‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 39 sur 84 · CHAPITRE LXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVL

trahsformation politique de l'espagne au

seizième siècle.

Je n'achèverais pas d'éclaircir cette matière, si je laissais sans solution la difficulté que voici : « En Espagne, le Catholicisme a dominé exclusivement, et, à côté du Catholicisme, s'est établie la monarchie absolue ; ce fait indique assez que les doctrines cattioliques sont ennemies de la liberté politique. » La plus grande partie des hommes n'entre pas dans un examen profond de la véritable nature des choses, ni de la valeur des mots ; la plupart acceptent les faits tels qu'ils s'offrent au premier coup d'oeil ; ils confondent la camalité avec la coïncidence. On ne peut nier que l'empire de la Religion catholique n'ait coïncidé en Espagne avec la prépondérance définitive de la monarchie absolue ; mais la difficulté est de savoir si la Religion catholique fut la vraie cause de

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cette prépondérance ; si ce fut elle qui abattit les anciennes cortès, et fonda sur les ruines des institutions populaires le trône des rois absolus.

ÂTant de descendre à l'examen des causes qui détruisirent chez nous l'influence de la nation sur les affaires publiques, il est bon de rappeler qu'en Danemark, en Suède, en Allemagne, l'absolutisme s établit et prit naissance à côté du Protestantisme ; en vertu de l'argument de la coïncidence, nous aurions donc prouvé tout aussi bien que le Protestantisme conduit à la monarchie absolue. Je ferai observer qu'en cherchant à démontrer, dans les précédents chapitres, que la fausse Réforme contribua à tuer la ^rté politique, je ne me suis pas basé uniquement ^Ur les coïncidences, bien que je les aie signalées à attention du lecteur. J'ai dit que le Protestantisme, 'U semant des doctrines dissolvantes, avait rendu Nécessaire la crâition d'un pouvoir plus fort ; qu'en létruisant l'influence politique du Clergé et du Pape, l avait bouleversé l'équilibre des classes sociales, »té au trône tout contre -poids; qu'il avait accru a outre l'autorité du monarque, en lui accordant la uprématie ecclésiastique dans les pays protestants, sn exagérant ses prérogatives chez les nations catho-* iques.

Hais laissons de côté ces considérations générales, ixons nos regards sur l'Espagne. Cette nation est 'une de celles que l'on connaît le moins ; on n'étulie point véritablement son histoire, on est loin d'oberver comme il conviendrait quelle est sa situation

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présente. Ses troubles, ses rébèlliODS, ses gaerres civiles, disent haatement qu'on n'a point réussi à lui donner le système de gouTememoit qull lui iaut; on essaye de la gouTemer sans la connaître. Pour ce qui regarde son histoire, la ni^[Mnse est encore plus forte, s'il est possiUe. Des événements déjà fort âoignés de nous n'influant sur le présent que d'une manière seci^ète et peu facile à saisir, les observateurs, satislûts d'un coup d'ceil jeté à la surfiioe, laissent un libre cours à leurs conjectures : ces conjectures sont substituées à la réalUé des fEÔts.

En traitant des causes qui ont MX perdre à FEepagne la liberté politique, presque tons les autenn attachent principalement ou cxdusivenMnt leurs regards sur la Gastille, attribuant aux monarques infiniment plus de sagacité que Tbistoire ne semMe le permettre. On prend ordinairement pour point d'observation la guerre des comunidades; et, aa dire de certains écrivains, il semble que, sans h déroute de Y illalar , la liberté espagnole eût pris un essor indéfectible. Je ne nierai pas que la guerre des comunidades ne présente, en ettétj m tableau excellent à étudier; les champs de Vil* lalar ont été , en quelque façon , témoins du dé* noûment du drame ; la Gastille doit être r^ardée comme le centre des événements, et il est vrai que les monarques espagnols firent preuve de beaucoap de sagacité dans la manière dont ils menèrent à fia leur entreprise. Néanmoins, je ne crois pas qu'il soit juste de se borner à ces considérations ; il me sem-

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ble que le plus souvent on prend les effets pour les causes, et l'accessoire pour le principal.

