‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation europénnne;Chapitre 65 sur 84 · NOT£S · texte numérisé non relu

NOT£S

Dieu, de la jusiice, du droit, et au grand détriment de tous ces royaumes; nous les Infants, les Prélats, les Biches-Hommes, les Conseils, les Ordres, la Chevalerie des royaumes de Léon et de Galice, nous voyant accablés d'injustices, de mauvais traitements, ainsi qu'il est dit plus haut, et ne pouvant le souffrir; notre seigneur l'infant Don Sanche a trouvé bon et a ordonné que nous nous missions tous d'une seule volonté et d'un seul cœur, lui avec nous et nous avec lui, pour nous maintenir dans nos lois, nos privilèges et nos chartes ; dans nos usages, nos mœurs, dans les libertés et les franchises que nous eûmes au temps du roi Don Alphonse son bisaïeul, vainqueur à la bataille de Mérida, et au temps du roi Don Ferdinand son aïeul, de l'Empereur et des autres rois d'Espagne leurs prédécesseurs, et du roi Don Alphonse son père, tous princes (jui ont le mieux mérité de notre reconnaissance; et notredit seigneur l'infant Don Sanche nous a fait faire pour cet objet un serment et une promesse, comme il est constant par les lettres qui sont entre lui et nous. Voyant que cela convient au service de Dieu, de sainte Marie et de la Cour céleste, à la défense et à l'honneur de la sainte Église, de l'infant Don Sanche et des rois qui viendront après lui, enfin à l'avantage de tout le pays, nous faisons et établissons fraternité [Hermandad) aujourd'hui et pour toujours, nous tous les royaumes susdits, avec les Conseils du royaume de Castille, avec les Infants, les Riches-Hommes, les Hidalgos, les Prélats^ les Ordres, les Chevaliers, et tous autres qui se trouveront dans ce royaume et voudront être avec nous conmie il vient d'être dit.

a 2. Leur apprenons que nous garderons à notre seigneur l'infant Don Sanche, et à tous les autres rois qui viendront après lui, tous leurs droits, toute leur suzerai-

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au privilège, au roi« à l'infant Don Sanche, ou aux rois qui viendront après eux, ce qui nous serait un sujet d'offense; et leur demanderons s'ils le veulent réformer; et sinon, nous ne ferons qu'un, tous ensemble, pour nous défendre, nous protéger, ainsi qu'il est dit dans le privilège qui nous a été octroyé par notre seigneur l'infant Bon Sanche.

c 4. En outre, leur faisons savoir qu'aucun homme de cette Hermandad ne sera châtié, qu'il ne lui sera rien pris contre le droit et l'usage du lieu, dans les Conseils A^hàiie Hermandad; il ne sera pas permis de lui prendre plus qu'il n'est demandé par le fuero^ en l'endroit où il se trouvera.

€ 5. Nous déclarons que si un alcade, un mérino, ou autre personne quelconque, sur une lettre du roi, de l'infant Don Sanche, par son commandement ou celui des autres rois qui seront après eux, tue un homme de notre Hermandad sans l'entendre et le juger selon le droit; que nous, la Hermandad^ le tuerons pour ce fait. Et si nous ne le pouvons atteindre, il sera regardé et déclaré l'ennemi de la Hermandad; tout membre de h Hermandad qui Taura recelé, tombera sous la peine du parjure et de la félonie, et sera traité à son tour comme un ennemi dQ cette Hermandad.

a 6. Déclarons, en outre, que les dimes des ports ne seront payées par nous que conformément aux droits en usage du temps de Don Alphonse ou du roi Don Fer*» dinand ; et les Conseils de la Hermandad m permettront à personne de les toucher au delà de cette mesure.

