CHAPITRE UX
netteté d'idées , une telle solidité de raisons, et sor^' tout un jugement si modéré et si sobre, qu'à peine semble-t-il possible que, dès les premiers instants da mouvement intellectuel , Tintelligence humaine ait pu s'élever si haut. Chez lui la plus grande liberté de penser s'unit au respect que réclame l'autorité de l'Église ; et, loin d'affaiblir la vigueur de la pensée, ce respect ne fait que l'éclairer , la fortifier. Âbailard, comme l'on voit, n'était pas lef seul qui enseignât, non à répéter ses leçonsi mais à les comprendre; saint Anselme , quelques années auparavant , pratiquait la même méthode , avec une clarté et une solidité bien au-dessus de ce qu'on pouvait attendre de son temps. On voit aussi que FÉglise savait foire le plus vaste usage de la raison, tout en respectant les limites de la raison même, et en s'inclinant devant le voile qui couvre d'augustes mystères.
Les ouvrages de saint Anselme prouveront qu'il ne fut pas réservé précisément à Abailard d'enseigner que le « but de l'étude de la philosophie est de conduire à celle de Dieu, auquel tout doit se rapporter.... , et qu'il faut s'aider de toutes les forces delà raison, afin d'empêcher que, sur des question^ aussi difficiles et aussi compliquées que celles qui font l'objet de la foi chrétienne, les subtilités de ses ennemis ne parviennent trop aisément à altérer la pureté de la foi. » Cependant, au milieu delà soumission profonde que témoigne saint Anselme envers l'autorité de l'Eglise, dans la franchise pleine de candeur avec laquelle il reconnaît les bornes de l'intelligence hu-
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niaine, on découvre cette persuasion, qu'fl n'est pas Impossible de croire avant de comprendre. Il est, en i^et, fort différent d'être assuré de l'existence d'une dbose, ou d'en connaître clairement la nature.