Voici quelles ont été, à mon ayis, les causes de la ruine des institutions libres : l*' le déyeloppement prématuré et démesuré de ces institutions ; 2^ la formation de la nation espagnole par la réunion successiye de membres très-hétérogènes, ayant tous des institutions extrêmement populaires ; S"" l'établissement du pouvoir central au milieu des proyinces dans lesquelles les formes populaires ayaient le moins de déyeloppement, et où l'autorité des rois dominait avec le plus d'empire ; 4*" l'abondance excessive de richesse, de pouvoir, de gloire, dont le peuple espagnol se vit environné, et au sein de laquelle il s'endormit; 5^ la position toute militaire et de conquête où se trouvèrent les monarques espagnols, précisément aux moments critiques où dut se décider la querelle. J'examinerai rapidement ces causes, bien que la nature de cet ouvrage ne me permette pas de le faire avec l'étendue que réclame l'importance du sujet. Le lecteur voudra bien me pardonner cette excursion , en songeant à l'étroit enchaînement qui existe entre cette matière et la question religieuse.

Un fait hors de doute, c'est que l'Espagne, entre les nations monarchiques, est celle qui a pris les devants en fait de formes populaires. Le développement de ces formes, chez elle, fut prématuré et excessif, ce qui contribua à leur ruine ; de même on voit s'affaiblir et bientôt mourir l'enfant qui, en uu m. te

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âge trop tendre, parvient à une haute stature ou manifeste des signes d'one intelligence trop précoce.

Ce Yif esprit de liberté, cette multitade de ftieros^ de privilèges, ces entraves mises de tous côtés au jea du pouv(Hr, qui privaient le pouvoir de la rapidité, de l'énergie de son action^ ce vaste déploiement de l'élément populaire, inquiet, turbulent de sa nature, à côté des ridiesses, du pouvoir, de l'orgueil de l'aristocratie, tout cela devait amener naturellement beaucoup de troubles ; des éléments si nombreux, si divers, si opposés, qui n'avaient pas eu le temps de se combiner pour vivre en une communion paisible, harmonieuse, ne pouvaient exercer tranquillement une action simultanée. L'ordre est le premier besoin des sociétés ; l'intérêt de l'ordre doit faire ployer les idées, les mœurs, les lois ; partout où existe un germe de désordre continu, quelque profonde racine qu'ait ce germe, on peut assurer qu'il sera extirpé, ou du moins paralysé jusqu'au point de ne plus présenter un danger pour la tranquillité publique. L'organisation municipale et politique de l'Espagne avait cet inconvénient; de là une nécessité impérieuse de la modifier.

Or, l'état des idées et des mœurs à cette époque permettait difficilement d'espérer que tout se trouvât réparé au moyen d'une simple modification. On ne connaissait point alors, comme de nos jours, cet esprit constituant qui crée si facilement des assemblées nombreuses, élabore de nouveaux codes, ou

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réforme les anciens ; les idées n'avaient point acquis non plus cette généralité en vertu de laquelle , s'élevant au-dessus de toutes les circonstances locales, l'esprit n'embrasse plus que Thomme, la société, la nation, le gouvemement. Dans ce temps-là, il en était tout autrement : une charte de liberté accordée par un roi à une cité, à une ville ; une franchise arracha à un seigneur par ses vassaux armés; un privil^e obtenu à la guerre par quelque action illustre, quelquefois donné en récompense du courage des aïeux ; une concession faite dans les cortès par le monarque en échange du vote d'une contribution, ou, comme on disait alors, d'un service ; une loi, une coutume dont l'antiquité se confondait avec le berceau de la monarchie : tels étaient les titres sur lesquels reposait la liberté de la noblesse et du peuple, titres dont on se montrait fier, dont on défendait l'intégrité avec une ardeur jalouse.

