ROTES
pas que ce sont là des choses métaphysiques, impraticables, ou presque impossibles... d
L'épigraphe placée en tête du premier chapitre est celle-ci : « Ad vos (o reges) sunt hi sermones mei , ut discatis sapientiam et non excidatis : qui enim custodielint justa juste, justificabuntur; et qui didiscerint ista, invenient quid respondeant. d (Sap. 6, y. 10.)
Au premier chapitre^ a Où l'on traite brièvement de ce que le mot de république comprend en soi, et de sa définition, » nous lisons ces remarquables paroles : < De sorte que la Monarchie, pour ne point dégénérer, ne doit point être sans frein et absolue (ce qui rend insensé le commandement et le pouvoir) ; elle doit être liée aux lois pour tout ce qui tombe sous la loi; et pour les choses particulières, passagères, elle doit être assujettie au conseil, par refTet de Tenchaînement qu'elle doit avoir avec l'Aristoeratie, qui est son aide , et qui forme un conseil d'hommes savants et puissants : que si la Monarchie n'a point ce sage tempérament, il en résulte de grandes fautes dans le gouvernement, peu de satisfaction, et, au contraire, de nombreux mécontentements chez les gouvernés. Tous les hommes les plus sensés de tous les temps , les plus instruits dans les facultés diverses , ont regardé cette sorte de gouvernement comme la mieux ordonnée; on n'a jamais cru qu'une cité ou un royaume fussent bien gouvernés sans cela. Les bons rois, les hommes excellents dans le gouvernement , ont toujours favorisé ce système : les autres, au contraire, emportés par leur puissance , ont suivi un chemin opposé. D'après cela , si le monarque , quel qu'il soit , se décide de sa propre tête, sans prendre conseil ou contre l'avis de ses conseillers, il sort des bornes de la monarchie; dût-il même réussir dans sa résolution, il entre dans la tyrannie. Les histoires sont pleines
amour de père et regarde ses sujets comme des enfants nés de ses entrailles. U amour d*un père pour ses enfants, sa sollicitude pour quHl ne leur manque rien, être tout entier à chacun â^eux , tout cela a la plus grande res" semblance avec l'amour du roi pour ses sujets. Il s*ap^ pelle Père, et ce nom l'oblige à des actions qui correspondent à ce que ce nom signifie. Ce nom de Père, si propre aux rois , et qui , bien considéré , entre tous les titres et toutes les épithètes de la majesté et de la puissance, est le plus grand, puisqu'il comprend tout, le genre et les espèces , le Père étant au-dessus du Seigneur, du Maître, du Capitaine, du Chef ; ce nom , dis-je, est audessus de tout autre nom humain , pour désigner la do« mination et la sollicitude. L'antiquité, afin d'honorer d'une manière extraordinaire un empereur, l'appelait le Père de la république, ce qui était plus que César, plus qn* Auguste, plus que tout autre nom glorieux; elle lui décernait ce titre , soit pour le flatter, soit pour l'obliger aux grands effets qu'exige ce nom de Père. Enfin, par ce nom , on dit aux rois ce qu'ils doivent faire : diriger, gouverner, maintenir dans la justice leurs républiques et leurs royaumes ; paître comme de bons pasteurs leurs brebis raisonnables; les soigner et les guérir comme des médecins; avoir soin de leurs sujets, comme un père de ses enfants, avec prudence, amour, sollicitude, car le roi est pour eux plutôt que pour lui-même. Les rois sont plus 3bligés envers le royaume et la république qu'envers 3ux-mêmes : en effet; si nous regardons l'origine et l'institution du roi et de la monarchie, nous trouverons que e roi fut fait pour le bien du royaume , non le royaume wur le bien du roi. »
Au chapitre m, dont voici le titre : < Si le nom de Roi )st le nom d'un office, » l'auteur s'exprime ainsi : < Outre
Aicflts i!îl «OA piouiv encore que le nom de nm dwm ofiioe, pv cette m*»^"*» vulgaire: iMhèÊÎêxtA k pm de FolBce. Donc, les rois apnt de û inmk hcKfiea, non-eenkmenl per les uimU nmmiènààBtqathmr donne le lépnbliqne, maisaiooie rjfranfcage «|n ik IncM des iwnifices et rentes ecdéi est certain «|nik ool un olfiee et le plus ooih de l«B , i nison de qnoî k ropome toot entier êkarseconnperde â grandes largesses :c*esiee
