‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 38 sur 84 · ÉTAT POLITIQUE AYANT LB PBOTESTANTISME · texte numérisé non relu

ÉTAT POLITIQUE AYANT LB PBOTESTANTISME

rainetè du peuple n'est rien, ou c'est une chose fort daogereuse; la loi ne doit point être l'expression de la volonté, mais de la raison ; la simple volonté ne suffit point pour constituer les lois : il y faut la raison, la justice, la conyenance publique. » Ces idées étaient déjà communes longtemps ayant le seizième siècle, nourseulement parmi les hommes instruits', mais dans la classe la plus simple, la plus ignorante. Un docteur du treizième siècle avait admirablement exprimé cette doctrine avec son laconisme habituel : c'est un règlement dicté par la raison^ ayant pour but le bien commun. « Voulez-vous, continue l'école moderne, que le pouvoir royal soit une vérité, il faut lui assigner la première place entre les pouvoirs lé- ^slatifs, il lui faut le veto absolu. » ^— Dans les anciennes Gortès, dans les anciens États généraux, dans les Parlements, le roi occupait parmi les pouvoirs législatifs cette première place ; rien ne se faisait contre sa volonté ; il avait le veto absolu.

« À bas les classes ! dit l'Assemblée Constituante ; Il bas les distinctions ! Le roi en rapport direct avec le peuple ; toute aristocratie est contraire aux droits imprescriptibles. » — « Vous êtes des téméraires, réplique l'école moderne ; s'il n'existe pas de distinctions, il faut les créer. S'il n'existe point dans la société des classes formant par eUes-mèmes un second corps législatif, un médiateur entre le roi et le peuple, il en faudra d'artificielles ; il faudra créer au moyen de la loi ce qui ne se trouve point dans la société :. si la réalité manque, il faudra la fiction. »

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Or, ces classes existaient dans la société ancienne; elles prenaient part aux affaires ; elles formaient les premiers corps législatifs.

Je le demande maintenant : ce parallèle ne montre-t-il pas clairement que ce qui est appelé aujourd'hui progrès en matière de gouyemement est au fond un véritable retour aux maximes enseignées ^ pratiquées partout sous Tinfluence de la BeligicHi catholique, avant le Protestantisme ? Si je m'adresse à des hommes doués de la moindre intelligence en feit de questions sociales et politiques, je puis me dispenser d'insister sur les différences qui naturellement doivent se trouver entre les deux époques. Je reconnais que le cours même des choses aurait amené des modifications importantes ; les institutions politiques se seraient accommodées à des besoins nouveaux. Mais ce que je soutiens en même temps, c'est que la civilisation européenne s'avançait, autant que le permettaient les circonstances, vers un avenir meilleur; c'est qu'elle contenait dans son propre sein les moyens dont elle avait besoin pour réformer sans bouleverser. Il fallait pour cela que les événements eussent un développement spontané, à l'abri de toute violence ; il ne fallait pas oublier que Faction de l'homme toute seule est peu de chose ; que les brusques essais sont dangereux ; que les grandes productions de la société, semblables à celles de la nature, ont besoin d'un élément indispensable, le temps.

11 est un fait sur lequel, à mon sens, on n'a point assez réfléchi, bien que ce fait renferme l'explication

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de certains phénomènes singuliers. Ce fait, c'est que le Protestantisme a empêché la civilisation européenne d'être homogène, en dépit de la forte tendance qui poussait toutes les nations de l'Europe à l'homogénéité. Il est hors de doute que la civilisation des peuples tire sa nature et ses caractères des prin cipes mêmes qui lui ont communiqué le mouvement et la vie : or, ces principes étant les mêmes, à peu de différence près, pour toutes les nations de l'Europe, celles-ci devaient se ressembler infiniment entre elles. L'histoire sur ce point est d'accord avec la philosophie : aussi, tant que les nations européennes n'ont reçu l'inoculation d'aucun germe de divi* sion, voit- on leurs institutions civiles et politiques se développer en présentant un caractère de ressenK blance très-marqué. Sans doute, on pouvait observer entre elles des différences, inévitable résultat de la diversité des circonstances ; mais il n'en est pas moins vrai qu'elles tendaient à se ressembler de plus en plus, et à former de l'Europe entière un seul tout^ dont nous ne saurions aujourd'hui nous faire une idée complète, accoutumés que nous sommes à la division. Cette homogénéité aurait été portée à sa perfection par l'effet de la rapidité croissante des communications intellectuelles et matérielles ; Timprimerie y eût contribué plus que tout le reste ; car le flux et le reflux des idées aurait fiiit disparaître promptement les inégalités qui séparaient les nations les unes des autres.

