alléguait à une certaine considération, à une certaine préférence, ne pouvaient être repoussés par une classe dont les principes et les intérêts tendaient à favoriser tout ce qui restait dans le cercle de la raison, de la justice et des lois. La démocratie, j'entends par ce mot la généralité du peuple, avait trouvé, à l'époque de son

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plus grand abaissement, le plus ferme appui, la plus généreuse protection dans l'Église; comment cette Eglise qui avait tant travaillé pour Témanciper de l'esclavage antique, et, plus tard, pour alléger les chaînes féodales, se serait-elle déclarée l'ennemie d'une classe qu'elle pouvait considérer comme sa créature ? Si le peuple avait vu s'améliorer son état civil, c'était au Clergé qu'il en était redevable ; s'il avait acquis une influence politique , il la devait à l'amélioration de sa situation, autre bienfait de l'influence du Qergé : si, à son tour, le Qergé avait quelque part un sûr appui, c'était naturellement dans cette classe populaire, qui, en <»ntact continuel avec lui, recevait de lui toutes sas inspirations, tous ses enseignements.

L'Église, d'ailleurs, prenait indistinctement ses membres dans toutes les classes. Pour élever un homme au sacré ministère, elle n'exigeait ni titre de noblesse, ni richesse ; cela seul suffisait pour entretenir entre le Clergé et les classes inférieures des relations intimes ; toute aversion entre ces deux ordres se trouvait par là écartée. Ainsi, le Clergé, uni à toutes les classes de la société , était un élément parfaitement propre à empêcher la prépondérance exclusive d'aucune de ces classes ; le Clergé, conservant son influence au sein de la société, aurait maintenu entre tous les éléments sociaux une certaine fermentation douce et féconde, qui avec le temps les aurait amenés à une douce et naturelle combinaison.

Ce n'est pas à dire qu'on n'eût vu en Europe de^

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différends, des disputes, peut-être des luttes, toutes choses inéTitables au sein de rhumanité : mais du moins Teffroyable effusion de sang qu'ont coûtée les guerres d'Allemagne, la révolution d'Angleterre et cdle de France, aurait été prévenue.

On me dira que l'esprit de la civilisation européenne tendait nécessairement à diminuer l'excessive inégalité des classes; j'en conviens, j'ajouterai même que cette tendance était conforme aux principes et aux maximes de la Religion chrétienne, laquelle rappelle sans cesse aux hommes qu'ils sont égaux devant Dieu, qu'ils ont une même origine et ime commune destinée, que les honneurs, les richesses ne sont rien, que l'unique chose agréable à Dieu est la vertu. Mais réformer n'est point détruire; il faut faire en sorte de guérir le mal sans tuer le malade. On a mieux aimé renverser par la force ce qui pouvait être corrigé par des moyens légaux. La ci- ^lisation européenne une fois faussée par les innovations du seizième siècle, l'autorité Intime une fois i^éconnue dans les choses mêmes qui lui appartenaient le plus en propre, l'action bienfaisante de l'au- •tDrité a fait place aux désastreux expédients de la ^olence. Trois siècles de calamités ont peut-être enseigné aux nations combien il est périlleux, pour le Succès des entreprises, de les confier aux hasards Cruels de la force. Il n'en est pas moins vrai que, si le Protestantisme, tel qu'une pomme de discorde, ^'eût point été jeté au milieu de l'Europe, toutes les grandes questions sociales et politiques se trouve-

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raient, à Theure qa'il est, bien plus près d'être résolues d'une m^ère sûre et pacifique, si tant est qu'elles ne l'eussent été depuis limgteinps (1 1).

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