ins: IdeoetifU necontanbaentpsspoar ndinrges, ces grands , celte dignité â rakianœ. Ibande lois poor rien, s'Sb n*niaient penonne engirci & gomeraer, s*ik élâoÉl déctergte de celte etigetion : Im WÊmÊHtmdîme p9p9iii digniia$ régis. Cette gr&nie Jrzritê . c^ï ^nmis biens, celle âé?ation , cette Bii|«5te, c^ hc-oc-fiir, font poissédés par eux à la charge perptHuelk Àr recir et Je gouTer ner leurs Etats , afiu <ik les coQserrer en paix et justice. Que ies rois saciemt dtmc çu'éîs ne soi^i rois que pour servir leurs rofauMies^ eC ceux-ci le leur paient. Us ont un office qni ks oblige an travail : Qui prxest im solliciiudine, dit saint Paul. Tel est le titre et le nom du roi , et de celui qui gouverne : Celui qui est le premier non-seulement dans ies honneurs et les satisfectimiSy mais aussi dans les «oins et les sollicitudes^ Qu'ils ue croiemtpas n'être rois que de nom et de représentât ion^ et métré obligés qu'à se faire adorer^ à représenter uniquement avec pompe la personne royale et leur dignité souveraine, à Texemple de œrtams rois des Perses ou des Mèies qui ne furent qu'une ombre de rois, aussi oublieux de leur office que s'ils ne
l'eussent jamais reçu. £st-il une chose plus morte> et qui ait moins de substance , qu'une image d'ombre ne remuant le bras ou la tète qu'au mouvement de celui qui la pousse ? Dieu défend au peuple hébreu d'avoir des statues ou des fictions peintes y qui présentent une main là où il n'y en a pas, et fout voir un visage qui n'existe pas, montrant aux yeux un corps imaginaire, et feignant, par des actions en apparence vivantes , de voir et de parler : Dieu n'aime point les feintes images» les hommes de peinture» ni les rois de sculpture, comme ceux dont parle David : Os habent et non loquentur, ocuhs habent et non videbunL Une langue qui ne parle pas, des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n'entendent pas, des mains qui ne travaillent pas : à quoi cela sert-il ? Est-ce autre chose qu'une idole de pierre , laquelle n'a du roi que cette représentation extérieure? Avoir le nom suprême et toute l'autorité, et n'être homme en rien, cela est mal sonnant. Les noms donnés de Dieu aux choses sont comme le titre d'un livre qui en peu de mots comprend ce que renferme le livre même. Ce nom de Rois, donné de Dieu aux rois, contient tout ce qu'ils sont tenus de faire en vertu de leur office. Si les actions ne répondent point au nom , c'est comme si la bouche dit oui , tandis que la tête fait signe que non, réponse d'un histrion, et qu'on ne prend point au sérieux. On tiendrait pour une moquerie et un leurre l'enseigne qui dirait : « Ici on vend de l'or fin , » si , en réalité , ce n'était que de l'oripeau. Le nom de Roi ne doit point être une chose oiseuse, et comme une superfluilé dans la personne royale ; que ce nom serve comme il sonne et soit ce qu'il publie ; votre nom dit que vous régissez et gouvernez, régissez donc et gouvernez : point de rois de carton, selon le langage vulgaire, c'est-à-dire point de rois qui n'aient de roi que le
nom. En France, il fut un temps où les rois n'avaient qne le nom de rois, tout le gouvernement étant aux mains de leurs capitaines : quant à eux, ils n'étaient occupés que de gourmandise et de luxe, semblables à des brutes. Afin de constater qu'ils étaient en vie, comme ils ne sortaient jamais, ils se montraient une fois Tan, le premier dn mois de mai, sur la place de Paris, assis sur un trône , comme des rois de comédie; là on les saluait, on leur présentait des dons, et de leur côté, ils accordai^it quelques faveurs à qui leur semblait bon. Afin de nous montrer jusqu'à quel degré de misère ces rois étaient descendus, Éginhard nous dit, au commencement de sa Vie de Charlemagne, qu'ils n'avaient nul courage et ne donnaient pas le moindre échantillon de grandes actions : ils n'avaientque le vain nom de Rois, car dans le fait ils n'étaient point rois et n'avaient aucune part au gouvernement ni aux ricliesses du royaume : tout était au pouvoir des préfets du palais, appelés majordomes de la maison royale; ceuxci sVmparaienr. tellement de tout, qu'ils ne laissaient rien au triste roi, si