‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 24 sur 78 · DB LA BIENFAISANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

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dç la philosophie qui commençait à régner alors. On prétendait expliquer par des raisons profondes d'économie et de politique tout ce qui était en opposition avec les institutions du Catholicisme; c était chose facile : un esprit prévenu trouve toujours dans les livres, aussi bien que dans les faits, ce qu'il veut. On pourrait cependant demander à Montesquieu ce que sont devenus les biens des couvents. Gomme ces grasses dépouilles échurent pour une bonne part à ces mêmes nobles qui trouvaient Thospitalité chez les moines, il serait permis de faire observer à Tauteur de 1 Esprit des Lois que c'était un singulier moyen de diminuer l'oisiveté des gens que de leur donner les biens mêmes dont ils jouissaient à titre d'hôtes. Mais ce qu'on ne saurait tolérer, c'est d'entendre vanter comme un chef-d'œuvre de politique la suppression des Mpitanx où le bas peuple trouvait M subsistance.

Montesquieu, séduit par la démangeaison de faire ce qu'on appelle des observations neuves et piquantes, en vient jusqu'à nier Futilité des hôpitaux, prétendant qu'à Rome c'est la cause qui fait que tout le monde vit commodément, excepté ceux qui travaillent. Si les nations sont pauvres, il ne veut point d'hôpitaux; si elles sont riches, il n'en veut pas davantage. 11 appuie ce paradoxe sur la raison que voici : « Quand la nation est pauvre , dit-il, la pauvreté particulière dérive de la misère générale, et elle est, pour ainsi dire, la misère générale. Tous les hôpitaux du monde ne sauraient guérir cette pau-

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Treté particulière ; au contraire , Vesprit de paresse qu*iïs inspirent augmente la pauvreté générale^ et par conséquent ïa particulière. » Voilà les hôpitaux préseutés comme dangereux pour les nations pauvres, par conséquent condamnés. Écoutons maintenant ce qui concerne les nations riches : « J'ai dit que les nations riches avaient besoin d'hôpitaux, parce que la fortune y était sujette à mille accidents : mais on sent que des secours passagers vaudraient bien mietix que des établissements perpétuels. Le mal est momentané ; il faut donc des secours de mime nature, et qui soient applicables à Taccident particulier. » {De l'Esprit des Lois, 1. xxiii, cb. 19.) Il est difficile de trouver rien de plus vide et de plus faux. Assurément, si Ton devait « par un semblable échantillon, juger de ce livre, dont on a tant exagéré le mérite, il faudrait chercher une qualification encore plus sévère que celle dont se sert M. de Bonald, lorsqu'il appelle Y Esprit des Lois « le plus profond des ou* vrages superficiels. »

Heureusement pour les pauvres et pour le bon ordre de la société , l'Europe , en général , n'a pas adopté ces maximes : sur ce point comme sur beaucoup d'autres, laissant de côtelés préjugés contraires au Catholicisme, on a continué de suivre, en le modifiant plus ou moins, le système qu'il avait enseigné. L'Angleterre même présente un nombre considérable d'établissements de bienfaisance, et ce pays ne croit pas qu'il soit nécessaire, pour aiguillonner Tactivité du pauvre, de l'exposer au danger de mou-

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rir de faim. Il faut toutefois observer que ce système d*étab1issemeuts publics de bienfaisance, actuellement général dans toute FEurope, n'aurait point existé sans le Catholicisme : on peut, en effet, assurer que, si le schisme religieux eût précédé la fondation et Torganisation de ce système, la société européenne ne jouirait pas, à Theure qu'il est de ces établissements qui sont dans son sein un élément si précieux de bonne police et de tranquillité publique.

Autre chose est fonder ou soutenir un établissement de ce genre, lorsqu'il en existe déjà en grand nombre, lorsque les gouyernements ont en main d'immenses ressources, et disposent de la force nécessaire pour protéger tous les intérêts ; autre chose en établir une multitude en tous lieux, lorsqu'il n'y a point de modèle que Ton puisse copier, lorsqu'il faut improviser toutes les ressources nécessaires, lorsque le pouvoir public n'a ni prestige , ni force pour tenir en bride les passions violentes qui cherchent à s*emparer de ce qui leur offre un aliment. Or, dans les temps modernes, depuis Texistence du Protestantisme, on n'a fait que la première de ces choses ; la seconde avait été accomplie des siècles auparavant par l'Église catholique.

Et remarquez bien que, dans les pays protestants, ce qui a été établi en fait de bienfaisance publique , Ta été par des actes du gouvernement , actes nécessairement inspirés par là vue des heureux résultats déjà dus à des institutions semblables. Mais

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le Protestantisme par lui-même, considéré en tant qu'Église séparée, n*a rien fait. Et il ne pouvait rien faire, puisque, daus les lieux où il conserve quelque chose de Torganisation hiérarchique, il n'est qu'un ipstrument du pouvoir civil : par conséquent, dans ces pays, il ne peut agir par une inspiration propre. Tel est le vice de sa constitution. Ce qui achève de le frapper de stérilité sous ce rapport, c'est le préjugé qu'il nourrit contre les ordres religieux, tant d'hommes que de femmes ; par là, en effet, il reste privé d'un des éléments les plus puissants pour faire réussir les oeuvres de charité les plus ardues, les plus laborieuses. Il faut, pour les grands actes de charité, le détachement de toute chose, et jusqu'au détachement de soi-même : c'est ce qui se trouve éminemment chez les personnes consacrées à la bienfaisance dans un ordre religieux. Le religieux, en effet, commence par le détachement qui est la racine de tous les autres» celui de la volonté propre.

]L'Église catholique ne s est point soumise en ceci aux inspirations du pouvoir civil; elle a regardé comme un de ses objets propres de porter secours à toutes les infortunes. Ses évêques ont été considérés comme les protecteurs et les inspecteurs-nés des établissements de bienfaisance. C'est pourquoi une règle de droit commun soumettait les hôpitaux aux évêques ; et de là vient que cette sorte d'établissements a toujours formé l'un des objets importants de la législation canonique.

L'Église|4ès l'antiquité, a fait des lois concernant

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