Malheureusement le Protestantisme survint ; il se-

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para Ifx peuplée européens en deux grandes famillH' atiimOcs l'une eontre l'autre d'une haine mortelle.' Cette hoine enfanta des guerres acharnées , lit r*-' pandre des torrents de sang. Mais ces catastropheç. mêmes furent moins funestes que le schisme civO, politique et littéraire, produit au seiu de l'Europe par le manque d'uuité religieuse. Les institution! civiles, politiques, toutes les branches des connaissanocs étaient nées, avaient prospéré en Europe soM l'influence de la religion; le schisme religieux, afftvtant la racine môme, s'étendit nécessairement i tons les rameaux. Ainsi s'élevèrent entre les diverses nations ces murs d'airain qui les ont tenues sépai-ées; l'esprit de soupçon, de défiance, se répatti^t partout ; les choses mêmes qui auparavant auraient, étéjugéts innocentes ou sans conséquence purent dès lovs ctre réputées cjniuemment dangereuses.

On comprend quel ninlaiiic, quelle inquiétude, durent résulter de ces complications funestes : Ifs calamités dont l'Europe a été affligée dans les trois derniers siècles se trouvaient toutes contenues dans ce détestable germe. A qui sont dues en Allemagne les guerreKdcs Anabaptistes, celles de l'Empire, celle de Trente ans ? En France, celles des Huguenots, les scènes sanglantes de la Ligne, et cette série non interrompue de discordes, qui, commençant avec le Calvinisme, se continua par le Jansénisme, par la Philosophie, pour se terminer à la Convention? Si l'Angleterre n'avait reufernié dans son sein cette fourmilière de sectes qui naquirent chez elle du

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Protestantisme, aurait-elle eu à souffrir les désastres de sa longue révolution ? Si Henri Vin ne se fût point séparé de l'Église catholique, la Grande-Bretagne n'aurait point passé les deux tiers du seizième siècle au milieu d'affreuses persécutions religieuses et sous un despotisme brutal ; durant la plus grande partie du dix- septième siècle, elle n'aurait point été abreuvée de tout le sang versé par le fanatisme des sectes. Enfin, n'est-ce pas le Protestantisme qui a placé l'Angleterre dans cette terrible situation créée par la question irlandaise : d'un côté, le risque de démembrer l'empire ; de l'autre, le péril d'une révolution ? Des peuples frères n'auraient-ils pas trouvé Qioyen de s'entendre, si, durant les trois derniers iècles, les discordes religieuses n'eussent mis entre ux un fleuve de sang?

Ces ligues offensives et défensives de nation à naion, qui divisèrent l'Europe en deux partis non loins ennemis que Chrétiens et Musulmans ; ces laines traditionnelles entre le Nord et le Midi, cette éparation profonde entre l'Allemagne protestante et 'Allemagne catholique, entre l'Espagne et l'Angleerre, entre celle-ci et la France , ont dû extraordilairement retarder les communications entre les leuples européens. Ce qui aurait été obtenu infiniaent plus tôt par le secours des moyens moraux n'a ►u l'être que par le développement des moyens matéiels. La vapeur tend à convertir l'Europe en une rande cité : si des hommes qui devaient un jour abiter, pour ainsi dire, le même toit se sont haïs

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trois siècles, à qui en est la faute? Si les cœurs eussent été unis depuis longtemps en une même affection, l'heure où les mains auraient pu se joindre n'aarait-€lle point sonné plus tôt P

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