ce n'est le titre. Assis sur son trône avec ses longs cheveux et sa longue barbe, le monarque jouait son rôle , faisant semblant d'écouter ses ambassadeurs accourus de toutes parts, et de leur donner réponse lorsqu'ils retournaient vers leurs maîtres ; tandis qu'en réi\litc il ne répondait que ce qu'on lui avait appris ou donné par écrit, quoiqu'il parût tirer sa réponse de son propre esprit. De sorte que la puissance royale se réduisait pour lui à cet inutile nom de roi, à ce trône et à cette majesté risibles ; les véritables rois et maîtres étaient ses favoris, qui l'opprimaient de leur puissance. Dieu disait, d'un roi deSdmarie, que ce n'était qu'un peu d'écume; vu de loin, cela paraissait quelque chose ; mais lorsqu'on venait à le toucher, ce n'était plus rien. Simia in tecto rex fatnus
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in solio 8U0 (*) Singe sur un toit, qui, présentant tes ap* parences d^un homme, est tenu pour tel par celui qui ignore ce quHl est ; tel est un roi inutile sur son trône. Le singe sert de jouet aux enfants, et le roi est un sujet de risée pour qui le considère étranger à toute action royale, revêtu d'autorité et ne gouvernant pas. Un roi couvert de pourpre, assis stir un trône avec une grande majesté, comme il convient à sa grandeur ^ grave, sévère^ terrible en apparence, mais dans le fait n^étant absolu^ ment rien. Ainsi, une peinture de la main du Greco, placée en haut et vue de loin, paraît fort belle et prO" duit un grand effet; mais de près, ce n^est que barres et ébauches. Toute la pompe et la majesté, bien considérées, ne sont qu'une ébauche et une ombre de roi. Simulacra gentium, dit David, parlant des roisqoi n'ont de roi que le nom ; et d'après le texte hébreu : Imago fictilis etcontrita. Figure de terre qui s'écroule de tous côtés: vain simulacre qui fait grande apparence et n'est que mensonge. Ici s'applique parfaitement le nom qu'Elifaz donnait injustement à Job , lorsqu'il qualifiait ce roi bon et juste, d'homme sans fond et sans substance, qui n'avait que des apparences extérieures : il l'appelait Myrmicoleon, c'est-à-dire du nom de cet animal qui en latin est nommé Formica-leo , parce qu'il a une conformation monstrueuse ; la moitié de son corps, en effet, représente un farouche lion, animal qui fut toujours le symbole du roi, l'autre moitié une fourmi, c'est-à-3irela chose la plus débile et la plus insignifiante. Voici l'autorité, le nom, le trône, la majesté d'un fier lion et d'un puissant monarque; mais quant à l'essence, vous ne trouvez que celle d'une fourmi. Il y a eu des rois dont le seul nom mettait le monde en
C) s. Bernard, de Consider. ad Eog., cap. vu.
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épouvante ; mais en euiHOoèmes ces rois n'avaient aucune substance ; dans leur royaume , ces rois n'étaient qu'une fourmi ; nom et office fort grands, mais sans effet. Que le roi se reconnaisse donc pourvu d'un office , et non-setilement d'un office, mais de tous les offices, dont il est le surintendant général, obligé de travailler et de parler en tous. Saint Augustin et saint Thomas , expliquant ce passage de saint Paul qui traite de la dignité épiscopale, disaient que le mot évéque se compose en grec de deux racines signifiant la même chose que surintendant. Le nom d'évèque, de roi, et de tout autre supérieur, est un nom qui signifie surintendance, coopération dans tous les offices. C'est là ce qu'exprime le sceptre dont les rois font usage dans les actes publics,cérémonie en usage chez les Égyptiens, lesquels l'avaient empruntée des Hébreux. Ceux-ci, pour faire comprendre le devoir d'un bon roi, peignaient un œil ouvert, en haut^ sur la pointe d'une baguette en forme de sceptre; représentant ainsi, d'un côté, le grand pouvoir du roi, la sollicilude, la vigilance qu'il doit avoir; de faulre, qu'il ne doit pas se contenter d'avoir la suprême puissance, d'occuper le lieu \c plus élevé, le plus éminent, passant avec cela sa vie dans le sommeil et le repos. Il doit cire, au contraire, le premier dans le commandement et dans le conseil, il doit être tout en chaque office divers, veillant sans cesse et surveillant, comme fait chaque homme pour ce qui lui appartient. Jérémie le comprit aussi en ce sens, lorsque, Dieu lui demandant ce qu'il voyait, il répondit: Virgam vigilantem ego video. Tu as fort bien vu, et en vérité je te dis que moi , qui suis la tôte, je veillerai sur mon corps ; moi, qui suis pasteur, je veillerai sur mes brebis ; moi, qui suis roi et monarque , je veillerai sans me lasser sur tous mes inférieurs. Regem festinantem, dit le
