‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 59 sur 84 · HOTES · texte numérisé non relu

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a II faut faire attention que cette opposition nûse par le Christianisme à la cruauté du prince ne doit point être active» mais passive^ et pleine de cette douceur que le Christianisme ne saurait perdre sans oublier son caractère. Cest la différence qui existe entre les chrétiens catholiques et les calvinistes et autres protestants. Basnage et Jurieu, au nom de toute leur réforme» ont écrit que les peuples peuvent faire la guerre à leurs princes dès qu'ils sont opprimés par eux, ou qu'il leur paraît que leur conduite est tyrannique.

< L'Église catholique n'a jamais altéré la doctrine qu'elle a reçue à cet égard de Jésus-Christ et des A[)ôtres. Elle aime la modération; elle se réjouit du bien, mais ne résiste point au mal , elle le surmonte par la patience.

c Les gouvernements qui se règlent selon les fausses religions ne peuvent se contenter d'une politique modérée : chez eux, le despotisme ou la tyrannie des princes, ratrocité des châtiments, la rigueur d'une législation inflexible et cruelle sont autant de maux nécessaires. — Pourquoi n'est-il donné qu'à la Religion catholique de purger de cette inhumanité les gouvernemenls humains?

« Premièrement , à cause de la forte impression que produisent ses dogmes ; secondement , par l'effet de la grâce de Jésus-Christ^ qui rend les hommes dociles pour le bien, énergiques contre le mal.

« Là où règne une fausse religion, où manque, par conséquent, ce double secours, le gouvernement se voit dans la nécessité de suppléer autant que possible, par les efforts d'une politique violente, dure, armée de terreurs, au défaut de celte vertu qui devrait se trouver dans la religion pour contenir les citoyens.

a Ainsi, la Religion catholique , grâce à Finfluencede ses dogmes sur les actions humaines , dispense les gou-

vernemenfs de la nécessité d'être durs. On observe qu'au Japon, où la religion dominante n'a point de dogmes et ne propose nulle idée de paradis ou d'enfer, on supplée par des lois à ce défaut , lois utiles par la cruauté avec laquelle elles sont conçues et la ponctualité avec laquelle on les exécute.

« Dans toute société où les déistes, les fatalistes et les philosophes auront répandu cette erreur, que nos actions sont nécessaires, les lois deviendront inévitablement plus terribles, plus sanguinaires que toutes celles qui ont été connues chez les peuples barbares ; dans une telle société, les hommes, à l'instar des bêtes, n'ayant plus que des motifs sensibles pour faire ce qui est commandé et omettre ce qui est défendu, ces motifs, ces châtiments seront rendus chaque jour plus formidables, afin que l'habitude ne leur fasse pas perdre la force de se faire sentir. La Keligion chrétienne, qui enseigne et éclaire admirablement le dogme de la liberté rationnelle, n'a nul besoin d'une verge de fer pour conduire les hommes.

<K La crainte des peines infernales, soit éternelles, pour punir des délits non détestés, soit temporelles, pour purifier les taches des péchés confessés , dispense les juges d'augmenter les supplices. D'autre part, l'espérance du paradis pour la récompense des actions, des paroles, des pensées louables^ porte les hommes à être justes, nonseulement en public, mais aussi dans le secret de leur cœur.

« Par quelles lois ou quels châtiments les gouvernements qui n'ont pas ce dogme de l'enfer et de la gloire, pourront-ils faire de leurs citoyens de vrais gens de bien ? Les matérialistes, en niant le dogme de la vie future, les déistes, enaccordantauxméchants la sécurité flatteuse du paradis, mettent donc les gouvernements dans la pénible

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nécessité de s'armer de tous les instruments de terreur, d'infliger constamment les plus cruels supplices pour contenir les peuples, sous peine de les voir s'entre-détruire.

c Les protestants en sont venus à ce point, en niant le dogme de rétemité de renfer, en ne laissant qiieb crainte d'une peine qui doit finir. Les premiers réformateurs, ainsi que le dit d'Alembert au clergé de Genève, nièrent le purgatoire et laissèrent l'enfer ; les calvinistes et les réformés modernes ^ en limitant la durée de l'enfer, ne laissent proprement que ce que nous appelons purgatoire.

c Le dogme du jugement final, où seront dévoilées à tout le monde les plus petites fautes commises par chacun dans le secret, n'est-il pas d'une singulière efficacité pour mettre un frein aux pensées, aux désirs , à toutes les perversités du cœur et des passions? Il est clair que ce dogme dispense d'autant le gouvernement politique de la vigilance pénible, continuelle, qu'il devrait exercer sur une cité où l'idée de ce jugement aurait péri avec les pensées qui en sont la conséquence. »

« On remarque chez les philosophes certaines aberrations qui donnent à penser que ces hommes ont eu quelques justes connaissances dans des moments de lucidité, ou avant d'avoir quitté la Religion catholique. Ainsi ils ont dit que « la Religion a été inventée par la politique afin d'épargner aux souverains le souci d'être justes, de faire de bonnes lois, et de bien gouverner. »

« Celte ineptie, qui tombe d*elle-même dès qu'il s'agit de religions antérieurement formées, suppose néanmoins la vérité dont nous parlons. Il est évident pour

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tout le monde, pour les philosophes eux-mêmes, que la Religion chrétienne, par ses dogmes, prête secours aux gouvernements humains, et coopère à la bonne vie des citoyens même en ce monde ; de cela même ils prennent occasion d'avancer la sotte et méchante assertion que nous venons de voir. Mais au fond , et malgré eux, ils veulent dire que les dogmes de la Religion sont si commodes pour ceux qui gouvernent, si efficaces pour aplanir la plus grande partie du travail du gouvernement, qu'on les dirait faits à souhait, et d'après les desseins d'un magistrat ou d'un gouvernement politique.

« Il ne suit pas de là que la Religion seule suffise à gouverner les hommes, sans le secours des juges, sans l'intervention des lois ou des châtiments. En parlant de l'efficacité des dogmes qui nous sont enseignés par la Religion, nous n'avons point une présomption téméraire; nous ne rejetons point comme superflu pour les sociétés Toffice des lois et de la police. L'Apôtre nous dit seulement que, pour les justes , il n'y aurait pas eu besoin de loi; mais, à force d'oublier leur fin et les terribles jugements de Dieu, tant de scélérats vivent sous l'empire exclusif de leurs passions, qu'il a été nécessaire de faire des lois, d'établir les châtiments actuels, afin de les contenir. Ainsi la Religion catholique n'exclut point la saine police, n'en bannit point l'office ; elle l'aide, au contraire, et est aidée par elle» pour le plus grand avantage d'un bon gouvernement : grâce à elle, les peuples sont mieux conduits, et avec moins de rigueur et de sévérité. »

« La seconde raison qui fait que le gouvernement le plus modéré et le plus facile suffit dans les États catholi-

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