‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 23 sur 78 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

DU DÉVELOPPEMENT DE LA BIEIÏFAISâIïGE PUBLIQUE EN EUROPE.

Jamais les mœurs ne sel*ont parfaitement douces, tant que la bienfaisance publique n'existera pas. De sorte que cette douceur des mœurs et cette bienfaisance, quoique distinctes, sont sœurs. La bienfaisance publique, proprement dite, fut inconnue chez les anciens. L'individu, quelquefois, pouvait y être bienfaisant, la société y était sans entrailles. Aussi la fondation d'établissements publics de bienfaisance n'entra-t-elle jamais dans le système d'administration des peuples de l'antiquité. Que faisaient-ils donc des malheureux? Nous répondrons, avec l'auteur du 6?^nie du Christianisme^ qu'ils avaient deux moyens de s'en défaire, l'infanticide et l'esclavage.

Déjà le Christianisme dominait de toutes parts, et nous voyons l'autorité de l'Église encore occupée de détruire les restes de coutumes atroces. Lan 442, le concile de Yaison, établissant un règlement concernant les enfants trouvés , décrète la censure ecclésiastique contre ceux qui troublent par d'importunes réclamations les personnes charitables qui

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ont recueilli un enfant. Le concile prend cette mesure dans la yue de protéger une coutume bienfaisante , car, ajoute le canon , ces enfants étaient exposés à être mangés par les chiens. II restait encore des pères assez dénaturés pour tuer leurs enfants. Un concile de Lérida, célébré Tan 546, impose sept années de pénitence à ceux qui commettent un semblable forfait, et celui de Tolède, célébré Tan 589> défend, dans son canon 17, aux pères et aux mères de commettre ce crime.

Cependant la principale difficulté ne consistait pas à corriger ces excès : des crimes tellement opposés aux premières idées de la morale, tellement en contradiction avec les sentiments les plus naturels, se prêtaient deux-mémes à Tinfluence qui devait les faire disparaître. La difficulté était d'organiser un vaste système de bienfaisance qui offrit incessamment des secours , non*seulement aux enfants , mais aux vieillards invalides, aux malades, aux pauvres incapables de vivre de leur travail, en un mot à tous les nécessiteux. Familiarisés que nous sommes avec un pareil système, maintenant établi partout, nous n'y voyons rien que de naturel et de simple ; à peine y distinguons-nous quelque mérite. Mais supposons un instant que de semblables établissements n'existent pas, transportons-nous par l'imagination à cette époque où l'on n'en avait pas même la première idée, quelle continuité d'efforts ne faudra-t-il pas pour les établir et les organiser?

Il est clair que, par le seul effet de l'extension de

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la charitë chrétienne dans le monde, les diverses nécessités humaines devaient être secourues plus fréquemment, avec plus d'efficacité qu'elles ne Tétaient auparavant, et cela en supposant même Texercice de la charité borné à des moyens purement individuels. Assurément, une multitude de fidèles se seraient toujours rappelé les doctrines et l'exemple de Jésus- Christ. Le Sauveur ne se contentait pas de nous enseigner par ses discours l'obligation d'aimer les autres hommes autant que nous-mêmes, en donnant à manger à celui qui^ faim, à boire à celui qui a soif, en couvrant celui qui est nu, en visitant le malade, le prisonnier ; il nous présentait dans sa propre conduite un modèle de la pratique de la charité. Lui qui pouvait en mille façons manifester le pouvoir qui lui appartenait dans le ciel et sur la terre, se complaît surtout à manifester sa bienfaisance; il n'atteste sa divinité que par des miracles qui servent de remède ou de consolation aux malheureux. Sa vie entière se résume dans la sublime simplicité de ces deux mots du texte sacré : Pertransiit henefaciendo. Il passa en faisant le bien.

Cependant, quelque bienfait que l'on pût attendre de la charité chrétienne livrée à ses propres inspirations et agissant dans la sphère purement individuelle, il ne convenait pas de la laisser dans cet état* Il fallait réaliser la charité dans des institutions permanentes, il fallait assurer le soulagement de Tinfortune contre les alternatives de la volonté de Thomme et des circonstances ; il y eut prévoyance et

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sagesse dans la pensée de fonder des établissements de bienfaisance. Ce fut TÉ^lise qni conçut cette pensée et qui l'exécuta. En cela elle ne fit qu*appliqaer à un cas particulier sa règle générale de conduite, qui est de ne jamais abandonner à la Tolonté de lindividu ce qui peut se lier à une institution. Et observons que c'est là une des raisons qui rendent si puissant tout ce qui appartient au Catholicisme. De même que le principe de l'autorité en matière de foi conserve au Catholicisme lunité et la fermeté dans la foi, de même la règle de ramener tout à des institutions assure la solidité , la durée de toutes ses œuvres. Du reste, ces deux principes ont entre eux une connexion intime : si Ton y fait attention j l'un suppose qu'il convient de se défier de Tintelligence de l'homme, l'autre qu'il conyient de se défier de sa volonté et de sa capacité individuelie. Le premier suppose que Thomme ne se suffit point à luimême pour atteindre et garder la connaissance de certaines vérités; le second, qu'il est trop capricieux et trop faible pour qu'il soit sage d'abandonner à son inccpstance , à sa faiblesse le soin de faire le bien. Or, ni l'un ni l'autre de ces principes ne fait injure à l'homme, ni l'un ni l'autre ne rabaisse la dignité qui lui appartient. L'Église se content^ de lui dire ce qu'il est en réalité, sujet à l'erreur, enclin an mal, inconstant dans ses desseins et très-misérable en ressources. Vérités tristes, mais que l'expérience de chaque jour atteste, et dont la Religion chrétienne offre l'explication en établissant comme dogme fon*

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damental la chute du genre humaip causée par la prévarication du premier père.

Le Protestantisme, adoptant des principes diamétralement opposés , applique à la volouté Tesprit d'individualité qu'il prêche par rapport à Tintelligence : le Protestantisme est de sa nature même ennemi des institutions. Sans aller plus loin que Tobjet qui nous occupe, nous observons qu un de ses premiers actes, à son apparition, fut de détruire ce qui existait, sans s'inquiéter de la manière de le remplacer. Croirait-on que Montesquieu va jusqu'à louer cette œuvre de destruction? nouvelle preuve de la funeste influence exercée sur les esprits par l'atmosphère pestilentielle du dernier siècle. « Henri YIII, dit Montesquieu, youlant réformer l'Église d'Angleterre, détruisit les moines ; nation paresseuse elle-même, et qui entretenait la paresse des autres, parce que, pratiquant Vhospitalité, une infinité de gens oisifs, gentilshommes et bourgeois, passaient leur vie à courir de couvent en couvent. Il àta encore les hôpilaux^ où îe bas peuple trouvait sa subsistance, comme les gentilshommes trouvaient la leur dans les monastères. Depuis ce changement, l'esprit de commerce et d'industrie s'établit en An> gleterre. » (De V Esprit des Lois, 1. xxiii, ch. 19.)

Que Montesquieu loue cette conduite d'Henri YIII et la destruction des couvents, par la misérable rai-* son quil était bon d'enlever aux paresseux l'hospitalité des moines, c'est une idée dont on ne doit pas s étonner : c'est une banalité tout à fait dans le goût

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