ChaldéeD, un roi qui se hâte; car» bien qu'il ait des yeux et qu'il voie, s'il reste dans son repos, dans ses plaisirs et ses amusements, s'il ne va de côté et d'autre, s'il ne fait en sorte de voir et d'apprendre tout ce qui se passe de bien ou de mal en son royaume , il est comme s'il n'était point. Qu'il considère qu'il est la tète, et la tête du lion, lequel, même dormant, a les yeux ouverts; qu'il est la verge armée d'yeux; qu'il est le flambeau. Qu'il ouvre donc ses yeux, qu'il ne dorme pas, se reposant sur ceux qui peut-être sont aveugles, qui n'ont pas plus d'yeux que les taupes, ou qui^ s'ils ont des yeux, n'en ont que pour voir leur intérêt et distinguer de plus loin ce qui convient à leur profit, à leur accroissement. Ceux-là ont des yeux pour eux, et il serait mieux qu'ils n'en eussent point, car ce sont des yeux de milan^ des yeux d'oiseau , de proie. »
Au chapitre IV, qui a pour titre : « De l'office des rois,» voici comment l'auteur explique l'origine du pouvoir royal et ses obligations : « Il suit de là que l'institution de l'état royal ou de roi, représenté par la tête, n'a pas été seulement pour l'usage et le profit du roi lui-même, mais pour celui de tout son royaume. Aussi doit-il voir, écouter, sentir et entendre , non-seulement par lui et pour lui, mais par tous et pour tous. Il ne doit pas fixer uniquement son regard sur ses propres grandeurs, mais sur le bien de ses sujets, puisque c'est pour eux, non pour lui seul , qu'il est né roi dans le monde. » Adverte, disait Sénèque à l'empereur Néron, rempublicam non esse tuam, sed te reipublicse. » Les premiers hommes quiy sortant de la solitude, se réunirent pour vivre en commun , savaient que chacun naturellement travaille pour soi ou pour les sienSy et que personne ne s'occupe de tous : ils convinrent de choisir un homme de mérite
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Dieu, le père commun de tous; voilà à quoi obligent ToFfice et la dignité de roi. Omnium domos illius vigitia défendit, omnium oiiumUlius industria^ omnium VO" eationem illius occupatio (*). C'est ce que dit le prophète Samuel au roi Saûl, récemment élu roi , lorsqu'il lui expose les obligations de son office : Ck)nsidère, Saftl y que Dieu aujourd'hui t'a donné l'onction de roi sur tout ce royaume; tu es obligé par office de le gouverner tout entier. On ne t'a point fait roi pour que tu te mettes à dormir, que tu t'enorgueillisses et te glorifies de la dignité de roi, mais pour que tu gouvernes ton royaume, que tu le maintiennes en paix et justice , que tu le défendes et le protèges contre ses ennemis. Rex eligiiur, non, ut sui ipsius curam habeat^ dit Socrate, et sese molliter curet, sed utper ipsum ii, qui elegerunt, bene beateque vivant. Ils ne furent point créés ni introduits dans le monde pour leur seule commodité et leur plaisir, pour que tout bon morceau arrivât dans leur assiette (s'il en était ainsi, personne ne se soumettrait à eux de bonne grâce); mais ils le furent pour l'avantage et le bien commun de tous leurs sujets, pour les gouverner^ les proléger, les enrichir, les conserver et les servir. Voilà ce que l'on peut dire ; car, bien que le sceptre et la couronne aient en apparence une figure de domination et de commandement, l'office de roi est en toute rigueur un office d'esclave. Servus communis^ sive ser^ vus honoratus , a-t-on dit quelquefois en parlant du roi, guia a iota republica stipendia accipit, ut serviat om^ nibus. Et c*est un titre dont se glorifie également le Souverain Pontife : Servus servorum Dei. Dans l'antiquité, ce nom d'esclave était infâme; mais depuis que le
(*) Seneca, lib. de CodsoI.