La liberté d'aujourd'hui a quelque chose de plus vague, et parfois de moins positif, à raison même de l'élévation où se sont placées les idées : en revanche, ' la liberté de nos jours court infiniment moins de risque d'être détruite. Elle parle un langage entendu de tous les jpeuples, elle présente sa cause comme commune à toutes les nations , elle peut former de vastes associations pour se garantir des coups qu'on dirigerait contre elle. Les mots de liberté, égalité , droits de l'homme , intervention du peuple dans les affaires publiques , responsabilité ministérielle , opinion publique, liberté de la presse , tolé-

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rance , et autres semblables, renferment assurément une grande diversité de sens, qu'il est difficile de déterminer, lorsqu'il s'agit d'en faire des applications particulières; néanmoins, ces mots offrent à l'esprit un certain semblant de simplicité et de clarté. Gomme, d'un autre côté, ils présentent des idées flatteuses, on ne peut les prononcer sans exciter un yU intérêt; il suffit qu'on se constitue le champion des idées qu'ils expriment pour apparaître aussitôt comme un défenseur des droits de l'humanité entière. Au milieu des peuples libres du quatorzième et du quinzième siècle « la situation se trouvait fort différente. A cette époque, prenez en main les franchises de la Catalogne ou de la Gastille , et présentez-vous à ces Aragonais qui se montrent si intraitables sur le chapitre de leurs fueros; vous ne les touchez plus, vous n'excitez chez eux ni zèle ni intérêt : tout parchemin qui ne porte pas le nom d'une de leurs villes ou cités est , à leurs yeux, chose insignifiante et étrangère.

Cet inconvénient, qui prenait racine dans l'état des idées, toutes bornées à des circonstances locales, devenait énorme en Espagne. Là, sous un même sceptre, se formait un amalgame des peuples les plus différents par les mœurs, par l'organisation municipale et politique, divisés d'ailleurs par des rivahtés et des rancunes. En une pareille situation , il était facile de combattre la liberté d'une province, sans que les autres se crussent offensées ou conçussent des craintes pour leur propre liberté. Si, à l'époque

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OÙ les comuneros se soulevèrent en Castille contre Charles-Quint, il y eût eu cette communication d'idées et de sentiments, ces yives sympathies qui lient aujourd'hui tous les peuples, la défaite de Yillalar eût été une simple défaite, rien de plus ; le cri d'alarme retentissant en Aragon et en Catalogne aurait -eertainement fort embarrassé le jeune monarque, mal conseillé. Mais il n'en fut pas ainsi : il n'y eut que des efforts isolés, par conséquent stériles.

Le pouvoir royal, qui procédait constamment avec un esprit de suite, pouvait battre en détail ces forces disséminées ; le résultat n'était pas douteux. En 1 52 1 , Padilla, Bravo, Maldonado, périrent en Castille sur on échafaud; en 1591, D. Diego de Heredia, D. Juan de Luna et le j tf s ticta lui-même D. Antonio de Lanuza subirent en Aragon le même sort; lorsqu'en 1640 les Catalans se soulevèrent pour la défense de leurs droits, les manifestes qu'ils lancèrent pour s'attirer des partisans n'amenèrent personne à leur aide.

Ces feuilles volantes qui, chaque matin, réveillent notre attention et jettent l'alarme au moindre péril, n'existaient point alors. Vivement attachés à leurs us et coutumes, satisfaits des confirmations nominales que les monarques donnaient chaque jour à leurs fueros, fiers de la vénération qu'obtenaient en apparence leurs vieilles libertés, les peuples ne songeaient pas qu'ils se trouvaient en présence d'un adversaire plein de sagacité, lequel, réservant sa force pour un coup décisif, tenait sa main constamment prête à les écraser.

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Lorsqu'on étudie attcnlivciiient l'Iiisloin? d'Ëspitfioe, 00 obsene qne le plan de concentrer l'action du Kouvernemcut dans Ids mains du monarque, en éloignant le plusp088il)le l'influence delà nation, date du règne de Ferdinand et d'Isabelle. Il ne fant pas s'en i^tnnncr ; il fut alors tout à la fois plus nécessaire et pins facile de le faire. L'action du gouvernemenl commençait, dès ce temps, à partir d'un centre commun pour s'étendre snr toute l'Espagne ; on dut seutir plus vivement l'erabarraB qu'une si grande diversité de certes, de municipalités, décodes, de privil^ies opposait à l'action centrale : or, tout gouvei-nement aspirant à une action rapide et efficace, il éfait natnrel que la pcneée d'aplanir, d'uniAer, de centraliser 8'emparftt da consel! des rois d'Espagne.

