‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 50 sur 84 · DU DEVELOPP. INTELLECTUEL EN EUROPE · texte numérisé non relu

DU DEVELOPP. INTELLECTUEL EN EUROPE

t280; celle de Prague , en 1358; celle deLouvain, en 1425; celle de Vienne , en Autriche, en 1365; celle d'Ingolstadt , en 1372; celle de Leipsick , en 1408 ; celle de Bàle, en 1469 ; celle de Salamanque, en 1200; celle d'Alcala, en 1517. Inutile de rappeler Tancienneté de celles de Paris, de Bologne , de Ferrare , et d'un grand nombre d'autres , qui s'étaient acquis la plus haute renommée longtemps avant l'apparition du Protestantisme.

On sait que les Papes intervenaient dans la fondation des Universités, leur accordaient des privilèges^ les honoraient par d'éminentes distinctions ; comment a-t-on osé affirmer que Borne nourrissait le dessein d'étouffer les lumières , de garder les peuples dans l'ignorance? La Providence a voulu, ce semble, confondre à l'avance les calomniateurs ; le Protestantisme s'est présenté précisément en un temps où, sous la protection d'un grand Pape , se déployait le mouvement le plus vif dans les sciences , dans les lettres et les arts. La postérité , qui jugera nos disputes , prononcera une sentence bien sévère contre ces prétendus philosophes, dont l'effort constant tient à prouver que le Catholicisme embarrassa la marche de l'esprit humain , que le progrès scientifique fut dû au cri de liberté poussé dans l'Allemagne centrale. Oui, pour les hommes judicieux des siècles futurs comme pour ceux de notre temps , il suffira de se rappeler que Luther commença de propager ses erreurs dans le siècle de Léon X

Certes, ce n'était point un tel reproche qu'on pou-

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TÛt porter alors contre la oour romaiiie. Borne m8^ diait à la tète de tous les progrès ; elle imprimait le moaTement avec un zèle , avec ou enthousiasiDS ardents. 8i quelque chose eu elle était à repraidie, o'était bieu plutôt Vexds que le difatU. Uu seeoni saint Bernard adressant la parole au pape Lécm X, ■e l'aurait certainement point repris de feire abu da son autorité contre rinteUigence Iiumaine et ]m lumières.

« La Béformatiimy a dit M. de Chateaubriand, pénétrée de l'esprit de son f<mdatenr , moine envieox fit barbare, se déclara ennemie des arts. Enretrandiant rimagination des fecultés de rbomme , elle ooupa les ailes au génie et le mit à pied. Elle éclata au sujet de quelques aumônes destinées à âevw au monde chrétien la basilique de Saint-Pierre : les Grecs auraient-ils refusé les secours demandés à leur piété pour bâtir un temple à Minerve?

« Si la Béformation , à son origine , eût obtenu un plein succès , die aurait établi , du moins pendant quelque temps , une autre espèce de barbarie : traitant de superstition la pompe des autels, d'idolâtrie les chefs-d'œuvre de la sculpture , de l'architecture et de la peinture , elle tendait à faire disparaître la haute éloquence et la grande poésie, à détériorer le goût par la répudiation des modèles, à introduire quelque chose de sec, de froid , de pointilleux dans Fesprit, à substituer une société gumdée et toute matérielle à une société aisée et tout intellectuelle, à mettre les njachines et le mouvement

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L*une roue eu place des mains et d'une opération nentale. Ces vérités se confirment par Tobservatiou l'un fait.

« Dans les diverses brandies de la religion réfor- Dsée , cette conunuuion s'est plus ou moins rapproàxée du beau, selon qu'elle s'est plus ou moins éloignée de la Religion catholique. En Angleterre, où la hiérarchie ecclésiastique s*est maintenue , les lettres ont eu leur siècle classique. Le luthéranisme E^nserve des étincelles d'imagination que cherche à oindre le calvinisme, et ainsi de suite , en descenlant jusqu'au quaker , qui voudrait réduire la vie iociale à la grossièreté des manières et à la pratique les métiers.

« Shakspeare , selon toutes les probabilités , était catholique ; Milton a visiblement imité quelques Mo-ties des poëmes de saint Avite et de Masénius ; Uopstock a emprunté la plupart des croyances roaaines. De nos jours, en Allemagne, la haute ima- ;inatiou ne s'est manifestée que quand l'esprit du ^testantisme s'est affaibli et dénaturé. Les Gœthe t les Schiller ont retrouvé leur génie en traitant des ujets catholiques ; Rousseau et madame de Sf aël font me illustre exception à la règle; mais étaient-ils protestants à la manière des premiers disciples de Calvin? C'est à Rome que les peintres, les archiectes et les sculpteurs des cultes dissidents viennent ujourd'hui chercher des inspirations, que la toléance universelle leur permet de recueillir. L'Euoi)e, que dis-je? le monde est couvert de monu-