celui qui pleure : Sans parler de mille autres charges, d*un déluge de soucis et d'obligations imposés à quiconque est prince, chef d'un État. Car s'il est la tête pour commander et gouverner , pour soutenir et soulever les fardeaux des autres, il doit être aussi comme les pieds sur lesquels repose tout le poids du corps de la république. Les rois et les monarques , dit le saint homme Job, ainsi que nous l'avons vu , portent et traînent le monde sur leurs épaules, à raison de leur office. De là vient cette figure que nous voyons au livre de la Sagesse : In veste poderis, quan^ habebat summus Sacerdos y toius erat orbis terrarum. Dès qu'un homme est roi , qu'il se tienne pour dit qu'on lui a jeté sur le dos une charge tellement pesante, qu'un char robuste ne la pourrait porter. Moïse le sentait bien ; car, Dieu l'ayant fait son vice-roi , son capitaine général, son lieutenant dans le gouvernement, au lieu de lui rendre grâces pour une aussi honorable faveur, il se plaignait de voir placer sur ses épaules une charge si lourde. Cur afflixisti servum tuum ? Car imposuisti pondus universi populi hujtis super me ? Continuant ses gémissements , il dit encore : « Numquid ego concept omnem hanc muUitudinem ? Aut genui eam, ut dicas mihi : Porta eos? Seigneur, est-ce donc moi qui ai mis au monde toute cette multitude? Est-ce moi qui l'ai engendrée, pour que vous m'ordonniez de la prendre sur mes épaules et de la porter? » Or, il est à remarquer que Dieu ne disait pas un mot de cela à Moïse ; il lui ordonnait seulement de régir et de gouverner le peuple, de remplir à son égard l'office de capitaine et de chef. Cependant, que dit Moïse? Que Dieu lui avait ordonné de le prendre sur ses épaules : Porta eos. 11 semble donc se plaindre à tort, puisqu'on lui dit uniquement d'être capitaine , de diriger, d'ordonner, de gouverner. On a coutume de dire :
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A bon enleiKleur W suflil d*un mol. L*homine qui coml»reiKl ce que e*est que de gouverner et èlre chef , sait aussi que gouTemenienl et charge sont une même diose. Les mois mêmes regere el portare sont synonymes , ont une même signification : point de gouvernement ni d'emploi sans charge et travail. Dans la distribution des oflices que fît Jacob entre ses enfants, il désigna Boben }ï0ur être le premier dans son héritage y et le plus grand dans le commandement : Prior in donis, major in impen'o. Et saint Jérôme traduit : major ad portandum; car le commandement et la charge sont une même chose: el la charge, le travail, sont d*autanl plus grands que le commandement est plus élevé. Saint Grégoire , dans ses Morales f dit que la puissance, la domination, l'empire des rois sur tout le monde, ne doit point être r^;ardé comme un honneur , mais comme un travail : Potestas accf^ta wï» honor, sed anus œstimaiur. Cette vérité a été perçue nièfiie par les plus aveugles de la gentililé : Tuii d'eux, saisissant la cliose sous le même aspect , dit, en priant d'un autre païen que son dieu Apollon avait fait tout glorieux et joyeux par le don d'un certain ofiice : L:rtus erat, mixtoque oneri gaudehat honore. De sorte que régner et commander est un assemblage d'un peu d'honneur et de beaucoup décharge. Le mot latin qui signifie honneur ne difl'èrede celui qui signilie charge que l>ar une lettre : Onosy ontts. Du reste, il y a eu et il y aura toujours quelqu'un pour prentire la charge à cause de l'honneur; quoique tout le monde prenne le moins possible ce qui [>èse, el le plus jwssible ce qui est gloiieux; choix dangereux, car ceci n'est pas toujours le plus sûr. d Certes, on ne taxera point un tel langage de flatterie; sans quoi il serait dillicile de deviner ce qu'on entend par dire des vérités. Or celles-ci ne sont point dites en
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passant; le bon religieux met une telle insistance à les inculquer, qu'on y pourrait trouver quelque irrévérence, si la candeur enfantine de son langage ne révélait les plus pures intentions. Ce passage est long, mais plein d'intérêt, parce qu'il reflète fidèlement l'esprit de l'époque.
Mille autres textes pourraient prouver combien il est faux que le clergé catholique ait été favorable au despotisme. Voici en particulier deux excellents passages du docte P. Fr. Ferdinand de Zeballos , religieux hiéronymite du monastère de Saint-Isidore- del-Gampo, connu par un ouvrage intitulé : La fausse Philosophie, ou VAthéisme j le Déisme^ le Matérialisme et autres sectes nouvelles^ convaincues de crime d'État contre les «owverains et leurs régales^ contre les magistrats et les puiS' sances légitimes (Madrid, 1776). On remarquera avec quel tact le savant écrivain apprécie l'influence de la religion sur la société. (Liv. II, diss. 12, art. 2.)
« Le gouvernement doux et modéré est le mieux adapté
à r esprit de l'Évangile. :/>
« Une des excellences qu'il faut estimer en notre sainte Keligion, c'est qu'elle offre à la politique humaine, dans ses importantes vérités , une aide pour conserver avec moins de peine le bon ordre parmi les hommes. < La Religion chrétienne, dit Montesquieu avec vérité, est éloignée du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans l'Évangile , elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se ferait justice et exercerait ses cruautés. »