Un roi qui commandait de nomlireuses armées, (LUI rlis[>osait de llotlos ma9;iiiBqucs, qui avait humilié en cent occasions des ennemis puissants et s'était acquis le respect des nations étrangères, devait supporter avec quelque impatience l'obligation d'aller, à ciiaque instant, présider des cortès en Castille, en Aragon, puis à Valence, puis en Catalogne, Il devait lui en coflter do répéter sans cesse le même serment en faveur des droits et libertés, d'entendre sans cesse â .son oreille la monotone déclaration des procuradores de Castille, des hrazos d'Aragon, de Valence et de Catalogne. Il était dur d'avoir à demander hui»blenient aux cortès quelque service pour les dépenses de l'État, particulièrement pour des guerres presque continuelles. Si le monarque s'y n^sigiinif.

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c'était par la crainte qu'inspirait la fierté de ces hommes, vrais lions sur le champ de bataille, qui eussent combattu dans les rues et dans leurs maisons, si l'on eût tenté de leur enlever leurs droits et leurs franchises, héritage des aïeux.

La réunion seule des couronnes d'Aragon et de Castille devait amener la ruine des institutions populaires. Dès lors, en effet, la force du trône se trouva trop prépondérante pour que les fueros des royaumes récemment unis pussent lui opposer une barrière. Nul pouvoir politique, à cette époque, n'était en mesure de tenir tête à la couronne. H aurait fallu, pour cela, que les cortès des diffélrents royaumes, réunies, fondues en une seule assemblée, eussent constitué une représentation nationale douée de l'ancien zèle pour les fueros , et en même temps prête à sacrifier toutes les rivalités sur l'autel du bien commun. Or, à cette époque, c'était une chose impossible : impossible à cause de l'état des idées, de l'état des mœurs et des rivalités entre les diverses populations ; impossible parce que les peuples n'étaient point capables de considérer la question d'un point de vue aussi élevé; impossible par la résistance que les rois y auraient opposée, par les embarras auxquels aurait donné lieu l'organisation municipale, sociale, politique ; en un mot, c'était une chose aussi impossible à concevoir qu'à exécuter.

Toutes les circonstances, au contraire, favorisaient Tagrandissement du pouvoir royal. Le monarque n'était plus seulement roi d'Aragon ou de Castille,

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mais d'Espagne ; les anciens royaumes se rapetissaient singulièrement devant la majesté croissante du trône ; ils descendaient peu à peu au rang qui seul leur pouvait convenir, celui de provinces. Dès ce moment, le monarque, ayant à exercer une action plus vaste, plus compliquée, ne peut rester continuellement en contact avec ses vassaux. Il sera obligé de différer longtemps la célébration des cortès dans chacun des royaumes récemment unis, car souvent les affaires le retiendront à une extrémité lointaine de son empire. Faut-il châtier une sédition, réprimer un excès, il ne sera plus obligé de recourir aux forces particulières du royaume dans lequel se seront manifestés la sédition ou l'excès : avec les armes de Castille, il subjuguera ceux qui se soulèvent dans le royaume d'Aragon ; avec celles d'Ajragon, il abattra les rebelles de Castille. Grenade est tombée à ses pieds , ritalie se soumet à Tépée victorieuse d*im de ses capitaines , ses flottes portent Colomb, qui vient de découvrir un monde nouveau; cherchez maintenant à entendre l'habituel bourdonnement des cortès et des ayuntamientos : tout cela a disparu pour votre oreille , tout cela a disparu dans la réalité.

Si la guerre n'eût été l'état habituel et le goût dominant de l'Espagne, peut-être les institutions démocratiques se seraient-elles sauvées plus aisément. Si l'attention des peuples se fût fixée exclusivement sur le régime municipal et politique, ils auraient peutêtre mieux discerné leurs intérêts ; les rois ne se se-

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raient pas précipités dans tonte sorte d'entreprises militaires; le trône aurait perdu ce prestige que lui communiquaient le nombre et l'éclat des armées ; l'administration n'aurait pas contracté ce caractère de dureté dont les mœurs militaires sont toujours plus ou moins empreintes ; il aurait été moins difficile de conserver aux anciens ftteros quelque considération. Mais précisément l'Espagne, à cette époque, était la nation du monde la plus belliqueuse; le champ de bataille était son terrain; sept siècles de combats avaieut fait de chaque Espagnol un soldat. Les victoires récentes remportées sur les Maures» les exploits d'Italie, les découvertes de Colomb, tout contribuait à exalter en Espagne cet esprit chevaleiiesque qui pendant si longtemps fut un de ses plus remarquables attributs. Le roi devait être un capitaine ; pourvu qu'il se rendit illustre par les armes, il était assuré de captiver la nation. Or, les armes sont redoutables aux institutions populaires : le chef qni a vaincu sur le champ de bataille , transporte dans la cité l'ordre et la discipline des camps.