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ments de la Religion catholique. On lui doit cette architecture gotliique qui rivalise par les détails et qui efface par la grandeur les monuments de la Grèce. 11 y a trois siècles que le Protestantisme est né ; il est puissant en Angleterre, en Allemagne, en Amérique ; il est pratiqué par des millions d'hommes : qu'a-t-il élevé?» Il vous montrera les ruines qu'il a faites , parmi lesquelles il a planté quelques jardins ou établi quelques manufactures, fiebelle à l'autorité des traditions , à l'expérience des âges , à l'antique sagesse des vieillards, le Protestantisme se détacha du passé pour planter une société sans racines. Avouant pour père un moine allemand du seizième siècle, le réformé renonça à la magnifique généalogie qui fait remonter le catholique , par une suite de saints et de grands hommes, jusqu'à Jésus- Christ , de là jusqu'aux patriarches et au berceau de l'univers. Le siècle protestant dénia, à sa première heure, toute parenté avec le siècle de ce Léon protecteur du monde civilisé contre Attila , et avec le siècle de cet autre Léon qui , mettant fin au monde barbare, embelUt la société lorsqu'il n'était plus nécessaire de la défendre. » {Études histor, , François P'.)

Il est fticheux que la même plume qui caractérise avec tant de justesse les effets du Protestantisme en ce qui touche les lettres et les arts, ait écrit ceci: « La Reformation fut, à proprement parler, la vérité philosophique qui, revêtue d'une forme chrétienne, attaqua la vérité religieuse. • {Êlud. hislor. , préface.)

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Que signifie cette assertion? Sachons comment l'illustre écrivain Ini-méme l'explique. « La vérité religieuse, dit-il, est la connaissance d'un Dieu unique, manifestée par un culte. La vérité philosophique est la triple science des choses intellectuelles, morales et naturelles. » {Êtud. hist.. Exposition.)

U n'est pas facile de concevoir comment, en admettant la vérité de la Religion catholique, par conséquent la fausseté du Protestantisme , on peut défimr celui-ci : la vérité philosophique en lutte avec la vérité religieuse. Dans ror(b'e naturel comme dans l'ordre surnaturel, en philosophie conune en religion, toutes les vérités viennent de Dieu, toutes vont aboutir à Dieu. 11 ne saurait exister de lutte entre les vérités d'un certain ordre et les vérités d'un autre ordre; il n'y a point de lutte entre la Religion et la vraie philosophie, entre la nature et la grâce. La vérité est la réalité même ; elle consiste dans les êtres mêmes , tels qu'ils sont en leur substance ; il est donc fort inexact de dire que la vérité philosophique se soit jamais trouvée en lutte avec la vérité reli* gieuse.

D'après le même écrivain , « la vérité philosophique n'est autre chose que Imdépendance de l'esprit de l'homme ; elle tend à découvrir, à perfectionner dans les trois sciences de sa compétence , la science intellectuelle , la science morale , la science naturelle. Mais la vérité philosophique, poursuit-il, se portant vers l'avenir , s'est trouva en contradiction avec la vérité religieuse qui s'attache au passé,

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\wvce qu*elle participe de rimmobilité de son principe éternel. » {Êtud. hist., Exposition.)

Avec tout le respect dû à l'iuiniortel auteur da Génie du Christianisme, je prendrai la liberté de dire qu*il y a ici une déplorable confusion d'idées. La vérité philosophique dont parle M. de Chateaubriand doit être, ou la science même en tant que contenant un ensemble de vérités, ou la réunion des connaissances comprenant la vérité avec l'erreur, ou enfin la collection des hommes qui possèdent les connaissances.

Dans le premier cas , il est impossible que la vérité philosophique soit en lutte avec la yérité religieuse, c'est-à-dire avec le Catholicisme. Dans le second cas, l'opposition dont il est parlé n'a rien d'étrange; Terreur, dans ce cas, se trouvant mélangée avec la vérité, pourra contredire sur quelques points les dogmes catholiques. Eiilin , s'il s'agit de la troisième définition, il sera malheureusement vrai que beaucoup d'hommes distingués par leurs talents auront combattu l'enseignement catholique ; mais, d'un autre côté, il s'en est trouve un aussi grand nombre, de non mohis distingués, qui l'ont soutenu victorieusement. Il sera donc peu exact, dans tous les sens, d'affirmer que la vérité philosophique se soit trouvée en opposition avec la vérité religieuse.

Mon dessein n'est point de prêter aux paroles de l'illustre écrivain une signification contraire à sa pensée : j'incline à croire que la vérité philosophi-

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jae n'est autre chose ici qu'un esprit dlndépenlance considéré en général, d'une manière vague, ndéterminée , sans application à tel ou tel objet. Cie sera Tunique manière de concilier des textes d différents. H est clair qu'après avoir condamné li sévèrement la réforme protestante, M. de Chateaubriand ne pouvait admettre que cette réforme. sût en elle la vérité philosophique proprement dite. Mais, en ce cas, il est certain que le langage de Tésiivain a manqué d'exactitude ; ce qui n'a rien de bien étonnant : l'exactitude dans les sciences philosophiques, historiques , n'est pas communément le propre des génies accoutumés à se laisser emporter aux élans d'une poésie sublime.

