‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 17 sur 78 · INFLUENCES SOB I.A CONSCIENCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCES SOB I.A CONSCIENCE PUBLIQUE

ua canal ouvert pour commaniqoer, au gré de cba* que usurpateur de l'autorité religieuse, les diverses interprétatious de la Bible : c'est pourquoi, en dépit de ses déclamations contre tout ce qui émanait de la chaire de saint Pierre, le Protestantisme conserva la précieuse pratique de la prédication.

Mais ce qui fait le mieux sentir llnfériorité du Protestantisme par rapport aux moyens d'étendre h moralité publique, c'est d observer qu'il a interrompu toute communication entre la conscience du fidèle et la direction du prêtre ; il ne laisse à celui-ci qu'une direction générale, qui, par cela même qu'elle s'étend â la fois sur tous, ne s'exerce efficacement sur personne. En se bornant même à ne considérer que sous cet aspect l'abolition du sacrement de pénitencei on peut assurer que les protestants ont méconnu en cela un des moyens les plus légitimes, les plus puissants et les plus doux dlmprimer à la vie de l'homme une direction conforme aux principes de la saine mo^ raie. Action légitime , 'car rien de plus légitime que la communication directe etintimeentre la conscience de l'homme, qui doit être jugée de Dieu, et la conscience de rhomme, qui représente Dieu sur la terre. Action puissante, parce que cette communicatioii intime, établie d'homme à homme^ d'Âme à âme, identifie, pour ainsi dire, les pensées et les affections -j parce que, en présence de Dieu seul, à l'exclusion de tout autre témoin, les avertissements ont plus de force, les préceptes plus d'autorité, les conseils mêmes plus d'onction et de suavité pour pénétrer au

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fond de Tàme. Action pleine de douceur, car elle suppose la manifestation volontaire de la conscience qui veut se faire diriger ; manifestation commandée, il est vrai, par un précepte, mais qui ne peut être arrachée par la violence, puisque Dieu seul reste juge delà sincérité. Action douce, je le répète, car le ministre est obligé au secret le plus sévère : toutes les précautions imaginables pour empêcher la révélation ont été prises par TÉglise ; le pénitent peut se reposer tranquille, assuré que les secrets de sa conscience seront fidèlement gardés.

Mais, me dira-t-on, croyez-vous donc que tout cela soit nécessaire pour établir et conserver une bonne moralité? — Si cette moralité doit être quelque chose de plus qu'une simple probité mondaine, exposée à 86 briser au premier choc des intérêts, ou à se laisser entraîner par la séduction des passions ; si ce doit être une moralité délicate, sévère, profonde, s'étendant à tous les actes de la vie, dirigeant, dominant le cœur de l'homme, relevant jusqu'à cette beauté idéale que nous admirons chez les catholiques dévoués aux observances de leur foi ; si c'est là, je le répète, la moralité dont on veut parler, il est nécessaire, sans aucun doute, que, placée sons l'inspection du pouvoir religieux, cette moralité reçoive la direction et les inspirations d'un ministre du sanctuaire, au moyen de la communication intime, sincère, des secrets les plus cachés du cœur et des égarements sans nombre où nous entraine à chaque instant la faiblesse de notre nature. Voilà ce que dit la reli-

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gion catholiqae ; j ajoute qae c'est là ce que dé« montre TexpérieDce et enseigne la philosophie. Je ne prétends pas dire pour cela que les catholiques seuls soient capables d'actions vertueuses : ce serait une exagération démentie par rexpérience de chaque jour. Mais je tiens à prouver l'efficacité d'une institution catholique méprisée par les protestants ; je tiens à établir la haute puissance que possède cette institution pour faire pénétrer et conserver dans les cœurs une moralité ferme, intime, s'étendant à tous les actes de notre âme.

Sans doute, il y a chez l'homme un monstrueux mélange de bien et de mal ; je sais qu'il ne lui est pas donné d'atteindre ici-bas à cette perfection ineffable/ qui consiste en une conformité parfaite avec la vérité et la sainteté divines, perfection dont la compréhension même est réservée pour l'instant suprême où, dépouillé du corps mortel, l'homme se verra plongé dans un océan de lumière et d'amour. Mais ce dont il n'est pas permis de douter, c'est que l'homme, pendant sa vie terrestre, peut néanmoins parvenir à cette moralité universelle, délicate et profonde que j'ai décrite tout à l'heure; et, quelle que soit la corruption actuelle du monde, il faut avouer qu'il se trouve encore, de nos jours, un assez grand nombre d'exceptions, dans cette multitude de personnes qui conforment aux règles sacrées de la morale ; évangélique leur conduite, leur volonté, leurs pensées mêmes, et leurs affections les plus intimés. Pour parvenir à ce degré de moralité (et ob-

yGooçIe

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servez que je ne dis pas de perfection éTaogâique, mais de simple moralité), il faut que le principe religieux soit "vivement présent au regard de i ame, qu il agisse continuellement sur elle, Texcitant ou la réprimant au milieu de Tinfinie variété de ciroons^ tauces qui, dans le cours de la vie, tendent à nous écarter du chemin du devoir. La vie de l'homme est une cfaatne composée d'un nombre infini d'actes, qui ne sauraient rester constamment d'accord avec la raison et la loi éternelle» à moins de demeurer placés sous un régulateur universel et fixe.

