‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 60 sur 84 · N0TB · texte numérisé non relu

N0TB

qiics, c est le secours que donne la grâce de l'Évangile pour faire le bien et haïr le mal, secours administré par r usage des sacrements ou par les autres moyens qu*emploie Tesprit d*en haut. Sans cela, toute loi est dure; par cette onction, tout joug est adouci, toute charge devient légère. »

Le père Zeballos repousse l'accusation de despotisme que les ennemis de la monarchie veulent faire peser sur elle. A cette occasion , il explique les justes limites de l'autorité royale et dissipe un raisonnement au moyen duquel quelques-uns, se fondant sur TÉcriture sainte, ont prétendu exagérer les prérogatives du trône. Voici comment il s'exprime :

c Lorsqu'on a fait contre la monarchie cette objection, que le souverain peut s'emparer de ce qui appartient à chaque citoyen, on a plutôt argué contre la nature du despotisme, que contre la forme du gouvernement monarchique. « A quoi sert, dit Thésée dans Euripide, d'aa masser des richesses pour ses héritiers, d'élever avec c soin ses filles, si la plus grande partie de ces richesses « doit être ravie par un tyran, si les filles doivent servir « h ses désirs les plus effrénés? »

a Vous voyez clairement qu'en prétendant arguer contre l'office d'un monarque, on ne parle que d'un tyran. Il est vrai que les fréquents abus de pouvoir commis par les rois ont fait confondre ces noms et ces formes. D'autres ont déjà observé que les anciens eurent à peine connaissance de la véritable monarchie ; cela devait être, car ils n'en voyaient que l'abus.

« Cela me donne lieu de faire une remarque : on sait en quelle circonstance les Hébreux demandèrent à cire gouvernés par des rois. « Établissez un roi sur nous, dirent-ils au Prophète, comme en ont toutes les nations,

afin que ce roi nous juge. » Samuel vit avec chagrin cette légèreté qui allait causer une révolution totale dans le gouvernement donné de Dieu. Cependant, Dieu ordonne au Prophète de dissimuler patiemment cette injure, laquelle tombait principalement sur le Seigneur, car c'était lui qu'ils chassaient, ne voulant plus qu'il régnât sur eux. a Gomme ils m'ont abandonné, disait-il, et qu'ils c ont servi des dieux étrangers, ils vous traitent de c même, » et demandent des rois semblables à ceux des nations. Remarquez quelle intime connexion existe toujours entre le changement du gouvernement et le changement de religion, particulièrement si c'est pour passer de la véritable à une fausse.

« Mais ce qu'il faut principalement remarquer, c'est l'acquiescement donné à la demande du peuple. Le peuple demande à être gouverné par des rois, précisément comme Vêtaient testes les autres nations. Le Seigneur châtie son esprit de révolte en le livrant à ses désirs. 11 ordonne à Samuel de répondre à sa supplique, mais de lui montrer auparavant le droit du roi qui régnera sur lui, ainsi qu'il le demande, selon la règle des nations.

« Or, voici la teneur de la règle, ou le droit du roi qui vous gouvernera : c II prendra vos enfants pour con- « duire ses chariots ; il s'en fera des gens de cheval, et il c les fera courir devant son char ; il en fera ses officiers C pour commander, les uns mille hommes, et les autres c cent; il prendra les uns pour labourer ses champs et c pour recueillir ses blés, les autres pour faire ses armes c et ses chariots. 11 fera vos filles ses parfumeuses, ses c cuisinières et ses boulangères. 11 prendra aussi ce qu'il c y aura de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et « dans vos plants d'oliviers, et il le donnera à ses servic leurs. Il vous fera payer la dime de vos blés et du re« lïL 24

chassait Dieu même, et refusait qu*il régnât sur lui?

« En effet y Dieu châtia sévèrement son peuple en lui octroyant sa folle demande. Il lui donna un roi, mais un roi qui devait exercer ce qui, d'après la coutume perverse de ce temps , formait le droit royal. Tel était le droit d* enlever aux citoyens leurs fils et leurs filles, de les dépouiller de leurs terres, de leurs vignes, de leurs héritages, de leur liberté même, et tout ce que rapporte te texte sacré.

a Quel homme de notre temps, je ne dis pas sainement instruit de PÉcrilure, mais simplement versé dans ce qui a été écrit touchant les diverses natures de gouvernement et leurs abus, pourrait imaginer que le texte de Samuel expose la forme légitime de la royauté ou de la monarchie? Dépend-il de ce pouvoir d*ôter aux sujets teurs biens, leurs terres, leurs richesses, leurs fils, leurs filles, et jusqu'à leur liberté naturelle? Est-ce là une monarchie ou le despotisme le plus tyrannique ?