Le mouvement philosophique, dans ce qu'il a de plus libre et de plus hardi , n'a point commencé en Allemagne, ni en Angleterre , mais dans la France catholique. Descartes , qui inaugura l'époque nouvelle, qui détrôna Aristote et donna l'essor au progrès de la logique, de la physique, de la métaphysiçpie, était Français et catholique. La plupart de ses disciples les plus distingués appartinrent aussi à la communion romaine. La philosophie , en ce qu'elle a de plus élevé, ne doit donc rien au Protestantisme, fusqu'à Leibnitz, l'Allemagne compta à peine un philosophe de renom ; et les écoles anglaises qui ont icquis plus ou moins de célébrité furent postérieures à Descartes. Si l'on y réfléchit, la France a été le centre du mouvement philosophique à partir de la Sn du seizième siècle; à cette époque, les pays pro-

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testants étaient si fort arriérés en ce genre d'étades, qa'ils remarquaient à peine le vif développement de la philosophie parmi les catholiques.

Ce fut aussi dans le sein de l'Église cathotique qu*on \it naître le goût pour certaines méditations profondes sur les secrets du cœur , sur les rapporU de Fesprit humain avec Dieu ou avec la nature. Cette abstraction sublime qui dépouille , pour ainsi dire, rhomme de son corps et l'emporte à travers les régions célestes, la mystique, en ce qu'elle a de plofl pur, de plus délicat, de plus élevé, ne se trouvé-telle pas dans nos écrivains du siècle d'or? Qu'a-t-OB ajouté depuis ce temps- là aux pensées de sainte Thérèse, de saint Jean de la Crois, du vénérable Aviia, de Louis de Grenade, de Louis de Léon?

Et Pascal, ce vigoureux génie, abusé malheuieor sèment quelque temps par une secte captieuse, Pascal, par hasard, est-il protestant? IN'cst-ce pas lui qui pose les bases de cette école philosophique religieuse, dont les investigations se plongent tour à tour dans les profondeurs de la religion, dans celles de la nature, dans les mystères du cœur humain, faisant jailUr de tous côtés la plus vive lumière ? Le livre de ses Pensées n'est-il pas celui que tous les apologistes de la foi chrétienne , protestants ou catholiques, consultent avec le plus de fruit, lorsqu'ils ont à lutter contre l'indifférence ou l'incrédulité?

Les écrivains qui traitent de la philosophie de l'histoire semblent particulièrement portés à reprocher au CathoUcisme d'être ennemi des lumières;

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le Protestantisme, au contraire, est présenté par eu eomme un champion illustre des droits de l'esprit. La reconnaissance seule aurait dû leur inspirer plus de circonspection. De\aient-ils oublier que le yéri-* \A\e fondateur de la philosophie de l'histoire fut un Wholique, que le premier , le plus excellent ouvrage écrit sur cette matière, est sorti de la plume d'an évèque catholique ? Ce fut Bossuet, dans son immortel Discours sur Thistoire universelle , qui apprit aux temps modernes à contempler d'un point de Tue élevé la vie du genre humain , à embrasser 4*un regard les événements qui ont marqué le ccfurs des siècles, et à tirer de ce spectacle des leçons pour 1«8 princes et les peuples. Or, Bossuet fut l'un des (Uiversaires les plus redoutables de la réforme protestante ; sa renommée doit une partie de son éclat à cet autre ouvrage dans lequel il réduit en poudre les doctrines des novateurs. On peut demander au Protestantisme si l'aigle de Meaux porta aussi quelques entraves , qui aient rabaissé la sublimité de son essor.

En ce qui touche le mouvement littéraire, je pourrais me dispenser de combattre les reproches adressés au Catholicisme. Qu'était la littérature des pays protestants alors que l'Itî^lie et l'Espagne produisaient ces orateurs, ces poètes qui dans les âges suivants^ont été le modèle de quiconque s*est livré à ce genre d'études? En Angleterre, en Allemagne, divers genres de littérature, déjà vulgaires dans les pays catiioliques, n'étaient pas même connus ; lors-

que, plus réœmment, on a voula combler oe nie, on des meillears moyens a été de puiser des iDspin* tioDS chei les écrivains espagnols, soumis d rignonmce catholique eî aux bûchers de Vlnquisition.

L'intelligence , le cœur , rimagination ne dolTent rien au Protestantisme. Avant la Réforme, Tesprit humain tout entier se développait avec vigueur; après la Réforme, il a continué de se développa ai sein de TÉglise catholique avec le même édat que dans les temps antérieurs. Des hommes comblés des ■HilaudissementB de tous les pays dvilisés, brillent dans les rangs catholiques : tout ce qui a été dit toodiant la tendance de notre Religion à asservir, i oèscurcir FinteUigence, n'est que calomnie. Ncm, ce qui est lumière ne saurait produire les ténèbres; œ qui est né de la vérité, n'a nul besoin de fuir les rayoDs du soleil, de se cadier dans les entrailles de la terre. La fille du ciel peut marcher à la clarté da jour, peut affronter la discussion, bien sûre qu'elle apparaîtra d'autant plus belle et plus ravissante, quelle sera considérée de plus près et avec plus d'attention.

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