« 7. En outre, aucun Infant ou Riche-Honune ne sera mérino, ni grand-bailli dans les royaumes de Léon et de Galice. Ces fonctions ne pourront être non plus exer-

voir jamais ni mains, ni langue, ni armes pour nous défendre î

flc 11 . El afin qu'on ne puisse mettre en doute le pacte que nous formons aujourd'hui, afin que ce pacte soit à jamais inébranlable, nous faisons sceller cette lettre des deux sceaux de la Hermandad de Gastille, de Léon et de Galice ; et la remettons à Maître D. Pedro Nunez et à rOrdre des Chevaliers de Saint- Jacques , lesquels sont avec nous dans cette Hermandad. — Fait à Yalladolid, le 8® jour de juillet de l'an mil trois cent vingt. »

Après de longs siècles pendant lesquels l'Espagne ne connut point d'autre religion que la Religion catholique , nous trouvons encore, dans toute sa force, dans toute sa vivacité, au sein de ce pays, l'idée que le roi doit être le premier à observer les lois, qu'il ne peut commander aux peuples par caprice, qu'il doit gouverner par des principes de justice et des vues de convenance publique. Saavedra, dans ses Devises^ s'exprime ainsi :

« 1 . Les lois seront vaines , si le prince , qui les promulgue, ne les confirme et ne les protège par son propre exemple et sa vie. Une loi qu'observera l'auteur même de la loi paraîtra douce au peuple.

In commune jubés si quid censesve tenendum, Primus jussa subi, tune observantior aequi Fit populus, nec ferre Tetat, cum Yiderit ipsum Auctorem parère sibi.

«c Les lois promulguées par Servius Tullius n'étaient pas seulement pour le peuple, mais aussi pour les rois. C'était conformément à ces lois qu'il fallait juger les causes entre le prince et les sujets , comme Tacite le rapporte de Tibère : Bien que nous soyons libres des lois^ disaient les empereurs Sévère et Antonin, conformons

noire vit aux loU, I.a loi oblige le prince, non pw» <|ir(ille csl lu loi , mais pur la raison même siir laquelle elle H luoile, lorsqii'ellË esl nalurelle et commune à tous, non parlictiliÈrc et destinée uniquement h bien gouverner les sujets ; car, dans ce dernier cas, l'observation de la loi ne concerne que les sujets , bien que le prince , si le cas j âcbct, soit également lenu de la garder, afin de la rendre douce aux autres. Tel parait être le sen.s du mystérieux commandement donne de Dieu à Ézéchiel, demander Id volume, afin que, le voyant goûter le premier les lois et les trouver bonnes, tout le monde fût porté à l'imiter. Les rois d'Espagne sont tellement assujettis aux lois, que le fisc, dans les causes qui coaceriient le royal puliimoine, se trouve absolument soumis aux mêmes conditions que le dernier des sujets; en cas de doute, c'est le fisc qui est condamné. Ainsi levoulut Philippe II; et en une circonstance où son petit-rds, Philippe IV, le glorieux père de V. A., se trouvait personnellement présent au jugement du Conseil royal dans un procès importimt de la Chambre^ les juges eurent la noble fermeté de condamner, et Sa Af^si^t la droiture d'entendre la seotence sens s'indigner. Heureux eippire quo celui où U ctuse du prince est toujours la moins favorisée ! >

NOTE 8, PAGE tl9.

Peut-être n'a-t-on pas étudié avec vises d'attaition tout le mérite de l'organisation industrielle qui s'introduisit en Europe dès les temps les plus reculés, et se généralisa de plus en plus à partir du douzième siècle ; je veux parler de ces corps de métiers et autres associations qui, formées sous l'influence de la Religion catholique, s'étaient ordinairement placées SOUS l'invocation de quel-

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que saint, et avaient des fondations pieuses pour célébrer leur fête et s'aider dans leurs besoins. Notre célèbre Capmany, dans ses Mémoires historiques sMr la marine^ k commerce et les arts de Vaniique cité de Barcelone , a publié une collection de documents très-précieux pour rhistoire des classes industrielles et du développement de leur influence dans Tordre politique. Peu d'ouvrages ont vu le jour à l'étranger, vers la fin du dernier siècle ou même dans le siècle présent, qui présentent autant de mérite.