« Pour dissiper toute illusion à cet égard, il suffit de comparer avec ce que nous venons de lire le vingt et unième chapitre du troisième livre des Rois, où est racontée rhistoire de Naboth, habitant de Jezraêl. Achab, roi d'Israël, voulut augmenter le palais ou la maison de plaisance qu'il possédait dans cette ville. La vigne de Naboth, dans le voisinage du palais, entrait dans le plan des jardins qu'on y devait ajouter. Le roi ne s'en empara point à l'instant, de son autorité; mais il la demanda à son maître , sous l'honnête condition de lui payer le prix auquel il l'estimerait, ou de lui en donner une meilleure en un autre endroit. Naboth n'y consentit point, parce que c'était Théritage de ses pères.

< Le roi , qui n'était pas accoutumé à ce qu'on lui refusât quelque chose, se jeta sur son lit, accablé de dou-

424 KOTBS.

leur. La reine Jézabel survient, et l'engage à calmer son chagrin. Votre autorité, lui dit-elle^ est grande : Grandis authoritatis es : elle promet de le mettre en possession de la vigne. Cette fenune abominable écrit aux juges de Jezrael d'intenter un procès à Naboth pour une calomnie qui sera prouvée contre lui y au moyen de deux témoins stipendiés ; elle demande qu'il soit condamné à mort. La reine est obéie , Naboth est lapidé. Tout cela était nécessaire pour que la vigne entrât dans le trésor public, et qu'arrosée du sang de son msatre, elle produisit des fleurs pour le palais du prince.

« Mais en réalité elle n'en produisit point pour le roi ni pour la reine; elle ne produisit pour eux que des ronces et des poisons mortels. Élie se présente devant Achaby au moment où celui-ci descend pour prendre possession de la vigne de Naboth ; il lui annonce que lui , sa postérité et toute sa maison , jusqu'au chien qui s'approche du mur , seront ôtés de la face de la terre.

« Si vous regardez comme légitime le droit royal expliqué au peuple par Samuel, dites-moi pourquoi Achab et Jézabel sont si sévèrement punis d'avoir enlevé la vigne et la vie à Naboth : le roi pouvait-il enlever à ses sujets leurs vignes et leurs oliviers choisis , ainsi qu'on le lit dans la déclaration du Prophète?

« Si Achab a ce droit depuis qu'il est établi roi du peuple de Dieu, comment lui, qui est un prince si violent, met-il tant de politesse à supplier Naboth? Et d'où vient qu'il est nécessaire d'accuser Naboth de calomnie? Pour lui faire un procès, il suffisait qu'il eût résisté au droit du roi, en refusant, pour la juste valeur, ce qui convenait à l'agrandissement des jardins royaux. Nous voyons cependant que Naboth ne faisait point d'injure au roi, en ne lui voulant pas vendre son patrimoine, et cela au

NOTBS. 425

jugement même de Tambilieuse rehiè, qui vantait la grande autorité de son mari.

« Cette grande autorité que Jézabel accordait au roi n'était ni plus ni moins que le droit royal dont Samuel parlait au peuple; c'était, comme j'ai dit, un droit et un pouvoir de fait et de force physique, droit de tout enlever et de tout accaparer, comme dit Montesquieu du tyran.

« Ne faites donc pas mention de ce passage^ ni d'aucun autre de la sainte Écriture, pour Justifier l'idée d'un gouvernement si mal compris. La doctrine de la Religion catholique aime la monarchie légitime avec les caractères gui lui conviennent , et selon les qualités que lui reconnaissent les publicistes modernes , savoir : comme un pouvoir paternel et souverain , mais qui se conforme aux lois fondamentales de l'État. Dans des limites si convenables, rien déplus régulier que cette puissance j la plus étendue qu*il y ait parmi les pouvoirs temporels j et celle que la Religion catholique favorise et soutient le plus volontiers. »

Tel était Vkorrible despotisme qu'enseignaient ces hommes si platement calomniés : heureux les peuples dont les princes se régleraient par de telles doctrines!

Voici comment saint Thomas s'exprime sur le pouvoir royal, avec quelle solidité et quelle générosité de doctrines il lui marque ses devoirs, au troisième livre, chapitreXl*, du Traité De Regimine Principum.

Page 1