A dater du règne de Ferdinand et d'Isabelle, le trône des rois de Castille s'élève si haut, qu'à peine en sa présence distingue-t-on les institutions libreç ; si le peuple, si les grands reparaissent un instant sur la scène après la mort d'IsabeUe, c'est que par l'effet de la mésintelligence entre Ferdinand le Catholique et Philippe le Beau , le trône a perdu de son unité, par conséquent de sa force. Aussi dès que cette circonstance vient à disparaître, le trône re-

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prend-il tout sou éclat, non- seulement dans les derniers jours de Ferdinand, mais sous la régence même de Ximénès.

Cependant, les hommes de Castille, exaspérés des excès des Flamands, et encouragés peut-être par l'espérance qu*un roi jeune n'aurait qu'un faible empire, élèvent de nouveau la voix. Les réclamations, les plaintes dégénèrent bientôt en troubles, puis se changent en insurrection ouverte. De nombreuses circonstances favorisent les eomuneros; l'irritation, ce semble, devait se communiquer à toutes les provinces de la monarchie ; et néanmoins, cette insurrection, bien que considérable, ne parvient point à présenter l'imposant caractère d'un soulèvement national. Une grande partie de la péninsule garde la neutralité, le reste incline à la cause du monarque. Si je ne me trompe, cette circonstance révèle que le trône a déjà conquis un prestige immense, qu'il est déjà considéré comme l'institution la plus élevée, la plus puissante. 0

Le règne entier de Charles-Quint fut bien propre à pousser à sa perfection Tœuvre commencée. Inauguré sous les auspices de la bataille de Villalar, ce règne se poursuivit à travers une série non interrompue de guerres, dans lesquelles les trésors et le sang de l'Espagne furent prodigués sur toutes les terres de l'Europe, de l'Afrique, de l'Amérique. La nation n'avait plus le temps de songer à ses affaires; privée presque constamment de la présence du monarque, lEspngne était devenue une province de la-

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quelle disposait à son gré l'empereur d'Allemagne, dominateur de TEurope. À la vérité, les oortès de 1538, élevant la voix, donnèrent à Charles une leçon sévère au lieu du service qu'il demandait ; mais il était trop tard, le clergé et la noblesse furent expulsé! des cortès, la représentation de Castille fut réduite aux seuls procuradores. Dès cet instant, cette représentation, simple simulacre de ce qu'elle avait été, ne fut plus qu'un instrument de la volonté royale.

Que n a-t-on pas dit contre Philippe II? A mon jugement, ce roi ne fit que prendre la place qui lui avait été faite d'avance, et laisser les choses suivre le^ cours naturel. La crise était finie, la question tranchée -, la nation ne pouvait recouvrer l'influence perdue, avant d'avoir été renouvelée par l'action des siècles.

Néanmoins l'édifice du pouvoir absolu n'était pas teUfifioent achevé, qu'il ne restât aucun vestige de l^cienne liberté; mais cette liberté, réfugiée en Aragoa et en Catalogne, ne pouvait rien contre la forqe colossale de la royauté siégeant au centre d'un pays tout à iEsit dominé, dans la capitale de la Castille. Beuirétre le» monarques auraient-ils pu, tentant un essai hardi, abattre d'un seul coup tout ce qui les gênait : mais, quelles que fussent les probabilités du succès, ils se gardèrent de cette tentative. lU laissèrent les habitants de la Navarre et de la Couronne d'Aragon jouir tranquillement de leurs franchises , droits et privil^es, en ayant soin que la contagion

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ne 8 en étendit pas anx autres provinces ; mais, en même temps, par des attaques partielles, surtout par le moyen de la déstiétvdej ils obtinrent que le zàie pour les anciennes libertés se refroidit : c'est aingi que les peuples prirent insensiblement l'habitude de se ployer sous l'actif niveau du pouvoir central (12).

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