£t qu'on ne dise pas qu'une moralité semblable est un idéal, dont Texistence entraînerait une telle confusion dans les actes de l'âme, une telle comjdication dans la vie entière, que cette vie finirait par être insupportable. Non, ce n'est pas un simple id^ ; c'est une réalité qui s'offre fréquemment à nos yeux, non-seulement dans la retraite des cloîtres ou à l'ombre du sanctuaire, mais jusque dans le tourbillon du monde et au milieu de ses distractions. Ce qui établit une règle fixe ne saurait apporter de confusion dans les actes de l'àme ni compliquer les affaires de la vie. Tout au contraire : au lieu de confondre, cela sert à éclaircir, à distinguer ; au lieu de compliquer, cela met en ordre et simplifie. Établissez cette règle, et vous aurez l'unité i à la suite de 1 unité, Tordre en tout.

Le Catholicisme s'est toujours distingué par son exquise vigilance à l'endroit de la morale, par son soin à régler tous les actes de la vie, et jusqu'aux

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\fin& secrets aiauyemeiits da eœur. Les observateurs saperûciels ont déclamé contre la maltitiMie «te théo^ logiens moralistes, autrement appelés eostiM^, qni, dans les écoles catholiques, se sont appliqués à Té» tude minutieuse et prolixe des divers actes humains : ces observateurs auraient dû remarquer que, si te Ghristianisme est la religion au sein de laquelle les actions hurnsdues ont été examinées avec le phis de détails, c'est que cette religion a pour objet de moraliser, pour ainsi dire, l'homme tout entier, dans tout l'ensemble de ses rapports avec Dieu, avec ses semblables et aveclui-mtoe. Il est clair quune pareille entreprise exigie un examen plus appro*» fondi, plus attentif qu'il n'en serait besoin, s'il s'agissait de donner à l'homme use moralité incomplète, se bornant a la superficie des actes, ne pénétrant pas jusqu'au fond du coeur.

A propos des casuistes cathdiqueS) et sans prétendre excuser les excès auxquels certains d'entre eux ont pu se laisser aller, soit par un raffinement de subtilités, soit par un esprit de parti et de dispute (excès qui ne peuvent être imputés à TÉglise catho* lique, puisqu'elle en a témoigné son déplaisir lorsqu'elle ne les a pas expressément réprourés), on doit observer que cette abondance, ce luxe, si l'on veut, d'études morales, a dû contribuer j^s qu'on ne pense à diriger les esprits dans l'étude intime de l'homme, en fournissant une multitude de faits et d'observations à ceux qui plus tard se sont appliqués à cette importante science ; or, estait un plsts digne

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et plus Utile objet offert à nos iayestigatioDs? Eu un autre endroit de cet ouvrage, je me propose de développer les rapports du Catholicisme avec le progrès des sciences et des lettres ; je me vois obligéjde mécontenter en ce moment des indications que je viens de faire. Le développement et Téducation de l'esprit humain ont été principalement théologiqms ; et, sur le point que nous traitons, comme sur beaucoup d'autres, les philosophes sont redevables aux théologiens de beaucoup plus qu'ils ne s'imaginent. Revenons à la comparaison entre l'influence protestante et l'influence catholique par rapport à la formation et à la conservation d'une saine conscience publique. Il reste démontré que le Catholicisme, ayant constamment soutenu le principe d'autorité combattu par le Protestantisme, a donné aux idées morales une force, une action que le Protestantisme aurait été impuissant à leur communiquer. Le Protestantisme, en effet, par sa natnre, par ses principes fondamentaux, n'a jamais prêté à ses idées d'autre appui que celui qu'elles pourraient puiser dans une école philosophique.

- Mais , me dira-t-on, vous méconnaissez donc la force propre des idées, force inhérente à leur nature même, et qui change fréquemment la face du monde en décidant de ses destinées? Ne savez-vous pas que les idées finissent toujours par s'ouvrir un passage à. travers tous les obstacles , malgré toutes les résistances ."^ Avez-vous oublié l'enseignement de Thistoire entière, et prétendez«vous dépouiller la pensée

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