L'ouvrage de Capmany fut publié dès 1779. Il s'y trouve un chapitre extrêmement intéressant sur l'institution des corps de métiers. Je transcris ici ce chapitré ; je le recommande à ceux qui se figurent que rien n'avait été imaginé autrefois en Europe pour l'utilité des classes inr dustrielles, à ceux qui regardent comme un moyen de servitude ce qui, en réalité, était un moyen d'encouragement et de secours mutuel. En lisant les philosophiques réflexions de Capmany, tout homme de bonne foi sera convaincu que l'Europe, dès les siècles les plus reculés, a eu des systèmes propres à encourager l'industrie, à la préserver des funestes agitations de ces temps, à lui concilier l'estkne, à développer d'une manière légitime et salutaire l'élément populaire. Certains écrivains de l'étranger, qui ont rédigé l'histoire de l'économie sociale et politique, n'ont pas même eu connaissance de cet ouvrage, extrêmement important pour tout ce qui concerne le mouvement du moyen âge européen, depuis le onzième siècle jusqu'au dix-huitième.

De l'Institution des corps de métiers et autres associa" tions des artisans, à Barcelone.

« On n'a découvert, jusqu'à présent, aucun mémoire

plusieurs branches; à telle autre, que plusieurs arts se réunissent en un seul art. L'industrie , à Barcelone, a éprouvé toutes ces vicissitudes durant le cours de cinq siècles. Le travail du fer a pu soutenir, à différentes reprises, onze et douze métiers différents, par conséquent, autant de classes de familles jouissant du bien-être. Ces mêmes métiers sont maintenant réduits au nombre de huit par Teffet de certains changements de modes et d*usages.

« D'après la constitution générale de la plupart des pays de l'Europe à cette époque, il était nécessaire d'accorder de la liberté et des privilèges à un peuple laborieux et mercantile qui, dès ce temps, allait devenir la ressource et l'appui de ses rois; il fallait , pour cela , distribuer les citoyens en différents ordres. Mais cette démarcation ne pouvait être constante et visible qu'au moyen de la division politique des diverses corporations dans lesquelles se classaient les hommes en même temps que les professions : cette division était encore plus nécessaire dans une cité comme Barcelone^ qui, dès le milieu du treizième siècle, avait commencé à se gouverner avec une sorte d'indépendance démocratique. C'est ainsi qu'en Italie, la première contrée de l'Occident qui rétablit le nom et les fonctions du peuple, précédemment effacées, dans les âges de fer, par le gouvernement gothique, on avait déjà vu Tindustrie partagée en corporations, ce qui rendit les arts et les métiers sédentaires, et les fit combler d'honneurs, dans ces cités libres, oiî l'artisan devenait sénateur et le sénateur artisan, au milieu du flux et du reflux des invasions. Les guerres, les factions, maux endémiques de cette délicieuse contrée, à l'époque dont nous parlons, ne purent, malgré tous leurs ravages , détruire les métiers assodés, dont l'existence politique, dès que leurs

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ineinbr«!> furent aàrais au gouverDement, forma ta base nW^me de la constilulion ds ces peuples industrieux et mercantiles. Les mèlieis, à Barcelone, se sont réglés, oal prospéré et fleuri sous ce systëme municipal , sous celle lorisprudence consulaire , dont le commerce et l'inâustrie, sa compagne , ont eu toujours besoin ; ce fut aios qne celte capitale devint l'un des centres les plus célèbres des manufactures du moyen âge, réputation qu'elle a conservée et augmentée jusqu'à nos jours. C'est sous le nom «t avec la règle des corporations et des confréries qae se ■ont établis les métiers en Flandre, en France et en Anglclerre, pays où les arts ont été portés au dernier degrà de leur perfection et de leur éclat.

c Les corps de métiers à Barcelone, lors m^me qu'od ne les considérerait point comme une institution nécesnire pour régler la forme primitive du gouvernement' municipal , devraient être regardés comme l'établissement le plus important, soit pour conserver des arts, soit pour fonder la considération des artisans eux-mêmes. Et d'abord, les corps de métiers, comme l'expérience d'une saite decinq siècles l'a démontré, ont fait un bien incomparai/h à Barcûloae, rien i^u'eu y garâaut, comme ua dèp6l immortel, l'amour, la tradition, la méinoîre des arts. Us ont été autant de points de réunion , si nous pouvons parler ainsi, autant de bannières Sous lesquelles se sont réfugiés plus d*tme fois les débris de l'industrie, pour se réparer, se refaire et se transmettre jusqu'à nos jours, malgré les pestes, les guerres, les factions et tant d'autres calamités qui épuisent les hommes, bouleversent les domiciles, changent les mœurs. Si Barcelone, qui a d souvent éprouvé ces lléaux physiques et politiques , n'avait eu aucune communauté, aucun lien, aucun intérêt condUno entre ses artisans, elle aurait cartaioement va

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disparaître toute leur intelligence, leur économie et leur activité, comme il arrive aux castors, lorsque les chasseurs ont réussi à les disperser {*).

« Par un heureux effet de la sécurité dont jouissent les familles dans leurs métiers distincts, et grâce au secx>urs ou mont-de-piété institué dans le sein même de la corporation pour ses membres nécessiteux, qui, sans cet appui, pourraient être précipités dans la ruine, on a vu, à Barcelone, ces établissements économiques contribuer directement à maintenir la prospérité des arts , en bannissant de l'atelier la misère et en préservant l'ouvrier de l'indigence. Sans cette police corporative j qui circonscrit <^aque métier, la propriété et la fortune des artisans auraient couru les plus grands risques ; de plus, les métiers auraient été exposés à perdre leur crédit et leur stabilité; dors, en effet, le falsificateur , l'ouvrier maladroit, l'afcnturier obscur auraient eu impunément le droit de trom- |i^ le public ; la Uberté se serait changée en une funeste Hcence. D'autre part, les corps de métiers étant des assodations puissantes, dirigées, chacune en son particulier, par l'unanimité de l'intelligence et la communauté des intérêts, faisaient avantageusement et à propos les provisions de matières premières. Ils pourvoyaient aux besoins des maitres; ils faisaient des avances ou prêtaient caution à ceux d'entre leurs membres qui manquaient de

(*) Ici se retrouvent pla^leurs pensées tirées d'un écrit qui a vu le jour en 1778, dans rimprimerie de Sancha, sous le titre de Discours économico-politique pour la défense du travail mécanique des ouvriers, par D. Ramon Miguel Palacio. L'auteur de ces Mémoi» res, dans la crainte d'être accusé d'un grossier plagiat, observe qu'étant obligé de traiter ici la même matière, il a dû adopter une grande partie des idées consignées dans cet écrit, qu'il jugea convenable à cette époque de pidi)lier sans y mettre «on véritable nom.

lion â concilié le respect à la classe des ouvriers, en la constituant en un ordre visible et permanent de la république. Voilà pourquoi le peuple barcelonais, dans tous les temps, a montré une conduite, un mode de vie qui ne se trouve que chez un peuple honorable. Ce peuple, D'ayant jamais pu se confondre avec aucun corps exempt et privilégié (les coips de métiers traçant un cercle autour de leurs membres et les faisant connaître pour ce qulls sont et ce qu'ils valent), a fini par se convaincre qu'il y avait dans sa propre sphère de Thonneur, de la vertu, et il s'est efforcé de conserver ces qualités : tant il est certain que les distinctions d'état au sein d'une nation ont plus d'influence qu'on ne le croit, pour conserver l'esprit de chacun de ces états.

« D'un autre côté, les corps de métiers forment des communautés régies par un code économique; chacunde ces corps a certains emplois, certains honneurs auxquels tous ses individus peuvent aspirer. Les préjugés mêmes de l'homme, lorsqu'on leur donne une bonne direction, produisent parfois d'admirables effets; c'est ainsi que le gouvernement, l'administration de ces corps, où l'artisan a toujours joui de la prérogative de diriger les ressources et les intérêts de son métier et de ses confrères, avec le titre de Conseil ou de Prudhomme (Prohombre), a procuré aux arts mécaniques de Barcelone une estime publique et générale. Pour ces hommes, la prééminence dans une fête ou une assemblée, est capable d'adoucir la rigueur du travail corporel et le désavantage d'une position inférieure.

« En même temps que les métiers de Barcelone, réduits en corps bien ordonnés, fixaient et conservaient les arts dans cette capitale, ils avaient le crédit, agissant comme corps politiques de la classe la plus nombreuse du peuple,

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